"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

lundi 22 octobre 2007

Le bornés du SNES (ils se reconnaitront)

L'obscurantisme inquiétant des enseignants du SNES (principal syndicat du secondaire) s'est manifesté d'une manière éclatante à l'occasion, aujourd'hui, de la commémoration de la mort, sous les balles allemandes, de Guy Môquet, commémoration souhaitée par Nicolas Sarkozy.

Môquet, galopin communiste de 17 ans, demeure l'emblème contestable d'un PCF qui n'a jamais expliqué clairement sa position vaseuse dans le début de l'occupation, lorsque le pacte germano-soviétique était encore en vigueur. C'est à ce moment-là que Guy Môquet est interpellé.

Môquet est mort, arrêté par Vichy, fusillé par le système installé par Hitler. Les choses sont cependant assez claires.

Voici Sarkozy qui surgit en tentant de s'approprier cette légende juvénile de la gauche estampillée. Touche pas à mon pote, marche à l'ombre et laisse béton, comme dit la chanson (de Renaud, pour ceux qui manquent de références).

Mais Guy Môquet, c'est un peu Jeanne d'Arc. Ça n'appartient ni à la gauche, ni à la droite.

Qu'auraient-ils dit, les enseignants de gauche, encartés au SNES, si Ségolène Royal avait été élue (ce qu'à Dieu ne plaise) à la Présidence et si elle avait décrété, de la même manière, une journée commémorative autour de la mort de Guy Môquet.

Quelque chose me dit que le SNES aurait trouvé l'idée absolument géniale.

La seule différence, c'est que Sarko est président et qu'il est impensable d'espérer que la moindre initiative venant de lui soit entérinée par un corps enseignant gangrené par l'idéologie de gauche.



Je reste obsédé par cette histoire de Guy Môquet et je veux citer ici deux poèmes.
Le premier, très célèbre, est signé par Louis Aragon. Il s'agit du texte fameux : "La rose et le réséda".
Le second poème est de René-Louis Cadou et il raconte le digne cheminement des suppliciés de Châteaubriant, tombés sous les balles nazies, le 22 octobre 1941. Le jeune Guy, 17 ans, est tombé ce jour-là.



La rose et le réséda

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats

Lequel montait à l'échelle et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas

Que l'un fut de la chapelle et l'autre s'y dérobât

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles des lèvres du coeur des bras

Et tous les deux disaient qu'elle vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Du haut de la citadelle la sentinelle tira

Par deux fois et l'un chancelle l'autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat

Lequel plus que l'autre gèle lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas

Et quand vient l'aube cruelle passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Répétant le nom de celle qu'aucun des deux ne trompa

Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu'il aima

Pour qu'à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas

L'un court et l'autre a des ailes de Bretagne ou du Jura

Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera

Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla

L'alouette et l'hirondelle la rose et le réséda

Louis Aragon




Les fusillés de Châteaubriant

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d'étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d'amour
Ils n'ont pas de recommandations à se faire
Parce qu'ils ne se quitteront jamais plus
L'un d'eux pense à un petit village
Où il allait à l'école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n'entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu'ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

René-Louis Cadou


2 commentaires:

Buggs Daffy a dit…

Je crains, Any , que l'ergonomie de votre nouvel hébergeur ne paraisse guère plus séduisante que celle du dernier en date, dussè-je passer pour un râleur impénitent.

Ne faites pas semblant de ne pas comprendre les réticences exprimées ça et là, les rebellions devant l'indécence de ces actions imposées; Cette injonction à la lecture de ce texte n'a pas de sens, autre que celui de pratiquer comme de coutume le mélange des genres et l'exacerbation du pathos qui brouille toujours un peu les cartes.

Le talent que vous lui prêtez n'est que celui qui consiste à tirer toujours plus bas pour être sûr de toucher le plus grand nombre. Rien qui puisse mériter le respect. Le Clavier du cinéma, le Castaldi de la télé réalité.


Quant aux communistes, ils sont peut être les seuls à effectivement ne pas savoir sur quel pied danser, tout heureux qu'ils sont aussi de magnifier la mémoire de l'un des leurs, qui ne l'aura été hélàs que très brièvement d'ailleurs, et pour cause. Mais ils se le font confisquer par quelqu'un qui est un expert en la matière, et assurément le roi de l'entourloupe. Que cela puisse fasciner en dit long sur les tourments de notre époque.

Quant aux autres, ils ne sont pas dupes.

A mon sens, cette grande mystification a fait son temps, et les grandes déconvenues, la gigantesque déconfiture dans laquelle il commence déjà à nous être donner de l'observer sombrer n'en sera pas évitée pour autant. Aucun artifice ne saurait l'en détourner.

Cette lettre, aussi chargée d'émotion fut elle, a un caractère privé. Il est absurde de lui faire dire quoi que ce soit, elle n'a pas de valeur historique majeure, et en aucun cas en imposer la lecture ne repose sur une réflexion nourrie.

Si demain, fait observer un enseignant rétif, Sarko découvre les vertus de l'aspirine, en orchestrera t il la vente forcée aux pharmacies françaises ? et comme dit joliment rue 89.com,cher à votre coeur, le marketing Guy moquet, le "Moquet Business" n'a que trop duré.

Anonyme a dit…

Buggs Daffy,je vous trouves bien allusif cette fois :-)
votre mot est a double tranchant et c'est bien vu :félicitations .
"un chouka"