"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

mardi 1 mars 2011

Annie Girardot : la nécro que vous ne lirez pas ailleurs

Je n’irai pas cracher sur sa tombe. Mais je ne me joindrai pas aux jérémiades qui accompagnent la mort d’Annie Girardot.

Il est toujours gênant d’entendre la logorrhée des hommages post mortem, surtout à propos d’une actrice comme Annie Girardot que tous les ‘professionnels de la profession’ (comme dirait Jean-Luc Godard) ont laissé tomber quand elle traversait sa longue période d’oubli dans les années 80-90.

Je l’ai souvent croisée à cette époque. Nous étions voisins du côté de la place des Vosges à Paris. Je la voyais fréquenter assidument un caviste qui vendait aussi du fromage, au coin de la rue des Tournelles et de la rue du Pas de la Mule (aujourd’hui une boutique de fringues, bien sûr).

Annie, pour se consoler, y achetait davantage de gros rouge que de brie ou de bleu d’Auvergne. Ça n’allait pas fort à ce moment-là pour elle.

Elle vivait alors avec Bob Decout, parolier et réalisateur médiocre, soupçonné d’avoir largement puisé dans les économies d’Annie Girardot, en exerçant sur elle un chantage moral pas très glorieux.

A la fin de sa vie, il y a eu la lente plongée dans la maladie d’Alzheimer qui frappe des centaines de milliers de Françaises et de Français. Même parfois les anciens présidents de la République. C’est un calvaire, pour les gens célèbres, pour les anonymes et pour leur entourage.

Annie Girardot a été une actrice très populaire qui a tourné 122 films. Sa filmographie est toutefois un désastre artistique.

Elle avait du tempérament, de la vivacité, du naturel. Elle a mis toutes ces qualités au service de cinéastes médiocres, des tâcherons, des faiseurs : Denys de la Patellière, Jean Delannoy, Claude Zidi, Gilles Grangier, Claude Lelouch, Edouard Molinaro, Serge Korber et j’en passe par respect pour sa mémoire.

Je n’oublie pas cependant André Cayatte et son inénarrable «Mourir d’aimer» que la télé va forcément nous resservir. Ce film que tout le monde cite aujourd’hui, il faut ne l’avoir jamais vu pour en penser du bien. Ce mélo grotesque (adapté d’une célèbre histoire vraie : le drame sentimental de l’enseignante Gabrielle Russier dans la France pompidolienne) est un navet monumental. Je vous le recommande.

Dans les nombreux films d’Annie Girardot, on peut néanmoins en sauver deux où elle fait de courtes apparitions : «Rocco et ses frères» de Visconti (1960) et, à la rigueur, «La pianiste» de Michael Haneke (2001), bien que ce dernier film soit globalement un pensum prétentieux.

Le bilan est donc maigre.

La femme était sympathique, évidemment fragile et sans doute malheureuse. A sa façon, elle a incarné à l’écran, à la fin du XXème siècle, le personnage de la Française spontanée, pas très belle, mais énergique et souvent drôle.

C’est bizarre, l’émotion suscitée par les disparitions de certaines célébrités.

Je me souviens très bien de la mort du chanteur Carlos en janvier 2008. Quelle œuvre laisse-t-il derrière lui, ce Carlos ? Pratiquement rien. Annie Girardot nous lègue davantage, évidemment.

Mais ce n’est pas ça qui compte. Ce qui marque, c’est l’attachement du public à quelques personnalités qui ont captivé, non par leur empreinte artistique, mais par leur rapport personnel avec une époque.

Des catalyseurs de nostalgie.

17 commentaires:

Churchill a dit…

Le journal "La Croix" ne dit pas autre chose que vous, avec peut-être plus de componction (catholique ?) ou de charité (chrétienne) : elle ne savait / voulait pas sélectionner ses rôles...

Ici, l'article de La Croix : http://www.la-croix.com/Mort-d-Annie-Girardot-l-antistar/article/2457010/5548

Anonyme a dit…

en changeant les noms votre famille pourra recycler cette page pour vos obsèques

Anonyme a dit…

Votre article est dégoulinant de méchanceté, pire de bêtise..... Oui, Annie Girardot ou Carlos vont manquer à leur famille, leurs amis, leurs admirateurs....Ce qui ne sera sûrement jamais votre cas....D'où peut-être cette hargne qui vous habite!!!!!!!!!

nathanael a dit…

bien que tout cela soit sans doute assez vrai, bien qu'un peu caricatural quand même, je pense que la mort, en tous cas, demande un minimum d'élégance...

Anonyme a dit…

A Anyhow
Je vous retrouve bien, provocateur, avec un certain plaisir à aller à contre-courant.
Je comprends un peu ce que peuvent avoir de révoltant toutes ces oraisons funèbres dégoulinantes de bons sentiments, alors qu'Annie Girardot laissait tout le beau monde, qui l'encense maintenant, indifférent, alors qu'elle sombrait dans l'alcool, la solitude, puis dans l'Alzeimer.
C'est votre manière à vous de vous regimber. C'est une manière comme une autre. Elle a le mérite de réveiller, de faire se poser des questions.
Merci de garder en toutes circonstances votre indépendance et votre originalité.
PS: On oublie le rôle d'Annie Girardot dans "la Gifle", où elle montrait une réelle qualité d'actrice.

GdeC a dit…

Oh toi, tu ne vas pas te faire que des amis ! Je m'étais moi-même désolidarisé de tous ces gens qui portaient aux nues tel chanteur (Baschung, pour seul exemple) à la mode que je trouvais insipide, je m'en suis pris plein la tronche... je ne ne partage pas forcément ton avis sur Girardot, mais tu as le droit de dire ce que tu penses : ça me manque en cette époque de grande hypocrisie...

Anonyme a dit…

Ma maman se meurt et quand je lis "ça" je suis peiné .

ANYHOW a dit…

A l'Anonyme de 20 h 32.
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Comment et pourquoi mettre sur le même plan la mort d'Annie Girardot et l'agonie de sa propre mère ?

La disparition d'une personnalité ne devrait pas tant nous affecter. En revanche, la fin prochaine d'un père ou d'une mère, c'est un épisode personnel douloureux, profondément intime et marquant. Je suis passé par là.

Notre époque fortement médiatisée ne nous permet plus de faire facilement la différence entre le sort des célébrités et la destinée de nos proches. Tout se mélange dangereusement.

Cher Anonyme de 20 h 32, la fin de vie de votre maman doit être pour vous infiniment plus importante, bouleversante, dramatique que le décès d'une actrice que vous n'avez jamais rencontrée. Et c'est légitime.

Je respecte l'émotion, la peine, le chagrin et l'amour. Mais pas quand on les applique artificiellement à des étrangers célèbres.

A force de pleurnicher sur des personnes vues à la télé ou au cinéma, on risque de négliger l'essentiel.

Anonyme a dit…

Je ne pleure que pour ma mère qui décédera tant les mêmes conditions .
Annie Girardot est une parfaite inconnue pour moi mis à part l'actrice .C'est seulement le fait que l'on critique et juge déjà ma mère sur son oeuvre si modeste soit-elle . Et après sa mort , je lirai des articles comme vous l'avez écrit . En tout cas , merci de m'avoir répondu .

Leroy Beaulieu a dit…

c'est sur et certain... bouffi !
personne ne parlera de ta mort... tu ne risques pas d'entrer dans l'histoire du journalisme avec des propos pareil... Et je viens sur ce site que pour mesurer la médiocrité humaine..je me sens plus intelligent en te lisant !

ANYHOW a dit…

Je suis content de savoir que "Leroy Beaulieu" puisse se sentir parfois intelligent.

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

Certes, une mort est toujours une douleur, mais de là à encenser des gens qui n'en demandaient tant... on aimait bien Annie Girardot comme Carlos qui faisaient partie d'une période de notre vie et nous renvoient ainsi à notre propre mort, mais laissons-les tranquilles, ils ont vécu, ils ont essayé d'être heureux j'espère qu'ils y sont parvenu et tant mieux pour eux, j'imagine qu'au moment de leur mort, c'est tout ce qui leur importait, et pas forcément d'avoir des nécros (logies et pas philies). Il faut vivre sa vie pour son plaisir ou son devoir, mais pour pour la postérité : on n'y est plus. Et j'imagine que ceci vaut pour chacun de nous. Mozart ou Camus ont vécu pour eux et leur réalisation et pas pour ce qu'on en dirait après eux.

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

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convention obseques a dit…

ca fait bizarre d'entendre un bilan post mortem pas très glorieux, souvent après la mort de quelqu'un on n'ose plus etre objectif dans les remarques, bravo donc

MAria

Anonyme a dit…

Laissons glouglouter ces batraciens de béni-oui-oui : je penche, donc je suis, avec vous... Ce billet pourrait être appliqué à bon nombre "d'artistes" (j'adore quand j'entends ce mot), tant masculins que féminins. Qu'ils soient prétentieux ou jouent les faux-modestes ne changent rien à l'affaire : leur argument est et sera toujours le même, ils "vendent du rêve"... Un rêve honteux, mesquin, pétainiste et impubère.