"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mardi 15 février 2011

La famille Alliot-Marie fait des emplettes immobilières sous Ben Ali

Ah, décidemment, dans la famille Alliot-Marie, on aime la Tunisie, de préférence dictatoriale !

Les parents de la ministre des Affaires étrangères ont marqué leur attachement au pays du jasmin en faisant un joli investissement immobilier, alors que Ben Ali était encore le maître de Carthage.

En plein voyage controversé de leur fille ministre qui les accompagnait avec son concubin ministre Patrick Ollier, Bernard et Renée Marie (94 et 92 ans) ont acheté le 30 décembre dernier en Tunisie des parts dans une société appartenant à l'homme d'affaires Aziz Miled (le même qui a si aimablement prêté son jet privé à quatre reprises à la famille Alliot-Marie).

C’est une nouvelle révélation de l'hebdomadaire Le Canard enchaîné qui précise que Bernard Marie et son épouse étaient déjà associés minoritaires (avec environ 13% du capital) dans la société civile immobilière (SCI) Ikram dont étaient propriétaires Aziz Miled et son fils Karim.


Selon Le Canard enchaîné, Miled père et fils ont vendu, le 30 décembre, à l'hôtel Sentido Beach à Tabarka (propriété Miled), toutes leurs parts de cette SCI à Bernard et Renée Marie, en présence d'employés de la commune de Tabarka (chargés d’officialiser la signature). Michèle Alliot-Marie était alors dans l'hôtel, selon l’hebdomadaire.

Tous ces nouveaux détails rendent encore plus invraisemblable la première version de la ministre qui avait déclaré avoir croisé par hasard son ami Miled sur le tarmac de l’aéroport de Tunis avec un jet vide se rendant justement à Tabarka. Quelle aubaine !

Toujours selon Le Canard Enchaîné, le montant exact de la transaction des époux Marie, parents de MAM, n'est pas connu. L'acte reçu par ceux-ci ne mentionne, selon les usages locaux, que la valeur nominale des parts, soit 755.000 dinars, environ 325.000 euros.

C'était une transaction, selon le journal, appelée à rester secrète mais qui était "forcément préparée de longue date", car il fallait l'accord du gouverneur du secteur, lui-même sous tutelle du ministère de l'Intérieur, donc du président Ben Ali. Ce qui confirme au passage qu’Aziz Miled n’était pas vraiment un dissident persécuté, contrairement à ce que MAM a voulu nous faire croire.

"Les éventuelles transactions de ses parents ne concernent en rien Michèle Alliot-Marie et elle n'a pas à les commenter", a déclaré à l'AFP son conseiller de communication, Guillaume Didier.

On souhaite évidemment aux nonagénaires Bernard et Renée Marie (94 et 92 ans) de vivre encore très longtemps, au besoin sous le soleil de la Tunisie, libérée de son dictateur.

Mais leur acquisition immobilière profitera inévitablement à leur héritière, Michèle Alliot-Marie. C’est pour cela que le conseiller en communication de la ministre a tort de dire que ces transactions "ne concernent en rien Michèle Alliot-Marie".

Michèle Alliot-Marie elle-même renchérit dans un communiqué en défendant ses parents : "Leur vie privée leur appartient. Les acquisitions qu’ils effectuent pour eux-mêmes ne concernent qu’eux, et personne d’autre."

Il me semble que c’est plus compliqué que ça : tôt ou tard, la ministre des Affaires étrangères de la France va hériter d’une société immobilière acquise par ses parents dans les dernières semaines d’une dictature que la ministre (ou ex-ministre, on verra bien) n’a jamais cessé d’appuyer par ses discours et ses actes.

mercredi 2 février 2011

MAM s'enlise sur ses vacances en Tunisie : "je n'ai pas pensé à mal"



J’ai rarement vu, pour ne pas dire jamais, un ministre en exercice se ridiculiser autant que Michèle Alliot-Marie ce soir dans le journal de 20h de France 2.

La responsable de la diplomatie française était venue s’expliquer sur son séjour en Tunisie en décembre dernier et sur les révélations du Canard Enchaîné (voir en cliquant ici mon article d’hier à ce sujet).

Il y aurait tant à dire par ailleurs sur les pratiques aéronautiques de ceux qui nous gouvernent : lire en cliquant ici.

MAM, juste avant France 2, était passée sur le plateau du Grand Journal de Canal+ pour rôder ses arguments oiseux.

Face à David Pujadas, MAM a répété qu’elle payait toujours ses vacances personnelles (avion et hôtel –ce qui reste à vérifier-) mais qu’elle avait accepté de monter à bord du jet privé d’un ami tunisien qui justement l’attendait à Tunis et qui, comme par hasard, se rendait à Tabarka, le lieu de villégiature de Michèle Alliot-Marie, de ses parents et de Patrick Ollier (autre membre du gouvernement français). Ça tombait bien, car toute la famille de MAM allait séjourner dans un hôtel de Tabarka appartenant, autre hasard, à l’ami tunisien possédant le jet.

L’ami en question est un septuagénaire qui n’est pas exactement un suppôt du régime Ben Ali mais qui a quand même signé un appel pour que l’ancien président, aujourd’hui en exil, se représente en 2014. Pas vraiment un dissident.

Finalement le degré de soutien de cet ami tunisien à Ben Ali est assez secondaire.

Ce qui est tout à fait stupéfiant, ce sont les explications données par MAM sur France 2. «Quand je suis ministre, je suis ministre. Quand je suis en vacances, je suis comme tous les Français.» Comme si tous les Français avaient des amis qui attendent sur le tarmac avec un jet prêt à décoller.

Réponse à la question de Pujadas sur le fait qu’un ministre monte à bord d’un avion privé : «Honnêtement, je n’ai pas pensé que ça pouvait poser le moindre problème. Je n’ai pas pensé à mal, je n’ai pas vu sur le moment de mal à prendre un avion», confie la ministre.

Pujadas revient à la charge et fait remarquer que les troubles avaient déjà commencé en Tunisie quand MAM y est arrivée en vacances pour 5 jours, entre Noël et le jour de l’an, avec ses parents et son compagnon ministre. Réplique incroyable de MAM : «Les événements sont intervenus après le 1er janvier. Il n’y avait pas de problème. Il n’y avait rien. Regardez les journaux de l’époque. Il n’y avait aucune répression.» J’insiste pour dire que les mots qui précèdent sont le verbatim exact des propos tenus par MAM ce soir sur France 2.

Mais le meilleur est à venir quand MAM évoque le suicide par le feu de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid (centre de la Tunisie), l’événement catalyseur de la révolte.

Le jeune homme s’est immolé le 17 décembre. Des émeutes ont éclaté dès le lendemain dans la région. Ben Ali s’en est inquiété et s’est rendu le 28 décembre au chevet du Mohamed Bouazizi qui est mort le 4 janvier. Ces événements ont été amplement racontés par la presse française et internationale. MAM n’en a rien su avant son séjour à Tabarka ni pendant.

Voici ce que dit Michèle Alliot-Marie sur France 2 : «Le suicide s’est produit, il me semble, à la fin de mon séjour. C’est le souvenir que j’en ai.» C’est évidemment faux : le suicide de Mohamed Bouazizi s’est produit quand MAM était encore à Paris. Ce fait marquant, devenu symbolique, a été immédiatement développé dans tous les médias français. On peut aussi imaginer que la ministre des Affaires étrangères, dans son bureau du Quai d’Orsay, avait d’autres sources (peut-être un télégramme de Pierre Ménat, son clairvoyant ambassadeur à Tunis) pour s’informer sur le pays où elle s’apprêtait à passer quelques jours. Non, rien de tout cela n’a empêché la ministre et son entourage de partir tranquillement en vacances en Tunisie. Un voyage décidé «à la dernière minute», a-t-elle précisé.

MAM sort un argument que je trouve impayable. Sur France 2, elle a dit : «Si on doit aller dans les pays où il ne passe rien, il n’y en a pas beaucoup où vous allez pouvoir vous rendre.» Cette phrase, en dépit de sa syntaxe hasardeuse, est culte.

En bonus, je vous offre une dernière perle confiée par MAM à Pujadas : «J’ai des amis riches mais j’ai aussi des amis qui sont très peu riches en Tunisie». Je n’invente rien. C’est du MAM dans le texte.

Internet a contribué à chasser Ben Ali de Tunisie et fait vaciller actuellement Moubarak en Egypte. Je me demande si Internet ne pourrait pas, en criant très fort, nous débarrasser de MAM.

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Voici la vidéo de ce moment d'anthologie :

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On a appris samedi 5 février que Michèle Alliot-Marie et ses compagnons de voyage avaient profité une deuxième fois d'un vol en jet privé, toujours grâce au même ami, pour effectuer une excursion dans le sud de la Tunisie. (Lire en cliquant ici)