"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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dimanche 5 mai 2013

"Mud", un vrai film qui réconcilie avec le cinéma


Le cinoche, c'est magnifique. Une heure et cinquante cinq minutes de plaisir pur aujourd'hui en voyant le film américain «Mud» réalisé par Jeff Nichols (34 ans). 
C'est son troisième film. Un scénario impeccable, une réalisation minutieuse, des acteurs exceptionnels. Ça se passe le long du Mississippi. Des bleds improbables et oubliés, des paumés, des losers. 

L'histoire, je ne la raconterai pas ici. Et surtout pas les rebondissements du dernier quart d'heure. C'est une variation moderne du western. Mais il n'y a pas de cheval. J'évoquerai les personnages, l'atmosphère. Tout est restitué avec justesse, sans misérabilisme. C'est une histoire d'amour. En fait, plusieurs histoires de ce genre qui s'entrecroisent. Une initiation aussi, un passage à l'âge adulte. La morale (la vraie) et la justice ont également leur mot à dire. Et c'est bien dit. 

Courez voir ce film. Vous y verrez notamment un acteur que l'on jugeait fadasse il y a dix ans et qui est devenu l'un des meilleurs de sa génération : Matthew McConaughey. 

Et puis, vous les sélectionneurs des Oscars à Hollywood, ça ira très mal pour vous si vous ne choisissez pas de mettre sur vos listes ce gamin exceptionnel : Tye Sheridan. Il a 16 ans (son personnage dans le film n'en a que 14). On l'avait déjà remarqué dans «The Tree of Life» de Terrence Malick, aux côtés de Brad Pitt. Là, franchement, dans «Mud», il est époustouflant. 

Mais ce n'est pas la seule raison d'aller voir ce film. Tout le reste est au même niveau. Très haut niveau. Ne pas dire «chef d'oeuvre». C'est idiot, inutile. Dire seulement que c'est un film. Un vrai. Du cinoche, vous dis-je.  

lundi 27 février 2012

"The Artist" : dans les vieilles marmites, on fait les meilleures soupes

«Flatttery will get you everywhere». La flatterie mène à tout. C'est ainsi que débute l'article du «New York Times» qui rend compte du palmarès de la cérémonie des Oscars à Los Angeles. C'est parce qu'il flatte habilement Hollywood que «The Artist» a raflé les récompenses américaines les plus convoitées. Le film avait certes déjà été distingué par d'autres jurys étrangers. Mais pour triompher dans la Mecque du cinéma, il fallait séduire les jurés en leur disant tout simplement : «Je vous aime».

«The Artist» a conquis les professionnels américains parce que c'est un film à la gloire d'Hollywood, un hommage aux origines, à l'époque très formatée des studios tout puissants. Ce système est aujourd'hui totalement éclaté. Il y a une trentaine d'années, le cinéma dit «indépendant» (aujourd'hui en déshérence) avait mis en pièces ce fonctionnement confortable dont les jurés des Oscars, attachés à un mythique «âge d'or», ont un certaine nostalgie.

Cette année, 5783 professionnels au total avaient le droit de voter. Chaque corporation vote pour ses homologues (les acteurs pour les acteurs, par exemple). Ce vaste jury est vieillissant : moyenne d'âge de 62 ans. Les hommes sont surreprésentés par rapport aux femmes et les votants issus des minorités (noirs, hispaniques, etc.) sont rares. C'est un panel généralement conservateur sur le plan artistique et esthétique. Il privilégie toujours les films «mainstream» au dépens des œuvres novatrices ou dérangeantes. Certes, «The Artist» sort de l'ordinaire dans la forme (un film muet en noir et blanc) mais son scénario est d'un grand classicisme. En outre, le film évite totalement les sujets qui fâchent : la politique, l'économie, le social. C'est rassurant.

«The Artist» est un film français mais son scénario n'a pratiquement aucune référence à la France. C'est un avantage considérable. Il est entièrement tourné en Californie, avec beaucoup d'acteurs américains ou anglo-saxons et des équipes techniques américaines. Tout cela compte beaucoup car le jury des Oscars est composé de professionnels américains. Ils votent de préférence pour leur pairs. «The Artist» est aussi un film qui ne parle pas, et surtout pas le français. Tout pour plaire. C'est du «made in France» largement délocalisé.

Le film a eu l'immense avantage d'être fortement soutenu par Harvey Weinstein, potentat américain du 7ème art, dont la machine à gagner les Oscars est redoutable. C'est lui qui a organisé l'intense tournée promotionnelle dans les médias américains à laquelle Jean Dujardin s'est si bien prêté. Si Harvey Weinstein avait défendu un autre film, «The Artist» n'aurait eu que des miettes et n'aurait sans doute pas été sélectionné. Car la grosse artillerie Weinstein fonctionne dès les premiers stades de la compétition.

«The Artist» est un bon film, largement au dessus du niveau moyen de la production française. Il tranche sur le tout venant tricolore : comédies navrantes, tourments des bobos, histoires policières vaseuses. Mais est-il pour autant le meilleur film de l'année dans le monde ? On peut vraiment se poser la question.

Les compétitions organisées au Royaune Uni, en Espagne et en France ont choisi sans hésiter «The Artist». Il n'y avait sans doute pas, dans la production européenne, un film plus rassembleur.

Du côté des Etats-Unis, les récompenses accordées à «The Artist» par les Golden Globes et les Oscars démontrent davantage le recul quantitatif et qualitatif de la production américaine. On peux dire que «The Artist» a été couronné par défaut.

La crise frappe le cinéma outre-atlantique. On y tourne moins de films, la fréquentation des salles a subi une forte chute. Les recettes sont au plus bas depuis 1995. La production américaine est beaucoup moins audacieuse et diversifiée que par le passé. Ce qui permet encore à cette industrie de fonctionner, ce sont les films d'action ou les comédies potaches pour adolescents. Ces produits standardisés ont vocation à être distribués sans difficulté dans le monde entier. Business is business. Il y a forcément un nivellement par le bas. Hollywood use jusqu'à la corde les vieilles recettes : les remakes et les suites («Ghost Rider 2», «Voyage au centre de la terre 2 », etc.)

Il reste peu de place, peu d'argent et peu de spectateurs pour des films plus exigeants ou plus originaux. C'est ainsi que «Tree of Life» (Palme d'Or à Cannes en 2011) de Terrence Malick a fait un flop au box-office américain. C'est un film magnifique mais difficile d'accès. Le travail de Malick (nominé cette année dans la catégorie des réalisateurs aux Oscars) est exceptionnel, comme pour chacun de ses films. Les Oscars ont préféré récompenser le Français Michel Hazanavicius (réalisateur de «The Artist»). Malick est pourtant un auteur majeur dont l'inventivité et le talent sont bien supérieurs à ceux du Français. Mais Malick n'entre pas dans le moule des Oscars. Et comment juger la splendeur picturale de «Tree of life» en regardant un DVD sur un écran de télé ? Les jurés des Oscars ne vont pratiquement plus au cinéma. En majorité, ils jugent les films en les voyant chez eux grâce aux DVD distribués par les organisateurs. Cela change totalement la perception.

On peut aussi regretter l'absence dans la compétition de «Drive», le remarquable film américain du danois Nicolas Winding Refn. Un marketing idiot a présenté ce film comme une énième course poursuite de bagnoles dans Los Angeles. C'est en réalité une œuvre complexe, très lente et perturbante. L'acteur principal, Ryan Gosling, propose une interprétation intériorisée, glaciale et quasi mutique. Le film n'a pas été sélectionné par les Oscars. C'est un oubli regrettable.

Dernier exemple : «The Descendants» d'Alexander Payne, avec George Clooney. Le film a connu un certain succès aux Etats-Unis. C'est un film accessible, l'un des rares de la compétition à se situer dans l'époque contemporaine, pas dans une époque révolue. Mais c'est une histoire décalée : le portrait d'une famille déboussolée dans le décor faussement paradisiaque d'Hawaï. Clooney est à contre-emploi : il joue un mari trompé qui perd ses certitudes. Il livre sans doute la meilleure performance de sa déjà longue carrière. Mais les Oscars lui ont préféré Jean Dujardin, tout à fait honorable, mais qui défend un rôle plus facile et, surtout, plus positif. L'Académie du cinéma américain redoute les prises de tête. Si Clooney avait été l'acteur principal de «The Artist» (on peut l'imaginer sans peine), il aurait décroché l'Oscar.

Ce sont ces éléments qu'il faut prendre en compte pour évaluer les 5 Oscars de «The Artist». Ne boudons pas notre plaisir. Réjouissons-nous de la reconnaissance internationale accordée à une production française. Ce n'est pas si fréquent. Mais cette année, plus encore que l'habitude, les jurés pantouflards des Oscars ont choisi la sécurité et se sont tournés vers le passé. Old is gold.

mardi 24 mai 2011

Terrence Malick : la vertu du silence


La meilleure surprise du festival de Cannes, c’est l’absence du réalisateur Terrence Malick au moment de la remise de sa Palme d’Or pour «Tree of life». Malick était pourtant présent à Cannes. Mais il ne s’est pas montré en public une seule fois : pas d’interview, pas de conférence de presse et encore moins de déclaration de remerciement après l’obtention de sa récompense.

On sait que l’homme est incorrigiblement discret et timide. Il est surtout d’une grande cohérence intellectuelle. Sa position est hautement estimable : «Voyez mes films, je n’ai rien à ajouter.»

Cette attitude est saine et salutaire. Les déclarations des artistes en tous genres à propos de leur œuvre ou de leur performance sont presque toujours superflues et parfois contreproductives. Le dernier exemple en date, ce sont, toujours à Cannes, les propos imbéciles de Lars Von Trier qui, devant les journalistes, a exprimé une certaine sympathie pour Hitler. Il s’en est mordu les doigts.

D’une manière générale, sauf exceptions, je pense que les médias devraient s’abstenir d’interroger les écrivains, les cinéastes, les acteurs et les chanteurs. En disant cela, j’ai bien conscience que je prive les télés, les radios et les journaux d’une part importante de leur matière première.

Personne n’a jamais interviewé Marcel Proust. Son œuvre se suffit à elle-même. Au début de sa carrière de romancier, Michel Tournier n’accordait presque jamais d’entretiens à la presse. C’est dans cette période qu’il a écrit ses meilleurs livres. Même remarque pour JMG Le Clézio, invisible et mystérieux à ses débuts et dont la qualité littéraire a baissé dès lors qu’il a succombé au mirage des plateaux de télé.

Le plus pur exemple de l'écrivain mutique (et mythique), c'est JD Salinger. Pas un mot en dehors de ceux de ses livres. C'est autre chose que Guillaume Musso et Marc Lévy...


Il y a des exceptions. Par exemple dans les cinéastes, les entretiens avec François Truffaut sont intéressants. Pas tellement parce qu’il parlait de son travail mais surtout parce qu’il parlait très bien du cinéma. Et quand Truffaut fait parler Hitchcock, c'est passionnant. Il en va de même pour Chabrol qui parlait, lui aussi, très bien du cinéma, mieux sans doute qu’il n’en faisait lui-même.


Les interviews de chanteurs sont les pires. Sauf s’il s’agit de personnages à forte densité comme Ferré, Brel ou Brassens. Et ces trois-là détestaient les questions des journalistes. Un autre exemple récent, c’est Gérard Manset dont la parole est rare depuis 40 ans. Manset était l’invité de France-Inter ce matin. C’est un petit événement car, en général, il n’accorde jamais d’interview. Une fois tous les dix ans, il parle. Quand on s’exprime publiquement de manière si sporadique, on dit forcément des choses un peu plus essentielles que si on bavasse devant un micro toutes les semaines.

Que les cinéastes français s’inspirent de l’exemple de Terrence Malick : qu’ils fassent de très bons films et qu’ils se taisent. Après, on verra si on a vraiment envie de les entendre.

jeudi 19 mai 2011

"The tree of life" de Terrence Malick : un arbre à élaguer



Terrence Malick, le taiseux, a failli nous offrir son plus beau film. Il est encore temps de sauver «The tree of life» en retournant d’urgence à la table de montage. Dans sa première version, le film durait plus de 3 heures. Dans la mouture présentée à Cannes et projetée en salle, il ne reste plus que 2 heures et 18 minutes.

Je propose à Malick de couper encore une bonne demi-heure. Et je sais où il faut élaguer : dans tout le fatras ‘new age’, sorte de crème chantilly écœurante qui gâche un très beau gâteau.

Au cœur de l’histoire : l’enfance de trois jeunes frères à Waco au Texas, dans les années 50, sous l’autorité d’un père rigide incarné par Brad Pitt.  Cette partie centrale est la meilleure de l’ensemble, avec des moments sublimes de cinéma dans ce quartier pavillonnaire propret où les tensions familiales s’exacerbent. C’est un film sur l’enfance et la filiation : le père, la mère (Jessica Chastain) et les trois fils interagissent avec un minimum de dialogues.

Les acteurs sont irréprochables, en particulier Jack, le fils rebelle qui est le catalyseur des conflits. Brad Pitt interprète à merveille un père inflexible qui aurait voulu être musicien classique (il joue du piano à la maison et de l’orgue à l’église) mais qui n’est qu’un cadre moyen peu épanoui. Tout est dit par un regard, une amorce de geste. C’est absolument remarquable de finesse et de justesse. Ajoutons que la cinématographie est magnifique. Nouvelle preuve que la prise de vue numérique apporte désormais un résultat supérieur au film argentique, surtout quand on profite d’une bonne projection, comme celle dont j’ai bénéficié au cinéma ‘Max Linder’ sur les grands boulevards, sans doute la meilleure salle de Paris sur le plan technique.

Seulement voilà, Malick, d’ordinaire sobre et tout en retenue, s’est lâché inutilement dans un délire philosophique assez pataud. Il a introduit une interminable séquence darwiniste sur la cosmogonie et la cosmologie, séquence composée de planètes en révolution dans l’espace, de fonds sous-marins, d’explosions volcaniques, de cellules observées au microscope et de dinosaures virtuels échappés de «Jurassic Park». C’est incompréhensible, prétentieux et passablement ennuyeux. On dirait un interlude interminable.

Autre incongruité plaquée sur la partie années 50 très réussie : l’apparition de Sean Penn qui évolue dans un décor moderne d’immeubles de bureaux, avec ascenseurs panoramiques et façades de verre. Sean Penn, si j’ai bien compris, c’est le jeune Jack de la partie années 50 devenu adulte et qui se remémore son enfance. Il se traine, la mine sombre, dans un environnement froid et aseptisé en songeant à ses jeunes années. Comme le chantait Barbara : «Parmi tous les souvenirs, ceux de l’enfance sont les pires». Cette thématique est un classique de la littérature : de Chateaubriand à Proust en passant par Ernest Renan («Souvenirs d’enfance et de jeunesse») et Georges Pérec («W ou le souvenir d’enfance»).

Dans le film de Malick, les séquences 21ème siècle avec Sean Penn sonnent creux. On sait que c’est là que le réalisateur a déjà opéré le plus de coupures par rapport au montage initial. Cet aspect du film est devenu totalement bancal. A mon avis, il peut tout couper là-dedans. C’est superflu et lourdingue.


Même chose pour la séquence finale, sorte d’arrivée au Paradis : une foule de personnages languissants arpente une plage nimbée d’une lumière blanchâtre. Sean Penn, passant par là avec une lasse nonchalance, croise ses parents et ses frères encore jeunes, mêlés à des inconnus au regard vide. On dirait du Lelouch ayant lu «La Bible pour les nuls». Ça aussi, on coupe.



Il ne nous reste donc que la partie centrale de ce «Tree of life». Gardons le tronc, coupons les branches mortes, les excroissances difformes. Et ce tronc est solide. Il se suffit à lui-même. C’est toute la longue séquence très maîtrisée, située dans les années 50 avec le couple et leurs trois fils, dans ce quartier résidentiel de Waco au Texas.


Puisque Malick refusera de refaire le montage une nouvelle fois, je vous donne le mode d’emploi du film. Vous arrivez au début. C’est nécessaire. Au bout de vingt minutes, vous avez droit à une récréation d’un bon quart d’heure : allez aux toilettes, passez quelques coups de fil, fumez une cigarette sur le trottoir du cinéma pendant la projection du diaporama philosophico-cosmogonique. Vous ne raterez rien. Il ne se passe rien. Et les dinosaures étaient mieux reconstitués chez Spielberg. Revenez ensuite pour voir la meilleure partie du film : la période années 50. Et partez 5 minutes avant la fin : vous échapperez ainsi aux retrouvailles évaporées sur le rivage évoquant le Paradis.

C’est donc un très beau film. Un film à voir. Mais pas en entier. 

vendredi 13 mai 2011

Woody Allen, touriste attendri à Paris

Je ne déteste pas tout à fait le dernier film de Woody Allen, «Midnight in Paris». Mais ce film, que je viens de voir, m’énerve beaucoup.

Dans les qualités, retenons d’abord l’interprétation du personnage principal, ce romancier-scénariste américain incarné par Owen Wilson. Il est convainquant, charmant dans ses doutes et ses hésitations. Le film repose sur lui et il est largement à la hauteur. Dans un petit rôle (crucial), Léa Seydoux est angélique et magnifique.

Evacuons vite le cas Carla Bruni. Le ‘buzz’ en France s’est fait autour de sa présence. On la voit trois fois brièvement. Elle n’est ni bonne ni mauvaise. Elle minaude, passe la main dans ses cheveux sans cesse et parle très correctement anglais. N’importe qui aurait pu faire ça. Je note que la scène nocturne tournée avec elle rue Mouffetard a été coupée au montage. Nicolas Sarkozy était présent ce soir-là en coulisses. Woody Allen a sans doute jugé que trois apparitions de Carla, c’était suffisant.

Je vous fais le ‘pitch’, comme on dit à Hollywood. Autrement dit, je vous raconte l’histoire en quelques lignes. Deux trentenaires américains (le romancier-scénariste et sa blonde fiancée insipide) passent quelques jours à Paris, avant leur mariage. Ils occupent une suite à l’hôtel ‘Bristol’, juste à côté de l’Elysée. Pas vraiment un séjour low-cost. Le romancier-scénariste est enchanté par la beauté de Paris. Sa fiancée beaucoup moins. Elle n’imagine pas vivre ailleurs qu’aux Etats-Unis. Le romancier-scénariste, tous les soirs à minuit (c’est l’explication du titre du film), s’échappe par enchantement vers le Paris fantasmé des années 20. Il monte dans une voiture d’époque (le carrosse de Cendrillon) et fréquente les ‘people’ qui hantaient alors la capitale française : Picasso, Gertrude Stein, Hemingway, le couple Fitzgerald, Buñuel, Man Ray et Dali. Au petit matin, revenu à sa citrouille, le romancier-scénariste retrouve sa blondasse californienne dans la suite du ‘Bristol’. Le choc est rude, évidemment.

Voilà pour l’histoire. C’est assez mince. Bien sûr, le vieux Woody a du savoir-faire. Le film est agréablement découpé, éclairé, réalisé. Mais le tout est assez mièvre.

Ce qui m’énerve, c’est l'approche anecdotique de Paris. Au tout début du film, nous avons droit à trois bonnes minutes de cartes postales : la place de la Concorde, les Champs-Elysées, Montmartre, la place Vendôme, les ponts sur la Seine. C’est un clip publicitaire sirupeux.

Régulièrement et sans raison, surgit une rengaine à l’accordéon. Impossible pour un Américain de faire un film sur Paris sans nous infliger du piano à bretelles.

Le plus agaçant dans tout ça, c’est que Woody Allen ne connaît rien à Paris. Pour lui, cette ville est une collection de belles images, de monuments et de quartiers pittoresques. Pour lui, c’est une cité faite de bistros typiques, de marchés aux puces et d’hôtels de luxe. C’est du même tonneau qu’Amélie Poulain, en plus aseptisé. 

Et, pour aggraver son cas, Woody Allen carbure à la nostalgie en faisant revenir les fantômes d’autrefois comme Hemingway qui, eux aussi, n’ont eu qu’une vision superficielle et romanesque de la capitale française. «Paris est une fête», disait Ernest. De chez Maxim’s, sûrement.

En voyant ce film, j’ai repensé à ma visite au casino ‘Paris’ de Las Vegas. C’est un endroit fascinant qui a pour décor la reconstitution de tous les monuments parisiens : l’Opéra Garnier, l’Arc de Triomphe et une tour Eiffel haute de la moitié du modèle original. Comme on m’a dit là-bas : «c’est beaucoup mieux que Paris car il n’y a pas de Parisiens».

Dans «Midnight in Paris», il n’y a pas de Parisiens non plus, à part Carla Bruni. C’est vous dire !

J’ai vu ce film à Paris. Quand je suis sorti de la salle, près de l’Opéra, je me suis retrouvé dans une ville qui n’avait rien à voir avec la vision de Woody Allen.

Et cela m’a rappelé un grand souvenir cinématographique. En 1979, l’année de sa sortie, j’avais vu «Manhattan» de Woody Allen à... Manhattan. Le film est une merveille, comme chacun sait. En sortant de la salle à New York, je n’ai pas senti de rupture : le Manhattan réel et le Manhattan du film étaient en symbiose. En marchant sur Broadway, j’étais toujours dans le film.

En montrant New York, Woody Allen ne se trompe jamais. C’est sa ville, c’est son sujet. En filmant Paris, il fait du tourisme. C’est divertissant mais creux. 

samedi 9 avril 2011

Sidney Lumet : "Un après-midi de chien"

Un bel artisan d’Hollywood vient de mourir. Sidney Lumet avait 86 ans. Il a réalisé une cinquantaine de films. Tous n’étaient pas des réussites mais certains s’imposent. C’était un cinéaste classique et efficace qui a eu le mérite de se frotter à des sujets très variés. Je dois à cet homme, comme beaucoup de spectateurs, de grands moments de cinéma.

On doit citer bien sûr «Douze hommes en colère», son tout premier film de 1957. Magnifique huis-clos avec le jury d’un procès, plaidoyer implicite contre la peine de mort, ce film était très audacieux pour l’époque. Henry Fonda domine une distribution impeccable.

Je veux citer aussi un film plus mineur : «L’homme à la peau de serpent» (1959) où Marlon Brando est, comme souvent, époustouflant.

En 1976, Sidney Lumet s’intéresse aux médias dans une description implacable des pires dérives du journalisme télévisé. C’est «Network». Aujourd’hui, 35 ans plus tard, on s’aperçoit que Lumet a été visionnaire. Il suffit de regarder la télévision.

Au palmarès de Lumet, il faut inscrire la prestation de Paul Newman, avocat minable et alcoolique, dans «Verdict» (1982).

Je n’oublie pas «Serpico» (1973) avec Al Pacino.

Mais dans toute la filmographie de Sidney Lumet, mon film favori, c’est «Un après-midi de chien» («Dog day afternoon» - 1975), également avec Al Pacino. C’est, à mon avis, le plus grand rôle de sa carrière. Il a raté l’Oscar cette année-là au profit de Jack Nicholson (pour «Vol au dessus d’un nid de coucou»). C’est l’histoire du braquage foireux d’une banque par deux gangsters de pacotille qui ont autant peur que les otages qu’ils détiennent. Le film est d’une rare intensité. Je l’ai revu récemment. Il n’a pas pris une ride.

J’espère que les télés auront le bon goût de nous le rediffuser. Sidney Lumet mérite bien ça.

Pour inspirer les programmateurs parfois incultes de la télévision française, je laisse ici la bande annonce originale de «Dog day afternoon» de Sidney Lumet :

mardi 5 avril 2011

"Winter's bone" : un grand film américain

Je vous l’ai déjà dit : la distribution du cinéma est à tendance Kleenex. Il faut vraiment faire vite pour ne pas rater un film, surtout si c’est un film pas vraiment commercial.

Voici un nouvel exemple avec ce magnifique long métrage américain réalisé par Debra Granik. Il s’intitule «Winter’s bone». Il est sorti début mars en France. Début avril, c’est déjà un parcours du combattant pour le voir. Mais j’y suis parvenu.

Ce film est tout simplement époustouflant. J’ai rarement ressenti au cinéma une telle intensité de la première à la dernière image. 

L’histoire se situe dans la forêt de Ozarks, aux confins du Missouri. Le trou du cul de l’Amérique. Une zone de pauvreté et d’abandon. Ce n’est pas de la fiction. Il y a, dans les Etats-Unis d’aujourd’hui, des endroits oubliés, loin de Wall Street et d’Hollywood, où l’on mange peu, où l’on se chauffe mal, où l’on survit, en marge du progrès et du fric tout-puissant. J’ai vu moi-même ces secteurs négligés, ces poches de tiers-monde au sein de la première puissance économique mondiale. Il suffit d’aller dans le delta du Mississipi ou dans les réserves indiennes. On y rencontre la misère comme on la perçoit à Calcutta.

Dans le film, nous sommes donc dans le Missouri, un Etat qui servit de cadre à tant de westerns classiques. L’environnement contemporain est moins glorieux : des masures bringuebalantes, des voitures en bout de course, des taudis à la campagne. Cet univers est habité par des blancs. Des blancs pauvres. Aux Etats-Unis, il y a une expression pour ça : «white trash». Les rebuts blancs. Ils vivent là, avec trois fois rien, dans la méfiance et la violence. Il y a des flingues, de l’alcool, de la drogue.

Le personnage principal du film est une jeune fille de 17 ans. Sa mère est mutique, à demi-folle. C’est la jeune fille qui élève son petit frère et sa petite sœur. Le père a disparu. C’est un criminel, un drogué, un trafiquant. Il est activement recherché. Il ne se présente pas à son procès. La bicoque où vivent la jeune fille, sa mère, son frère et sa sœur, cette bicoque va être saisie et confisquée. La jeune fille se met à la recherche de son père, dans cette région hostile où tant de haine s’est tissée, d’abord la haine de la famille, proche ou lointaine.

Le rôle de la jeune fille est joué par une actrice absolument extraordinaire. Elle s’appelle Jennifer Lawrence. Elle est présente pratiquement dans tous les plans du film. Elle effectue ici une performance exceptionnelle. Elle incarne le film.

Je ne vous raconte pas l’histoire. Je ne vous raconte pas la fin. Je vous encourage seulement à voir ce film ou à vous procurer le DVD quand il sera disponible.

C’est une leçon de cinéma, saluée par plusieurs festivals dont celui de Sundance. C’est un coup de pied dans l’estomac. Ce n’est pas un film facile. Rien à voir avec la production française, genre «Les petits mouchoirs».

Ce film «Winter’s bone» dure 1 h 40. Je n’ai pas relevé une seule minute inutile. Tout ce qui est montré est vital, essentiel, urgent.

On sort de la projection bouleversé, étourdi, renversé.

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Voici la bande-annonce.



mardi 29 mars 2011

La bande-annonce du nouveau Woody Allen : un festival de clichés sur Paris

Pauvre Woody Allen ! Nous l’avions tant aimé lorsqu’il explorait son terrain familier : New York. Nous l’avions aussi suivi avec plaisir à Londres et Barcelone.

Mais le pire est arrivé : Woody Allen est venu filmer Paris. Son nouveau film «Midnight in Paris» sera projeté à la soirée d’ouverture du prochain festival de Cannes. 

L'affiche du film : Van Gogh n'est pas au générique....


On sait que la minaudante Carla Bruni y joue un petit rôle. Elle n’a pas été coupée au montage. Ce n’est pas la plus mauvaise nouvelle.

Une vraie catastrophe est à craindre à la simple vision de la bande-annonce qui a été rendue publique aujourd’hui.

Woody Allen n’a plus les moyens, hélas, de tourner un film à New York. Sa ville est devenue trop chère pour lui. Ses films sont trop confidentiels et pas assez rentables à l'échelle américaine.


A Paris, les tournages sont moins onéreux et ils sont subventionnés par la municipalité et par le Conseil Régional.

Les collectivités locales vont être largement remboursées. Vous le verrez dans la bande-annonce (ci-dessous). Le prochain Woody Allen promet d’être un incroyable film publicitaire sur la capitale, ou plus exactement sur la manière dont les touristes américains perçoivent Paris.

Dans la bande-annonce, on peut lire : «Paris in the morning is beautiful, Paris in the afternoon is charming, Paris in the evening is enchanting, but Paris after midninght is magic».

L’Office du Tourisme de Paris, en écrivant des slogans commerciaux, n’aurait jamais osé faire aussi bateau (mouche). Mais Woody Allen n’a aucun gêne.

Il souligne ses images avec un air d’accordéon. C’est une obligation. Dans tous les spots publicitaires pour des produits français à la télé américaine, il y a de l’accordéon. Woody Allen ne déroge pas à cette règle : s’il n’y a pas d’accordéon, les Américains refusent de croire que c’est la France.

La bande-annonce nous promet également une visite en règle de toutes les cartes postales parisiennes : les quais de la Seine, Notre-Dame, la Tour Eiffel sous toutes ses coutures, la place Vendôme, les grands restaurants à nappe blanche, les musées. Sans oublier, la dégustation savante de nos grands vins. Par comparaison, «Amélie Poulain» va paraître subversif.

Bon, soyons patient. Accordons au vieux Woody le bénéfice du doute. Parfois les bandes-annonces sont meilleures que les films. Espérons, cette fois, que c’est le contraire.

Voici cette bande-annonce, un étourdissant concentré de clichés sur Paris :

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Depuis la publication de cette note, j'ai vu le film et mes premières impressions sur la bande-annonce se sont vérifiées. Lire en cliquant ici : WOODY ALLEN, TOURISTE ATTENDRI A PARIS

vendredi 18 mars 2011

True Grit, the Fighter : hommage aux acteurs du cinéma américain

Le cinoche. S’asseoir dans le noir. Partager des émotions. Regarder un spectacle. Etre surpris, ému, amusé, transporté.

Je l’ai déjà écrit ici : je suis tellement heureux d’être né après la naissance du cinéma et d’avoir profité de son développement et de ses accomplissements. Ni Louis XIV ni Napoléon n’ont eu ce privilège !

Etre dans une salle obscure, c’est se plonger volontairement dans le rêve imaginé par un autre (un réalisateur) et incarné par des acteurs. J’aime mes propres rêves (cinéma gratuit et profondément personnel) et je suis toujours avide d’explorer ceux des autres.

Voici deux rêves récents, deux films vus cette semaine.

«True Grit» des frères Coen
Que de souvenirs ! J’avais vu en 1969, dans un cinéma de New York,  la première adaptation à l'écran de cette histoire, réalisée par Harry Hathaway. La version française avait pour titre «100 dollars pour un shérif». Je me souviens que dans la salle newyorkaise, il y avait à l’époque une section «fumeurs» ! Le film n’était pas très bon. John Wayne, vieillissant, avait le rôle principal. Il cabotinait.

Il faut croire que c’est le rôle qui veut ça. Dans la version récente des frères Coen, Jeff Bridges cabotine tout autant. Mais il a à ses côtés des acteurs épatants. D’abord Matt Damon. J’aime beaucoup cet acteur. Un type intelligent qui fait une belle carrière, avec des films toujours bien choisis depuis «Good Will Hunting». Matt Damon est exemplaire. Il échappe à tous les travers du «people» hollywoodien.

Dans le «True Grit» des frères Coen, on découvre aussi une très jeune actrice d'une maturité incroyable : Hailee Steinfeld. 
C’est elle qui incarne le personnage d'une jeune fille de 14 ans qui tient à retrouver, par tous les moyens, le meurtrier de son père, en fuite dans l’ouest américain.

Le film est un hommage fidèle au western classique avec ses chevauchées, ses embuscades, son suspense solidement construit. Les frères Coen nous offrent des images somptueuses et un grand sens du récit. Dommage que certaines scènes soient un peu bavardes.

«The Fighter» de David O. Russell
Ce film est sorti bizarrement en France sans l’article sous le titre «Fighter».

C’est une histoire de boxe située à Lowell, une petite industrielle ville du nord du Massachussetts. Le récit, dans un milieu populaire, se concentre sur les rapports entre deux frères : un ancien champion à la dérive, perdu dans la drogue (belle performance de Christian Bale, saluée par un Oscar) et son cadet, boxeur en devenir qui va conquérir le titre de champion du monde. Ce dernier est interprété par Mark Wahlberg, au sommet de son art. C’est un acteur exceptionnel. Si vous n’aviez pas vu «The Yards» de James Gray (2000), courez d’urgence acheter le DVD.

Whalberg est un acteur physique, taciturne, tout en retenue. Son histoire personnelle est intéressante : il est né dans un famille nombreuse et pauvre de Boston. Il devint célèbre comme chanteur à minettes dans le groupe «New kids on the block». Il posa ensuite comme mannequin musclé pour les sous-vêtements Calvin Klein. 

Il s’est imposé ensuite discrètement comme un des acteurs les plus intéressants du cinéma américain. Il a tout juste quarante ans. Sa carrière ne fait que commencer.

Je suis un fan absolu de Mark Wahlberg. Dans ce film, il est totalement crédible dans son rôle de boxeur. Il y a eu, dans l’histoire du cinéma, une belle moisson de films remarquables sur la boxe. C’est un sujet dont la dramaturgie se prête très bien au grand écran. Dans «The Fighter», on peut voir plusieurs combats. Le dernier combat, celui du championnat du monde à Londres, est époustouflant.

Bref, vive le cinoche quand il est fait de cette façon.

jeudi 3 mars 2011

"127 heures" : rock against the clock


«Télérama» a fait la fine bouche, comme souvent. «Les Inrocks» ont détesté, par principe. «The New York Times» a adoré sans réserve et «Le Monde» a plutôt apprécié.

Et moi, j’ai passé un très bon moment de cinéma en voyant «127 heures», le nouveau film du britannique Danny Boyle, le réalisateur qui nous avait déjà offert «Trainspotting», «28 days later» et «Slumdog Millionaire», sans oublier son tout premier film, l'excellent «Shallow grave».

Le scénario repose sur la mésaventure réelle survenue à un jeune Américain, Aron Ralston, parti faire de l’escalade dans un canyon de l’Utah (magnifique région) et qui s’est retrouvé prisonnier, seul, pendant plus de 5 jours au fond d’une crevasse, la main droite coincée contre la paroi par un gros rocher tombé accidentellement.

Pour se sortir de cette très mauvaise passe, le jeune homme est forcé d’en arriver à une solution extrême : amputer son bras en dessous du coude avec un instrument de fortune.

Un autre réalisateur que Danny Boyle aurait été tenté de traiter ce sujet sur le mode du drame psychologique angoissant. Le parti-pris par Boyle est à l’opposé de ces lourdeurs. Ce film est un thriller optimiste, doublé d’une ode à la nature. Malgré l’intrigue, le film évite totalement la morbidité.

L’épilogue est connu du spectateur avant qu’il n’entre dans la salle. Le vrai Aron Ralston a raconté son histoire dans un livre et a donné de nombreuses interviews avant la sortie du film. On sait que le personnage va survivre, presque entier, à l’exception du morceau d’avant-bras qu’il doit laisser sous le rocher.

Danny Boyle nous fait vivre l’histoire comme celle d’un Robinson perdu dans un recoin d’un paysage grandiose. La prouesse du film, c’est de maintenir l’intérêt pour ce personnage unique reclus dans une cavité minuscule. Il y a bien sûr quelques inévitables flash-back. Mais l’essentiel du film nous montre un acteur entre deux murs rocheux. Il faut l’inventivité cinématographique de Danny Boyle pour ne pas être lassant.

Pour réussir ce huis-clos périlleux, le réalisateur (toujours pertinent dans son casting) a choisi un acteur parfait : James Franco. Il incarne à merveille ce personnage sportif, insouciant, joyeux, solitaire mais pas asocial. Disons plutôt qu’il s’agit d’un individu profondément autonome, qualité bienvenue compte tenu des circonstances.

Il s’en sort parce qu’il envisage toutes les solutions avec méthode (c'est un ingénieur) et qu’il aboutit à la seule issue : l’amputation. Cette scène, à la fin du film, est rapide et intense. On la redoute, on l’endure. Mais pour le personnage, comme pour le spectateur, c’est une délivrance. On quitte enfin ce trou en ayant préservé l’essentiel : la vie.

Les moments les plus intéressants du film sont les gros plans sur James Franco. Il passe du désarroi à l’humour, de la détermination au découragement et, parfois, à la colère dirigée contre ce maudit rocher qui le cloue dans une position terriblement inconfortable. Excellente performance d’un acteur plein d’aisance et de naturel.

Le personnage du film (comme celui de l’histoire vraie) se confie régulièrement à une petite caméra vidéo qu’il manie, comme le reste, de la main gauche, la seule à sa disposition. Il fait de ces confidences une sorte de journal de bord qui pourrait devenir un testament si la mort finissait par avoir raison de ses efforts. Mais on sait qu’il ne va pas se laisser vaincre : il va triompher de l’adversité représentée par ce stupide rocher.

C’est l’histoire d’une évasion, comme celle d’un animal pris dans le piège d’un braconnier et qui s’échappe en sacrifiant un membre de son corps.

Comme toujours dans les films de Danny Boyle, il y a des tics de réalisation : un montage haletant proche du clip publicitaire et des images léchées, exagérément colorées. Ce n’est pas l’école de Robert Bresson, si vous voyez ce que je veux dire.

C’est un film qui fonctionne selon les codes classiques du cinéma hollywoodien : présentation du personnage, début tranquille de son aventure, le coup de théâtre (le maudit rocher) et la lutte pour sortir d’une situation inextricable. Le tout couronné par une «happy end».

Au bout du compte, tout cela fait du bon cinéma, n’en déplaise à certains critiques grincheux.

Vous pouvez aller voir ce film en toute confiance : vous n’y laisserez pas un bras.

mercredi 9 février 2011

"Black Swan" : mauvais cygne


Je vous jure que je suis allé voir ce film avec les meilleures intentions du monde. Je ne demandais qu’à être ému, charmé, ébloui.

Malheureusement, au cinéma, on sait assez vite que tout va foirer. Les premiers plans de "Black Swan" sont annonciateurs de ce qui va suivre : une image moche et granuleuse, comme dans un documentaire moldave. Et nous sommes pourtant à New York, au cœur du ‘New York City Ballet’, l’une des troupes les plus magiques du monde !

Elle en fait des efforts, la jolie Nathalie Portman, pour nous faire croire qu’elle incarne une danseuse étoile. Mais elle n’est pas crédible. On voit davantage ses ongles meurtris (des pieds et des mains) que son talent de ballerine. Vincent Cassel joue le chorégraphe intransigeant et baiseur incontrôlable. Il grimace et sur-joue en permanence. C’est vite insupportable.

La mise en scène cinématographique est pauvrette. Et puisqu’il s’agit d’un film sur la danse classique, on est obligé de constater aussi que les chorégraphies sont confuses et ringardes. Un grand foutoir : c’est le claque des cygnes.

Mais le pire de ce navet grandiloquent, ce sont les scènes d’hallucinations vécues par la vedette du film. Là, franchement, on dépasse le mauvais goût grand-guignolesque des plus minables films d’horreur de série Z.

Je vous avoue que j’ai beaucoup ri à ces excès burlesques. Je pense que le réalisateur n'avait pourtant aucune intention comique.

Quand Nathalie Portman meurt enfin au bout de 110 minutes (je vous dévoile l’épilogue, mais c’est le même que celui du ballet), on est soulagé. Elle ne va plus minauder davantage, dans son rôle de danseuse coincée et frigide.

Ce film est une punition. Il a tout pour plaire.

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Tout le monde ne partage pas mon avis : lire en cliquant ici.

mercredi 13 octobre 2010

"The Social Network"

Voici un film qui donne le tournis : « The Social Network » réalisé par David Fincher sur un scénario et des dialogues (éblouissants, le scénario et les dialogues) d’Aaron Sorkin (le créateur de la série télé « The West Wing »).

L’histoire est connue : il s’agit de la naissance et de l’expansion du réseau social « Facebook ».

Oui, ce film donne le tournis car l’histoire qu’il raconte est fulgurante. Un gamin de 19 ans, étudiant en informatique à Harvard, fabrique un site Internet d’abord réservé aux étudiants de la fameuse université proche de Boston.

Six années plus tard, le créateur pèse 20 milliards de dollars. Le site universitaire est devenu mondial. « Facebook » touche un demi-milliard de terriens, un habitant sur 14 de notre planète. Dans l’histoire de l’humanité, dans l’histoire de la communication, il n’y a aucun précédent. L’imprimerie de Gutenberg a mis des siècles à se propager. Créé il y a six ans, le site « Facebook » relie potentiellement un demi-milliard de personnes, partout dans le monde, en permanence et en temps réel.

Le film de Fincher n’est pas triomphaliste. Il ne nous présente pas une « success story ». La réussite incroyable de « Facebook » n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Le personnage principal, c’est Mark Zuckerberg, le créateur de « Facebook ». Il a aujourd’hui 26 ans. C’est le plus jeune milliardaire au monde. Aucun film n’a été consacré auparavant à l’ascension d’un personnage aussi jeune. Aucun film n’a jamais été réalisé sur Bill Gates ou sur Steve Jobs. Mais sur Mark Zuckerberg, c’est fait.

Fincher nous propose un film haletant à partir d’un sujet qui est, a priori, non cinématographique : des écrans d’ordinateurs, des étudiants bavards et des avocats qui dialoguent dans des salles de réunion. Malgré cela, l’intensité est à son maximum.

Les acteurs sont parfaits, à commencer par Jesse Eisenberg qui incarne le personnage principal, celui de Mark Zuckerberg. Justin Timberlake (meilleur acteur que chanteur) est très convaincant dans le rôle de Sean Parker, celui qui donne le déclic capitaliste qui permet à « Facebook » d’acquérir une dimension planétaire.

La grande force de ce film, c’est que le réalisateur évite de nous proposer un documentaire sur « Facebook ». En réalité, « Facebook » est à peine évoqué dans son fonctionnement. C’est un prétexte, un support pour montrer les rivalités et les rapports de force entre les personnages.

Pendant la projection, j’ai pensé à « Citizen Kane » d’Orson Welles. Le sujet est voisin : il s’agit de l’ascension d’un magnat de la presse, personnage inspiré de William Randolph Hearst. On reste dans l’univers de la communication. Orson Welles n’avait que 25 ans au moment du tournage. Aujourd’hui, c’est sans doute Welles qui aurait inventé « Facebook ».

En voyant « The Social Network », j’ai également pensé à Balzac. Il y a dans la personnalité de Mark Zuckerberg des ressemblances avec Rastignac. Et dans le film, le cofondateur de « Facebook », évincé et grugé, plus pur et moins vorace (Eduardo Severin joué par l’excellent Andrew Garfield) fait inévitablement penser à Lucien de Rubempré.

Au XXIème siècle, comme chez Balzac, Rubempré se fait avoir. Rastignac s’en sort toujours.

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A lire (en anglais) le très bon (et très rare) portrait de Mark Zuckerberg - c'est dans 'The New Yorker' : http://www.newyorker.com/reporting/2010/09/20/100920fa_fact_vargas?currentPage=all

dimanche 1 mars 2009

Movies


Maintenant que l’annuelle et pathétique mascarade des « Césars » du cinéma français est derrière nous (« Séraphine » et Yolande Moreau, quelle purge ! C’est donc ça la perfection cinématographique française ? Au secours !), nous pouvons enfin reparler de cinéma, du vrai, du cinéma américain principalement.

J’ai ressenti un grand choc aujourd’hui en voyant « Les Noces Rebelles » (titre français idiot – je vais y revenir) de Sam Mendes.

Le réalisateur est britannique mais le film est totalement américain. J’ai vu ce film tardivement, excusez-moi ! Il est sorti depuis un mois déjà. Un film chasse l’autre. C’est ainsi que fonctionne la distribution des films en France. Je l’ai vu de justesse. Ouf !

Ce n’est que le quatrième film de Sam Mendes. Son tout premier lui avait donné toute la légitimité pour décrypter la société américaine.

Il s’agissait d’ « American Beauty », à mes yeux un chef-d’œuvre.

Nous revoici, avec ce nouveau film, dans l’Amérique banlieusarde. Aux Etats-Unis, les riches de race blanche vivent dans les banlieues. Les autres (les noirs notamment) vivent précairement en centre-ville. C’est à l’inverse de notre système.

Sam Mendes avait magnifiquement décrit, il y a dix ans, la déshérence de la banlieue blanche et friquée dans « American Beauty ».

Le même Sam Mendes nous projette sur le même territoire, 40 ans plus tôt, dans les années 50. Le paysage est effroyablement identique. Il s’agit encore et toujours des Etats-Unis, l’espace infini de la conformité et de l’ennui.

Je ne vais pas ici résumer l’intrigue. Je vais m’attarder néanmoins sur les interprètes : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, le duo légendaire du « Titanic », archétypes de la jeunesse et de l’amour impossible. Ce même couple se déchire, toujours victime d’un amour incompatible, dans le nouveau film de Mendes.

Le titre en français, comme souvent, est idiot : « Les Noces Rebelles ». Ça ne veut rien dire. En anglais, le titre est : « Revolutionary Road », infiniment plus ironique et pertinent.

C’est l’adresse de la belle maison résidentielle du couple en apparence parfait qui se désagrège sous nos yeux. « Revolutionary » pour les Américains, ça ne veut pas exactement dire « révolutionnaire ». C’est une référence à l’Histoire du pays. La « Révolution » américaine, c’est la guerre contre les Anglais. C’est d’abord et avant tout une guerre d’indépendance. Le couple du film ne cherche pas la révolution, juste l’indépendance par rapport aux conventions de la société. C’est ainsi qu’il faut comprendre le titre du film. En français, « Noces rebelles », c’est juste naze comme traduction, mais on a l’habitude !

Deux acteurs exceptionnels transportent ce film: Kate Winslet exprime alternativement la douleur, la révolte et le renoncement. Et Leonardo DiCaprio confirme ici qu’il est l’interprète le plus doué de sa génération. Nous le savions déjà il y a 15 ans, après l’avoir vu jouant un ado attardé mental dans « What’s eating Gilbert Grape ». Depuis cette époque, je n’ai jamais vu DiCaprio inintéressant au cinéma. Jamais.

Dans « Revolutionary Road », il y a plusieurs scènes intenses de face-à-face entre Winslet et DiCaprio. Dans la cruauté, l’intensité et la démesure, ça vaut Liz Taylor et Richard Burton dans « Who is afraid of Virginia Wolf » (Mike Nichols – 1966).

Ce qui renforce encore le film remarquable de Sam Mendes, c’est le sens du détail : les objets, les décors, les costumes, la lumière, le montage, la qualité sublime de la photographie (énorme travail très pertinent sur la profondeur de champ). Et aussi la distribution des seconds rôles. Ils sont tous en place, magnifiquement choisis et dirigés. Un sans faute, tout simplement. Ça dure deux heures, bonnes gens, et on reste cloué à son siège, croyez moi.

Dans le cinéma américain, les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules. Il y a vraiment de très bonnes choses offertes à notre contemplation (en attendant « Harvey Milk » qui sort mercredi en France).

Disons un mot par exemple de « Benjamin Button », l’histoire de ce bébé né avec une apparence de vieillard et qui rajeunit, à rebours, jusqu’à sa mort. Le scénario semble impossible à mettre en images et pourtant le réalisateur David Fincher réussi la prouesse avec la complicité d’une Cate Blanchett (admirable) et d’un Brad Pitt placide et insondable. Le résultat est déroutant. Un conte philosophique à grand spectacle. On pleure à la fin. Effet garanti. C’est aussi ça le cinéma.

Je serai en revanche moins enthousiaste pour « Gran Torino » de et avec Clint Eastwood. Le vieil homme ne cesse de nous balancer son testament. Au fil des années, à l’usure, le testament s’effiloche. La presse française est en transes devant ce film, comme devant tous les films d’Eastwood sans distinction. Je me demande bien pourquoi.

En un mot, c’est l’histoire d’un vieillard acariâtre et raciste (mais avec un grand cœur) qui finit par se radoucir en prenant sous sa protection des asiatiques (très gentils finalement) dont il tolérait très mal au départ le voisinage. L’intrigue bien-pensante nous est exposée dans un scénario poussif desservi par un dialogue indigent. Les interprètes sont des marionnettes à commencer par le grand Clint Eastwood qui cabotine outrageusement du début jusqu’à la fin. Visuellement, le film est archi-moche : prises de vue vaseuses, images granuleuses, montage à la serpe.

Le cinéma américain quand c’est moche à l’écran, ça ne vaut même pas la peine de s’y attarder. Pour tout vous dire : je me suis royalement emmerdé ! Clint Eastwood a fait quelques grands films par le passé. Celui-ci est vraiment raté.