"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

jeudi 14 avril 2011

150 ans après le début de la Guerre de Sécession

En ce mois d’avril, les Etats-Unis commémorent l’anniversaire du déclenchement, il y a 150 ans, de l’épisode le plus marquant de leur courte histoire : la Guerre de Sécession. Ce conflit commença par la bataille de Fort Sumter le 12 avril 1861.


Cette guerre dura quatre années et fit 700.000 morts sur une population totale de 31 millions d’habitants, ce qui est considérable.

Les Américains appellent cette confrontation entre le Nord et le Sud : «The Civil War», car ce fut en effet une guerre civile qui mit en péril l’existence même de ce pays encore très jeune. Le président Lincoln, leader des nordistes, fut assassiné alors que la guerre venait tout juste d’être perdue par les Confédérés du Sud.

La Guerre de Sécession demeure une clé essentielle pour comprendre les Etats-Unis d’aujourd’hui. La politique contemporaine est encore imprégnée de ce fracas guerrier vieux d’un siècle et demi. C’est une grille de lecture qui reste pertinente. Un homme politique démocrate du sud est souvent plus conservateur qu’un républicain du nord. Le ressentiment, dans les états du sud, d’avoir été vaincu reste vivace.  

La Guerre de Sécession reste l'épisode le plus important de toute l'Histoire des Etats-Unis, beaucoup plus traumatisant que la guerre du Vietnam ou les attentats du 11 septembre 2001.

Les Etats-Unis souffrent de deux péchés originels

Le premier, c’est le massacre des Indiens par les Européens partant à la conquête du continent.  Aujourd’hui encore, cette destruction systématique des populations indigènes reste un sujet tabou, rarement abordé. Bill Clinton fut le premier (et le seul) président américain à se rendre en personne sur le territoire d’une réserve indienne. Ces réserves sont une honte pour un grand pays développé : des enclaves pauvres et oubliées, des poches de tiers-monde au sein du pays le plus riche du monde. Le western hollywoodien classique a véhiculé longtemps l’image de l’Indien sauvage et sanguinaire s’attaquant aux gentils colons apportant la civilisation. Une opposition caricaturale entre les bons et les méchants. La réalité est toute autre : les tribus indiennes vivaient depuis des siècles sur un territoire soudain envahi par des étrangers délogeant sans vergogne les premiers occupants. Cette vision de l’Histoire, pourtant évidente, est encore occultée aux Etats-Unis aujourd’hui.

Le second péché originel des Etats-Unis, c’est l’esclavage. Depuis le mouvement des droits civiques des années 60, on en parle davantage. Son abolition, proposée par les nordistes de Lincoln, est la cause principale de la Guerre de Sécession. Abolir l’esclavage, c’était détruire les fondements économiques des états du sud qui ont pris les armes pour défendre l’indéfendable.

La Guerre de Sécession est la première dans l’Histoire de l’humanité à avoir été chroniquée à l’aide d’une invention toute récente de l’époque : la photographie.





En 1990, la télévision publique américaine PBS a diffusé une série documentaire remarquable utilisant justement ces images des batailles et des ravages de cette guerre. Ce fut un énorme succès d’audience. On ignore souvent qu’il existe aux Etats-Unis une chaîne de télévision publique de grande qualité, financée sans redevance mais avec les dons des téléspectateurs et le mécénat des entreprises privées.

Cette série de PBS, réalisée par Ken Burns, s'appelle "The Civil War" et je la recommande à tous ceux qui veulent comprendre ces quatre années sanglantes. Arte a diffusé cette série en France. Elle est disponible en DVD.
Cette Guerre de Sécession est ancrée profondément dans l’ADN des Etats-Unis. 

C’est pourquoi aussi l’élection de Barack Obama est un malentendu. Barack Obama est noir mais il ne s’inscrit pas du tout dans cette Histoire. Il est né à Hawaï, territoire qui n’est devenu américain qu’en 1959. Son père était Kényan, sa mère blanche. Obama a grandi en Indonésie. Il n’est pas l’enfant lointain de la Guerre de Sécession. Il en est exogène. Cela n’enlève rien à ses mérites et ne ternit pas son ascension politique ni sa victoire à l’élection présidentielle. Mais Obama est un homme nouveau, venu de l’extérieur. Il n’est pas descendant des esclaves de la Confédération du Sud. Il incarne une Amérique contemporaine, ouverte vers l’extérieur. Son parcours échappe à la pesanteur de ce conflit fondateur, celui de la Guerre de Sécession. C’est son handicap. C’est peut-être aussi sa force.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour cette analyse historique passionnante.

Anonyme a dit…

J'adore votre blog et en plus c'est très bien écrit . Merci .
Stéphane
29000 Quimper

ANYHOW a dit…

Merci à l'anonyme de 22:51 et à Stéphane de Quimper.

Anonyme a dit…

A anyhow
Comment trouvez-vous le temps d'écrire tous ces articles, d'aller faire des photos dans Paris (n'oubliez pas le Pont-des-Arts), en plus d'avoir probablement un métier plus rémunérateur que ce site?
L'activité que vous déployez et l'énergie qui vous anime me laisse pantoise.
L'anonyme de 22h51,
Odile, de St Pierre de la Réunion

ANYHOW a dit…

Chère Odile de Saint Pierre de la Réunion,
En attendant le Pont des Arts, je vous propose dans le billet du jour (en date de ce jeudi) une promenade sur la passerelle Léopold Sédar Senghor, proche du Pont des Arts. C'est un peu pour vous.