"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

mercredi 4 août 2010

Bach "arrangé" à l'accordéon !

Sur Radio Classique, j’entends pérorer l’accordéoniste Richard Galliano. Mazette, ce monsieur se prend pour un Rostropovitch du piano à bretelles ! On n’entend plus que lui en ce moment...

Galliano dézingue d’un coup de griffe furtif le brave violoniste André Rieu. Rieu fait de la soupe mais ne pète pas plus haut que le trou de son cul.

Galliano, au contraire, plastronne et se pavane.

Il suffit malheureusement d’écouter quelques mesures de son dernier disque (chez Deutsche Grammophon, rien que ça !) pour être plongé dans une profonde consternation.

Richard Galliano ne se refuse rien : il s’est attaqué à Bach. Dans cette attaque surprise, Bach est victime d’un sauvage assassinat qu’aucun tribunal ne pourrait juger. En toute simplicité, Galliano a fait des «arrangements» de la musique de Bach pour son accordéon. C’est un supplice, un sommet de vulgarité.

Monsieur Galliano, je vous en supplie, n’arrangez pas Bach. C'est au dessus de vos forces, ça n'arrange rien, ça me dérange.

Et s’il était possible à l’avenir, sur Radio Classique, de ne plus entendre cet énergumène, ce serait bien. Au moins aux heures où j’écoute. Je vous les communiquerai. Merci d’avance.

mardi 3 août 2010

Les déchus du sarkozisme

Après les déçus, voici les déchus du sarkozisme.

Les mots ont un sens. Ils ont aussi des synonymes.

C’est Nicolas Sarkozy, soutenu par ses valeureux hallebardiers Hortefeux et Besson, qui vient de remettre au goût du jour le mot «déchéance».

Le chef de l’Etat veut déchoir de leur nationalité française les délinquants dangereux d’origine étrangère et naturalisés français.

Déchu, déchoir, déchéance.

Je vous propose quelques synonymes du mot «déchéance» : abaissement, affaiblissement, atrophie, avilissement, bassesse, chute, corruption, décadence, déclassement, déclin, décrépitude, dégénérescence, dégradation, délabrement, déliquescence, dépravation, déshonneur, destitution, destruction, détérioration, détrônement, disgrâce, éclipse, faute, flétrissure, forclusion, forfaiture, honte, ignominie, incapacité, inconduite, indignité, infamie, interdiction, misère, perte, rabaissement, rapetissement, ruine, sénescence, souillure, turpitude.

Est-il bien prudent de la part du président de la République de faire ressurgir le mot «déchéance » ? Ne nous incite-t-il pas, par association d’idée et de sens, à nous interroger sur sa manière de gouverner ? Qui a initié la déchéance ?

Souvenez-vous du 18 Juin dernier. Le président Sarkozy -accompagné de son épouse naturalisée (et menacée de déchéance en cas de crime sérieux)- se rend à Londres pour commémorer le 70ème anniversaire de l’appel lancé par le général De Gaulle à la BBC.

Ironie suprême, Nicolas Sarkozy venait rendre hommage à un homme qui fut déchu de sa nationalité française par Philippe Pétain.

Le décret, en date du 8 décembre 1940, figure page 6043 du Journal Officiel en date du 10 décembre 1940 : "Nous, Maréchal de France, chef de l’État français […] Décrétons : Art. 1- Est déchu de la nationalité française à dater du 2 août 1940 ; M. De Gaulle (Charles André Joseph Marie), né le 22 novembre 1890 à Lille (Nord)."

Fin 1940, cette déchéance de la nationalité française pour Charles De Gaulle était la conséquence de la loi du 23 juillet 1940 du régime de Vichy, qui prévoyait cette disposition principalement pour deux catégories de Français : les gaullistes et les juifs. Pour les premiers, la déchéance de la nationalité concernait ceux qui avaient quitté le territoire national entre le 20 mai et le 30 juin 1940.

Cette loi a été appliquée à l’encontre de 446 Français, premiers membres de la France libre, dont René Cassin, Georges Catroux, Paul Rivet et l’amiral Muselier. La situation des israélites naturalisés français après le 10 août 1927 était traitée par une commission qui avait le pouvoir de leur enlever leur nationalité.

La dénaturalisation des juifs français sera massive à partir des lois antijuives du 3 octobre 1940. Parmi ces dénaturalisés juifs, les archives gardent la trace des membres de la famille de Rotschild, du jeune Lucien Ginsburg (futur Serge Gainsbourg), de Marc Chagall ou de Mnacha Tenenbaum, le père de Jean Ferrat.

Dans cette offensive sécuritaire de l’été 2010, celui qui menace de déchéance n’est-il pas en train de déchoir lui-même ?

Quelques synonymes de «déchoir» : baisser, dégrader, dégringoler, descendre, diminuer, rétrograder.

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Les précisions historiques qui précèdent sur la période de Vichy sont extraites d’un article récent de Philippe Piot dans «L’Est Républicain»

Pessimisme versus optimisme

Deux lecteurs fidèles de ce blog m’ont mis récemment en garde, une nouvelle fois, contre mes accès (et mes excès) de pessimisme.

Puisque le blog «Anyhow» refleurit après une longue période de jachère, j’ai fait une petite recherche sur l’optimisme. Il s’agit de repartir du bon pied.

J’ai rassemblé pour vous un petit florilège de citations sur l’optimisme.

La meilleure est signée Jean Rostand dans son ‘Carnet d’un biologiste’ : «Je me sens très optimiste quant à l'avenir du pessimisme».

Mais cet aphorisme risque de me faire dangereusement retomber dans mes travers anciens.

Prenons donc de la hauteur avec le philosophe Alain, champion de la spécialité, dans ses ‘Propos pour le bonheur’ : «Le pessimisme est d'humeur ; l'optimisme est de volonté». Cher Alain, plus facile à dire qu’à faire !

L’optimisme se mesure souvent à l’aune du quotidien.

Voici trois illustrations :

« Un optimiste est quelqu'un qui commence à faire ses mots croisés au stylo à bille. » (Marie-Lyse Aston – c’est une Américaine connue surtout pour avoir produit des citations – c’est un métier !)

«Un optimiste, c'est un homme qui plante deux glands et qui s'achète un hamac.»(Maréchal de Lattre de Tassigny).

«Le comble de l'optimisme, c'est de rentrer dans un grand restaurant et compter sur la perle qu'on trouvera dans une huître pour payer la note.» (Tristan Bernard)

Faute pouvoir conclure moi-même, je laisse à Georges Bernanos le mot de la fin : «La seule différence entre un optimiste et un pessimiste, c'est que le premier est un imbécile heureux et que le second est un imbécile triste.»

Entre être triste et heureux, le choix s’impose aisément.