samedi 28 février 2009

Couple lessivé.

Petite scène au marché ce matin, du côté de la rue de Bretagne (75003), épicentre de la boboïtude : une jeune fille charmante, munie d’un grand panier d’osier, distribue les échantillons gratuits d’une nouvelle lessive (genre « plus blanc que blanc », comme disait Coluche).

« Non, merci, lui dis-je, je ne fais jamais la lessive ! » (ce qui est un gros mensonge car je la fais toutes les semaines).

« Alors, pour votre femme ! » insiste la jeune fille, me tendant l’échantillon.

Je lui réponds en m’éclipsant : « je n’ai pas de femme ! » (ce qui est la stricte vérité).

Passons sur la conception machiste de la lessive qui serait dévolue automatiquement aux femmes.

Le plus intéressant se produit quelques secondes plus tard.

Un passant m’entendant dire très fort « je n’ai pas de femme » s’écrie à la cantonade : « quelle chance ! »

Accompagnant ce badaud, une femme qui semblait être la sienne. Elle a fait soudain une drôle de tête…

vendredi 27 février 2009

Cimetière de voitures.

Parmi les leçons à retenir de l’Histoire, il y a ce doute qui ne doit jamais nous quitter face aux hégémonies prétendant s’installer pour l’éternité.

Adolf Hitler affirmait que son IIIème Reich serait sans fin. Il a duré 12 ans. Le communisme, entre la révolution russe de 1917 et la chute du mur de Berlin n’aura résisté que 72 ans.

Et la dictature de la bagnole ? Bonne nouvelle, ça sent le roussi ! La voiture, un gros siècle, et c’est fini ? On a de bonnes raisons de l’espérer.

L’automobile (véhicule mobile sans traction extérieure) balbutie à la fin du XIXème siècle mais grandit et prospère au début du XXème siècle, notamment grâce à l’Américain Henry Ford.

Funeste invention, la pire de cette époque ! La voiture a perverti nos modes de vie, pollué nos villes et nos campagnes, défiguré les paysages, crétinisé des centaines de millions de conducteurs.

C’est la crise de 1929 aux Etats-Unis qui a fourni à la voiture son redoutable tremplin. Prenant le pouvoir en 1933, l’homme du « new deal », Franklin Delano Roosevelt lance ses grands travaux. Ils comprennent notamment la construction d’un réseau de routes et d’autoroutes : 30.000 kilomètres et 700 ponts. Ce réseau existe toujours. Roosevelt, dans cette période de crise, a cédé au lobby de la voiture, à Henry Ford et à ses concurrents de Detroit qui commencent à produire à la chaîne des voitures accessibles au grand public.

Roosevelt a sacrifié les transports en commun à la voiture individuelle. Il a signé son arrêt de mort au transport ferroviaire. C’est pourtant sur le chemin de fer que les Etats-Unis s’étaient construits et unifiés. Roosevelt a tout lâché à la bagnole. Au même moment ou presque (1936), Adolf Hitler lançait la « voiture du peuple » (la Volkswagen). L’automobile encombre la planète depuis cette époque : Hitler-Roosevelt, même combat !

Par chance, nous sommes en train d’assister, non pas à la mort de la voiture, mais au moins au début de son agonie. Le phénomène est fort bien décrit dans cette tribune signée par Pascal Bruckner dans le journal ‘Le Monde’.

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La voiture : panne de libido ?
par Pascal Bruckner


Ce sont des milliers de carcasses neuves qui, partout en Europe et en Amérique, s'alignent sur des parkings, sous des hangars et attendent en vain un acheteur. Rien à voir avec les classiques cimetières de voitures, amas de tôles froissées, de châssis défoncés pourrissant dans une friche, tel le mythique Cadillac Ranch, sur la Route 66 aux Etats-Unis, monolithes de métal peinturlurés, fichés dans le sable du désert californien. Ceux-ci témoignaient de la vitalité d'une industrie qui semait derrière elle ses déchets.


Les cimetières d'aujourd'hui incarnent une panne du système. La crise accélère une désaffection grandissante envers l'automobile. Les 4 × 4 gourmands sont dénoncés aux Etats-Unis par les groupes évangélistes qui voient en eux les symboles d'une arrogance contraire aux enseignements du Christ ! Partout les grands constructeurs ferment des usines, réduisent la production, se déclarent en faillite, licencient à tour de bras. Fin d'un objet fétiche qui fut le héros du XXe siècle et créa dans son sillage tant de chefs-d'oeuvre, de petites merveilles de la mécanique.

Trois raisons expliquent cet abandon : l'automobile a incarné longtemps un rêve de liberté, celle de circuler à sa guise. Pour un monde longtemps immergé dans la ruralité, figé dans le temps et l'espace, elle parut un miracle. Rouler des nuits entières, partir sur un coup de tête, traverser la France, l'Europe, avaler des kilomètres pour le plaisir, ne dépendre de personne, tel est, tel fut l'attrait de ce moyen de transport. Personnalisation quasi érotique de la voiture, maison roulante que l'on emportait partout avec soi, incarnation sur roues de votre singularité. Ce rêve s'est écroulé lentement avec l'engorgement des villes, des routes, des autoroutes : si chaque Français, Belge, Américain possède son véhicule, il sera peut-être un heureux propriétaire mais il ne pourra plus circuler.

L'effet démultiplicateur de la démographie périme le droit à la mobilité. Merveilleuse tant qu'elle était réservée à une minorité, la voiture, popularisée, se transforme en cauchemar, fait de chaque conducteur le prisonnier de son véhicule, dispendieux qui plus est. Fin de la vitesse, généralisation de l'embouteillage, de l'accident dont témoignent tant d'oeuvres littéraires ou cinématographiques.

"Démocratie, a très bien dit l'écrivain Roberto Calasso : l'accession de tous à des biens qui n'existent plus." Ajoutons à ce discrédit le renchérissement des coûts du pétrole et surtout l'anathème porté par le discours écologiste sur cette industrie, polluante et encombrante. Symbole d'affranchissement, la voiture est devenue symbole d'aliénation et d'inertie. Le bolide qui dévorait l'espace s'est enlisé dans une coagulation généralisée. La merveilleuse auto s'est transformée en bagnole, poubelle bruyante dont on se détourne avec horreur.

Il ne s'agit pas d'une simple mise au régime, d'une diète provisoire avant de reprendre l'orgie : c'est vraiment la conclusion d'un cycle. Bien sûr, on construira toujours des voitures, mais propres, électriques, petites, n'émettant aucun gaz carbonique et rechargeables sur des prises à haut débit. La Californie commercialise depuis quelques années le Tesla Roadster, une décapotable propre, plébiscitée par les stars, et Bertrand Delanoë lancera bientôt à Paris un système Auto-lib' sur le modèle du Velib' : de petits véhicules électriques empruntables à l'heure ou à la journée. Nous serons tous des "écocitoyens responsables", nous prendrons le bus, le tramway, le métro, nous cesserons de financer, par notre gloutonnerie de pétrole, des dictatures sanguinaires ou des régimes oppresseurs.

Mais qu'est-ce qu'une voiture qui n'est ni voyante, ni polluante, ni tapageuse ? Un moyen de transport, pas un objet de désir. L'écologie a raison, ce pourquoi elle ne suscitera jamais l'enthousiasme, puisque ses mots d'ordre sont l'économie, la privation, la précaution. Finie l'ostentation des cabriolets ou coupés qui écrasaient de leur luxe la piétaille humaine ; finis les exploits des amoureux de la vitesse qui jouissaient d'accélérations vertigineuses et flirtaient avec la mort à chaque virage.

Les anathèmes d'Ivan Illitch, André Gorz ou René Dumont n'y ont rien fait. Il a fallu une désertion globale pour que le rêve automobile perde de son lustre et que les ventes s'effondrent. Mais on ne tue jamais une passion sans lui en substituer une autre. Déjà nos rutilantes machines sont remplacées par les portables, les ordinateurs qui répondent au double principe d'indépendance et de locomotion : nous sommes partout sans bouger de chez nous, reliés à tous sans être avec personne.

A la place des monstres énergivores, les écrans ultraplats à fonctions multiples, dans un outil de quelques centaines de grammes. Nouveau paradigme qui fait basculer l'individu contemporain dans une ère inédite d'autosuffisance et de mobilité.
Ce n'est pas le marché qui agonise, c'est une forme dépassée du capitalisme qui disparaît parce qu'elle a cessé d'être désirable.

© Le Monde

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dimanche 22 février 2009

Réflexions abruptes sur l'outre-mer.


Comment voulez-vous que ça marche, un tel système ? Je parle de l’outre-mer de la République Française.

La crise violente en Guadeloupe n’est qu’un rappel bien tardif d’une situation bancale qui perdure depuis des décennies. Il y a, dans les récents troubles antillais, les signes avant-coureurs d’une guerre, comparable à la guerre d’Algérie.

Les békés antillais, potentats blancs, détenteurs ultra-minoritaires du pouvoir économique, ne sont pas sans rappeler les pieds-noirs, à ceci près qu’il y avait en Algérie des pieds-noirs modestes. Ils sont plus rares dans les Antilles.

En Martinique et surtout en Guadeloupe, la caste blanche truste le commerce, l’industrie et ce qui reste de l’agriculture. Les békés, héritiers des esclavagistes, continuent de dominer par l’argent.

La population noire, qui descend des esclaves, est tout autant coupable d’avoir entretenu ce système de domination en acceptant passivement les avantages confortables de l’Etat providence.

Il s’agit de l’Etat Français, celui contre lequel Elie Domota, le meneur guadeloupéen, concentre sa haine. La France, tellement honnie (Domota est indépendantiste) est pourtant extrêmement généreuse.

La population totale de l’outre-mer (tous les DOM et les collectivités territoriales), c’est deux millions d’habitants (moins que la ville de Paris). L’outre-mer français, c’est un budget annuel de 6 ,7 milliards d’euros, c’est-à-dire davantage que le budget annuel du ministère de la Justice de toute la France (tous les tribunaux, tous les magistrats, toutes les prisons, y compris outre-mer).

L’outre-mer français, c’est un taux de non-emploi record. En Guadeloupe, entre les chômeurs et les bénéficiaires du RMI, vous avez un tiers de la population en âge de travailler qui se contente éternellement de l’aide publique. Chez les jeunes (18-25 ans), le taux de chômage est de 40 %.

Dans les Guadeloupéens effectivement au travail, 40% sont employés par une administration, comme le meneur Elie Domota, sous-directeur régional du « Pôle emploi » - fusion UNEDIC, ANPE - (ça ne s’invente pas !).

Il y a aux Antilles (et aussi à la Réunion), cette expression délicieuse pour parler des allocations familiales : on appelle ça « l’argent braguette ». Avec un taux de natalité exceptionnel, l’outre-mer se satisfait avec plaisir de cette prodigue braguette, véritable tiroir-caisse.

Il suffit de prendre un bateau et d’accoster dans les îles voisines, désormais indépendantes. Le niveau de vie y est trois ou quatre fois inférieur à celui des Antilles françaises. Nos départements ultramarins ne se maintiennent que grâce à l’aide très coûteuse de la Métropole, bonne fille et néanmoins conspuée.

Ce système colonial est pourri jusqu’à la moelle par une classe politique locale vermoulue par le clientélisme. Observez par exemple Lucette Michaux-Chevry, sénateur UMP de la Guadeloupe. Elle brandit l’étendard d’une révolte de pacotille, jusque dans la cour de l’Elysée. Un peu de pudeur madame, vous qui avez mangé à tous râteliers républicains en avalant toutes les couleuvres disponibles !

Ces arrangements scandaleux, confortés par des subventions échappant le plus souvent à tous les contrôles élémentaires, ont été cajolés pendant des années par plusieurs présidents de la République.

Sans conteste, le plus conciliant (pour ne pas dire le plus lâche) a été Jacques Chirac. Pendant les années interminables de son règne, le Corrézien (d’adoption) a toujours caressé l’outre-mer dans le sens des alyzés.

Pas de vague : on dépose le fric sur la plage au pied des cocotiers et tout le monde est content : les exploiteurs, les exploités et les (nombreux) fonctionnaires. L’outre-mer, ça s’arrangeait toujours à coup de millions ou de milliards.

Seulement voilà, les temps ont changé. Nous traversons une crise mondiale qui tolère plus difficilement les gouffres budgétaires. Et Nicolas Sarkozy se fiche royalement des confettis de notre empire, ces petits pustules tricolores sur la surface du globe. L’outre-mer : un sac de nœuds, que des emmerdements. Et ‘at home’, en métropole, les emmerdements, il en a à revendre Sarko !

Alors, il a laissé ce pauvre Yves Jégo patauger lamentablement dans ce bourbier exotique, pendant que la ministre de tutelle (Michèle Alliot-Marie, alias MAM) enfouissait précipitamment son long bec d’autruche dans le sable tropical.

Pas joli-joli, le comportement veule de la République à l’égard de ses possessions lointaines !

Alors, s’il fallait trancher une bonne fois pour toutes, pourquoi ne pas poser la vraie question, celle qui fâche ? Pourquoi ne pas couper le cordon ombilical ?

Elie Domota, le chef de la révolte guadeloupéenne, ne cesse d’évoquer le colonialisme. Il fustige la « presse étrangère » (en réalité les journalistes blancs venus de Métropole).

Voulez-vous l’indépendance, vous les ultramarins ? Si c’est ce que voulez, on peut s’organiser.

La Nouvelle-Calédonie a commencé ce chemin, après le travail délicat de conciliation réussi par Michel Rocard lorsqu’il était à Matignon. Dommage, car la Nouvelle-Calédonie est bien le seul territoire d’outre-mer vraiment économiquement viable grâce au nickel (premier producteur mondial).

Mais vous les Antillais, les Guyanais, les Réunionnais, souffrez-vous vraiment de vivre à l’ombre du drapeau français ? Il faut le dire tout de suite.

Votre indépendance, je vous l’accorde dans la seconde.

Mais il va falloir tout réinventer, sans le fric de la Métropole : les bureaux de poste qui distribuent vraiment le courrier, l’argent braguette (voir plus haut), les indemnités chômage, le RMI, les pharmacies (exceptionnellement nombreuses dans les DOM) où les médicaments sont distribués gratuitement grâce à la Sécu, les hôpitaux qui soignent, les routes entretenues, l’électricité qui fonctionne.

L’indépendance, le mot est joli. Mais il ne sera pas facile de l’accompagner de tous les agréments fournis depuis si longtemps par la manne métropolitaine (nos impôts, ceux que vous payez si peu) de la République Française.

Antillais, allez faire un tour à La Dominique ou à Sainte-Lucie, îles indépendantes voisines, deux anciennes colonies britanniques. La vie quotidienne est y nettement moins florissante que dans nos départements d’outre-mer. Comparez les niveaux de vie.

Finalement, les Britanniques n’ont pas fait une mauvaise opération en larguant leurs boulets coloniaux au bon moment.

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