"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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jeudi 28 octobre 2010

Ubu Roi.


Comme en écho à ce que j’écrivais ici hier, voici l’éditorial de Franz-Olivier Giesbert dans ‘Le Point’ de cette semaine. Rien à ajouter, tout est dit.

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Au pays d'Ubu

Il y a décidément une exception française.

La preuve, nous venons de vivre quelques semaines absolument exceptionnelles.

- La France s'est arrêtée à la suite d'un mouvement de grève déclenché contre l'allongement de l'âge légal de la retraite de 60 à 62 ans par des professions qui la prennent généralement à... 55 ans.

- Les grutiers du port de Marseille ont cessé le travail pour obtenir la réduction de leur temps de travail hebdomadaire à 12 heures pour un salaire de... 4 500 euros.

- Les syndicats qui mènent la danse ne représentent, à cinq, que 8 % des salariés, et encore, en comptant le secteur public. Cette sous-syndicalisation est au demeurant une des raisons du charivari social.

- Nous sommes le seul pays au monde où les lycéens ont, pour les représenter, de vrais syndicats qui s'occupent de tout, sauf du fonctionnement des lycées. Jeunisme qui s'étend aux étudiants, pour qui l'Unef réclame la prise en compte dans le calcul des retraites des années passées à l'université. Avant de demander sans doute la même chose pour les maternelles.

- Le patronat est tellement refroidi qu'il n'ose même pas ouvrir la bouche, de peur d'être traité d'ultralibéral, voire d'ultrafasciste.

- La gauche condamne la réforme des retraites et ses dirigeants participent aux manifestations, souvent en tête des cortèges, mais assurent aussitôt en privé qu'ils se débrouilleront, s'ils arrivent au pouvoir, pour ne pas la remettre en question.

- Les ministres du gouvernement ont appris qu'ils étaient dans la ligne de mire le jour où Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il allait procéder à un remaniement, en donnant même les noms de futurs limogés. C'était il y a six mois. Depuis, il les observe se tortiller. Une leçon de darwinisme appliqué.

Rassurons-nous. Il y a encore d'autres exceptions qui peuvent donner aux touristes d'autres raisons encore de venir nous visiter.

©Le Point

mercredi 27 octobre 2010

Tout ça pour ça


Cette fichue réforme des retraites est donc votée définitivement. Vous en doutiez ? Nous allons enfin sortir de ce psychodrame ridicule et inutile.

Dans cette histoire, il n’y a que des perdants.

D’abord le gouvernement et le président Sarkozy qui ont été incapables de proposer des explications convaincantes et d’offrir une pédagogie efficace afin d’imposer un texte nécessaire même s’il est d’une effarante timidité. Cette réforme est largement insuffisante. Les sacrifices à venir seront encore plus cruels. Parions que nous rouvrirons le dossier des retraites, exactement le même, dans moins de cinq ans.

Mais le pouvoir actuel, handicapé par un climat délétère (l’affaire Woerth-Bettencourt, la surenchère sécuritaire, etc.), a perdu sa légitimité. Plus personne n’écoute les membres de ce gouvernement. Plus grave sans doute, le président de la République réunit sur son nom une énorme majorité de mécontents : 70 %. Dans ces conditions, comment voulez-vous rendre populaire ou, au moins, acceptable une réforme qui exige de faire des sacrifices ?

L’opposition n’est guère plus glorieuse. Les cerveaux du Parti Socialiste n’ignorent pas qu’il est impossible de maintenir en l’état le système actuel des retraites, ainsi que bon nombre « d’acquis sociaux » (comme ces funestes 35 h). Mais personne au PS n’a le courage de le dire. Ecoutez attentivement les déclarations faites depuis un mois par tous les ténors socialistes sur les retraites. Je n’ai entendu que du louvoiement. Ils promettent, la main sur le cœur, de revenir au départ à 60 ans s’ils retournent aux affaires. C’est un mensonge qui ne sera pas tenu, tout simplement parce que c’est intenable. Là encore, prenons date.

Dans ce capharnaüm, le pompon revient quand même aux syndicats. C’est quoi le syndicalisme en France ? Rien du tout. Et c’est d’ailleurs un drame. Si les syndicats étaient mieux implantés, vraiment représentatifs, ils ne seraient pas forcés de faire de la surenchère. Le syndicalisme français ne repose que sur la vocifération et l’excès. Il est inopérant. Son râle permanent est un cri de détresse avant l’agonie.

Les syndicats en France, malgré leur forte faculté de nuisance dans certains secteurs, sont quasi inexistants. Le taux de syndicalisation des salariés français est de 8% (secteur public et privé confondus). Dans le secteur privé, c’est moins de 5%. François Chérèque ou Bernard Thibault sont les leaders bruyants de groupuscules insignifiants.

Rappelons ensuite que ce sont les professions les plus protégées qui ont, comme d’habitude, pourri la vie des millions de Français ces dernières semaines. Le conducteur de la SNCF qui n’a pas pris les manettes de son train en faisant grève récemment partira néanmoins à la retraite à 50 ans. La réforme actuelle ne le concerne pas du tout. Si le calendrier est respecté, son sort sera éventuellement examiné dans une quinzaine d’années avec beaucoup de généreux accommodements.

Enfin, deux mots sur la jeunesse, la jeunesse syndiquée, spécialité française. Dans aucun autre pays, on ne trouve la trace d’un « syndicat lycéen ». Cette notion, c’est tout simplement du délire. Le fait même qu’on puisse reconnaître l’existence de syndicats lycéens me laisse profondément perplexe.

Il y a dans notre pays plus de deux millions de lycéens. Les deux principaux ‘syndicats de lycéens’ (UNL et FIDL) revendiquent ensemble 13.000 adhérents (chiffre autoproclamé totalement invérifiable). Le ratio est éloquent : 13.000 militants sur 2 millions de lycéens. Il n’empêche que cette infime minorité agissante a réussi à entrainer les autres dans un mouvement ubuesque. Les adolescents inquiets pour leur retraite ? Vaste blague. Vont-ils bientôt défiler pour exiger une garantie obsèques ?

Du côté des étudiants, la mobilisation a été assez poussive. Là encore, il est utile de rappeler que le principal syndicat étudiant, l’UNEF, est pratiquement inexistant. Il y a environ 2,2 millions étudiants en France. L’UNEF ne compte que 30.000 adhérents. C’est très faiblard. L’UNEF est un ectoplasme à qui on donne exagérément la parole.

Bon, maintenant, ce petit monôme automnal est terminé. Il aura suffit d’une période de vacances et la perspective des dépôts de chrysanthèmes de la Toussaint pour calmer tout le monde, y compris les ramasseurs de poubelles de Marseille.

Le PS va pouvoir revenir à l’essentiel : l’organisation de ses prometteuses primaires. Le président Sarkozy tentera prochainement d’amuser la galerie avec un exercice moyennement divertissant : un remaniement gouvernemental.

La France, déjà au bord de la banqueroute, aura perdu presque 3 mois en vaine agitation.

Et en 2013, que fera-t-on ? Surprise ! On entamera une nouvelle réforme du système des retraites. C’est déjà prévu. Sisyphe est prévenu.

mardi 19 octobre 2010

La question des lycéens : "Aung San Suu Kyi, c'est qui ?"

Depuis quelques années, la Mairie de Paris a installé un portrait d’Aung San Suu Kyi au pied de la statue qui se dresse au centre le Place de la République. J’ai toujours pensé que cet affichage, même porté par des idées nobles, était moche.

Mais je suis prêt à un petit sacrifice esthétique car l’Occident ne doit pas oublier cette opposante birmane, victorieuse des élections de 1990 mais placée en résidence surveillée par la junte militaire qui pressure un peuple tout entier, le coupant du monde et le plongeant dans l’oppression et parfois la famine. Le courage et la dignité d’Aung San Suu Kyi ne sont pas sans rappeler la lutte pour la justice et la démocratie de Nelson Mandela en Afrique du Sud.

Depuis aujourd’hui, il n’est plus possible de lire le nom d’Aung San Suu Kyi sur l’affiche qui la représente sur la Place de la République. Son nom a été peinturluré par les élèves « en révolte » des lycées Voltaire et Turgot, proches de la place. « C’est qui, celle-là ? » ont du se demander ce matin les jeunes gens qui ont occupé les lieux pendant trois bonnes heures en bloquant totalement la circulation. « Taguons la Birmane, notre combat est plus important, notre colère plus juste » se sont sûrement dit les lycéens de Voltaire et de Turgot.

Je suis allé les voir de près ce matin pendant qu’ils obstruaient le trafic dans l’un des secteurs le plus fréquentés de la capitale. Je les ai vu s’amuser follement à déplacer les poubelles en plastique afin de bloquer les voitures. C’est marrant, la démocratie. On joue à emmerder le monde pendant quelques heures et on rentre chez soi, au chaud, pour surfer sur Internet. La police, d’une infinie prudence, intervient mollement au bout de quelques heures, comme cela s’est passé sous mes yeux ce matin, Place de la République.

Beaucoup de ces lycéens sont convaincus néanmoins qu’ils vivent des temps très difficiles, sous une affreuse dictature dirigée aveuglement par Nicolas Sarkozy. Je recommande à ces lycéens de se renseigner sur les dictatures, en commençant par la Birmanie. C’est un bon exemple. A mon avis, Aung San Suu Kyi a d’excellentes raisons d’être révoltée, beaucoup plus que ces lycéens parisiens qui ont rayé son nom pour imposer leur slogan un peu court.

Je repensais aussi à des lycéens qui vivaient à Paris en 1940. Eux aussi avaient quelques motifs d’insatisfaction. Il y a 70 ans, Paris était occupé par l’armée nazie. Quand on est lycéen, il y a de quoi être un peu énervé. Mais, à cette époque, pour manifester sa « révolte » (pour reprendre le mot des lycéens de Turgot et Voltaire), il fallait un peu de courage.

Les jours précédant le 11 novembre 1940, des tracts ont circulé dans les lycées parisiens, notamment à Janson de Sailly, Carnot, Condorcet, Buffon, Chaptal et Henri IV, ainsi qu'à la Corpo de Droit, dans le Quartier latin, appelant à manifester le jour de l'Armistice, à 17 h 30. Le 10 novembre 1940, plusieurs journaux parisiens publient un communiqué de la préfecture de police stipulant que : « Les administrations publiques et les entreprises privées travailleront normalement le 11 novembre à Paris et dans le département de la Seine. Les cérémonies commémoratives n'auront pas lieu. Aucune démonstration publique ne sera tolérée ».

Des instructions très fermes ont été transmises aux inspecteurs d'académie et aux chefs d'établissement : les cours ne doivent pas être interrompus et la traditionnelle commémoration devant le monument aux morts de chaque établissement devra se dérouler en présence des seuls professeurs. Le matin du 11, des inspecteurs de police visitent les lycées parisiens, ne constatant rien d'anormal. Mais à partir de 16 heures, à la sortie des cours, une majorité de jeunes, mais aussi des enseignants, des parents d'élèves, des anciens combattants. commencèrent à confluer vers les Champs-Élysées. D'abord silencieuse, la manifestation laisse bientôt échapper des acclamations faisant référence au général de Gaulle, et quelques drapeaux tricolores feront aussi leur apparition. La répression par la Wehrmacht commencera à 18 h 00. Il y eut une centaine d'arrestations, dont 90 lycéens et quelques blessés.

Au total, environ 2500 jeunes gens ont participé à ce qui fut l'une des premières manifestations collectives de résistance à l'occupant.

La junte birmane et l’occupation nazie représentent incontestablement des raisons légitimes pour se révolter, résister, se mettre en danger.

Faire joujou avec des poubelles dans les rues de Paris en 2010 ne me semble pas aussi nécessaire. Vous allez voir que les lycéens d’aujourd’hui, après avoir manifesté pour le statu quo sur les retraites, vont bientôt défiler pour obtenir une meilleure garantie obsèques.

vendredi 15 octobre 2010

Lycéens, la récréation est terminée....

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de lycéens en grève ? En grève de quoi ?

Le droit de grève, infiniment respectable, s’applique aux travailleurs, aux salariés, à tous ceux qui protestent contre leur patron, leurs chefs, leurs salaires, leurs conditions de travail et, actuellement, à propos des retraites.

Mais les lycéens n’entrent pas dans ces catégories. Un adolescent inquiet pour sa retraite, d’où sort cette fiction ?

Les lycéens sont des jeunes gens et des jeunes filles, pour la plupart mineurs, qui sont dans des établissements scolaires pour étudier.

Ils sont généralement dans des lycées publics financés par le contribuable. Même dans le privé, l’argent des impôts participe largement à la scolarité de cette jeunesse. Si un lycéen n’est pas en classe et va faire le zouave sous une bannière de la CGT ou du PS, il dilapide l’argent public.

Le lycéen a la chance de bénéficier d’un enseignement. Il doit en profiter. Le lycéen qui bloque la grille de son établissement et qui terrorise ses camarades qui veulent aller en cours, ce lycéen est un délinquant.

Le droit de grève n’a aucune valeur ni aucun sens pour les lycéens. L’existence même de «syndicats de lycéens» est une aberration.

Jusqu’à 16 ans, en France, la scolarité est gratuite et, surtout, obligatoire. Oui, j’ai bien dit : obligatoire.

Les gamines et les gamins qui baguenaudent sur le pavé avec des slogans incertains et des banderoles truffées de fautes d’orthographes sont priés de regagner immédiatement leur salle de classe.

Sinon, je me fâche.

mardi 12 octobre 2010

Réveille-toi Rimbaud, ils sont devenus beaufs !

Ça va de mieux en mieux en France : les jeunes descendent dans la rue pour défendre le système des retraites. Avoir 20 ans et craindre de ne pas toucher sa pension à taux plein en 2050 !

Tu parles d’un pays qui va de l’avant, une nation d’aventuriers, une terre de conquête, un tremplin vers les rêves ! Les jeunes Français pensent déjà à se retirer, peinards, dans leur villa "Sam’suffit".

Demandez à la jeunesse du Brésil, de l’Inde, de la Chine ou du Nigéria si elle songe un seul instant à la retraite !

Nous allons mourir dans les ruines des avantages acquis, dans notre principauté assiégée et maladive, si la jeunesse de France n’a pas des projets plus ambitieux et plus déraisonnables, des projets de son âge, en somme.

Vision d’horreur : en 2050, les petits-fils de François Chérèque et de Bernard Thibault, en tête du cortège entre Bastille et République !

mercredi 7 janvier 2009

Ma redevance en action

Dans un bistrot de Paris, à une table derrière moi, une femme munie d’un micro de la radio « France-Culture » est en train d’interviewer des lycéens. Je comprends assez vite, en les entendant, qu’ils viennent du lycée Voltaire, dans le 11ème arrondissement tout proche. Cet établissement est un foyer d’agitation chronique de l’enseignement secondaire parisien.

Face au micro de la radio publique, ils sont quatre, tous des garçons, à débiter avec aisance la propagande pré-mâchée du groupuscule qu’ils proclament « syndicat lycéen ». Dans cette logorrhée adolescente, il est facile de repérer la copie conforme de l’argumentaire bétonné des syndicats d’enseignants : rejet de l’hydre « libérale », indignation face à la réduction des postes (en réalité infinitésimale), dramatisation de la prétendue destruction du service public de l’éducation par Xavier Darcos. On connaît ces sornettes. Les syndicats de profs nous les servent à toutes les sauces.

Les quatre lycéens, à la table derrière moi, ont été dressés pour réchauffer le même ragoût. Ils s’en délectent. La journaliste de « France-Culture » enregistre sans broncher avec son micro la parole lycéenne. Pas la moindre objection ne viendra d’elle, même quand les gamins surchauffés profèreront d’évidentes énormités.

L’enregistrement se termine. Tout le monde est content. La dame de « France-Culture » a de quoi faire avec ce qu’elle a capté dans sa boîte à sons. Les lycéens s’enhardissent : « Et à quelle heure ça passe ? » La journaliste de la radio publique les informe que c’est pour après-demain matin. « Ça ne passe qu’une seule fois ? Parce que moi, l’autre jour sur ‘France-Infos’ je suis passé en boucle toute la journée ! » Un autre ajoute, non sans fierté : « Moi, j’ai fait TF1 avant les vacances, c’était trop cool ! ».

Tout ce petit monde se sépare. La journaliste de « France-Culture » règle les consommations. Et le meilleur est pour la fin lorsque, rangeant son micro, la même journaliste de « France-Culture » salue les quatre lycéens en leur disant : « Bon combat ! »

Oui : « bon combat ! », c’est bien ce que j’ai entendu ! Une journaliste de la radio publique (que je paie avec ma redevance) prenant fait et cause pour le « combat » des lycéens. Et on viendra me dire que les médias audio-visuels sont à la botte du pouvoir sarkozyste !