Le Sarko Show de jeudi soir. C’est un exercice ambigu et extravagant que de vouloir expliquer la gravité de la crise et rassurer le bon peuple sous les dorures d’un palais, devant un petit groupe de figurants dociles (pour la plupart issus du personnel de l’Elysée) en se faisant interroger par des journalistes qui sont forcément en porte-à-faux. Les interviewers se déplacent sur le terrain de celui qui les invite. Sarkozy joue à domicile. Les footballeurs savent que c’est toujours un avantage.
Pourquoi le président ne viendrait-il pas dans un studio de télé, neutre et sans décor ostentatoire ? Il aurait face à lui trois caméras le serrant en gros plan et deux bons questionneurs (ou questionneuses) qui connaîtraient le fond des dossiers et pourraient le pousser dans ses retranchements à la moindre tentative d’esquive. On progresserait peut-être.
Cela nous épargnerait le spectacle embarrassant de jeudi soir, incarné par cette présentatrice blonde qui, après avoir ânonné quelques platitudes, s’est cantonnée ensuite au rôle de potiche souriante. Exercice inutile aussi : le contenu du message présidentiel (suppression de la taxe professionnelle, ‘hedge-funds’, ‘bad banks’), étalé sur plus d’une heure et demie, était vraiment trop technique et fastidieux pour le large public auquel il voulait s’adresser.
Conflits d’intérêts. Dans un livre douteux, Pierre Péan (un expert du genre) attaque certaines pratiques de Bernard Kouchner. L’affaire « fait du bruit dans Landerneau », comme on dit. On le connaît bien, ce bon docteur qui s’avance depuis quarante ans, sac de riz sur l’épaule, vêtu de probité candide et de lin blanc. A la longue, on remarque peut-être quelques tâches sur le lin. Péan lave plus blanc. Plus blanc que blanc, comme disait Coluche !
Il y aurait tant à récurer. Personne ne s’intéresse plus par exemple à Jacques Chirac et à son appartement du Quai Voltaire : 396 mètres carrés, face à la Seine, dans le VIIème arrondissement de la capitale (deux entrées, un office, un séjour, un salon, une salle à manger, cinq chambres, deux cuisines, trois salles de bains, une salle d’eau, un rangement, trois débarras, trois WC, des dégagements, un balcon, et en prime, un entresol de 31,6 mètres carrés avec cuisine, séjour et alcôve). Loyer : gratuit pour les Chirac, grâce à des amis étrangers très généreux.
Quand il a quitté le pouvoir, Chirac avait fait savoir qu’il occuperait ce logement « à titre très provisoire, le temps de trouver un domicile définitif ». Quelques semaines avant l’installation de Nicolas Sarkozy, l’Elysée avait affirmé sans rire que le couple Chirac « n’avait pas eu le temps de trouver leur logement ». Leur fin de règne était pourtant annoncée depuis longtemps. Et Bernadette Chirac, à part ses bonnes oeuvres, avait un emploi du temps encore moins chargé que celui de son président de mari.
« L’Express » nous apprend cette semaine que Bernadette Chirac avait inspecté elle-même avec satisfaction l’appartement du Quai Voltaire quelques années avant d’y emménager avec son époux et leur chien Sumo. La demeure était vide, inoccupée par la famille libanaise Hariri à qui elle appartient. L’appartement, rénové à grands frais en 2001, était destiné à l’un des fils de cette famille, Ayman, qui ne l’a jamais habité. Un endroit idéal et à très bon prix pour le retraité Chirac qui, notons-le au passage, a été hébergé gratis dans des logements de fonction depuis 1974 (comme secrétaire d’Etat, ministre, premier ministre, maire de Paris, président de la République).
Le conflit d’intérêt réside dans le fait que le président de la République Française (encore en exercice) savait qu’il pourrait profiter des largesses d’une puissante famille libanaise. Le patriarche Rafic Hariri, assassiné en 2005, était l’ami intime de Jacques Chirac. Il n’est pas interdit pour un président d’avoir des amis. Mais en tirer des avantages en nature, c’est très gênant, surtout lorsqu’il s’agit d’une famille qui a une forte influence politique, économique et financière au Proche-Orient. La politique de Jacques Chirac dans cette région du monde a été fortement influencée par le prisme libanais, sauce Hariri. Cela vaut bien 396 mètres carrés face à la Seine, pour une période « provisoire » qui s’éternise.
Plus ça va mal, plus ça empire. Les Etats-Unis ont perdu 600.000 emplois pendant le seul mois de janvier 2009 et 1,8 millions en trois mois. Les groupes Murdoch, Time Warner et Disney mordent la poussière. Le numéro un mondial de l’automobile, le japonais Toyota, est dans le rouge pour la première fois. Le déficit du commerce extérieur de la France pour l’année 2008 dépasse les 55 milliards d’euros, 15 milliards de plus que l’année précédente. Toutes ses mauvaises nouvelles étaient dans les journaux aujourd’hui. Attendons celles de demain.
samedi 7 février 2009
Plus ça va mal, plus ça empire.
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lundi 2 février 2009
Slush.
S’agit-il de moi seulement ? Ou ressentez-vous la même chose ? Ne patauge-t-on pas tous ensemble dans cette neige ramollie que les anglo-saxons appellent « slush » (mot intraduisible) ? Je ne parle pas seulement de cette neige fugace tombée aujourd’hui sur la moitié nord de la France et qui s’est vite transformée en bouillasse.
Je parle de cet horizon plombé auquel nous nous fracassons. Sans sombrer dans le catastrophisme, je vous le dis tout net : nous sommes dans le pétrin, bonnes gens. C’est un énorme pétrin planétaire : pas d’issue (nowhere to run !).
Ce brave Obama découvre peu à peu le champ de ruines. Le World Trade Center, après le 11 septembre 2001, c’était juste l’apéritif. Ce sont tous les Etats-Unis qui sont dévastés économiquement. On évoque 1929 ? Obama a compris que le mal est plus profond, comme le résume bien cette mauvaise blague lue quelque part : « Aux Etats-Unis, c’est toujours un noir qui ramasse la merde. »
Même tableau au Royaume-Uni où l’on était encore narquois, il y a peu. Gordon Brown sera-t-il Churchill ? «Blood, sweat and tears». Faut voir !
L’Espagne, naguère vibrionnante, replonge. Et l’Irlande, tellement moderne et créative au cours de la dernière décennie, se referme comme une coquille vide.
Récession, dépression. Peu importent les mots. Ça va très très mal. Les grands experts, les gros manitous, les gourous super-informés vous disent que l’amorce du début du commencement du frémissement de l’ébauche de la reprise, c’est pour 2010. Qu’en savent-ils ? Vous avaient-ils dit, par anticipation, que nous serions aujourd’hui dans cette mélasse ?
Et il faut les entendre aussi nos gouvernants français. François Fillon a pris aujourd’hui le TGV avec 18 de ses ministres pour arriver à Lyon. C’est là qu’il a annoncé le lancement de « mille projets » contre la crise.
Quand on commence à donner ce genre de chiffres, je frémis. Ça me rappelle les « 110 propositions » de François Mitterrand. On a vu le résultat au bout de 14 ans. Ou, pire encore, je me souviens de la campagne des « cent fleurs » de Mao en 1957. Tous les désastres, toutes les tueries du maoïsme en découleront.
Fillon et ses « mille projets », de quoi s’agit-il ? Même avec indulgence, il est difficile d’y voir autre chose qu’un rafistolage de vieux chantiers étatiques couverts de poussière. Un bout d’autoroute, la réfection partielle de la toiture de Notre Dame, une école par-ci, par-là. Ce n’est pas ça qui fonde une politique de crise. On est encore et toujours dans le provisoire, dans l’éphémère, dans le ravaudage.
On dit que Nicolas Sarkozy s’invite à la télé (qui est un peu la sienne) jeudi soir. S’il voulait marquer l’Histoire, le président de la République Française pourrait nous impressionner en disant clairement ceci :
« Mes chers concitoyens, le monde est à la dérive, je vous invite à réagir avec courage et ce sera long et pénible. C’est ensemble que nous nous sortirons de ce bourbier, ce n’est pas en clamant des slogans d’un autre âge. Il faut réinventer nos rapports sociaux, notre distribution de la richesse. Il faut que la France s’inscrive dans une Europe forte qui respectera et travaillera en harmonie avec le reste du Monde. Nous avons des ressources, du savoir-faire, nous sommes mieux armés que beaucoup d’autres nations pour réagir face à ce défi sans précédent. Nous devons oublier nos clivages, nos certitudes, nos schémas anciens. Si par malheur nous nous y accrochons encore, ils seront les instruments de notre naufrage collectif»
Voilà ce que doit dire, en substance, le président jeudi. Et il doit aussi, au passage, clouer le bec aux politiciens français de gauche (Martine and Co) et d’extrême gauche (Olivier et les autres) qui, inexorablement, nous réchauffent le ragoût krypto-marxiste. Celui-ci a franchement dépassé sa date de péremption.
Je parle de cet horizon plombé auquel nous nous fracassons. Sans sombrer dans le catastrophisme, je vous le dis tout net : nous sommes dans le pétrin, bonnes gens. C’est un énorme pétrin planétaire : pas d’issue (nowhere to run !).
Ce brave Obama découvre peu à peu le champ de ruines. Le World Trade Center, après le 11 septembre 2001, c’était juste l’apéritif. Ce sont tous les Etats-Unis qui sont dévastés économiquement. On évoque 1929 ? Obama a compris que le mal est plus profond, comme le résume bien cette mauvaise blague lue quelque part : « Aux Etats-Unis, c’est toujours un noir qui ramasse la merde. »
Même tableau au Royaume-Uni où l’on était encore narquois, il y a peu. Gordon Brown sera-t-il Churchill ? «Blood, sweat and tears». Faut voir !
L’Espagne, naguère vibrionnante, replonge. Et l’Irlande, tellement moderne et créative au cours de la dernière décennie, se referme comme une coquille vide.
Récession, dépression. Peu importent les mots. Ça va très très mal. Les grands experts, les gros manitous, les gourous super-informés vous disent que l’amorce du début du commencement du frémissement de l’ébauche de la reprise, c’est pour 2010. Qu’en savent-ils ? Vous avaient-ils dit, par anticipation, que nous serions aujourd’hui dans cette mélasse ?
Et il faut les entendre aussi nos gouvernants français. François Fillon a pris aujourd’hui le TGV avec 18 de ses ministres pour arriver à Lyon. C’est là qu’il a annoncé le lancement de « mille projets » contre la crise.
Quand on commence à donner ce genre de chiffres, je frémis. Ça me rappelle les « 110 propositions » de François Mitterrand. On a vu le résultat au bout de 14 ans. Ou, pire encore, je me souviens de la campagne des « cent fleurs » de Mao en 1957. Tous les désastres, toutes les tueries du maoïsme en découleront.
Fillon et ses « mille projets », de quoi s’agit-il ? Même avec indulgence, il est difficile d’y voir autre chose qu’un rafistolage de vieux chantiers étatiques couverts de poussière. Un bout d’autoroute, la réfection partielle de la toiture de Notre Dame, une école par-ci, par-là. Ce n’est pas ça qui fonde une politique de crise. On est encore et toujours dans le provisoire, dans l’éphémère, dans le ravaudage.
On dit que Nicolas Sarkozy s’invite à la télé (qui est un peu la sienne) jeudi soir. S’il voulait marquer l’Histoire, le président de la République Française pourrait nous impressionner en disant clairement ceci :
« Mes chers concitoyens, le monde est à la dérive, je vous invite à réagir avec courage et ce sera long et pénible. C’est ensemble que nous nous sortirons de ce bourbier, ce n’est pas en clamant des slogans d’un autre âge. Il faut réinventer nos rapports sociaux, notre distribution de la richesse. Il faut que la France s’inscrive dans une Europe forte qui respectera et travaillera en harmonie avec le reste du Monde. Nous avons des ressources, du savoir-faire, nous sommes mieux armés que beaucoup d’autres nations pour réagir face à ce défi sans précédent. Nous devons oublier nos clivages, nos certitudes, nos schémas anciens. Si par malheur nous nous y accrochons encore, ils seront les instruments de notre naufrage collectif»
Voilà ce que doit dire, en substance, le président jeudi. Et il doit aussi, au passage, clouer le bec aux politiciens français de gauche (Martine and Co) et d’extrême gauche (Olivier et les autres) qui, inexorablement, nous réchauffent le ragoût krypto-marxiste. Celui-ci a franchement dépassé sa date de péremption.
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