"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
Affichage des articles dont le libellé est Brad Pitt. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Brad Pitt. Afficher tous les articles

jeudi 19 mai 2011

"The tree of life" de Terrence Malick : un arbre à élaguer



Terrence Malick, le taiseux, a failli nous offrir son plus beau film. Il est encore temps de sauver «The tree of life» en retournant d’urgence à la table de montage. Dans sa première version, le film durait plus de 3 heures. Dans la mouture présentée à Cannes et projetée en salle, il ne reste plus que 2 heures et 18 minutes.

Je propose à Malick de couper encore une bonne demi-heure. Et je sais où il faut élaguer : dans tout le fatras ‘new age’, sorte de crème chantilly écœurante qui gâche un très beau gâteau.

Au cœur de l’histoire : l’enfance de trois jeunes frères à Waco au Texas, dans les années 50, sous l’autorité d’un père rigide incarné par Brad Pitt.  Cette partie centrale est la meilleure de l’ensemble, avec des moments sublimes de cinéma dans ce quartier pavillonnaire propret où les tensions familiales s’exacerbent. C’est un film sur l’enfance et la filiation : le père, la mère (Jessica Chastain) et les trois fils interagissent avec un minimum de dialogues.

Les acteurs sont irréprochables, en particulier Jack, le fils rebelle qui est le catalyseur des conflits. Brad Pitt interprète à merveille un père inflexible qui aurait voulu être musicien classique (il joue du piano à la maison et de l’orgue à l’église) mais qui n’est qu’un cadre moyen peu épanoui. Tout est dit par un regard, une amorce de geste. C’est absolument remarquable de finesse et de justesse. Ajoutons que la cinématographie est magnifique. Nouvelle preuve que la prise de vue numérique apporte désormais un résultat supérieur au film argentique, surtout quand on profite d’une bonne projection, comme celle dont j’ai bénéficié au cinéma ‘Max Linder’ sur les grands boulevards, sans doute la meilleure salle de Paris sur le plan technique.

Seulement voilà, Malick, d’ordinaire sobre et tout en retenue, s’est lâché inutilement dans un délire philosophique assez pataud. Il a introduit une interminable séquence darwiniste sur la cosmogonie et la cosmologie, séquence composée de planètes en révolution dans l’espace, de fonds sous-marins, d’explosions volcaniques, de cellules observées au microscope et de dinosaures virtuels échappés de «Jurassic Park». C’est incompréhensible, prétentieux et passablement ennuyeux. On dirait un interlude interminable.

Autre incongruité plaquée sur la partie années 50 très réussie : l’apparition de Sean Penn qui évolue dans un décor moderne d’immeubles de bureaux, avec ascenseurs panoramiques et façades de verre. Sean Penn, si j’ai bien compris, c’est le jeune Jack de la partie années 50 devenu adulte et qui se remémore son enfance. Il se traine, la mine sombre, dans un environnement froid et aseptisé en songeant à ses jeunes années. Comme le chantait Barbara : «Parmi tous les souvenirs, ceux de l’enfance sont les pires». Cette thématique est un classique de la littérature : de Chateaubriand à Proust en passant par Ernest Renan («Souvenirs d’enfance et de jeunesse») et Georges Pérec («W ou le souvenir d’enfance»).

Dans le film de Malick, les séquences 21ème siècle avec Sean Penn sonnent creux. On sait que c’est là que le réalisateur a déjà opéré le plus de coupures par rapport au montage initial. Cet aspect du film est devenu totalement bancal. A mon avis, il peut tout couper là-dedans. C’est superflu et lourdingue.


Même chose pour la séquence finale, sorte d’arrivée au Paradis : une foule de personnages languissants arpente une plage nimbée d’une lumière blanchâtre. Sean Penn, passant par là avec une lasse nonchalance, croise ses parents et ses frères encore jeunes, mêlés à des inconnus au regard vide. On dirait du Lelouch ayant lu «La Bible pour les nuls». Ça aussi, on coupe.



Il ne nous reste donc que la partie centrale de ce «Tree of life». Gardons le tronc, coupons les branches mortes, les excroissances difformes. Et ce tronc est solide. Il se suffit à lui-même. C’est toute la longue séquence très maîtrisée, située dans les années 50 avec le couple et leurs trois fils, dans ce quartier résidentiel de Waco au Texas.


Puisque Malick refusera de refaire le montage une nouvelle fois, je vous donne le mode d’emploi du film. Vous arrivez au début. C’est nécessaire. Au bout de vingt minutes, vous avez droit à une récréation d’un bon quart d’heure : allez aux toilettes, passez quelques coups de fil, fumez une cigarette sur le trottoir du cinéma pendant la projection du diaporama philosophico-cosmogonique. Vous ne raterez rien. Il ne se passe rien. Et les dinosaures étaient mieux reconstitués chez Spielberg. Revenez ensuite pour voir la meilleure partie du film : la période années 50. Et partez 5 minutes avant la fin : vous échapperez ainsi aux retrouvailles évaporées sur le rivage évoquant le Paradis.

C’est donc un très beau film. Un film à voir. Mais pas en entier. 

dimanche 1 mars 2009

Movies


Maintenant que l’annuelle et pathétique mascarade des « Césars » du cinéma français est derrière nous (« Séraphine » et Yolande Moreau, quelle purge ! C’est donc ça la perfection cinématographique française ? Au secours !), nous pouvons enfin reparler de cinéma, du vrai, du cinéma américain principalement.

J’ai ressenti un grand choc aujourd’hui en voyant « Les Noces Rebelles » (titre français idiot – je vais y revenir) de Sam Mendes.

Le réalisateur est britannique mais le film est totalement américain. J’ai vu ce film tardivement, excusez-moi ! Il est sorti depuis un mois déjà. Un film chasse l’autre. C’est ainsi que fonctionne la distribution des films en France. Je l’ai vu de justesse. Ouf !

Ce n’est que le quatrième film de Sam Mendes. Son tout premier lui avait donné toute la légitimité pour décrypter la société américaine.

Il s’agissait d’ « American Beauty », à mes yeux un chef-d’œuvre.

Nous revoici, avec ce nouveau film, dans l’Amérique banlieusarde. Aux Etats-Unis, les riches de race blanche vivent dans les banlieues. Les autres (les noirs notamment) vivent précairement en centre-ville. C’est à l’inverse de notre système.

Sam Mendes avait magnifiquement décrit, il y a dix ans, la déshérence de la banlieue blanche et friquée dans « American Beauty ».

Le même Sam Mendes nous projette sur le même territoire, 40 ans plus tôt, dans les années 50. Le paysage est effroyablement identique. Il s’agit encore et toujours des Etats-Unis, l’espace infini de la conformité et de l’ennui.

Je ne vais pas ici résumer l’intrigue. Je vais m’attarder néanmoins sur les interprètes : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, le duo légendaire du « Titanic », archétypes de la jeunesse et de l’amour impossible. Ce même couple se déchire, toujours victime d’un amour incompatible, dans le nouveau film de Mendes.

Le titre en français, comme souvent, est idiot : « Les Noces Rebelles ». Ça ne veut rien dire. En anglais, le titre est : « Revolutionary Road », infiniment plus ironique et pertinent.

C’est l’adresse de la belle maison résidentielle du couple en apparence parfait qui se désagrège sous nos yeux. « Revolutionary » pour les Américains, ça ne veut pas exactement dire « révolutionnaire ». C’est une référence à l’Histoire du pays. La « Révolution » américaine, c’est la guerre contre les Anglais. C’est d’abord et avant tout une guerre d’indépendance. Le couple du film ne cherche pas la révolution, juste l’indépendance par rapport aux conventions de la société. C’est ainsi qu’il faut comprendre le titre du film. En français, « Noces rebelles », c’est juste naze comme traduction, mais on a l’habitude !

Deux acteurs exceptionnels transportent ce film: Kate Winslet exprime alternativement la douleur, la révolte et le renoncement. Et Leonardo DiCaprio confirme ici qu’il est l’interprète le plus doué de sa génération. Nous le savions déjà il y a 15 ans, après l’avoir vu jouant un ado attardé mental dans « What’s eating Gilbert Grape ». Depuis cette époque, je n’ai jamais vu DiCaprio inintéressant au cinéma. Jamais.

Dans « Revolutionary Road », il y a plusieurs scènes intenses de face-à-face entre Winslet et DiCaprio. Dans la cruauté, l’intensité et la démesure, ça vaut Liz Taylor et Richard Burton dans « Who is afraid of Virginia Wolf » (Mike Nichols – 1966).

Ce qui renforce encore le film remarquable de Sam Mendes, c’est le sens du détail : les objets, les décors, les costumes, la lumière, le montage, la qualité sublime de la photographie (énorme travail très pertinent sur la profondeur de champ). Et aussi la distribution des seconds rôles. Ils sont tous en place, magnifiquement choisis et dirigés. Un sans faute, tout simplement. Ça dure deux heures, bonnes gens, et on reste cloué à son siège, croyez moi.

Dans le cinéma américain, les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules. Il y a vraiment de très bonnes choses offertes à notre contemplation (en attendant « Harvey Milk » qui sort mercredi en France).

Disons un mot par exemple de « Benjamin Button », l’histoire de ce bébé né avec une apparence de vieillard et qui rajeunit, à rebours, jusqu’à sa mort. Le scénario semble impossible à mettre en images et pourtant le réalisateur David Fincher réussi la prouesse avec la complicité d’une Cate Blanchett (admirable) et d’un Brad Pitt placide et insondable. Le résultat est déroutant. Un conte philosophique à grand spectacle. On pleure à la fin. Effet garanti. C’est aussi ça le cinéma.

Je serai en revanche moins enthousiaste pour « Gran Torino » de et avec Clint Eastwood. Le vieil homme ne cesse de nous balancer son testament. Au fil des années, à l’usure, le testament s’effiloche. La presse française est en transes devant ce film, comme devant tous les films d’Eastwood sans distinction. Je me demande bien pourquoi.

En un mot, c’est l’histoire d’un vieillard acariâtre et raciste (mais avec un grand cœur) qui finit par se radoucir en prenant sous sa protection des asiatiques (très gentils finalement) dont il tolérait très mal au départ le voisinage. L’intrigue bien-pensante nous est exposée dans un scénario poussif desservi par un dialogue indigent. Les interprètes sont des marionnettes à commencer par le grand Clint Eastwood qui cabotine outrageusement du début jusqu’à la fin. Visuellement, le film est archi-moche : prises de vue vaseuses, images granuleuses, montage à la serpe.

Le cinéma américain quand c’est moche à l’écran, ça ne vaut même pas la peine de s’y attarder. Pour tout vous dire : je me suis royalement emmerdé ! Clint Eastwood a fait quelques grands films par le passé. Celui-ci est vraiment raté.