dimanche 5 mai 2013
"Mud", un vrai film qui réconcilie avec le cinéma
lundi 27 février 2012
"The Artist" : dans les vieilles marmites, on fait les meilleures soupes
mardi 24 mai 2011
Terrence Malick : la vertu du silence




jeudi 19 mai 2011
"The tree of life" de Terrence Malick : un arbre à élaguer





Il ne nous reste donc que la partie centrale de ce «Tree of life». Gardons le tronc, coupons les branches mortes, les excroissances difformes. Et ce tronc est solide. Il se suffit à lui-même. C’est toute la longue séquence très maîtrisée, située dans les années 50 avec le couple et leurs trois fils, dans ce quartier résidentiel de Waco au Texas.

vendredi 13 mai 2011
Woody Allen, touriste attendri à Paris





samedi 9 avril 2011
Sidney Lumet : "Un après-midi de chien"
mardi 5 avril 2011
"Winter's bone" : un grand film américain
L’histoire se situe dans la forêt de Ozarks, aux confins du Missouri. Le trou du cul de l’Amérique. Une zone de pauvreté et d’abandon. Ce n’est pas de la fiction. Il y a, dans les Etats-Unis d’aujourd’hui, des endroits oubliés, loin de Wall Street et d’Hollywood, où l’on mange peu, où l’on se chauffe mal, où l’on survit, en marge du progrès et du fric tout-puissant. J’ai vu moi-même ces secteurs négligés, ces poches de tiers-monde au sein de la première puissance économique mondiale. Il suffit d’aller dans le delta du Mississipi ou dans les réserves indiennes. On y rencontre la misère comme on la perçoit à Calcutta.

mardi 29 mars 2011
La bande-annonce du nouveau Woody Allen : un festival de clichés sur Paris
On sait que la minaudante Carla Bruni y joue un petit rôle. Elle n’a pas été coupée au montage. Ce n’est pas la plus mauvaise nouvelle.
A Paris, les tournages sont moins onéreux et ils sont subventionnés par la municipalité et par le Conseil Régional.
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Depuis la publication de cette note, j'ai vu le film et mes premières impressions sur la bande-annonce se sont vérifiées. Lire en cliquant ici : WOODY ALLEN, TOURISTE ATTENDRI A PARIS
vendredi 18 mars 2011
True Grit, the Fighter : hommage aux acteurs du cinéma américain



jeudi 3 mars 2011
"127 heures" : rock against the clock
«Télérama» a fait la fine bouche, comme souvent. «Les Inrocks» ont détesté, par principe. «The New York Times» a adoré sans réserve et «Le Monde» a plutôt apprécié.
Et moi, j’ai passé un très bon moment de cinéma en voyant «127 heures», le nouveau film du britannique Danny Boyle, le réalisateur qui nous avait déjà offert «Trainspotting», «28 days later» et «Slumdog Millionaire», sans oublier son tout premier film, l'excellent «Shallow grave».
Le scénario repose sur la mésaventure réelle survenue à un jeune Américain, Aron Ralston, parti faire de l’escalade dans un canyon de l’Utah (magnifique région) et qui s’est retrouvé prisonnier, seul, pendant plus de 5 jours au fond d’une crevasse, la main droite coincée contre la paroi par un gros rocher tombé accidentellement.
Pour se sortir de cette très mauvaise passe, le jeune homme est forcé d’en arriver à une solution extrême : amputer son bras en dessous du coude avec un instrument de fortune.
Un autre réalisateur que Danny Boyle aurait été tenté de traiter ce sujet sur le mode du drame psychologique angoissant. Le parti-pris par Boyle est à l’opposé de ces lourdeurs. Ce film est un thriller optimiste, doublé d’une ode à la nature. Malgré l’intrigue, le film évite totalement la morbidité.
L’épilogue est connu du spectateur avant qu’il n’entre dans la salle. Le vrai Aron Ralston a raconté son histoire dans un livre et a donné de nombreuses interviews avant la sortie du film. On sait que le personnage va survivre, presque entier, à l’exception du morceau d’avant-bras qu’il doit laisser sous le rocher.
Danny Boyle nous fait vivre l’histoire comme celle d’un Robinson perdu dans un recoin d’un paysage grandiose. La prouesse du film, c’est de maintenir l’intérêt pour ce personnage unique reclus dans une cavité minuscule. Il y a bien sûr quelques inévitables flash-back. Mais l’essentiel du film nous montre un acteur entre deux murs rocheux. Il faut l’inventivité cinématographique de Danny Boyle pour ne pas être lassant.
Pour réussir ce huis-clos périlleux, le réalisateur (toujours pertinent dans son casting) a choisi un acteur parfait : James Franco. Il incarne à merveille ce personnage sportif, insouciant, joyeux, solitaire mais pas asocial. Disons plutôt qu’il s’agit d’un individu profondément autonome, qualité bienvenue compte tenu des circonstances.
Les moments les plus intéressants du film sont les gros plans sur James Franco. Il passe du désarroi à l’humour, de la détermination au découragement et, parfois, à la colère dirigée contre ce maudit rocher qui le cloue dans une position terriblement inconfortable. Excellente performance d’un acteur plein d’aisance et de naturel.
Le personnage du film (comme celui de l’histoire vraie) se confie régulièrement à une petite caméra vidéo qu’il manie, comme le reste, de la main gauche, la seule à sa disposition. Il fait de ces confidences une sorte de journal de bord qui pourrait devenir un testament si la mort finissait par avoir raison de ses efforts. Mais on sait qu’il ne va pas se laisser vaincre : il va triompher de l’adversité représentée par ce stupide rocher.
C’est l’histoire d’une évasion, comme celle d’un animal pris dans le piège d’un braconnier et qui s’échappe en sacrifiant un membre de son corps.
Comme toujours dans les films de Danny Boyle, il y a des tics de réalisation : un montage haletant proche du clip publicitaire et des images léchées, exagérément colorées. Ce n’est pas l’école de Robert Bresson, si vous voyez ce que je veux dire.
C’est un film qui fonctionne selon les codes classiques du cinéma hollywoodien : présentation du personnage, début tranquille de son aventure, le coup de théâtre (le maudit rocher) et la lutte pour sortir d’une situation inextricable. Le tout couronné par une «happy end».
Au bout du compte, tout cela fait du bon cinéma, n’en déplaise à certains critiques grincheux.
Vous pouvez aller voir ce film en toute confiance : vous n’y laisserez pas un bras.
mercredi 9 février 2011
"Black Swan" : mauvais cygne

Je vous jure que je suis allé voir ce film avec les meilleures intentions du monde. Je ne demandais qu’à être ému, charmé, ébloui.
Malheureusement, au cinéma, on sait assez vite que tout va foirer. Les premiers plans de "Black Swan" sont annonciateurs de ce qui va suivre : une image moche et granuleuse, comme dans un documentaire moldave. Et nous sommes pourtant à New York, au cœur du ‘New York City Ballet’, l’une des troupes les plus magiques du monde !
Elle en fait des efforts, la jolie Nathalie Portman, pour nous faire croire qu’elle incarne une danseuse étoile. Mais elle n’est pas crédible. On voit davantage ses ongles meurtris (des pieds et des mains) que son talent de ballerine. Vincent Cassel joue le chorégraphe intransigeant et baiseur incontrôlable. Il grimace et sur-joue en permanence. C’est vite insupportable.
La mise en scène cinématographique est pauvrette. Et puisqu’il s’agit d’un film sur la danse classique, on est obligé de constater aussi que les chorégraphies sont confuses et ringardes. Un grand foutoir : c’est le claque des cygnes.
Mais le pire de ce navet grandiloquent, ce sont les scènes d’hallucinations vécues par la vedette du film. Là, franchement, on dépasse le mauvais goût grand-guignolesque des plus minables films d’horreur de série Z.
Je vous avoue que j’ai beaucoup ri à ces excès burlesques. Je pense que le réalisateur n'avait pourtant aucune intention comique.
Quand Nathalie Portman meurt enfin au bout de 110 minutes (je vous dévoile l’épilogue, mais c’est le même que celui du ballet), on est soulagé. Elle ne va plus minauder davantage, dans son rôle de danseuse coincée et frigide.
Ce film est une punition. Il a tout pour plaire.
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Tout le monde ne partage pas mon avis : lire en cliquant ici.
mercredi 13 octobre 2010
"The Social Network"

Voici un film qui donne le tournis : « The Social Network » réalisé par David Fincher sur un scénario et des dialogues (éblouissants, le scénario et les dialogues) d’Aaron Sorkin (le créateur de la série télé « The West Wing »).
L’histoire est connue : il s’agit de la naissance et de l’expansion du réseau social « Facebook ».
Oui, ce film donne le tournis car l’histoire qu’il raconte est fulgurante. Un gamin de 19 ans, étudiant en informatique à Harvard, fabrique un site Internet d’abord réservé aux étudiants de la fameuse université proche de Boston.
Six années plus tard, le créateur pèse 20 milliards de dollars. Le site universitaire est devenu mondial. « Facebook » touche un demi-milliard de terriens, un habitant sur 14 de notre planète. Dans l’histoire de l’humanité, dans l’histoire de la communication, il n’y a aucun précédent. L’imprimerie de Gutenberg a mis des siècles à se propager. Créé il y a six ans, le site « Facebook » relie potentiellement un demi-milliard de personnes, partout dans le monde, en permanence et en temps réel.
Le film de Fincher n’est pas triomphaliste. Il ne nous présente pas une « success story ». La réussite incroyable de « Facebook » n’est pas forcément une bonne nouvelle.
Le personnage principal, c’est Mark Zuckerberg, le créateur de « Facebook ». Il a aujourd’hui 26 ans. C’est le plus jeune milliardaire au monde. Aucun film n’a été consacré auparavant à l’ascension d’un personnage aussi jeune. Aucun film n’a jamais été réalisé sur Bill Gates ou sur Steve Jobs. Mais sur Mark Zuckerberg, c’est fait.
Fincher nous propose un film haletant à partir d’un sujet qui est, a priori, non cinématographique : des écrans d’ordinateurs, des étudiants bavards et des avocats qui dialoguent dans des salles de réunion. Malgré cela, l’intensité est à son maximum.
Les acteurs sont parfaits, à commencer par Jesse Eisenberg qui incarne le personnage principal, celui de Mark Zuckerberg. Justin Timberlake (meilleur acteur que chanteur) est très convaincant dans le rôle de Sean Parker, celui qui donne le déclic capitaliste qui permet à « Facebook » d’acquérir une dimension planétaire.
La grande force de ce film, c’est que le réalisateur évite de nous proposer un documentaire sur « Facebook ». En réalité, « Facebook » est à peine évoqué dans son fonctionnement. C’est un prétexte, un support pour montrer les rivalités et les rapports de force entre les personnages.
Pendant la projection, j’ai pensé à « Citizen Kane » d’Orson Welles. Le sujet est voisin : il s’agit de l’ascension d’un magnat de la presse, personnage inspiré de William Randolph Hearst. On reste dans l’univers de la communication. Orson Welles n’avait que 25 ans au moment du tournage. Aujourd’hui, c’est sans doute Welles qui aurait inventé « Facebook ».
En voyant « The Social Network », j’ai également pensé à Balzac. Il y a dans la personnalité de Mark Zuckerberg des ressemblances avec Rastignac. Et dans le film, le cofondateur de « Facebook », évincé et grugé, plus pur et moins vorace (Eduardo Severin joué par l’excellent Andrew Garfield) fait inévitablement penser à Lucien de Rubempré.
Au XXIème siècle, comme chez Balzac, Rubempré se fait avoir. Rastignac s’en sort toujours.
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A lire (en anglais) le très bon (et très rare) portrait de Mark Zuckerberg - c'est dans 'The New Yorker' : http://www.newyorker.com/reporting/2010/09/20/100920fa_fact_vargas?currentPage=all
dimanche 1 mars 2009
Movies

Maintenant que l’annuelle et pathétique mascarade des « Césars » du cinéma français est derrière nous (« Séraphine » et Yolande Moreau, quelle purge ! C’est donc ça la perfection cinématographique française ? Au secours !), nous pouvons enfin reparler de cinéma, du vrai, du cinéma américain principalement.
J’ai ressenti un grand choc aujourd’hui en voyant « Les Noces Rebelles » (titre français idiot – je vais y revenir) de Sam Mendes.
Le réalisateur est britannique mais le film est totalement américain. J’ai vu ce film tardivement, excusez-moi ! Il est sorti depuis un mois déjà. Un film chasse l’autre. C’est ainsi que fonctionne la distribution des films en France. Je l’ai vu de justesse. Ouf !
Ce n’est que le quatrième film de Sam Mendes. Son tout premier lui avait donné toute la légitimité pour décrypter la société américaine.
Il s’agissait d’ « American Beauty », à mes yeux un chef-d’œuvre.
Nous revoici, avec ce nouveau film, dans l’Amérique banlieusarde. Aux Etats-Unis, les riches de race blanche vivent dans les banlieues. Les autres (les noirs notamment) vivent précairement en centre-ville. C’est à l’inverse de notre système.
Sam Mendes avait magnifiquement décrit, il y a dix ans, la déshérence de la banlieue blanche et friquée dans « American Beauty ».
Le même Sam Mendes nous projette sur le même territoire, 40 ans plus tôt, dans les années 50. Le paysage est effroyablement identique. Il s’agit encore et toujours des Etats-Unis, l’espace infini de la conformité et de l’ennui.
Je ne vais pas ici résumer l’intrigue. Je vais m’attarder néanmoins sur les interprètes : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio, le duo légendaire du « Titanic », archétypes de la jeunesse et de l’amour impossible. Ce même couple se déchire, toujours victime d’un amour incompatible, dans le nouveau film de Mendes.
Le titre en français, comme souvent, est idiot : « Les Noces Rebelles ». Ça ne veut rien dire. En anglais, le titre est : « Revolutionary Road », infiniment plus ironique et pertinent.
C’est l’adresse de la belle maison résidentielle du couple en apparence parfait qui se désagrège sous nos yeux. « Revolutionary » pour les Américains, ça ne veut pas exactement dire « révolutionnaire ». C’est une référence à l’Histoire du pays. La « Révolution » américaine, c’est la guerre contre les Anglais. C’est d’abord et avant tout une guerre d’indépendance. Le couple du film ne cherche pas la révolution, juste l’indépendance par rapport aux conventions de la société. C’est ainsi qu’il faut comprendre le titre du film. En français, « Noces rebelles », c’est juste naze comme traduction, mais on a l’habitude !
Deux acteurs exceptionnels transportent ce film: Kate Winslet exprime alternativement la douleur, la révolte et le renoncement. Et Leonardo DiCaprio confirme ici qu’il est l’interprète le plus doué de sa génération. Nous le savions déjà il y a 15 ans, après l’avoir vu jouant un ado attardé mental dans « What’s eating Gilbert Grape ». Depuis cette époque, je n’ai jamais vu DiCaprio inintéressant au cinéma. Jamais.
Dans « Revolutionary Road », il y a plusieurs scènes intenses de face-à-face entre Winslet et DiCaprio. Dans la cruauté, l’intensité et la démesure, ça vaut Liz Taylor et Richard Burton dans « Who is afraid of Virginia Wolf » (Mike Nichols – 1966).
Ce qui renforce encore le film remarquable de Sam Mendes, c’est le sens du détail : les objets, les décors, les costumes, la lumière, le montage, la qualité sublime de la photographie (énorme travail très pertinent sur la profondeur de champ). Et aussi la distribution des seconds rôles. Ils sont tous en place, magnifiquement choisis et dirigés. Un sans faute, tout simplement. Ça dure deux heures, bonnes gens, et on reste cloué à son siège, croyez moi.
Dans le cinéma américain, les bonnes nouvelles n’arrivent jamais seules. Il y a vraiment de très bonnes choses offertes à notre contemplation (en attendant « Harvey Milk » qui sort mercredi en France).
Disons un mot par exemple de « Benjamin Button », l’histoire de ce bébé né avec une apparence de vieillard et qui rajeunit, à rebours, jusqu’à sa mort. Le scénario semble impossible à mettre en images et pourtant le réalisateur David Fincher réussi la prouesse avec la complicité d’une Cate Blanchett (admirable) et d’un Brad Pitt placide et insondable. Le résultat est déroutant. Un conte philosophique à grand spectacle. On pleure à la fin. Effet garanti. C’est aussi ça le cinéma.
Je serai en revanche moins enthousiaste pour « Gran Torino » de et avec Clint Eastwood. Le vieil homme ne cesse de nous balancer son testament. Au fil des années, à l’usure, le testament s’effiloche. La presse française est en transes devant ce film, comme devant tous les films d’Eastwood sans distinction. Je me demande bien pourquoi.
En un mot, c’est l’histoire d’un vieillard acariâtre et raciste (mais avec un grand cœur) qui finit par se radoucir en prenant sous sa protection des asiatiques (très gentils finalement) dont il tolérait très mal au départ le voisinage. L’intrigue bien-pensante nous est exposée dans un scénario poussif desservi par un dialogue indigent. Les interprètes sont des marionnettes à commencer par le grand Clint Eastwood qui cabotine outrageusement du début jusqu’à la fin. Visuellement, le film est archi-moche : prises de vue vaseuses, images granuleuses, montage à la serpe.
Le cinéma américain quand c’est moche à l’écran, ça ne vaut même pas la peine de s’y attarder. Pour tout vous dire : je me suis royalement emmerdé ! Clint Eastwood a fait quelques grands films par le passé. Celui-ci est vraiment raté.