"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

samedi 14 juin 2008

La France à qui perd gagne...

On ne gagne pas mais on joue vraiment bien. On perd mais on est les meilleurs. C'est ça la France du football. C'est ça la France tout court.

Magnifique démonstration de notre aveuglement béat : hier soir après le match de l'Euro 2008 contre les Pays-Bas. L'équipe de France a encaissé 4 buts ! Thierry Henry a sauvé l'honneur tricolore flétri en trompant furtivement, une seule fois, la vigilance du gardien néerlandais. Résultat (vous le connaissez) : 4 à 1.

Humiliation totale ? Pas du tout. Car Thierry Henry, juste après ce match honteux, est dans les vestiaires. Devant les caméras de TF1, il déclare en substance que c'était un bon match, que l'équipe de France a bien joué, qu'elle s'est créé des nombreuses "occasions". C'est le mot que je préfère en football : "occasion". On a eu l'occasion mais on en n'a pas vraiment profité. L'équipe de France de football est une équipe d'occasion, une équipe de deuxième main. Occasion à saisir !

Ces mêmes footballeurs tricolores, les avez-vous entendus en début de semaine après leur pitoyable match nul (0-0) contre la Roumanie ? Ils ont dit d'abord : il faisait chaud. Chaud en Suisse un soir de juin ? Vérification faite, il faisait ce soir-là 23° sur la pelouse. Pas vraiment tropical. Au passage, il faisait chaud aussi pour les Roumains, me semble-t-il ! Exactement la même température, probablement. L'autre argument des Français est stupéfiant : les Roumains ont cassé le jeu, ils n'ont pas joué. Ah bon ? Sur le terrain, il y a deux équipes : si l'une refuse d'entrer dans le jeu, l'autre à toute latitude pour le faire.

Mais l'essentiel n'est pas là : nulle ou grande perdante, l'équipe de France de football reste la plus méritante, la plus éclatante, celle qui joue vraiment bien le football idéal. On va de défaite en défaite, mais à chaque fois, on est toujours au plus près de la perfection.

C'est comme le fameux "modèle social français". Il est en lambeaux, il agonise. Mais c'est vraiment le meilleur, celui que le monde entier nous envie. C'est du moins ce que nous avons la faiblesse de croire. Nous sommes les fiers gardiens de nos ruines. Sous les décombres de nos illusions, nous nous rengorgeons. La France n'a aucune raison d'avoir le triomphe modeste car sa défaite est époustouflante.

1 commentaire:

Marie-Josée a dit…

La vérité comme le réel sont insupportables après trois décennies d'évitement. Le pli est pris du déni permanent en football comme en politique.
Rendons (pour une fois)grâce au président d'avoir souvent appelé "un chat un chat".