"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

mardi 26 août 2008

Immigration choisie


Ah, le modèle social français ! On le dit à l'agonie mais il continue de faire des envieux. Et des heureux.

Prenez ce jeune couple modèle, installé depuis quelques mois à Brignoles dans le Var.

Ce sont des immigrés (en situation régulière). Il s'agit de Monsieur et Madame Pitt, plus connus comme Angelina Jolie et Brad Pitt.

Cette petite famille coule des jours délicieux dans la somptueuse propriété viticole du Château Miraval.

Rien n'empêcherait Monsieur et Madame Pitt de réclamer les allocations familiales auxquels ont droit tous les résidents légaux sur le territoire national.

Ce charmant couple d'immigrés peut légitimement réclamer au total plus de 2000 euros par mois, en cumulant, pour chacun des rejetons, les prestations sociales françaises.

C'est le magazine américain "People" qui a fait le calcul pour les 6 enfants de cette famille pas tout à fait comme les autres.

* 402 euros par mois et par jumeaux et pour le 1er enfant biologique du couple pour payer la nounou,
* 201 euros par mois pour Pax et Zahara qui ont entre 3 et 6 ans,
* 274,47 euros d’allocation familiale pour les trois premiers enfants et 154,15 euros par enfants supplémentaires...

Le porte-parole de la mairie de Brignoles, interrogé par le magazine "People", a tenu à préciser : "Nous ne discutons pas de ces choses privées. Mais nous pouvons confirmer que toutes les familles qui résident ici avec de jeunes enfants ont le droit aux allocations familiales."

dimanche 24 août 2008

Blog pas du tout censuré à Pékin


Voici pourquoi ce blog ne sera jamais censuré à Pékin : c'est parce que je vais être sincèrement louangeur à l'égard de la Chine.

Impeccable.

C'est l'adjectif qui surgit de partout lorsque l'on évoque le déroulement des Jeux Olympiques de Pékin. C'est une réussite totale. Un exemple d'organisation.

Sur le plan sportif, rien à redire. Seulement quatre athlètes ont été exclus pour dopage.

La pollution ? On l'on avait tant redouté mais elle n'a pas empêché 38 records du monde d'être battus ou pulvérisés.

Tous les sportifs, tous les accompagnateurs, tous les journalistes (même les plus sceptiques) ont célébré la qualité des installations, de l'hébergement, de l'accueil.

La République Populaire de Chine est une grande nation, celle qui domine déjà notre siècle.

Elle l'a prouvé au cours de ces dernières semaines en offrant au monde une magnifique compétition, parfaitement mise en place. Les cérémonies d'ouverture et de clôture ont été somptueuses, sans commune mesure avec les spectacles offerts par toutes les autres villes olympiques dans le passé contemporain.

Vous avez la mémoire courte si vous oubliez le fiasco lamentable des Jeux d'Atlanta en 1996. Une logistique chaotique, une informatique totalement déréglée, des transports hasardeux, une bombe qui explose dans la foule. C'est ainsi que se sont déroulés les Jeux de 1996, en territoire américain.

Je considère que les Chinois ont fait beaucoup mieux que les Américains sur le même exercice.

Mieux que tous les autres, car c'est leur but. Et ils l'atteignent toujours.

Ils dominent par le nombre de médailles d'or. Ils nous aussi écrasent par leur commerce extérieur et leurs exportations.

En 1964, le général De Gaulle, président de le République Française, a été le premier dirigeant occidental à reconnaître la Chine Populaire et à établir des relations diplomatiques avec le gouvernement présidé par Mao.

Il a fallu attendre 1972 pour qu'un président américain fasse le voyage de Pékin pour y rencontrer Mao. Ce fut Richard Nixon, le président le plus anti-communiste qu'on puisse imaginer. Mais Nixon a serré la main de Mao.

Bonnes gens, il va falloir nous y habituer : la Chine est en train de devenir le plus grande puissance mondiale.

C'est dans les coffres-forts de la Chine que sommeillent les milliards de dollars de créance accumulés par les pays jadis qualifiés de "riches" (les Etats-Unis en tête de liste). La Chine est, très largement, le premier débiteur de la planète.

Je perçois beaucoup de racisme mal informé (tous les racismes sont –par définition- mal informés) dans le mépris, pour ne pas dire la haine, que certains projettent sur la Chine Populaire.

La Chine est perçue comme une menace politique et surtout économique pour les pays en déclin, dans le genre de la France cocardière et revancharde. C'est la raison pour laquelle se développe chez nous ce pénible ostracisme anti-chinois. Le péril jaune, c'est ainsi qu'on en parlait il y si longtemps. Les clichés ont la vie dure.

Fort heureusement, le minable groupuscule d'agitateurs français coagulés autour du pantin médiatique Robert Ménard ne s'est guère fait entendre dernièrement. Bob (RSF) serait-il à cours d'arguments ? Enfin une bonne nouvelle !

Pendant ce temps-là, le gourou tibétain couleur safran, le Dalaï-Lama, a gesticulé dans notre hexagone, sous couvert de la bienveillance confuse des autorités françaises, incapables de renvoyer, une bonne fois pour toutes, ce charlatan vers sa pagode de théocrate médiéval.

Bref, je résume : j'ai beaucoup aimé les Jeux Olympiques de Pékin.

Après avoir écrit cela, je suis vraiment certain que ce blog ne sera pas inaccessible pour les internautes chinois.

Alors, je les salue amicalement.

C'est la rentrée !


C'est un phénomène unique au monde, c'est français et ça s'appelle : "la rentrée".

Dommage que Roland Barthes ait été fauché sur le boulevard Saint-Germain par la camionnette d'une entreprise de blanchissage alors qu'il se rendait au Collège de France, le 25 février 1980. Dommage qu'il soit mort de suites de cet accident, un mois plus tard, à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Car Roland Barthes aurait pu utilement ajouter un chapitre à son opus intitulé "Mythologies" (1957). Ce chapitre aurait été consacré à un particularisme très français qu'on appelle : "la rentrée".

La Rentrée. Le phénomène est tel qu'il mérite la majuscule.

Cela veut dire d'abord que la France, à un moment ou à un autre, décide de "sortir".

S'il y a une "rentrée", c'est qu'il y a eu un "sortie". La France "sort" vers la mi-juillet (après le défilé de la Fête Nationale) et "rentre" vers la mi-août (après l'Assomption).

Comment décrire cette phase incertaine ? Ce sont des vacances, vous dira-t-on.

C'est surtout une vacance, au sens fort du terme : un mois flou, un ventre mou, une absence, un abandon, une déshérence.

La France se cabre dans une prostration nationale, à peine compensée par l'acharnement méritoire d'un fourmillement d'intérimaires inexpérimentés qui suppléent, tant bien que mal, à tous les titulaires partis s'emmerder dans les campings du Languedoc-Roussillon et d'ailleurs.

C'est le mois où la France s'arrête, s'enlise, s'encalmine. Le glacier "Bertillon", le meilleur de l'Ile Saint-Louis à Paris et –paraît-il- de France (donc du monde, non ?), n'est jamais ouvert l'été. "Fermeture annuelle", c'est l'écriteau que sont contraints de lire les touristes avides de sorbets et de cornets vanille-fraise. Ils se heurtent à notre étrange tradition de la "sortie" et de la "rentrée". Pas de glace "Bertillon" pendant l'été à Paris. Le glacier en chef, le plus recherché du pays, est de sortie. Il fera sa "rentrée" plus tard. Repassez en décembre ou en février. La glace n'en sera que meilleure. Elle s'accordera alors à la température ambiante.

La "rentrée", donc. Le concept se décline à l'infini.

La rentrée médiatique, c'est la plus vaine et la plus succulente. J'ai lu ceci cet été dans une gazette grand public : "Claire Chazal prépare sa rentrée sur TF1 loin du tumulte parisien". Elle fait quoi, exactement, Claire Chazal, dans cette phase intense de préparation ? Elle fait des fiches ? Il faudrait qu'on m'explique ce que Claire Chazal fait précisément pour "préparer" sa "rentrée".

La rentrée littéraire est une autre incongruité française. Nous vivons dans le seul pays au monde où l'on publie plus de 300 romans d'un seul coup, au moment précis où les lecteurs reprennent le travail et ont, de toute évidence, moins de temps à consacrer à la lecture. La rentrée littéraire de septembre se termine en novembre avec les prix littéraires qui font un tri commercial définitif dans le fatras de bouquins sortis des imprimeries et dont la plupart échoueront au pilon.

Il y a aussi la rentrée politique. Phénomène inconnu dans le reste du monde : ailleurs, les responsables politiques ne s'évanouissent pas comme chez nous pendant de longues semaines consécutives.

Le cérémonial français de la rentrée politique se fait par étapes. Il s'amorce par les "universités d'été", colloques bucoliques et faussement décontractés au cours desquels des militants en tee-shirt et aux yeux pétillants accueillent avec émerveillement les ténors de leur parti venus leur prodiguer des discours revigorants. Des discours oubliés aussitôt qu'ils ont été prononcés. Mais n'est-ce point le propre de presque tous les discours politiques ?

Juste après cela, c'est la rentrée parlementaire. Il est de bon ton de parler alors d'un "agenda chargé" pour la représentation nationale. L'opposition précise toujours que "l'agenda est surchargé".

Au même moment ou presque, surgit la rentrée scolaire. Le rituel est immuable : le ministère est toujours content ("tout s'est bien passé"), les syndicats de profs sont toujours ronchons, presque autant que les parents d'élèves (classes surchargées, enseignants qui font défaut, etc).

Et puis, évidemment, il y a la rentrée sociale. Chaque année, on dit qu'elle sera "chaude". Elle l'est rarement. La CGT agite quelques pancartes. L'automne est fini. La rentrée est oubliée, jusqu'à la prochaine.

Après la rentrée, toutes les rentrées (je n'ai pas cité la rentrée théâtrale ni la rentrée cinématographique), après cette rentrée protéiforme, sans qu'on y prenne garde, arrive très vite la Toussaint. Autant dire l'hiver et, inexorablement, les fêtes de fin d'année.

Vous avez remarqué que les grands magasins mettent en vitrine les cartables scolaires dès la fin juin. Ne soyez pas surpris de voir des sapins enguirlandés dans quelques jours près de chez vous.

C'est la rentrée. Joyeux Noël !