"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

samedi 3 janvier 2009

I am back !

Or donc, dans les prémices de cette funeste année de crise claironnée, vous auriez donc droit à une nouvelle fournée des palimpsestes d’Anyhow ?

Tiens, le revoilà ! Où était-il passé depuis Octobre dernier ? Vous le pensiez englouti dans les remugles de la crise financière en raison de ses liens supposés ou notoires avec Bernard Madoff ? Que nenni !

Anyhow renaît de ses cendres. Phénix du cyberspace, il lustre ses plumes flétries pour affronter la réalité contemporaine avec ce pessimisme viscéral qui, avouez-le, vous a tant manqué depuis l’automne.

Que dire de temps écoulé depuis notre dernier rendez-vous ? Je résume : la capitalisme en capilotade, Obama élu, Rachida Dadi maman d’un père toujours (officiellement) inconnu.

Je m’arrête ici sur cet épisode fondamental de l’Histoire de notre Civilisation. Figurez-vous que le père de l’enfant de Rachida, moi, je le connais. Oui : je sais cela de source sûre ! Mais il est interdit de le révéler, sous peine d’encourir les foudres de la Loi Républicaine.

Patrick Rambaud, dans son très réjouissant et fort récent pamphlet en forme de pastiche (« Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier» - Grasset, 176 pages, 13,50 € -) a forgé cette formule savoureuse à propos de notre ministre de la Justice : « Elle gardait les Sceaux et les robes prêtées par M. Dior ». Cruel mais juste.

Oui, les voici donc face à nous, ces 365 jours du millésime 2009.

N’avait-il pas l’air sombre et de méchante humeur notre Président à la télé le 31 décembre pour nous présenter, à nous le bon peuple, ses vœux de mauvaise année ? Oui, de mauvaise année, car il ne nous a promis aucun avenir radieux, aucun lendemain qui chante.

Le Président s’exprimait debout, dans la bibliothèque de l’Elysée, entouré de livres anciens et joliment reliés. Sur un rayonnage, y trouvait-on un exemplaire de « La Princesse de Clèves », ouvrage honni par notre leader suprême ? N’a-il pas déclaré publiquement que la lecture de ce livre ancien et forcément obsolète était une perte de temps pour les fonctionnaires sélectionnés par les concours publics, lesquels finiraient inexorablement derrière un guichet anonyme ?

Pauvre Madame de La Fayette ! Avec cet élégant opuscule, que n’avait-elle commis sans le savoir à l’encontre du sarkozisme !

En attendant, cette année, je vous le dis sans ambages : on va déguster.

Je lis dans « Libé » aujourd’hui que des petits groupes d’activistes investissent parfois des supermarchés. C’est la nouvelle tendance. Après avoir parlementé avec le gérant (qui veut éviter les embrouilles), les activistes (j’aime bien ce mot qui ne veut rien dire) emportent sans payer des chariots entiers de victuailles. « Libé » appelle ça « l’autoréduction».

C’est donc ça 2009 : on se fait à soi-même les réductions sur les étiquettes. Ou alors, peut-être se réduit-on soi-même ! Allez savoir…

Les temps sont difficiles. Tiens, ça me rappelle la chanson de Léo Ferré.

Voici les paroles :

Si mon machin c'est du poulet,
La poule-au-pot doit bien se marrer.
Depuis que je touche des nouveaux francs,
Je mets des virgules aux ortolans.
Les temps sont difficiles!
Cet écrivain n'a pas de clients,
Il vit seul avec son talent.
Mais faut bouffer et faut ce qu'y faut,
Même si on bouffe au Figaro.
Les temps sont difficiles!

Ou Hallyday ou Dalida,
Y'a pas de raison qu'on en reste là.
Fous donc B.B. dans ta chanson,
Ça fera chanter tous les couillons.
Les temps sont difficiles!
Si d'Aznavour j'avais la voix,
Je pourrais me voir au cinéma.
Mais la petite vague m'a laissé là.
Moi, moi, moi qui me voyais déjà.
Les temps sont difficiles!

Ma femme veut jouer le président
Elle dit que c'est très plébiscitant
Pour lui montrer que je suis un homme
Je dois lui dire: - Par référendum!
Les temps sont difficiles!
Le matin c'est oui le soir c'est non
Elle me tient par conte des abstentions
Ni oui ni non ça fait???
Voila mon scrutin je garde mes scrupules
Les temps sont difficiles!

Quand on a pas les mêmes idées,
On se les refile, c'est régulier.
File moi ta part, mon petit Youssef,
Sinon je te branche sur le E.D.F.
Les temps sont difficiles!
Réponds, dis-moi où est ton pote,
Sinon tu va être chatouillé.
Dis-moi, réponds, lâche ta camelote:
Quand on questionne y a qu'à causer.
Les temps sont difficiles!

A Lyon la soie a débordé,
Le Rhône s'est foutu en jersey;
C'est comme l'amour quand ça se débine,
T'y fous de la soie y te rend du spleen.
Les temps sont difficiles!
Pour faire face à la vérité
J'ai poussé jusqu'à la télé
Où l'on m'a dit: "Vous demandez qui?
La vérité? C'est pas ici!"
Les temps sont difficiles!

Avant la guerre pour être putain,
Fallait une carte, un bout de terrain.
Des amis chez la mère Poulasse,
Un petit copain pour la paillasse.
Les temps étaient faciles!
Maintenant, c'est fini les conneries,
Faut faire son lit à France-Jeudi,
Tâter du Vadim à la une,
En attendant de montrer sa lune.
Les temps sont difficiles!

Van Gogh, las de peindre sa chaise,
S'était ouvert une portugaise.
Gauguin crevait à Tahiti,
Dans la mistoufle et dans l'ennui.
Les temps étaient bizarres!
Van Gogh maintenant vaut des millions,
Gauguin se vend mieux que du cochon.
Rien n'a changé on tourne en rond
Et dure dure ma chanson,
Le temps que je me marre...


Brave Léo. Indispensable Léo. Souvenir d’une brève rencontre : j’ai passé une soirée avec Léo, il y a très très longtemps. On appelle ça les hasards de la vie, Une conversation, un dîner. Il a été cruel avec moi. Cruel mais juste. J’avais 20 ans. Au milieu du dîner, Léo qui était face à moi, de l’autre côté de la table du restaurant, m’a dit : « Vous êtes triste, jeune homme. » Il avait raison, Léo. J’étais triste à 20 ans.

Léo est mort. Je conclus donc avec quelques vers d’Apollinaire que Ferré a également chantés :
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L'amour s'en va
comme cette eau courante

L'amour s'en va

Comme la vie est lente

Et comme l'Espérance est violente


Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure


Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passait
Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
 

Vienne la nuit sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure

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Ainsi donc, Anyhow est revenu.

Mais pour combien de temps ?

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