lundi 12 mai 2008

Times of India


Voici un visage au hasard dans les rues de Bombay (Mumbai, comme on dit aujourd'hui). Il s'agit d'un jeune homme dans un camion. Il me fixe, je le photographie. Cette photo a été prise en début de soirée, près de la gare de Churchgate. Cette gare, c'est Saint-Lazare puissance mille. Une foule immense, comme j'en ai vu aussi dans les gares de Shanghaï ou de Tokyo. On observe, à Bombay, vers 18 heures, une procession pressée et infinie de cadres moyens et d'employés qui quittent prestement leurs bureaux climatisés du sud de la ville. Ils vont transiter vers leur banlieue-nord, vers leur logis, à bord de trains bondés.

Ce camion que je photographie est bloqué dans un embouteillage inextricable près de la gare, un embouteillage comme il y en a tant à Bombay chaque jour, chaque minute. A bord de ce camion, ce jeune homme me fixe. Il fait chaud, environ 33 degrés et 70% d'humidité. Le jeune homme (passager) est à gauche dans l'habitacle du véhicule. Le conducteur est à droite. C'est un héritage durable de la colonisation britannique. A Bombay, on conduit encore du même côté de la route qu'à Londres, Sydney et Auckland. God save the Queen !

La circulation automobile est à Bombay un sujet permanent d'interrogation et d'angoisse. J'ai débarqué à minuit à l'aéroport et j'ai aussitôt été pris en charge par un taxi climatisé. Le service s'est révélé impeccable. Je suis arrivé sans encombre à destination. L'aéroport de Bombay et le centre de la ville sont très distants (une bonne de trentaine de kilomètres). Mais l'aéroport est pourtant au cœur de l'agglomération.

En arrivant en pleine nuit, c'est donc toute la ville que l'on est invité à traverser. Travelling cinématographique hallucinant. Les échoppes encore ouvertes, les mendiants qui dorment sur le trottoir, les chiens qui errent. C'est Bombay. Le trajet dure plus d'une heure, sans feu rouge car la circulation est quasiment nulle. C'est une première mise en condition, un avertissement. On arrive enfin à la porte de l'hôtel de luxe où le portier en grand uniforme blanc vous attend avec le sourire malgré l'heure tardive. C'est encore Bombay.

Le lendemain de mon arrivée, je lis avec grand intérêt "THE TIMES OF INDIA". Magnifique journal, vivant, intelligent, très bien écrit, dénonçant les scandales et les embrouilles, stigmatisant la bureaucratie et la corruption par des exemples concrets. Au passage, je signale que c'est le plus grand quotidien mondial en langue anglaise : 3,5 millions d'exemplaires !

Dans ce journal, je lis, au matin suivant mon arrivée, ce fait divers dramatique. Pendant que je circulais à toute vitesse de l'aéroport vers mon hôtel, au même moment, sur une autre autoroute, 18 personnes ont été écrabouillées. Il s'agit d'un véhicule prévu pour transporter 8 personnes. Mais 18 personnes s'y étaient entassées, dont pas mal d'enfants. Ce groupe se préparait à assister à un mariage, le lendemain. Le chauffeur roulait à 130 km/h mais le chauffeur dormait au volant. C'est dangereux de dormir à cette vitesse. Le véhicule avec ses 18 passagers est allé s'encastrer dans l'essieu arrière d'un énorme semi-remorque qui roulait à la bonne vitesse sur la bonne file.

Le véhicule surchargé de ses 18 occupants est traîné, coincé dans l'essieu, pendant 7 kilomètres sur l'autoroute par le semi-remorque. Le conducteur du gros camion ne remarque rien pendant un long moment. Sept kilomètres d'agonie pour les passagers ! Dans le véhicule fracassé, on ne sort qu'un seul survivant, un adolescent grièvement blessé.

La famille des victimes arrive vite pour casser la gueule au conducteur du poids-lourd. Le chauffeur du gros camion, tout à fait irréprochable, est très amoché. On le transporte dans le coma à l'hôpital.

Le mariage auquel se rendaient les passagers du véhicule démantibulé, ce mariage a été célébré comme prévu. C'est ce que précise sans commentaire le compte-rendu fait par "THE TIMES OF INDIA".


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au lendemain de mon retour, ceci :

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Sept bombes ont explosé dans les rues de Jaipur, capitale de l'Etat du Rajasthan, dans l'ouest de l'Inde, tuant une soixantaine de personnes sur des marchés et devant des temples hindous.

Il s'agit des attentats à l'explosif les plus meurtriers commis en Inde depuis près de deux ans. On déplore quelque 150 blessés et les chaînes de télévision locales ont lancé des appels aux dons de sang.

Aucun mouvement n'a revendiqué les explosions, ont indiqué des responsables de police. Selon des chaînes de télévision, des représentants du gouvernement et des services secrets les ont imputées à des éléments islamistes basés au Pakistan ou au Bangladesh.

"D'après les informations que j'ai reçues, 60 personnes ont péri et 150 autres ont été blessées", a déclaré le Premier ministre de l'Etat du Rajasthan, Vasundhara Raje, cité par l'agence Press Trust of India (PTI).

Le ministre de l'Intérieur de l'Etat, Gulab Chand Kataria, a fait état de 55 morts au moins.

"Vers 19h30, il y a eu un grand bruit et j'ai brusquement vu des gens dans une mare de sang", a déclaré en larmes Govind Sharma, prêtre dans un temple hindou. "J'ai perdu mon père dans l'explosion de la bombe."

Les attentats de Jaipur interviennent un peu plus d'une semaine avant que le chef de la diplomatie indienne, Pranab Mukherjee, se rende à Islamabad pour faire le point sur le processus de paix bilatéral entamé il y a quatre ans. Ce sera sa première visite au Pakistan depuis l'entrée en fonction d'un nouveau gouvernement civil dans ce pays.

Le Premier ministre Manmohan Singh a condamné les attentats et lancé un appel au calme. Les gouvernements britannique et américain ont réagi en soulignant que rien ne pouvait justifier que l'on tue des innocents.

A l'hôpital principal de Jaipur, plus de cent personnes se pressaient aux portes des urgences, beaucoup réclamant à grands cris des nouvelles de leurs proches. Hurlant tout aussi fort, des policiers protégeant les portes faisaient appel aux donneurs de sang.

"Je suis venu à la recherche de mon fils. Il était allé au bazar mais n'en est pas revenu", se lamentait Shabnam Bano.

A l'intérieur, des unités de nettoyage s'efforçaient d'éponger le sang qui s'était répandu dans les couloirs.

Les autorités ont dit ne pas avoir connaissance de ressortissants étrangers parmi les morts.

Deux bombes avaient été posées près de temples hindous dans lesquels des foules importantes se rassemblent chaque mardi.

"C'était de toute évidence un attentat terroriste", a déclaré le chef de la police du Rajasthan, A.S. Gill, près du lieu d'une des explosions.

En juillet 2006, sept explosions dirigées contre le réseau ferroviaire de Mumbai (ex-Bombay) avaient fait plus de 180 morts. Elles avaient été attribuées à des activistes opérant à partir du Pakistan avec le soutien de musulmans locaux.

Des accrochages ont eu lieu voici quelques jours le long de la frontière indo-pakistanaise du Cachemire.

Des alertes à la bombe ont aussi eu lieu à New Delhi et à Mumbai, la capitale financière.

Bien qu'aucune menace précise n'ait été signalée, la police a décidé de renforcer la surveillance des centrales électriques, des principales mosquées et des temples hindous par mesure de précaution.

Les villes indiennes ont été frappées par une vague d'attentats ces dernières années qui ont fait des centaines de victimes. En août dernier, trois bombes avaient tué 38 personnes à Hyderabad, dans le sud du pays.

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dimanche 11 mai 2008

Pentecôte à Roissy


Dimanche de Pentecôte à Roissy. Retour de Bombay à la mi-journée. 40 minutes d'attente pour les bagages. Welcome to France ! La semaine dernière à l'arrivée à l'aéroport de Bombay, mon sac m'avait été livré en 3 minutes, montre en main. Et pourtant les Indiens ne sont pas toujours les plus véloces.

A Paris, il fait beau, c'est déjà ça. Recherche d'un taxi. Pas de taxis. Plusieurs avions gros porteurs viennent d'atterrir. Pas de taxis en vue dans le principal aéroport français. Un Américain qui parle très bien le français et qui a déjà eu quelques expériences de ce genre dans notre beau pays éructe : "tous des fonctionnaires ici !". Je n'interviens pas : les taxis ne sont pas des fonctionnaires, c'est juste une espère protégée en France, comme les ours blancs au Pôle Nord.

Finalement, un pauvre bougre probablement préposé au trafic des taxis, sentant monter l'irritation des voyageurs, lance quelques ordres confus sur un walkie-talkie. Il faut attendre au moins 10 minutes avant de voir émerger quelques taxis. Les chauffeurs méprisants refusent évidemment ("ce n'est pas mon boulot !" en français dans le texte) de charger dans leur coffre les valises des étrangers qui viennent de se taper dix heures d'avion pour venir dépenser leurs devises dans notre pays si accueillant. Un taxi se présente enfin à moi. Il est assez sympa. Mais je mets moi-même mon sac dans son coffre. Je respecte les coutumes locales.

J'ai acheté quelques journaux après l'atterrissage. Je les parcours alors que le taxi fonce sur l'autoroute déserte vers la Porte de la Chapelle. J'y apprends la mort de Pascal Sevran. Elkabach avait vu juste bien avant tout le monde ! Quel visionnaire… J'apprends que Lucien Jeunesse ("le jeu des 1000 francs") est mort lui-aussi pendant mon absence. La loi des séries !

Dans mon taxi, la radio est branchée sur "Radio-Nostalgie". Entre Roissy et mon domicile, je suis bercé par la mélopée posthume des chanteurs morts : Joe Dassin, Daniel Balavoine, Michel Berger, Nino Ferrer. "Nostalgie" ce n'est pas une radio, c'est une nécropole. Dans un journal, je lis aussi que Nicolas Sarkozy (tiens, je l'avais complètement oublié, celui-là, en Inde) vient encore d'inventer une nouvelle commémoration qu'il veut infliger aux écoliers.

Cette fois, il s'agirait d'inculquer à nos chères têtes blondes toutes les atrocités de l'esclavage. Alors, on résume : l'esclavage, la mémoire de la Shoah et Guy Môquet . Il commence à devenir lourd en repentance le cartable des jeunes Français scolarisés ! Sarkozy, à sa façon, c'est aussi Radio-Nostalgie. L'action politique toujours dans le rétroviseur.

J'aimerais tant que mon pays tente un instant de penser à l'avenir. Juste un petit peu. Moins de commémorations, moins d'anniversaires lugubres, moins de chanteurs morts à la radio, davantage de projets, d'espoirs, de vision. Est-ce trop demander ?

C'est promis, je vous parlerai une autre fois de Bombay (Mumbai). Ce n'est pas un sujet simple.

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