"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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jeudi 8 mai 2014

Le vieillard amoureux du 'Bon café' (fable tamoule)

C'est un petit bistrot du Xème arrondissement, à la façade rouge, à l'entrée du boulevard Saint-Martin, tout près de la place de la République. Il est en face de chez moi. J'y ai mes habitudes. Il s'appelle "Au bon café" et c'est justifié. C'est un café bien de chez nous. Mieux que de chez nous, en réalité, car il est tenu par des Tamouls. La conquête de ce lieu "de souche" (comme disent certains) par des représentants de ce peuple opprimé du Sri-Lanka s'est faite progressivement, à force de travail et de compétence. 

Un jour que j'y déjeunais, on m'apporta, faveur accordée à un bon client, un sorbet de belle apparence. Il se révéla en outre exquis. Je dis benoîtement au Tamoul qui me l'avait offert : "C'est digne de Berthillon !" Je faisais référence au célèbre glacier où les touristes se pressent dans l'île Saint-Louis (sauf l'été car c'est fermé, selon les bonnes traditions françaises). Le Tamoul afficha un large sourire et me confia qu'il avait travaillé comme commis chez Berthillon pendant plusieurs années. C'était son premier emploi. Il venait de débarquer de son île lointaine de l'Océan Indien avec son petit baluchon, sans parler un mot de français. Confiné à des tâches subalternes, il avait néanmoins observé le travail des maîtres-glaciers, au point de les égaler. Il avait ensuite rejoint des compatriotes entreprenants pour s'emparer du "Bon café" du boulevard Saint-Martin. 

Dans ce troquet modeste, la cuisine est bon marché, soignée, dans les traditions françaises avec une touche bienvenue de piment d'Asie du Sud. Une fois par semaine, des inconscients enhardis par quelques bières rivalisent dans d'improbables karaokés que je fuis prudemment. 

Lorsque je déjeunais tardivement au "Bon café" presque tous les jours à une époque désormais révolue de ma vie, j'y croisais un vieil homme qui arrivait invariablement vers 14h. Il avait environ 90 ans. Rabougri, maigre et mal rasé, il s'avançait à petits pas vers le café, plié en deux sur une canne, portant -été comme hiver- un manteau beige élimé et une casquette en velours de la même couleur et dans le même état. 

Le vieillard solitaire s'asseyait toujours à la même table, légèrement en retrait de la porte, avec une vision circulaire sur l'endroit. Il commandait un café ("et un verre d'eau !") sur un ton comminatoire. Il s'impatientait et pestait quand le Tamoul de service, pourtant attentionné, tardait à satisfaire sa commande. 

Il restait là une petite heure, scrutant les lieux, les autres clients et le boulevard à travers la devanture, avec le regard acéré d'un oiseau de proie. Puis il repartait péniblement vers le métro. Il habitait très loin, dans un gourbi d'une banlieue excentrée, dernier refuge de sa vieillesse et de sa maigre pension. 

Les Tamouls que j'interrogeais à propos de ce personnage me racontèrent qu'il habitait jadis dans un appartement en face du café, sur le boulevard Saint-Martin, au dessus du magasin de farces et attrapes qui existe toujours sous l'enseigne "Le clown de la République", appellation qui conviendrait à bon nombre de nos politiciens. 

Le vieux bonhomme n'était guère sympathique. J'avais à quelques reprises engagé la conversation avec lui. Il était distant et peu disert. Il m'avait néanmoins raconté la libération de Paris en août 1944. Il avait vécu cela, ici, dans le quartier de la place de la République. Cet endroit fut l'un des derniers bastions allemands. Les SS, réfugiés dans ce qui est désormais une caserne de la garde républicaine, canardaient copieusement le voisinage avec des mitrailleuses nichées sur les toits du bâtiment. 

Il suffit aujourd'hui de serpenter les environs pour voir, à chaque coin de rue, une plaque à la mémoire d'un Parisien abattu alors que De Gaulle paradait déjà sur les Champs-Élysées. Les SS, cernés, finirent par battre en retraite vers l'Allemagne en empruntant le boulevard de Magenta, ce qui est la bonne direction. Le vieil homme du "Bon café" me raconta ces épisodes. 

Mais il ne dit jamais un mot sur son attachement à ce bistrot qui faisait face à son ancien domicile, attachement qui le poussait chaque jour à s'extirper péniblement de son inaccessible banlieue pour boire un café et repartir. Il a fallu que j'interroge les Tamouls pour en savoir davantage. 

L'histoire est sentimentale, à la manière d'une chanson réaliste de Piaf. Après la guerre, dans la force de l'âge, le vieillard avait rencontré la femme de sa vie dans ce débit de boisson pas encore tamoulisé. Ils se marièrent et n'eurent aucun enfant. Ils vécurent longtemps sur le boulevard Saint-Martin, en voyant de leurs fenêtres le café où ils s'étaient découverts, frappé par le coup de foudre. Mais le couple, chassé par la cherté des loyers parisiens, fut contraint un jour de quitter ce lieu familier pour s'installer à regret dans une obscure périphérie. 

L'épouse mourut. Le veuf inconsolable commença à venir chaque jour dans l'estaminet où il avait connu sa dulcinée, en face de l'ancien nid conjugal. Il fit le pèlerinage quotidien (sauf dimanche et fêtes) pendant plus de deux décennies. 

Il y a quelques jours, je suis venu boire à mon tour un café chez les Tamouls. J'ai demandé des nouvelles du vieil homme à la casquette de velours. Ils ne l'ont plus revu depuis presque deux ans. Il est peut-être mort ou, pire encore, il n'a plus la force d'accomplir le rituel quotidien du "Bon café", ultime balise d'un bonheur évanoui. 

mercredi 14 mars 2012

Pour le transfert des cendres de Claude François au Panthéon

Rousseau et Voltaire, Pierre et Marie Curie, Jean Moulin et André Malraux, poussez-vous donc un peu. Il faut faire place à un nouvel arrivant dans les méandres humides et mal éclairés du Panthéon où vous gisez, gloires nationales...

«Entre ici, Claude François !» Oui, le blondinet sautilleur mériterait bien d'être admis à son tour dans la crypte de la Nation reconnaissante. C'est du moins ce que je déduis de l'adoration universelle que l'évocation de sa carrière admirable suscite dans la France de 2012. Il suffit d'un film nouveau retraçant sa vie pour que les passions et les larmes se répandent à profusion.

Claude François (1939-1978) était (je le précise à l'intention des jeunes générations) un chanteur de variétés français très populaire dans les années 60 et 70 du siècle dernier. Sa carrière a été brusquement interrompue par l'EDF, aussi fatale dans une baignoire que le fut Charlotte Corday à Marat.

Il serait malveillant de rappeler que l'homme était acariâtre, autoritaire et narcissique, selon de nombreux témoignages concordants. Il serait déplacé de dire qu'il était machiste de la pire manière et qu'il culbutait distraitement ses groupies tout en méprisant ses épouses légitimes successives. Il serait inconvenant de souligner que la plupart de ses chansons étaient des adaptations hâtives de succès anglo-saxons. Il serait sacrilège de remarquer que sa voix à l'étroite tessiture, une voix de tête mal posée, produisait un son nasillard sans ampleur. Tout cela serait mal venu. Et je ne le ferai donc pas.

Car Claude François était une idole. Il est devenu une icône. Depuis quelques jours, la télévision nous inflige des hommages sanglotants. Rien ne justifie vraiment ce déluge lacrymal, si ce n'est la sortie de ce film consacré au chanteur disparu il y a 34 ans. Ce n'est même pas un compte rond.

C'est ainsi que le journal télévisé de la principale chaîne publique, France 2, a accordé dimanche dernier un bon quart d'heure à Claude François. L'un des fils de l'artiste était convié, flanqué de Michel Drucker, pleureur officiel. Drucker avait déjà utilisé une bonne partie des nombreuses heures qui lui sont dévolues chaque semaine sur l'antenne nationale en érigeant un cénotaphe télévisuel à la gloire de Claude François.

Ce phénomène extravagant m'a plongé dans une intense réflexion : pourquoi Claude François ? Et pourquoi maintenant ?

Je crois avoir trouvé un début d'explication : Claude François nous renvoie à l'époque bénie des «trente glorieuses», ce temps lointain de la France pépère, celle des années De Gaulle et Pompidou. C'est cette mélancolie d'une période révolue que le souvenir de Claude François ravive.

Bertrand Le Gendre, ancien journaliste au «Monde», vient de publier un livre révélateur intitulé : «1962, l'année prodigieuse» (éditions Denoël). 1962, année de «La France forte» que Nicolas Sarkozy, malgré son slogan, n'arrivera jamais à ressusciter.

En 1962, la guerre d'Algérie se termine enfin. Le taux de croissance atteint 6,8%. Le chômage n'est qu'à 2%. C'est techniquement le seuil du plein emploi. La France est auto-suffisante, protégée dans ses frontières, forte d'une industrie soutenue par l'Etat. On n'imagine même pas que la mondialisation déferlera trente ans plus tard. Les écarts de salaires sont raisonnables. La paysannerie est prospère. Le capitalisme ne s'est pas encore financiarisé. Le paquebot «France» vient d'être mis en service. L'immigration est marginale et la «première génération», célibataire et travailleuse, arrive sans bruit, convoquée pour fortifier la prospérité générale.

1962, c'est cette année-là. «Cette année-là», le titre d'une chanson de Claude François, dédiée à l'année 1962, moment de ses débuts.






Voici les paroles :

Cette année-là
Je chantais pour la première fois
Le public ne me connaissait pas
Quelle année cette année-là

Cette année-là
Le rock'n'roll venait d'ouvrir ses ailes
Et dans mon coin je chantais belle, belle, belle
Et le public aimait ça

Déjà les Beatles étaient quatre garçons dans le vent
Et moi ma chanson disait marche tout droit

Cette année-là
Quelle joie d'être l'idole des jeunes
Pour des fans qui cassaient les fauteuils
Plus j'y pense et moins j'oublie

J'ai découvert mon premier mon dernier amour
Le seul le grand l'unique et pour toujours le public

Cette année-là
Dans le ciel passait une musique
Un oiseau qu'on appelait Spoutnik
Quelle année cette année-là

C'est là qu'on a dit adieu à Marilyn au cœur d'or
Tandis que West Side battait tous les records

Cette année-là
Les guitares tiraient sur les violons
On croyait qu'une révolution arrivait
Cette année-là

C'était hier, mais aujourd'hui rien n'a changé
C'est le même métier qui ce soir recommence encore

C'était l'année soixante deux
C'était l'année soixante deux
C'était l'année soixante deux
C'était l'année soixante deux

Oui, c'est l'année 1962 qui est ainsi évoquée dans cette chanson de Claude François sortie beaucoup plus tard, en 1976. Il s'agit de l'adaptation d'un tube américain de 1975 interprété par Frankie Valli & The Four Seasons December 1963, Oh, What a Night»). Les paroles en français, écrites par Eddy Marnay, font référence à quelques événements de la vie du chanteur, notamment ses débuts en 1962 avec le titre mémorable «Belle, belle, belle».

La chanson «Cette année-là» évoque aussi certains aspects de l'actualité : la mort de Marilyn Monroe, le Spoutnik soviétique (qui date en fait de 1957 et 1961), la sortie en France du film «West Side Story», le premier 45 tours des Beatles «Love me do».

Quand Claude François chante «Cette année-là» en 1976, il est déjà dans la nostalgie d'une sorte de paradis perdu. La France de 1962 n'existe plus. Les chocs pétroliers sont passés par là. Le chômage commence à s'installer. Valéry Giscard d'Estaing, successeur de Pompidou, introduit le «regroupement familial». L'immigration change de nature. La France, contre son gré, est confrontée au monde. Elle mettra longtemps à en prendre conscience.

C'est tout ce passé que nous remuons aujourd'hui en célébrant ce culte improbable à Claude François. Le souvenir d'une époque où tout paraissait simple, à l'abri des frontières, au sein d'une Europe où le mur de Berlin séparait encore clairement les deux blocs.

Comme il serait doux de revenir aux années 60 et 70... Deux ou trois chaînes de télévision, Guy Lux, Maritie et Gilbert Carpentier et (déjà) Michel Drucker. Une France dans son pré-carré où circulaient sans grande concurrence des voitures Peugeot, Renault et Citroën. Une France où De Gaulle se permettait d'éconduire le ministre japonais de l'industrie sous prétexte qu'il ne «recevait pas un représentant en transistors». C'est cette France-là, ces années-là, que le souvenir de Claude François nous remémore. Nous accueillons avec ravissement ce confortable flash-back et son tourbillon de paillettes, de pantalons pattes d'éléphant et de cols pelle à tarte.

Les Français se consolent du grand dérèglement qui les secoue aujourd'hui avec quelques images jaunies découpées jadis dans «Salut les copains». Il serait peut être temps d'affronter l'avenir.
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lire ceci également sur un sujet voisin : LES CHANTEURS MORTS QUI CHANTENT ENCORE

mardi 1 mars 2011

Annie Girardot : la nécro que vous ne lirez pas ailleurs

Je n’irai pas cracher sur sa tombe. Mais je ne me joindrai pas aux jérémiades qui accompagnent la mort d’Annie Girardot.

Il est toujours gênant d’entendre la logorrhée des hommages post mortem, surtout à propos d’une actrice comme Annie Girardot que tous les ‘professionnels de la profession’ (comme dirait Jean-Luc Godard) ont laissé tomber quand elle traversait sa longue période d’oubli dans les années 80-90.

Je l’ai souvent croisée à cette époque. Nous étions voisins du côté de la place des Vosges à Paris. Je la voyais fréquenter assidument un caviste qui vendait aussi du fromage, au coin de la rue des Tournelles et de la rue du Pas de la Mule (aujourd’hui une boutique de fringues, bien sûr).

Annie, pour se consoler, y achetait davantage de gros rouge que de brie ou de bleu d’Auvergne. Ça n’allait pas fort à ce moment-là pour elle.

Elle vivait alors avec Bob Decout, parolier et réalisateur médiocre, soupçonné d’avoir largement puisé dans les économies d’Annie Girardot, en exerçant sur elle un chantage moral pas très glorieux.

A la fin de sa vie, il y a eu la lente plongée dans la maladie d’Alzheimer qui frappe des centaines de milliers de Françaises et de Français. Même parfois les anciens présidents de la République. C’est un calvaire, pour les gens célèbres, pour les anonymes et pour leur entourage.

Annie Girardot a été une actrice très populaire qui a tourné 122 films. Sa filmographie est toutefois un désastre artistique.

Elle avait du tempérament, de la vivacité, du naturel. Elle a mis toutes ces qualités au service de cinéastes médiocres, des tâcherons, des faiseurs : Denys de la Patellière, Jean Delannoy, Claude Zidi, Gilles Grangier, Claude Lelouch, Edouard Molinaro, Serge Korber et j’en passe par respect pour sa mémoire.

Je n’oublie pas cependant André Cayatte et son inénarrable «Mourir d’aimer» que la télé va forcément nous resservir. Ce film que tout le monde cite aujourd’hui, il faut ne l’avoir jamais vu pour en penser du bien. Ce mélo grotesque (adapté d’une célèbre histoire vraie : le drame sentimental de l’enseignante Gabrielle Russier dans la France pompidolienne) est un navet monumental. Je vous le recommande.

Dans les nombreux films d’Annie Girardot, on peut néanmoins en sauver deux où elle fait de courtes apparitions : «Rocco et ses frères» de Visconti (1960) et, à la rigueur, «La pianiste» de Michael Haneke (2001), bien que ce dernier film soit globalement un pensum prétentieux.

Le bilan est donc maigre.

La femme était sympathique, évidemment fragile et sans doute malheureuse. A sa façon, elle a incarné à l’écran, à la fin du XXème siècle, le personnage de la Française spontanée, pas très belle, mais énergique et souvent drôle.

C’est bizarre, l’émotion suscitée par les disparitions de certaines célébrités.

Je me souviens très bien de la mort du chanteur Carlos en janvier 2008. Quelle œuvre laisse-t-il derrière lui, ce Carlos ? Pratiquement rien. Annie Girardot nous lègue davantage, évidemment.

Mais ce n’est pas ça qui compte. Ce qui marque, c’est l’attachement du public à quelques personnalités qui ont captivé, non par leur empreinte artistique, mais par leur rapport personnel avec une époque.

Des catalyseurs de nostalgie.

samedi 13 novembre 2010

Je me souviens (dédicace spéciale pour Michele)


Michele Arpino, un ami italien vivant en Suisse, me demande de republier ce texte. Je ne peux rien refuser à Michele.
Je me souviens…
(à la manière de Georges Pérec)



· Je me souviens avoir eu la peur de ma vie en débarquant à l’aéroport de Manille aux Philippines quand des malfrats m’ont enlevé avec ma valise vers une destination inconnue en ne me relâchant qu’après m’avoir délesté de tous mes dollars.
· Je me souviens, au milieu des années 90, de la fête que j’avais organisée chez moi à New York au cours de laquelle est apparu un couple glamour qui n’était pas invité et que je n’ai pas reconnu immédiatement : le jeune avocat Arno Klarsfeld et sa compagne de l’époque, Carla Bruni.
· Je me souviens avoir rencontré Tino Rossi, loin de la Corse, dans un restaurant bruyant de Cambrai (dans le Nord) et qu’il avait refusé de monter à pied à l’étage pour que je l’interviewe dans un endroit plus calme.
· Je me souviens avoir conversé quelques instants avec Claude Lévi-Strauss qui n’est pas aussi triste que ses « tropiques ».
· Je me souviens, lorsque j’habitais près de la place des Vosges à Paris, avoir souvent vu l’écrivain Jean-Edern Hallier qui aimait s’exhiber torse nu sur son balcon, tout près de la maison de Victor Hugo.
· Je me souviens être resté en rade pendant deux heures à bord d’un TGV à la gare de la Ciotat (Bouches du Rhône), cette gare filmée par Louis Lumière en 1895 pour l’un des premiers films de l’histoire du cinéma : « l’arrivée d’un train en gare de la Ciotat ».
· Je me souviens des émissions régulières que j’ai faites à Europe 1 avec Jean-Claude Brialy, vif et charmeur.
· Je me souviens avoir été le premier journaliste présent rue des Rosiers après l’attentat contre le restaurant Goldenberg.
· Je me souviens avoir interviewé le chanteur Renaud à Lille à l’époque de la sortie de son tout premier disque.
· Je me souviens avoir interviewé l’astronaute John Glenn.
· Je me souviens avoir assisté à un récital du chanteur Mouloudji dans une petite salle du nord de la France et qu’il avait chanté sans micro car la sonorisation était en panne.
· Je me souviens avoir vu, à la fin de sa vie dans les années 2000, un Jacques Villeret ivre mort, attablé seul dans une brasserie de Lille, devant deux bouteilles vides de vin blanc.
· Je me souviens que je tutoyais un premier ministre français rencontré des années auparavant à Washington lorsqu’il n’était qu’un diplomate inconnu.
· Je me souviens que Lionel Jospin ne m’a pas regardé une seule fois dans les yeux pendant une émission en direct d’une heure dont il était l’invité et que je présentais sur RTL.
· Je me souviens avoir passé un après-midi plutôt rigolo avec Jean-Marie Le Pen chez lui à Saint-Cloud.
· Je me souviens que j’ai séjourné au Club Méditerranée de Marrakech en même temps que Thierry Le Luron, entouré d’une escouade de parasites, et que, des années plus tard, il avait agonisé à l’hôtel Crillon sans jamais annoncer qu’il était atteint du Sida.
· Je me souviens de ce qui se passait la nuit, derrière les grilles fermées du jardin de Tuileries, à la fin des années 70 et au début des années 80.
· Je me souviens que je croisais souvent Mehdi El Glaoui (fils du pacha de Marrakech) qui, enfant, avait été la vedette des feuilletons télévisés « Poly » et « Belle et Sébastien» réalisés par sa mère Cécile Aubry et qui, adulte, habitait au rez-de-chaussée de l’immeuble rue du Roi de Sicile à Paris où je louais un minuscule studio sous les toits.
· Je me souviens du charme de cette examinatrice du baccalauréat qui m’avait accordé un 19 sur 20 à l’oral de français pour mon commentaire d’un extrait de « Madame Bovary », comme si l’ado coincé que j’étais alors pouvait comprendre quoi que ce soit aux affres de l’héroïne de Flaubert.
· Je me souviens avoir pénétré à quatre reprises dans le bureau ovale de la Maison Blanche, deux fois du temps de Bush père, deux fois du temps de Clinton.
· Je me souviens avoir vu les redoutables soldats Gurkhas, vestiges de l’Empire britannique en Inde, armés d’un poignard impressionnant, embarquant en 1982 à Southampton à bord du paquebot « Queen Elizabeth II » transformé en navire militaire pour la lointaine guerre des Malouines.
· Je me souviens des remerciements aimables, à la fin des années 60, de la chanteuse Barbara à qui j’étais allé demander timidement un autographe dans sa loge après un récital, un dimanche après-midi, au théâtre municipal d’Anzin (Nord).
· Je me souviens avoir bavardé dans un cocktail à New York avec l’écrivain Tom Wolfe qui portait comme d’habitude un costume blanc immaculé.
· Je me souviens d’un magnifique coucher de soleil sur l’île de Santorin (en Grèce) à la fin des années 70.
· Je me souviens de la joie populaire, vite déçue, sur la place de la Bastille dont j’étais voisin, le soir de la victoire de François Mitterrand.
· Je me souviens de mon premier cyclomoteur rouge.
· Je me souviens d’un élève du lycée, brun, très beau, que j’avais revu des années plus tard au sous-sol de la librairie Gibert Jeune à Saint-Michel où il était vendeur et où il m’annonça qu’il vivait avec un écrivain célèbre, toujours vivant, et dont je ne dévoilerai pas l’identité.
· Je me souviens que le jeune acteur américain River Phoenix a eu le malheur de mourir d’overdose le jour de la mort de Fellini.
· Je me souviens des joutes verbales de la guerre froide entre Khrouchtchev et Kennedy que je commentais naïvement dans un cahier d’écolier en étant fasciné par la similitude des initiales de leur patronyme.
· Je me souviens avoir dîné à Lille dans les années 70 à la table de Léo Ferré qui décréta à juste raison au milieu du repas, en me fixant dans les yeux et d’une voix de stentor, que j’étais « un jeune homme triste ».
· Je me souviens de ma terreur à l’idée de survoler sur un filin (ce que je n’ai finalement jamais fait) les douves d’un château délabré du Pas-de-Calais où j’avais été envoyé pour un camp de vacances où j’étais supposé améliorer mon niveau scolaire avant la rentrée.
· Je me souviens avoir vu l’homme marcher sur la lune, en juillet 1969, sur un petit téléviseur noir et blanc, à New York, dans un quartier noir du Queens.
· Je me souviens avoir aperçu de loin la haute silhouette du général De Gaulle lors de sa visite à Valenciennes dans les années 60.
· Je me souviens que des dames très convenables donnaient des cours de couture tous les jours dans le « Magazine Féminin » diffusé à 17 heures sur l’unique chaîne de la RTF.
· Je me souviens de la ruelle près de la Bastille où j’ai parlé pour la dernière fois à Lucien Combelle que j’avais connu à mes débuts à Europe 1 où il était chargé de petits travaux subalternes et qui fut un journaliste collaborateur pendant l’Occupation dont le parcours a été raconté dans un beau livre par Pierre Assouline.
· Je me souviens avoir maladroitement expliqué à Jean Marais que je renonçais à l’interviewer dans sa loge du théâtre municipal de Tourcoing tellement j’étais impressionné par sa présence.
· Je me souviens que j’ai lamentablement bredouillé (car je ne savais pas bien faire fonctionner le magnétophone Nagra) en interviewant un Jean-Paul Sartre très indulgent à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais) au milieu des années 70.
· Je me souviens des contrôles pointilleux, dans une station de métro lugubre, pour le passage à l’Est quand le mur de Berlin était encore debout.
· Je me souviens de mon long tête-à-tête avec Valéry Giscard d’Estaing, dans le bureau du maire de Chamalières, alors qu’il était candidat aux cantonales de 1982, un an après avoir été chassé de l’Elysée.
· Je me souviens avoir souvent croisé Coluche qui n’était ni drôle ni aimable.
· Je me souviens avoir vu Manhattan en 1969 alors que le World Trade Center n’était pas encore sorti de terre.
· Je me souviens que la journaliste américaine de « Time magazine » qui était ma voisine dans le public de l’Olympia avait publié dans son journal quelques-unes des méchancetés que je lui avais glissées à propos d’Yves Montand que j’avais interviewé quelques heures avant le spectacle et qui avait été particulièrement odieux à mon égard.
· Je me souviens avoir vu souvent ma voisine Annie Girardot, seule le soir dans les années 80, chez le marchand de vins et de fromages près de la Place des Vosges où elle habitait et à qui elle achetait plus de vin que de fromage.
· Je me souviens que je rentrais de la montagne le soir où la mort de Pompidou a été annoncée.
· Je me souviens avoir vécu l’arrivée incongrue du Beaujolais Nouveau à Djakarta (en Indonésie).
· Je me souviens de la première visite à New York de Georges Marchais, encore secrétaire général du PCF, et qui, répondant à mes questions pressantes au sommet de l’Empire State Building, n’avait fait qu’un seul commentaire : « c’est très peuplé », en évitant ensuite de se faire photographier devant la Statue de la Liberté.
· Je me souviens qu’avant Mai 68 mes profs au lycée avaient toujours une veste et une cravate, tout comme certains élèves (mais pas moi).
· Je me souviens avoir bavardé dans un cocktail à Beverly Hills avec un acteur belge inconnu qui fit ensuite carrière à Hollywood sous le nom de Jean-Claude Van Damme.
· Je me souviens de ma frustration, moi qui aime tant les examens, de la facilité avec laquelle le BEPC m’avait été accordé en Mai 68 (comme à presque tous les candidats) et que je m’en étais plaint des années plus tard à Daniel Cohn-Bendit qui m’avait traité de « petit bourgeois ».
· Je me souviens avoir serré la main de Ted Kennedy au Congrès à Washington en juillet 1969, une semaine avant que ses espoirs présidentiels ne fussent définitivement anéantis par la noyade toujours inexpliquée d’une collaboratrice, Mary Jo Chopechne, à Chappaquiddick (Massachussetts).
· Je me souviens de l’achat de mon premier 45 tours : « Moi mes souliers » de Félix Leclerc.
· Je me souviens avoir vu une représentation de la pièce « Equus » par la compagnie Renaud-Barrault à Orsay qui, en 1976, n’était plus une gare mais pas encore un musée et qui avait servi auparavant de décor au film « Le Procès » adapté de Kafka et réalisé en 1962 par Orson Welles avec Anthony Perkins dans le rôle de « K ».
· Je me souviens de ce camarade de classe qui avait une boule à facettes au plafond de sa chambre, comme dans les dancings, et qui s’est suicidé à l’âge de 13 ans.
· Je me souviens que j’ai toujours prétendu avoir porté chance à Juliette Binoche qui m’avait gentiment tapé sur les fesses après une interview à Los Angeles et qui, le lendemain, décrochait un Oscar pour son rôle dans « Le Patient anglais ».
· Je me souviens de ma première conversation en 1989 avec Hillary Clinton qui n’était que la femme de l’obscur gouverneur de l’Arkansas.
· Je me souviens de la manière sournoise dont j’ai séché l’éducation physique au lycée jusqu’à la terminale grâce à une dispense temporaire accordée après une fracture du bras en classe de troisième.
· Je me souviens de l’ancienne gare de la Bastille détruite pour faire place au blockhaus de l’Opéra.
· Je me souviens avoir été convié à un déjeuner au Louvre dans les appartements Napoléon III d’Edouard Balladur, alors ministre des finances, qui maugréait de voir construire sous les fenêtres de ses salons dorés la pyramide du chinois Pei voulue par Mitterrand.
· Je me souviens avoir vu à la télévision Jean-Louis Bory se dévoiler sans fard aux « Dossiers de l’écran » consacrés pour la première fois à l’homosexualité.
· Je me souviens de mon unique Festival d’Avignon, à la fin des années 70, au cours duquel j’étais allé écouter le leader socialiste de l’époque, François Mitterrand, venu prononcer, en plein après-midi, un discours enflammé sur la culture dans la salle des mariages de l’Hôtel de Ville, bondée et surchauffée.
· Je me souviens de mon seul chapardage, au Prisunic de Valenciennes : un petit bouquin minable que j’ai toujours dans un coin honteux de ma bibliothèque.
· Je me souviens que, pendant mon adolescence, j’écoutais sans cesse la Symphonie numéro 3 avec orgue de Camille Saint-Saëns.
· Je me souviens qu’enfant, j’aimais lire et relire « Robinson Crusoe » en regrettant toujours l’arrivée de Vendredi qui fichait par terre le concept de l’île déserte.
· Je me souviens des débuts du Minitel et des rencontres sexuelles instantanées qu’il favorisait.
· Je me souviens d’un déjeuner à trois à Washington avec un diplomate de l’Ambassade de France et un Jacques Chaban-Delmas encore exubérant.
· Je me souviens de la méprise de mon père à qui j’avais déclaré vouloir faire plus tard des études à l’IDHEC (l’école de cinéma) et qui avait compris que je visais l’EDHEC (une école de commerce).
· Je me souviens de mon premier séjour en Angleterre, à Bournemouth en 1967, dans une famille dont le fils Ken, censé être mon « correspondant », me négligeait totalement au profit de bricolages mécaniques mais qui m’avait fait découvrir un 33 tours magistral qui venait de sortir : « Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles.
· Je me souviens avoir quitté un concert en plein air, boueux et pluvieux, dans une clairière du Maryland près de Washington, pendant que se produisait un groupe encore inconnu : R.E.M.
· Je me souviens avoir vu Michael Jackson de loin au Parc des Princes à Paris et de l’avoir revu de près dans le hall du Radio City Music Hall de New York.
· Je me souviens avoir demandé effrontément à Esther Williams, la gloire aquatique d’Hollywood de passage à Cabourg, ce qu’elle aurait de sa vie si elle n’avait pas su nager mais je ne me souviens plus de sa réponse.
· Je me souviens de mon premier « Mini-K7 » Radiola.
· Je me souviens de fêtes de Noël dans l’hémisphère Sud, à Rio ou à Sydney, où le givre sur les sapins paraît encore plus artificiel qu’ailleurs.
· Je me souviens de l’écoute religieuse du « Masque et la Plume » le dimanche soir dans la DS Citroën familiale, de retour de la visite rituelle chez les grands-parents dans l’Aisne.
· Je me souviens d’un improbable restaurant français tenu par un Autrichien dans la jungle à quelques kilomètres de Chang Rai, au nord de la Thaïlande.
· Je me souviens des housses très moches en tissu éponge orange que j’avais installées sur les sièges de ma 204 Peugeot lorsque j’étais étudiant à Lille.
· Je me souviens avoir été le seul spectateur d’une projection du film « Rêve de Singe » avec Gérard Depardieu dans une salle immense et vide à Turin alors que l’Italie, quelques jours après l’assassinat d’Aldo Moro en 1978, se terrait chez elle par crainte des Brigades Rouges fondées par Renato Curcio qui, dans cette même ville de Turin, assistait dans une cage à son procès dont j’ai suivi quelques audiences.
· Je me souviens de ce prêtre français concupiscent vantant devant moi le physique athlétique des jeunes garçons catholiques qu’il accompagnait à une messe en plein air célébrée par Jean-Paul II au JMJ de Denver (Colorado) en 1993.
· Je me souviens que mes voisins racistes n’avaient pas apprécié que je demande à des noirs de tondre la pelouse de ma maison du quartier blanc de Washington, des noirs qui avaient d’ailleurs disparu ensuite en emportant ma tondeuse.
· Je me souviens que j’écoutais régulièrement les émissions en français de Radio Tirana, le soir à 22 heures, grâce à un puissant émetteur ondes moyennes qui se propageait jusqu’à Valenciennes, et que j’étais interloqué et diverti par la description albanaise et marxiste-léniniste des événements de Mai 68 en France.
· Je me souviens qu’on regardait en famille à la télé « le Palmarès des chansons » présenté par Guy Lux et Anne-Marie Peysson et que j’y ai découvert Brassens.
· Je me souviens de Denise Glaser qui fumait sur le plateau de « Discorama » en interviewant chaque dimanche midi des chanteurs et des chanteuses dans un décor minimaliste.
· Je me souviens que je trouvais bizarre les rapports entre le lieutenant Rogers et le jeune Rusty dans le feuilleton « Rintintin ».
· Je me souviens que mon cousin Christophe Salengro avait commencé sa carrière de manière fracassante par une publicité télévisée pour le carrelage Gerflor (« Et hop ! ») et qu’il la poursuit toujours en étant le Président de Groland sur Canal +.
· Je me souviens qu’un de mes genoux a failli être broyé entre deux pare-chocs de voiture dans une rue de Sao Paulo au Brésil.
· Je me souviens avoir vu le film « Five Easy Pieces » avec Jack Nicholson au cinéma « Eden » de Valenciennes, une salle provisoire construite après les bombardements de la deuxième guerre mondiale et qui n’a disparu que dans les années 80.
· Je me souviens d’une soirée mondaine au siège de la Société Générale sur la sixième avenue à New York où chacun portait un badge nominatif et où j’ai abordé avec curiosité l’homme qui arborait le nom « Alain Robbe-Grillet » et qui m’a confirmé qu’il était bien le romancier du « Nouveau Roman ».
· Je me souviens avoir commenté pour RTL le tournoi de Flushing Meadow à New York sans savoir au départ comment on attribuait les points au tennis.
· Je me souviens que Michel Platini m’avait engueulé un jour tellement la première question de mon interview était bête.
· Je me souviens que j’ai couvert pour RTL un grand prix de Formule 1 à Montréal en sachant seulement que Prost avait une voiture rouge et que, malheureusement, il y en avait plusieurs de cette couleur.
· Je me souviens que j’étais sur la pelouse de la Maison Blanche le jour où le Palestinien Arafat a serré la main de l’Israélien Begin.
· Je me souviens avoir rencontré un Américain qui avait raté deux événements musicaux pour lesquels il détenait pourtant des billets d’entrée : le fameux concert des Beatles au Shea Stadium de New York en 1965 et le festival de Woodstock en 1969.
· Je me souviens avoir dormi à la belle étoile sur les rives de la rivière Colorado pendant une semaine de rafting au fond du Grand Canyon.
· Je me souviens avoir vu fumer dans les salles de cinéma aux Etats-Unis à la fin des années 60.
· Je me souviens avoir sombré dans un sommeil profond après avoir fumé les puissantes herbes locales au cours d’un concert de reggae à la Jamaïque.
· Je me souviens de l’épaisse fumée de marijuana qui se répandait dans un compartiment de train que je partageais entre Rome et Naples avec quatre Italiens dont j’ai partagé ensuite les pétards.
· Je me souviens que je connaissais tout le monde dans le train après avoir effectué en cinq jours et quatre nuits le parcours transcanadien entre Vancouver et Montréal.
· Je me souviens avoir vu la misère et l’ennui à leur comble dans les réserves indiennes aux Etats-Unis.
· Je me souviens que j’avais convaincu le réalisateur Francis Girod d’introduire mon nom dans le dialogue du film « Le Bon Plaisir » où j’apparais dans une courte scène tournée dans un studio d’Europe 1.
· Je me souviens du tournage nocturne dans un village du Nord d’un épisode du feuilleton de l’ORTF « La Malle de Hambourg » où l’on me voit, acteur juvénile et néanmoins assuré, annoncer le mort d’un des principaux personnages de l’histoire.
· Je me souviens de mon passage à l’âge de 17 ans dans une émission animée par Léon Zitrone sur la première chaîne de télévision, un dimanche après-midi en direct du studio 101 de la Maison de la Radio à Paris, où j’invectivais en sa présence Pierre Sabbagh à propos de l’indigence du programme « Au théâtre ce soir » qu’il réalisait.
· Je me souviens avoir aperçu Georges Brassens, déjà très malade, au fond d’un studio des Buttes-Chaumont où j’étais venu interviewer Jean-Christophe Averty.
· Je me souviens des 78 tours, des microsillons, des bandes magnétiques, des cartouches, des cassettes.
· Je me souviens de ma première exploration d’Internet à New York en 1993 grâce au système primitif « Mosaic », alors que Netscape n’existait pas encore et Windows encore moins.
· Je me souviens de la rivalité technologique entre les magnétoscopes Betamax (de Sony) et les magnétoscopes VHS qui ont fini par triompher.
· Je me souviens qu’une « bonne » (on ne disait plus « servante » mais pas encore « employée de maison ») qui accompagnait notre famille dans les vacances d’été à Merlimont-Plage (Pas-de-Calais) se prénommait Madeleine et qu’elle cuisinait des pommes de terre à l’ail que nous savourions et que nous appelions « Pommes de terre Madeleine ».
· Je me souviens que sur la plage de Merlimont nous construisions des « magasins de boulettes » où nous vendions des boulettes de sable décorées de poudre de couleur.
· Je me souviens que sur la plage de Merlimont j’installais des enclos immenses et vains à l’aide de cordes et de piquets.
· Je me souviens que je hissais devant la villa de Merlimont-Plage des drapeaux de tous les pays confectionnés par ma grand-mère et que je n’ai pas compris pourquoi mon père (en pleine guerre d’Algérie) avait brûlé précipitamment un drapeau du FLN rapporté par un espiègle cousin pied-noir.
· Je me souviens avoir passé quelques heures assez désagréables dans une ville du Paraguay qui s’appelait à l’époque « Presidente Stroessner ».
· Je me souviens ne m’être pas attardé, poussé par un étrange pressentiment, à Laramie (Wyoming), ville où -deux ans plus tard- le jeune Matthew Shepard fut torturé à mort pour la seule raison qu’il était homosexuel.
· Je me souviens avoir dormi à Villahermosa au Mexique qui, en dépit de son nom, est l’une des villes les plus moches du monde.
· Je me souviens avoir été cinglant avec Catherine Deneuve qui refusait de répondre à mes questions après une soirée des Oscars à Hollywood où elle n’avait rien récolté en lui disant : « Madame, je me demande bien ce que vous faites là ! »
· Je me souviens d’un récital d’Alain Souchon au « Casino de Paris » où Henri Salvador, assis juste derrière moi, n’a pas arrêté de me faire des farces.
· Je me souviens de la climatisation assourdissante d’une chambre d’hôtel à Moroni aux Comores que j’avais partagée, parce qu’il n’y avait plus de place ailleurs, avec un représentant en livres scolaires de la maison Hachette.
· Je me souviens des rats de cocotiers, longs comme le bras, qui traversaient ma paillote à Mayotte.
· Je me souviens des écureuils qui passaient l’hiver dans le grenier de ma maison à Washington.
· Je me souviens avoir observé les chauves-souris qui s’accrochent aux palmiers, pendant la journée, dans les parcs de Sydney.
· Je me souviens avoir vu des alligators à foison dans les fossés le long des routes de Floride, de l’Alabama et de la Louisiane.
· Je me souviens, au cours d’un voyage en Afrique, que je n’avais pas du tout aimé mon bref passage en Gambie.
· Je me souviens avoir visité avec nostalgie, au cœur de l’Amazonie brésilienne, l’opéra de Manaus inauguré en 1897 par un récital de Caruso.
· Je me souviens qu’Isabelle Adjani avait insisté pour rester couverte de son chapeau et de son manteau dans un studio bien chauffé où je l’avais interviewée en direct pendant une heure.
· Je me souviens d’une rencontre en 1989, à l’université John Hopkins de Baltimore (Maryland), avec un Boris Yeltsin, fortement imbibé à la vodka dès 10 heures du matin.
· Je me souviens avoir dit aux « Inconnus » (des prétendus comiques) que je ne les connaissais pas parce que c’était vrai et qu’ils n’avaient pas trouvé ça drôle.
· Je me souviens avoir été agressé en plein jour par une bande de gamins, faux cireurs de chaussure, sur la promenade le long de la plage de Copacabana, à Rio au Brésil.