"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

jeudi 30 décembre 2010

Pour en finir avec Serge Gainsbourg.


Dans la cohorte des chanteurs morts qui continuent de nous encombrer, vous pouvez aisément nommer Daniel Balavoine et Michel Berger. Ces cadavres discographiques bougent encore et auront finalement vendu davantage d’albums posthumes que d’albums de leur vivant. Les radios nous offrent chaque jour leurs scies éternelles.

Mais le fantôme le plus inoxydable, c’est Serge Gainsbourg.

La France voue à cet énergumène un culte inexpliqué. Je lui reconnais quelques mérites : il a composé jadis quelques plaisantes chansonnettes.

Mais en faire pour autant un maître penseur, un guide spirituel de notre temps, c’est un peu démesuré.

Gainsbourg était un exhibitionniste compulsif, un phraseur, un faiseur, un manipulateur assez complaisant doublé d’un alcoolique notoire. Il a fait le «buzz» à la télé quand le «buzz» n’existait pas encore.

Brûler un billet de banque devant une caméra, comme il l’a fait, ne constitue pas le fondement d’une œuvre. C’est juste une blague de vieux potache aviné.

Il n’empêche que Gainsbourg continue de susciter aujourd’hui respect et admiration.

J’ai eu la malchance de voir une fois Gainsbourg sur scène. C’était à Bobino dans les années 80 et ce fut lamentable. Il était ivre mort. Ce soir-là, devant le public, il a beaucoup fumé, très peu et très mal chanté et a disparu définitivement derrière le rideau au bout d’une heure. C’était donc ça, l’icône irrévérencieuse de la chanson française ! J’ai pensé, après avoir vu cette prestation grotesque, que c’était tout simplement de l’escroquerie.

Gainsbourg était un iconoclaste de bazar, un provocateur à deux balles, un pochtron sentencieux, comme en témoignent ses nombreuses interviews, creuses et prétentieuses.

Je suis sidéré de voir que des jeunes et des moins jeunes continuent de se réclamer de cet histrion pathétique. Cela fait partie des mystères de notre temps.

10 commentaires:

mobil a dit…

écrire gros permet de moins argumenter ?

Anonyme a dit…

J'écris toujours avec des caractères de la même taille.
Anyhow.

Vanessa a dit…

C'est dommage que tu ne te sois intéressé à ce qu'il a fait avant les années 80...

Anonyme a dit…

Je n'enlève rien de ce que j'ai dit sur Gainsbourg : il a écrit quelques chansons plaisantes, surtout à ses débuts. Le reste est bidon. C'est simple.
ANYHOW.

Vanessa a dit…

Pas étonnant venant d'une personne qui est plus facilement interpellée par les jeux de mots scato.

GED a dit…

Enfin, une analyse que je partage sur ce personnage quelconque.

Dominique a dit…

Ce billet m'a fait penser à Henri Salvador. De prime abord, le rapport avec Gainsbourg n'est pas évident, et pourtant, je me suis demandé s'il n'y avait pas un rapport entre ces 2 chanteurs.

Salvador chante les premières chansons de rock and roll en français et parallèlement, il enregistre un (des ?) disque(s) de jazz (années 50). Pas de bol, le public ne répond pas présent, et là, face aux difficultés financières, il se tourne sciemment vers la variété, et se met à faire le guignol et ne reviendra vers ses premiers amours qu'à la fin de sa carrière ou presque.

De fait, je me suis demandé si Gainsbourg n'avait pas vécu la même chose avec "Melody Nelson" (1971), boudé par le public à sa sortie. C'est peut-être possible, mais d'un autre coté, Gainsbourg était plus retors que Salvador et ne me semble pas avoir mis ensuite sa stratégie de manipulation des médias au service de la même exigence en terme de musique.

Du coup, j'ai tendance à penser aussi que Gainsbourg a en partie vécu sur une rente de situation, en faisant le "buzz", et en profitant de la sphère médiatique française bien paresseuse (comme il l'a sans doute deviné, y a qu'à voir comment la sphère médiatique se prostitue en s'abaissant vers BHL qui écrit des platitudes, voire des conneries, depuis des dizaines d'années).

ANYHOW a dit…

Henri Salvador qui avait été une immense vedette de l'après guerre, style crooner, chanteur de charme, a gâché son talent ensuite en faisant n'importe quoi, dans le genre comique.
Gainsbourg, lui, après avoir composé quelques chansonnettes agréables à ses débuts, a fait n'importe quoi dans le genre tragique et prétentieux. C'est encore plus insupportable.

Dominique a dit…

Salvador disait qu'il avait fait le guignol, d'une part, par dépit et d'autre part, pour éviter de se retrouver sur la paille. Je me demande à quel point cette 2eme affirmation est bien vraie.

Bon, donc, après l'immobilisme comme acte de bravoure à la française (cf. post sur les archives), il faut peut-être ajouter, à la liste des défauts bien français, la posture affectée et la rente de situation !? A-t-on vraiment supprimé, dans les esprits, la noblessse et ses privilèges dans ce pays... ?

ANYHOW a dit…
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