
Comme dans un roman policier, c’est un petit détail qui a été fatal à Dominique Strauss-Kahn, samedi après-midi à New York, l’empêchant de s’envoler vers Paris et d’échapper à son arrestation.
Premier mystère : pourquoi DSK est-il descendu seul pour une nuit au Sofitel, dans une suite à 3000$ (finalement facturée seulement 525$, selon certaines sources), alors qu'il dispose d'un appartement à New York ? Il n'avait aucun rendez-vous officiel à New York. Il y a par ailleurs des vols directs Air-France vers Paris au départ de Washington, lieu de résidence du directeur général du FMI. L'alibi avancé par la défense de DSK est un déjeuner samedi midi à New York avec sa fille Camille. Nous y reviendrons. La femme de chambre, Nafissatou Diallo, est une immigrée venue d'Afrique, âgée de 32 ans. Selon le "New York Daily News", elle serait de haute stature : environ 1,80 m. Elle est employée par le Sofitel depuis trois ans. Ce n'est donc pas une personne qui se serait fait embaucher récemment dans le but de tendre un piège. Elle donne entière satisfaction par son travail et son comportement, selon la direction de l'hôtel. Elle élève seule une fille adolescente dans un appartement du Bronx. Les voisins n'ont que des éloges à son égard.
Après l'agression supposée, la femme de chambre donne l’alerte rapidement. DSK quitte l’hôtel sans tarder. Dans sa précipitation, il laisse derrière lui dans la suite quelques affaires personnelles dont un téléphone portable.
Selon "Le Monde", DSK, sur le chemin de l'aéroport, aurait téléphoné à Paris à Anne Sinclair en évoquant "un problème grave", sans donner à son épouse davantage de précisions.Selon une autre version, il aurait trouvé le temps de déjeuner avec l'une de ses quatre filles (issues de deux mariages précédents) : Camille, 26 ans, étudiante à Columbia. Après ce déjeuner, DSK aurait pris un taxi pour se rendre à l'aéroport. Le témoignage de Camille est important, même s'il peut être sujet à caution, en raison de la proximité familiale avec le personnage impliqué. On pourra le recouper avec les dépositions du personnel du restaurant, si ce déjeuner a effectivement eu lieu. Mais un éventuel déjeuner n'exclut pas la rencontre dans la suite avec la femme de chambre si l'hôtel a enregistré le départ de DSK à 12 h 28. Où a eu lieu ce déjeuner ? Sûrement pas au Sofitel, truffé de policiers aux aguets.
Le décollage du vol vers Paris est prévu à 16 h 40, sur le vol Air France 23 à destination de Roissy. Compte tenu des embouteillages fréquents sur le trajet (prévoir au moins une heure) et des formalités d’embarquement (sûrement simplifiées pour un passager VIP voyageant en première classe), c’est un délai raisonnable pour ne pas rater son avion, même en incluant un déjeuner rapide à Manhattan.
Et là, il commet une grave erreur : il appelle le Sofitel pour signaler qu’il a oublié le fameux portable. Les policiers qui ont investi les lieux sont à côté de l’employé de l’hôtel qui prend la communication. Sans savoir encore si le téléphone se trouve effectivement dans la suite 2806, les policiers demandent à l’employé du Sofitel de dire à DSK : «oui, nous avons votre portable».
Ensuite, le scénario se précipite : la police de New York (NYPD) contacte la police de l’aéroport (PAPD - Port Authority Police Department) qui a compétence territoriale sur les installations portuaires et aéroportuaires.
L’Airbus A330 d’Air France n’est pas encore parti. Il est toujours garé devant la porte d’embarquement. La passerelle est encore en place. Nous sommes à quelques minutes du moment où l’avion va quitter le terminal. Les policiers du PAPD montent à bord et interpellent DSK, assis dans son fauteuil 1K de première classe. Le suspect est ensuite livré aux hommes du NYPD et transféré au commissariat de Harlem qui abrite la célèbre «Special Victims Unit» qui s’occupe des affaires sexuelles.
C’est là qu’il sera longuement interrogé et confronté à la femme de chambre qui a formellement reconnu son agresseur. C’est de ce commissariat de Harlem que DSK sortira menottes aux poignets, encadré de deux inspecteurs en civil, devant une nuée de photographes et d'équipes de télévision. 

