Rocard bipolaire. Michel Rocard deviendra officiellement mercredi « Ambassadeur de France » du Pôle Nord et du Pôle Sud. Cela ressemble à une blague signée Alfred Jarry. Mais c’est très sérieux. Ce n’est pas « Ubu roi » mais Sarko 1er qui vient d’avoir cette idée de génie. Michel Rocard, aujourd’hui âgé de 79 ans, ancien premier ministre de François Mitterrand, va devenir (avec le rang d’Ambassadeur) le représentant de la France dans les négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. C’est une décision de Nicolas Sarkozy. Pendant que l’ardent Jack Lang est en mission élyséenne sur l’île tropicale de Cuba, Michel Rocard est en charge de la banquise. Notre président, toujours avisé, souffle le chaud et le froid dans le cimetière des éléphants socialistes.
Crise de foi. La crise pourrait être une mauvaise affaire pour les religions. Je lis comme toutes les semaines l’excellent éditorial de Frank Rich dans le « New York Times ». Il raconte, preuves à l’appui, que la ferveur et les pratiques religieuses avaient subi un recul très net pendant la grande dépression américaine des années 30. Une grave crise économique ne précipite pas les foules vers les églises et les temples. Elle stimule davantage les mouvements citoyens, les solidarités sociales. Frank Rich établit une comparaison avec l’époque que nous traversons : les fondamentalistes chrétiens aux Etats-Unis n’arrivent plus à se faire entendre. La droite religieuse américaine est devenue inaudible. Elle avait pourtant accompagné et soutenu bruyamment les deux mandats de George W. Bush. Cet épisode est révolu. Les ayatollahs anti-avortement, les homophobes patentés, les opposants hystériques aux recherches sur les cellules souches, toute cette pieuse piétaille n’arrive plus à exister médiatiquement. Ils sont devenus insignifiants car une autre urgence s’est imposée : conserver ou trouver du boulot.
Les lieux de la collaboration. Je compulse avec une grande curiosité un livre bizarre publié par les éditions du « Seuil ». Le titre est explicite : « Paris dans la collaboration ». L’auteur, Cécile Desprairies, y répertorie avec une minutie d’apothicaire les immeubles, les cafés, les théâtres, les cinémas, les hôtels, les maisons closes, les édifices publics qui ont été réquisitionnés par les forces d’occupation allemande à Paris entre 1940 et 1944. C’est une sorte de guide touristique de la défaite et de la soumission, totalement fascinant par la force des détails. Toutes les rues, les avenues, les places sont scrutées au microscope. D’une adresse à l’autre, on croise Arletty, Jean Cocteau et d’autres personnages qui n’ont jamais été rebutés par le très provisoire changement de propriétaire.
dimanche 15 mars 2009
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