"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

samedi 5 mars 2011

Racines chrétiennes : croisades, inquisition, massacres

Le chef de l’Etat a visité cette semaine (pour la deuxième fois depuis son élection) la cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation du Puy-en-Velay, en Haute-Loire.

C’est un chef d’œuvre de l’art roman, fortement influencé par l’architecture orientale et profondément restauré, pour ne pas dire entièrement reconstruit, par plusieurs architectes dont Eugène Viollet-le-Duc au 19ème siècle.

Dominant le promontoire qui accueille l’édifice, la statue en fonte de Notre-Dame-de-France a été érigée en 1860. Elle est haute de 16 mètres et pèse 110 tonnes. Elle a été réalisée à partir de 213 canons prélevés à la bataille de Sébastopol en Crimée, mis à la disposition des fondeurs par Napoléon III. Le sabre et le goupillon, nous voici au cœur du sujet.
Ce sanctuaire, l’un des plus anciens de la France catholique, est un des quatre points de départ du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Fort bien.

Mais le Puy-en-Velay est aussi un haut lieu de l’histoire des Croisades, une longue série de conflits armés contre le monde musulman.

La première croisade (1096-1099) fut dirigée par Adhémar de Monteil, évêque du Puy, désigné pour cette mission punitive par le pape Urbain II à l’occasion du concile de Clermont (1095).

Le but de cette toute première croisade était d’attaquer les Turcs qui bloquaient l’accès des pèlerins chrétiens à la Terre Sainte. L’évêque Adhémar de Monteil mourut pendant le siège d’Antioche, en Turquie.

On sait que Nicolas Sarkozy a lancé sa propre croisade contre la Turquie qu’il refuse obstinément d’intégrer à l’Union Européenne. L’Histoire, un millénaire plus tard, semble se répéter.

Dans l’inconscient collectif français, le Turc incarne l’ennemi, même chez Molière dans sa comédie «Les fourberies de Scapin». Le Turc, c’est le danger, le visage familier et honni du «Mahométan», comme disait Voltaire.

Depuis la première expédition partie du Puy-en-Velay, les croisades se sont multipliées, suscitées et soutenues par la papauté. On en a compté une dizaine au 12ème et 13ème siècles.

Menées au nom de la foi chrétienne, les croisades étaient des aventures guerrières. L’imagerie populaire les a transformées en aimables promenades à cheval avec costumes chatoyants et armures rutilantes. Les croisades furent en réalité des carnages (dans les deux camps), la première manifestation sanglante des racines chrétiennes de notre si estimable civilisation européenne.

A ce glorieux palmarès militaro-religieux, il faut ajouter les délices de l’Inquisition en Espagne et au Portugal, dès le 15ème siècle. N’oublions pas non plus la sainte Inquisition de la Rome catholique, fondée sous le nom de «Sacrée congrégation de l’inquisition romaine et universelle» par le pape Paul III en 1542. Il a fallu attendre 1908 pour que l’inquisition vaticane change d’appellation en devenant la «congrégation pour la doctrine de la foi».

L’inquisition espagnole ou portugaise pourchassait les hérétiques par l’intimidation, l’humiliation, les arrestations arbitraires, la privation de nourriture et la torture. Encore un aspect sympathique de nos racines chrétiennes, marquées également par les agréables bûchers de France où les sorcières et les mécréants furent carbonisés à foison.

Pour imposer par le glaive et la mitraille le culte du Christ ressuscité, l’Europe croyante a par ailleurs semé la terreur de l’autre côté de l’Atlantique. Les conquistadors espagnols et portugais ont massacré allègrement les populations d’Amérique, éradiquant parfois presque totalement les peuples autochtones, en particulier en Amérique Centrale. Ces militaires sanguinaires étaient accompagnés de prêtres exaltés brandissant Bible et crucifix et bénissant l’hécatombe.

Aujourd’hui, on montre du doigt les prédicateurs intégristes de l’Islam. Inspirateurs des pires exactions, les hommes en soutane qui accompagnaient les expéditions européennes en Amérique n’étaient pas moins haineux. Al Qaida, avec des armes plus modernes, n’a rien inventé dans le domaine du fanatisme.

Je passe trop vite sur les guerres de religion en France, ces interminables tueries opérées à grande échelle par les catholiques contre les protestants. D’autres boucheries mémorables, accomplies au nom de la vérité divine.

Plus près de nous dans le temps, l’Irlande s’est déchirée pendant un siècle pour les mêmes motifs : la haine viscérale entre catholiques et protestants.

Des missionnaires de bonne foi ont aussi apporté leur caution morale aux pires aspects du colonialisme européen, en Afrique et en Asie, de l’Indochine au Congo belge.

Pour mémoire, je mentionne trop rapidement le silence assourdissant du Saint-Siège pendant l’Holocauste organisé par l’Allemagne nazie et plus largement l’antisémitisme ancestral de l’Eglise catholique, fort heureusement amendé aujourd’hui.

Enfin, depuis une vingtaine d’années, la civilisation chrétienne et plus précisément catholique s’est illustrée par de nombreuses affaires de pédophilie dans l’Eglise.

Certes, le christianisme ne se résume pas à ces pages sombres.

On trouve dans cette religion des valeurs de charité, de justice et d’amour du prochain. Le christianisme a produit de nombreux personnages exceptionnels qui font honneur à l’humanité toute entière : des grands théologiens, des philosophes humanistes, des hommes et des femmes qui ont fait du bien autour d’eux, souvent dans l’anonymat et le dénuement. Des moines, des bonnes sœurs courageuses, des curés de village.

Mais s’il s’agit de glorifier nos racines chrétiennes qui sont historiquement indiscutables, il faut tout prendre en compte : le meilleur qui est un acquis pour notre civilisation et aussi le pire qu’on préfère généralement passer sous silence.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Hélas oui, que de sang versé au seul nom de Dieu !
Merci pour cet article très documenté. Il est bon de ne pas oublier même les choses dérangeantes.
C.C

Midal45 a dit…

Il ne faudrait tout de même pas raconter n’importe quoi, car en effet, si les croisades ont généré des massacres et de pillages assez épouvantables, de part et d’autre, (je ne vois pas où elles sont présentées comme d’aimables promenade s de chevalerie), il faudrait tout de même expliquer leur origine autrement que par un désir de conquête et de pillages de » la part des Chrétiens.
Pour mémoire, et très succinctement,, concernant l a1ère croisade
En 1078, les Turcs seldjoukides délogent de Jérusalem les Arabes abbassides qui y étaient installés depuis 637, date au cours de laquelle ils conquièrent Jérusalem. À une période de libre accès à Jérusalem par les pèlerins chrétiens se substitue le massacre par les Turcs de la totalité de la population, la soumission des populations chrétiennes aux vexations et esclavage. Dans le même temps, vaincus à la bataille de Manzikert en 1071, les Byzantins ne peuvent empêcher les Turcs de s'établir à Nicée en 1078 et d'y fonder un royaume en 1081.
La première croisade s'est déroulée de 1096 à 1099 suite, entre autres, au refus intervenu en 1078 des Turcs Seldjoukides de laisser libre le passage aux pèlerins chrétiens vers Jérusalem.

Les croisades ont été déclanchées dans le but de défendre les Chrétiens d’orients, face aux invasions Arabes et Turques de confession musulmane.
Ce sont tout de même bien les envahisseurs musulmans qui, dans un premier temps, ont investi la Palestine judéo Chrétienne.

Si par ailleurs, le passé des peuples Chrétiens n’a pas toujours été exemplaire ni glorieux, il faudrait tout de même préciser que c’est un passé assez lointain, et que c’est ce passé qui est comparé au présent, ce qui n’a plus rien à voir.

Aujourd’hui, la plupart des conflits dans le monde ont pour origine la volonté d’expansion de l’islam politique et son intolérance. Et c’est bien aujourd’hui qu’il faut situer les problèmes, pas hier ! Hier sert seulement à les expliquer et les comprendre.

La peur de la Turquie est liée à l’abandon progressif de la laïcité dans ce pays, et au retour conséquent des préceptes islamistes dans les lois civiles (ce qui ne veut pas dire que la Turquie n’est pas démocrate, mais que la volonté du peuple Turc bascule vers le concept religieux qui est le sien, l’Islam – ce qui est son droit, mais très peu pour moi !).

Récemment, regardez ce qui se passe à Chypre, C’est bien le présent, comment a-t-on pu tolérer cela, indépendamment de toute considération religieuse ?

La partie « Stanbouliote » de la Turquie ne serait-elle pas le fruit d’une conquête militaire (à l’époque des croisades, Ste Sophie n’étant-elle pas une cathédrale Chrétienne ?) ?

Ce qui s’est passé au Kosovo (je ne justifie pas les atrocités commises par les Serbes) ne serait-il pas du à « l’invasion Musulmane Albanaise » d’une province qui a été le berceau des Serbes ?

Et après tout ça, vous ne comprenez pas la peur des occidentaux (à tort ou à raison, je ne juge pas) devant l’avancée de l’Islam, à travers les migrations des peuples d’Orient vers l’Occident ?

Moi, je revendique l’origine Chrétienne de l’Europe, je dirai même l’origine Gréco Romaine et Judéo Chrétienne, mais certainement pas Islamique. (L’islam existe seulement depuis l’an 622 de l’ère Islamique).

Anonyme a dit…

Si vous revendiquez l origine chrétienne de l Europe vous accepterez donc de justifier le présent par le passé. La remarque porte sur la logique du raisonnement. Soit on accepte la lecture des événements du présent par le passé et a ce moment la nous deploiyons tous nos efforts pour éviter les erreurs du passé. Et malgré tout le futur doit intervenir pour participer vivement a la décision d' aujourd'hui. Si des europiens embrassent l islam et revendiquent dans la légalité leurs droits et participent a l evolution de leur société je ne pense pas qu ils ont besoin de regarder dans le passé si leurs ancêtres etaient musulmans ou juifs ou chrétiens. Il me semble que la géographie doit avoir la couleur des gens qui l habitent aujourd'hui et l histoir reste la prpriete de toute l humanité. Enfin notre passé lointain est un seul homme et nous sommes ses enfants évidemment une grande famille.

Anonyme a dit…

Merci pour cet aricle, et pour les commentaires joints, très documentés.
Je crois à un mémoire collective, inconsciente, qui guide inconsciemment nos opinions, et notre affectif.
Nous avons tous à l'esprit, par ce que nous avons appris au collège, l'horreur de cette St Barthélemy, qui a traversé les siècles, et qui prouve, encore aujourd'hui, que des différends religieux peuvent mener à de grandes tueries.
L'activisme, la sincérité, le besoin de se rapprocher de la vérité première d'une religion, pour se raccrocher à quelque chose de stable et d'intangible dans un monde en pleine mutation, évolution, révolution, nous le retrouvons chez les intégristes, qui réveillent chez tous de vieilles terreurs: terreurs de l'inquisition, terreur de l'intégrisme musulman sans nuance, qui nous rattrape quotidiennement, et nous rappelle nos propres dérives chrétiennes.
Quand un principe, intellectuel ou religieux dépasse la simple empathie pour les autres humains, il y a du souci à se faire.

Anonyme a dit…

They keep a tab over few points one can actually bet partnership Company.


Feel free to visit my page; higher search engine placement

Anonyme a dit…

A beta test is for a game that will wipe the floor
with you and do something different for a change. New Wii Video Games have become a very
common mode of recreation for children.

My homepage ... video game stores