"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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lundi 16 mai 2011

DSK s'est livré au NYPD par un coup de fil imprudent



Comme dans un roman policier, c’est un petit détail qui a été fatal à Dominique Strauss-Kahn, samedi après-midi à New York, l’empêchant de s’envoler vers Paris et d’échapper à son arrestation.

La «scène» avec la femme de chambre se déroule à la mi-journée dans la suite 2806 du Sofitel proche de Times Square. Selon la police de New York, la rencontre entre DSK et la femme de chambre a eu lieu vers midi et DSK a quitté l'hôtel entre 12 h 28 et 12 h 38, selon la direction l'hôtel. Une caméra vidéo de surveillance du Sofitel a capté le départ furtif de DSK. C'est une pièce à conviction dont se servira l'accusation.


Premier mystère : pourquoi DSK est-il descendu seul pour une nuit au Sofitel, dans une suite à 3000$ (finalement facturée seulement 525$, selon certaines sources), alors qu'il dispose d'un appartement à New York ? Il n'avait aucun rendez-vous officiel à New York. Il y a par ailleurs des vols directs Air-France vers Paris au départ de Washington, lieu de résidence du directeur général du FMI. L'alibi avancé par la défense de DSK est un déjeuner samedi midi à New York avec sa fille Camille. Nous y reviendrons. 


La femme de chambre, Nafissatou Diallo, est une immigrée venue d'Afrique, âgée de 32 ans. Selon le "New York Daily News", elle serait de haute stature : environ 1,80 m. Elle est employée par le Sofitel depuis trois ans. Ce n'est donc pas une personne qui se serait fait embaucher récemment dans le but de tendre un piège. Elle donne entière satisfaction par son travail et son comportement, selon la direction de l'hôtel. Elle élève seule une fille adolescente dans un appartement du Bronx. Les voisins n'ont que des éloges à son égard.


Après l'agression supposée, la femme de chambre donne l’alerte rapidement.  DSK quitte l’hôtel sans tarder. Dans sa précipitation, il laisse derrière lui dans la suite quelques affaires personnelles dont un téléphone portable.

DSK possède plusieurs téléphones portables : un appareil fourni pour le FMI dont les conversations sont cryptées pour des raisons de sécurité. Et plusieurs autres, à usage personnel. Certains avancent le chiffre de sept portables ! On ne sait pas lequel DSK a oublié à l’hôtel.

La police de New York arrive au Sofitel vers 13 h 30. DSK est déjà parti depuis une heure. Il est en route vers l’aéroport Kennedy à bord d’une limousine (dont le chauffeur fait partie des témoins qui seront entendus par les enquêteurs). 


Selon "Le Monde", DSK, sur le chemin de l'aéroport, aurait téléphoné à Paris à Anne Sinclair en évoquant "un problème grave", sans donner à son épouse davantage de précisions.


Selon une autre version, il aurait trouvé le temps de déjeuner avec l'une de ses quatre filles (issues de deux mariages précédents) : Camille, 26 ans, étudiante à Columbia. Après ce déjeuner, DSK aurait pris un taxi pour se rendre à l'aéroport. Le témoignage de Camille est important, même s'il peut être sujet à caution, en raison de la proximité familiale avec le personnage impliqué. On pourra le recouper avec les dépositions du personnel du restaurant, si ce déjeuner a effectivement eu lieu. Mais un éventuel déjeuner n'exclut pas la rencontre dans la suite avec la femme de chambre si l'hôtel a enregistré le départ de DSK à 12 h 28. Où a eu lieu ce déjeuner ? Sûrement pas au Sofitel, truffé de policiers aux aguets. 


Le décollage du vol vers Paris est prévu à 16 h 40, sur le vol Air France 23 à destination de Roissy. Compte tenu des embouteillages fréquents sur le trajet (prévoir au moins une heure) et des formalités d’embarquement (sûrement simplifiées pour un passager VIP voyageant en première classe), c’est un délai raisonnable pour ne pas rater son avion, même en incluant un déjeuner rapide à Manhattan. 

Il faut préciser que la réservation avait été faite depuis longtemps : DSK avait plusieurs rendez-vous importants en Europe cette semaine. Il ne s’est donc pas jeté dans le premier avion disponible. Ce point sera utile pour sa défense.

Arrivé à Kennedy Airport, DSK passe à l’enregistrement à 15 h 40 et s’aperçoit alors de l’absence de l’un de ses téléphones portables.

Et là, il commet une grave erreur : il appelle le Sofitel pour signaler qu’il a oublié le fameux portable. Les policiers qui ont investi les lieux sont à côté de l’employé de l’hôtel qui prend la communication. Sans savoir encore si le téléphone se trouve effectivement dans la suite 2806, les policiers demandent à l’employé du Sofitel de dire à DSK : «oui, nous avons votre portable».

DSK explique alors qu’il se trouve à Kennedy Airport. Les policiers l’ignoraient encore. C’est donc DSK lui-même qui, sans le savoir, donne à la police newyorkaise une indication géographique très précieuse. DSK aurait pu se trouver n’importe où ailleurs, par exemple à l’aéroport de Newark où Air France assure aussi des liaisons avec Paris.

Ensuite, le scénario se précipite : la police de New York (NYPD) contacte la police de l’aéroport (PAPD - Port Authority Police Department) qui a compétence territoriale sur les installations portuaires et aéroportuaires.

L’Airbus A330 d’Air France n’est pas encore parti. Il est toujours garé devant la porte d’embarquement. La passerelle est encore en place. Nous sommes à quelques minutes du moment où l’avion va quitter le terminal. Les policiers du PAPD montent à bord et interpellent DSK, assis dans son fauteuil 1K de première classe. Le suspect est ensuite livré aux hommes du NYPD et transféré au commissariat de Harlem qui abrite la célèbre «Special Victims Unit» qui s’occupe des affaires sexuelles.

C’est là qu’il sera longuement interrogé et confronté à la femme de chambre qui a formellement reconnu son agresseur. C’est de ce commissariat de Harlem que DSK sortira menottes aux poignets, encadré de deux inspecteurs en civil, devant une nuée de photographes et d'équipes de télévision. 

Le coup de fil de DSK au Sofitel indiquant qu’il était à Kennedy Airport a fait gagner beaucoup de temps à la police newyorkaise. Sans cette indication, l’avion d’Air France aurait décollé vers Paris, avec DSK à bord. Une fois l’appareil au dessus des eaux internationales, il aurait été impossible de lui demander de faire demi-tour pour se reposer à New York.

Le «New York Times» livre un autre témoignage. Les journalistes américains ont retrouvé un Norvégien qui séjournait aussi au Sofitel. Plus tard dans la journée de samedi, il a été passager de la limousine empruntée par DSK pour se rendre à Kennedy Airport. Il l’a utilisée après DSK mais c’était le même chauffeur. Selon ce Norvégien, le chauffeur a remarqué que DSK semblait très pressé et qu’il était «stressé et préoccupé».

Tellement stressé qu’il n’a pas eu conscience qu’il se livrait à la police en annonçant par téléphone qu’il se trouvait encore à l’aéroport. Simple comme un coup de fil.

S’il était arrivé en France comme prévu dimanche matin vers 6 h 30, il n’aurait pas échappé à l’accusation mais elle aurait pu être gérée à distance, plus discrètement, sans interpellation et sans les images humiliantes de la sortie du commissariat de Harlem.

Il aurait évidemment été interpellé aussitôt dès son retour sur le sol américain. Ce qu’il aurait peut-être évité de faire. Il serait devenu un nouveau Roman Polanski.



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Les articles récents d’ANYHOW consacrés à DSK (cliquer sur chaque titre pour lire l’article).




samedi 23 octobre 2010

Halte à la cruauté envers la jeunesse !


On est parfois cruel avec la jeunesse. Je ne parle pas de ce qui se passe en France. Je veux ici vous raconter le reportage épouvantable que je viens de voir sur la BBC.

Eloignez les âmes sensibles. Mon récit est celui d’une torture insoutenable, à côté duquel les échos venus de la prison irakienne d’Abou Ghraib paraissent bien anodins.

La BBC a diffusé des images sans concession de l’expérience perverse tentée par l’Université de Bournemouth (Dorset), au sud de la Grande Bretagne.

(Petite parenthèse personnelle : Bournemouth, été 1967, mon premier séjour en Angleterre, marqué par la découverte de l’album des Beatles ‘Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band’ qui venait tout juste de sortir.)

Mais revenons à nos moutons.

Trois étudiants de l’Université de Bournemouth (l’une des meilleures du pays, je le signale au passage) ont donc été soumis à un défi qui paraît inimaginable.

On a demandé à ces étudiants (deux filles et un garçon) de se passer totalement pendant 24 heures de toute leur technologie : télé, ordinateur, téléphone portable. Rien, plus rien du tout. Coupés du monde. Autant vivre en Papouasie. Et cela, pendant 24 heures interminables.

Imaginez ce que cela représente vraiment : 86400 minutes sans voir un seul instant l’équivalent britannique de « Secret Story », sans téléphoner pour dire : « t’es où ?» (« where are you ? »), sans consulter Facebook ou envoyer une fadaise sur Twitter. Oui, 24 longues heures.

Il faut dire qu’ils ont été valeureux, ces trois jeunes Anglais ! L’Ordre de la Jarretière ne serait pas superflu, Majesté, sans vouloir vous commander.

Ces trois jeunes gens, dans le reportage de la BBC, luttent avec courage. Pas de portable, pas de télé, pas d’ordinateur, c’est une épreuve terrible car les tentations sont permanentes. Dans une université, les écrans sont présents partout. Il faut s’en détourner.

Il y a dans le reportage un moment très fort. C’est le moment où l’une des étudiantes soumises à ce test impitoyable se rend à la bibliothèque. Et que fait-elle ? Elle saisit un livre. Oui, j’ai bien dit : un livre. N’est-ce pas admirable ? Plus de téléphone, plus de télé, plus d’Internet. Dans un geste désespéré, l’étudiante s’agrippe à un livre ! Pour le lire ? La BBC ne nous le dit pas.

A la fin du reportage, le garçon et les deux filles, pour passer le temps et mieux supporter leur épreuve douloureuse, vont se promener sur la plage de Bournemouth. Chance incroyable à cet endroit en octobre, il fait beau et il y a même du soleil. Vous imaginez l’audace de cette initiative : deux filles et un garçon se promenant sur une plage, sans téléphone portable, sans Ipad, sans aucun contact avec le monde virtuel. C’est insensé, non ?

Le reportage de la BBC se termine bien. Un prof vient faire le bilan devant la caméra. Rien d’irrémédiable ne s’est produit. Il n’y aura pas de séquelles. Les étudiants retrouvent leurs outils numériques. Ouf ! On a eu tellement peur.

mardi 13 janvier 2009

En vrac, mardi.

RMI. Dans le métro, deux copines branchées échangent leurs « bons plans » pour les festivités nocturnes des prochaines semaines. Elles rivalisent de propositions : concerts « sympas » dans des clubs chaleureux et rencontres « cool » dans des lieux méconnus avec des artistes percutants et décalés. L’une des deux noctambules, avant de s’éclipser, s’exclame : « Tiens, demain faut que j’aille refaire mes papiers pour le RMI ». Bonnes soirées, mesdames.

Poisson rouge. Dans la rue, un type crie à son interlocuteur relié par téléphone portable : « Mais vraiment, tu crois que j’ai une cervelle de poisson rouge ? » Branchies, branchés ? On ne sait plus.

Musées. Le président Sarkozy fait un cadeau à la jeunesse : entrée gratuite pour les moins de 25 ans dans les musées nationaux et les monuments publics. Que n’y avait-on pensé plus tôt ? Rien ne vaut « La Joconde » pour calmer la colère lycéenne. Une idée de génie par jour. Comment fait-il ?

Et après ? Déclaration définitive captée dans un bistrot à une table voisine : un petit groupe de jeunes professionnels des boîtes de nuit s’interroge sur la conjoncture du business « night-club ». L’un d’eux, péremptoire, annonce : « A Paris, il n’y a plus d’after ! ».

Plus d’« after » à Paris ? Il n’y a plus d’« après » ? Comme à Saint-Germain-des-Près ?

Il n'y a plus d'après
A Saint-Germain-des-Prés
Plus d'après-demain
Plus d'après-midi
Il n'y a qu'aujourd'hui
Quand je te reverrai
A Saint-Germain-des-Prés
Ce n'sera plus toi
Ce n'sera plus moi
Il n'y a plus d'autrefois.