Je ne déteste pas tout à fait le dernier film de Woody Allen, «Midnight in Paris». Mais ce film, que je viens de voir, m’énerve beaucoup.
Dans les qualités, retenons d’abord l’interprétation du personnage principal, ce romancier-scénariste américain incarné par Owen Wilson. Il est convainquant, charmant dans ses doutes et ses hésitations. Le film repose sur lui et il est largement à la hauteur. Dans un petit rôle (crucial), Léa Seydoux est angélique et magnifique.
Evacuons vite le cas Carla Bruni. Le ‘buzz’ en France s’est fait autour de sa présence. On la voit trois fois brièvement. Elle n’est ni bonne ni mauvaise. Elle minaude, passe la main dans ses cheveux sans cesse et parle très correctement anglais. N’importe qui aurait pu faire ça. Je note que la scène nocturne tournée avec elle rue Mouffetard a été coupée au montage. Nicolas Sarkozy était présent ce soir-là en coulisses. Woody Allen a sans doute jugé que trois apparitions de Carla, c’était suffisant.
Je vous fais le ‘pitch’, comme on dit à Hollywood. Autrement dit, je vous raconte l’histoire en quelques lignes. Deux trentenaires américains (le romancier-scénariste et sa blonde fiancée insipide) passent quelques jours à Paris, avant leur mariage. Ils occupent une suite à l’hôtel ‘Bristol’, juste à côté de l’Elysée. Pas vraiment un séjour low-cost. Le romancier-scénariste est enchanté par la beauté de Paris. Sa fiancée beaucoup moins. Elle n’imagine pas vivre ailleurs qu’aux Etats-Unis. Le romancier-scénariste, tous les soirs à minuit (c’est l’explication du titre du film), s’échappe par enchantement vers le Paris fantasmé des années 20. Il monte dans une voiture d’époque (le carrosse de Cendrillon) et fréquente les ‘people’ qui hantaient alors la capitale française : Picasso, Gertrude Stein, Hemingway, le couple Fitzgerald, Buñuel, Man Ray et Dali. Au petit matin, revenu à sa citrouille, le romancier-scénariste retrouve sa blondasse californienne dans la suite du ‘Bristol’. Le choc est rude, évidemment.
Voilà pour l’histoire. C’est assez mince. Bien sûr, le vieux Woody a du savoir-faire. Le film est agréablement découpé, éclairé, réalisé. Mais le tout est assez mièvre.
Ce qui m’énerve, c’est l'approche anecdotique de Paris. Au tout début du film, nous avons droit à trois bonnes minutes de cartes postales : la place de la Concorde, les Champs-Elysées, Montmartre, la place Vendôme, les ponts sur la Seine. C’est un clip publicitaire sirupeux.
Régulièrement et sans raison, surgit une rengaine à l’accordéon. Impossible pour un Américain de faire un film sur Paris sans nous infliger du piano à bretelles.
Le plus agaçant dans tout ça, c’est que Woody Allen ne connaît rien à Paris. Pour lui, cette ville est une collection de belles images, de monuments et de quartiers pittoresques. Pour lui, c’est une cité faite de bistros typiques, de marchés aux puces et d’hôtels de luxe. C’est du même tonneau qu’Amélie Poulain, en plus aseptisé.
Et, pour aggraver son cas, Woody Allen carbure à la nostalgie en faisant revenir les fantômes d’autrefois comme Hemingway qui, eux aussi, n’ont eu qu’une vision superficielle et romanesque de la capitale française. «Paris est une fête», disait Ernest. De chez Maxim’s, sûrement.
En voyant ce film, j’ai repensé à ma visite au casino ‘Paris’ de Las Vegas. C’est un endroit fascinant qui a pour décor la reconstitution de tous les monuments parisiens : l’Opéra Garnier, l’Arc de Triomphe et une tour Eiffel haute de la moitié du modèle original. Comme on m’a dit là-bas : «c’est beaucoup mieux que Paris car il n’y a pas de Parisiens».
Dans «Midnight in Paris», il n’y a pas de Parisiens non plus, à part Carla Bruni. C’est vous dire !
J’ai vu ce film à Paris. Quand je suis sorti de la salle, près de l’Opéra, je me suis retrouvé dans une ville qui n’avait rien à voir avec la vision de Woody Allen.
Et cela m’a rappelé un grand souvenir cinématographique. En 1979, l’année de sa sortie, j’avais vu «Manhattan» de Woody Allen à... Manhattan. Le film est une merveille, comme chacun sait. En sortant de la salle à New York, je n’ai pas senti de rupture : le Manhattan réel et le Manhattan du film étaient en symbiose. En marchant sur Broadway, j’étais toujours dans le film.
En montrant New York, Woody Allen ne se trompe jamais. C’est sa ville, c’est son sujet. En filmant Paris, il fait du tourisme. C’est divertissant mais creux.