"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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vendredi 13 mai 2011

Woody Allen, touriste attendri à Paris

Je ne déteste pas tout à fait le dernier film de Woody Allen, «Midnight in Paris». Mais ce film, que je viens de voir, m’énerve beaucoup.

Dans les qualités, retenons d’abord l’interprétation du personnage principal, ce romancier-scénariste américain incarné par Owen Wilson. Il est convainquant, charmant dans ses doutes et ses hésitations. Le film repose sur lui et il est largement à la hauteur. Dans un petit rôle (crucial), Léa Seydoux est angélique et magnifique.

Evacuons vite le cas Carla Bruni. Le ‘buzz’ en France s’est fait autour de sa présence. On la voit trois fois brièvement. Elle n’est ni bonne ni mauvaise. Elle minaude, passe la main dans ses cheveux sans cesse et parle très correctement anglais. N’importe qui aurait pu faire ça. Je note que la scène nocturne tournée avec elle rue Mouffetard a été coupée au montage. Nicolas Sarkozy était présent ce soir-là en coulisses. Woody Allen a sans doute jugé que trois apparitions de Carla, c’était suffisant.

Je vous fais le ‘pitch’, comme on dit à Hollywood. Autrement dit, je vous raconte l’histoire en quelques lignes. Deux trentenaires américains (le romancier-scénariste et sa blonde fiancée insipide) passent quelques jours à Paris, avant leur mariage. Ils occupent une suite à l’hôtel ‘Bristol’, juste à côté de l’Elysée. Pas vraiment un séjour low-cost. Le romancier-scénariste est enchanté par la beauté de Paris. Sa fiancée beaucoup moins. Elle n’imagine pas vivre ailleurs qu’aux Etats-Unis. Le romancier-scénariste, tous les soirs à minuit (c’est l’explication du titre du film), s’échappe par enchantement vers le Paris fantasmé des années 20. Il monte dans une voiture d’époque (le carrosse de Cendrillon) et fréquente les ‘people’ qui hantaient alors la capitale française : Picasso, Gertrude Stein, Hemingway, le couple Fitzgerald, Buñuel, Man Ray et Dali. Au petit matin, revenu à sa citrouille, le romancier-scénariste retrouve sa blondasse californienne dans la suite du ‘Bristol’. Le choc est rude, évidemment.

Voilà pour l’histoire. C’est assez mince. Bien sûr, le vieux Woody a du savoir-faire. Le film est agréablement découpé, éclairé, réalisé. Mais le tout est assez mièvre.

Ce qui m’énerve, c’est l'approche anecdotique de Paris. Au tout début du film, nous avons droit à trois bonnes minutes de cartes postales : la place de la Concorde, les Champs-Elysées, Montmartre, la place Vendôme, les ponts sur la Seine. C’est un clip publicitaire sirupeux.

Régulièrement et sans raison, surgit une rengaine à l’accordéon. Impossible pour un Américain de faire un film sur Paris sans nous infliger du piano à bretelles.

Le plus agaçant dans tout ça, c’est que Woody Allen ne connaît rien à Paris. Pour lui, cette ville est une collection de belles images, de monuments et de quartiers pittoresques. Pour lui, c’est une cité faite de bistros typiques, de marchés aux puces et d’hôtels de luxe. C’est du même tonneau qu’Amélie Poulain, en plus aseptisé. 

Et, pour aggraver son cas, Woody Allen carbure à la nostalgie en faisant revenir les fantômes d’autrefois comme Hemingway qui, eux aussi, n’ont eu qu’une vision superficielle et romanesque de la capitale française. «Paris est une fête», disait Ernest. De chez Maxim’s, sûrement.

En voyant ce film, j’ai repensé à ma visite au casino ‘Paris’ de Las Vegas. C’est un endroit fascinant qui a pour décor la reconstitution de tous les monuments parisiens : l’Opéra Garnier, l’Arc de Triomphe et une tour Eiffel haute de la moitié du modèle original. Comme on m’a dit là-bas : «c’est beaucoup mieux que Paris car il n’y a pas de Parisiens».

Dans «Midnight in Paris», il n’y a pas de Parisiens non plus, à part Carla Bruni. C’est vous dire !

J’ai vu ce film à Paris. Quand je suis sorti de la salle, près de l’Opéra, je me suis retrouvé dans une ville qui n’avait rien à voir avec la vision de Woody Allen.

Et cela m’a rappelé un grand souvenir cinématographique. En 1979, l’année de sa sortie, j’avais vu «Manhattan» de Woody Allen à... Manhattan. Le film est une merveille, comme chacun sait. En sortant de la salle à New York, je n’ai pas senti de rupture : le Manhattan réel et le Manhattan du film étaient en symbiose. En marchant sur Broadway, j’étais toujours dans le film.

En montrant New York, Woody Allen ne se trompe jamais. C’est sa ville, c’est son sujet. En filmant Paris, il fait du tourisme. C’est divertissant mais creux. 

mardi 29 mars 2011

La bande-annonce du nouveau Woody Allen : un festival de clichés sur Paris

Pauvre Woody Allen ! Nous l’avions tant aimé lorsqu’il explorait son terrain familier : New York. Nous l’avions aussi suivi avec plaisir à Londres et Barcelone.

Mais le pire est arrivé : Woody Allen est venu filmer Paris. Son nouveau film «Midnight in Paris» sera projeté à la soirée d’ouverture du prochain festival de Cannes. 

L'affiche du film : Van Gogh n'est pas au générique....


On sait que la minaudante Carla Bruni y joue un petit rôle. Elle n’a pas été coupée au montage. Ce n’est pas la plus mauvaise nouvelle.

Une vraie catastrophe est à craindre à la simple vision de la bande-annonce qui a été rendue publique aujourd’hui.

Woody Allen n’a plus les moyens, hélas, de tourner un film à New York. Sa ville est devenue trop chère pour lui. Ses films sont trop confidentiels et pas assez rentables à l'échelle américaine.


A Paris, les tournages sont moins onéreux et ils sont subventionnés par la municipalité et par le Conseil Régional.

Les collectivités locales vont être largement remboursées. Vous le verrez dans la bande-annonce (ci-dessous). Le prochain Woody Allen promet d’être un incroyable film publicitaire sur la capitale, ou plus exactement sur la manière dont les touristes américains perçoivent Paris.

Dans la bande-annonce, on peut lire : «Paris in the morning is beautiful, Paris in the afternoon is charming, Paris in the evening is enchanting, but Paris after midninght is magic».

L’Office du Tourisme de Paris, en écrivant des slogans commerciaux, n’aurait jamais osé faire aussi bateau (mouche). Mais Woody Allen n’a aucun gêne.

Il souligne ses images avec un air d’accordéon. C’est une obligation. Dans tous les spots publicitaires pour des produits français à la télé américaine, il y a de l’accordéon. Woody Allen ne déroge pas à cette règle : s’il n’y a pas d’accordéon, les Américains refusent de croire que c’est la France.

La bande-annonce nous promet également une visite en règle de toutes les cartes postales parisiennes : les quais de la Seine, Notre-Dame, la Tour Eiffel sous toutes ses coutures, la place Vendôme, les grands restaurants à nappe blanche, les musées. Sans oublier, la dégustation savante de nos grands vins. Par comparaison, «Amélie Poulain» va paraître subversif.

Bon, soyons patient. Accordons au vieux Woody le bénéfice du doute. Parfois les bandes-annonces sont meilleures que les films. Espérons, cette fois, que c’est le contraire.

Voici cette bande-annonce, un étourdissant concentré de clichés sur Paris :

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Depuis la publication de cette note, j'ai vu le film et mes premières impressions sur la bande-annonce se sont vérifiées. Lire en cliquant ici : WOODY ALLEN, TOURISTE ATTENDRI A PARIS