"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mardi 29 mars 2011

La bande-annonce du nouveau Woody Allen : un festival de clichés sur Paris

Pauvre Woody Allen ! Nous l’avions tant aimé lorsqu’il explorait son terrain familier : New York. Nous l’avions aussi suivi avec plaisir à Londres et Barcelone.

Mais le pire est arrivé : Woody Allen est venu filmer Paris. Son nouveau film «Midnight in Paris» sera projeté à la soirée d’ouverture du prochain festival de Cannes. 

L'affiche du film : Van Gogh n'est pas au générique....


On sait que la minaudante Carla Bruni y joue un petit rôle. Elle n’a pas été coupée au montage. Ce n’est pas la plus mauvaise nouvelle.

Une vraie catastrophe est à craindre à la simple vision de la bande-annonce qui a été rendue publique aujourd’hui.

Woody Allen n’a plus les moyens, hélas, de tourner un film à New York. Sa ville est devenue trop chère pour lui. Ses films sont trop confidentiels et pas assez rentables à l'échelle américaine.


A Paris, les tournages sont moins onéreux et ils sont subventionnés par la municipalité et par le Conseil Régional.

Les collectivités locales vont être largement remboursées. Vous le verrez dans la bande-annonce (ci-dessous). Le prochain Woody Allen promet d’être un incroyable film publicitaire sur la capitale, ou plus exactement sur la manière dont les touristes américains perçoivent Paris.

Dans la bande-annonce, on peut lire : «Paris in the morning is beautiful, Paris in the afternoon is charming, Paris in the evening is enchanting, but Paris after midninght is magic».

L’Office du Tourisme de Paris, en écrivant des slogans commerciaux, n’aurait jamais osé faire aussi bateau (mouche). Mais Woody Allen n’a aucun gêne.

Il souligne ses images avec un air d’accordéon. C’est une obligation. Dans tous les spots publicitaires pour des produits français à la télé américaine, il y a de l’accordéon. Woody Allen ne déroge pas à cette règle : s’il n’y a pas d’accordéon, les Américains refusent de croire que c’est la France.

La bande-annonce nous promet également une visite en règle de toutes les cartes postales parisiennes : les quais de la Seine, Notre-Dame, la Tour Eiffel sous toutes ses coutures, la place Vendôme, les grands restaurants à nappe blanche, les musées. Sans oublier, la dégustation savante de nos grands vins. Par comparaison, «Amélie Poulain» va paraître subversif.

Bon, soyons patient. Accordons au vieux Woody le bénéfice du doute. Parfois les bandes-annonces sont meilleures que les films. Espérons, cette fois, que c’est le contraire.

Voici cette bande-annonce, un étourdissant concentré de clichés sur Paris :

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Depuis la publication de cette note, j'ai vu le film et mes premières impressions sur la bande-annonce se sont vérifiées. Lire en cliquant ici : WOODY ALLEN, TOURISTE ATTENDRI A PARIS

lundi 20 décembre 2010

Quand la neige tombe, le journalisme aussi.


C’est de l’or. De l’or blanc. Les radios et les télés se vautrent dans la neige. Et le public en redemande.

Depuis quelques semaines, les flocons reviennent régulièrement, avec plus ou moins d’intensité. Rien de plus normal en hiver dans un pays comme la France, situé, rappelons-le, dans l’hémisphère nord.

Ce phénomène naturel a le pouvoir de susciter chez les responsables des rédactions audio-visuelles une excitation démesurée. Chaque chaine envoie inlassablement sur le terrain une escouade de reporters emmitouflés chargés de décrire l’effet produit sur un sol gelé par l’arrivée de précipitations blanches.

Cela donne des interventions d’une haute valeur journalistique : "Oui, effectivement, comme vous le voyez derrière moi, il neige." Le tout est illustré d’images ou de témoignages édifiants sur la poudreuse : transports urbains perturbés, routes mal dégagées (prière de trouver un routier énervé), aéroports et gares obstrués (jérémiades de voyageurs obligatoires), chutes sur les trottoirs (une visite aux urgences d’un hôpital est une illustration hautement recommandée). Ce soir, lundi 20 décembre, 21 minutes sur 30 du journal de TF1 ont été consacrées à une interminable déclinaison des intempéries.

Il fait froid et ça glisse. On fait la une, coco, c’est ça l’info !

Le plus consternant, c’est que ça marche très fort en audience. Le spectacle de la neige passionne, par la fenêtre mais encore plus sur le petit écran.

Dimanche à 13 heures, le journal de TF1 a ainsi captivé 8 millions de téléspectateurs, réalisant une part d'audience de 44,1% sur les quatre ans et plus (et un excellent 45,9% sur les ménagères de moins de cinquante ans). Les ménagères de moins de 50 ans raffolent de la neige télévisée. A la même heure, France 2 réunissait 3,9 millions de téléspectateurs. Je fais un rapide calcul : presque 13 millions de Français dimanche à 13 heures pour regarder la neige à la télé, puisque c’était le sujet qui a largement dominé dans ce qui est sensé être une synthèse globale de l’actualité du jour.

Le phénomène est encore plus marquant à 20 heures où TF1 et France 2 ont réuni dimanche à elles deux plus de 16 millions de Français ! TF1 affiche pour son journal télévisé des performances records avec presque 10 millions de téléspectateurs, soit 36,9% de part de marché. L'édition de France 2 est elle aussi à un haut niveau avec 6,5 millions de personnes, soit 24,5% des téléspectateurs. A 20 h dimanche, 16 millions de Français agglutinés ont donc contemplé avec passion les effets de l’hiver grâce un dispositif technique exceptionnel, déployé au moindre recoin du territoire engourdi.

Comment les chaines de radio et de télé, soumises à une concurrence commerciale de plus en plus sauvage, pourraient-elles échapper à cette surenchère ridicule ? Je l’ignore.

Mais je constate que le grand public n’est plus informé convenablement. Une minorité a conservé l’habitude d’acheter un journal et de le lire. Mais pour les autres, pas de repère en dehors du JT et des quelques minutes glanées à la radio.

C’est ainsi que vendredi soir à 20 h, une information importante a été scandaleusement minorée par les deux plus grandes chaines de la télévision française. Le ministre de l’intérieur en exercice du gouvernement de la République Française, ce jour-là, avait été condamné pour la deuxième fois par la justice. Dans les éditions de 20 h de TF1 et de France 2, cette information politique majeure a été glissée en quelques lignes sous la forme d’une brève absconse, en milieu de journal pour France 2, et à la fin, à la sauvette, en ce qui concerne TF1.

Tombe la neige, monte l’audience. Sous les couches successives des "épisodes neigeux" (c’est désormais l’expression consacrée), le journalisme grelotte.

lundi 2 août 2010

Grise mine.

Dans le grand creux estival de l'information, le "marronnier" de saison, c'est le bilan des vacances. On fait un premier point sur la fréquentation des lieux touristiques pendant le mois de Juillet en anticipant sur le mois d'Août qui commence.

L'occasion est propice au cliché que j'ai entendu à nouveau ce matin sur un antenne de radio du service public :

"LES PROFESSIONNELS DU TOURISME FONT GRISE MINE".

C'est une formule qui me laisse perplexe. D'abord parce qu'elle est totalement surannée. Plus personne, dans la vie courante, ne dit de quelqu'un qu'il "fait grise mine". Ces mots fleurent bon le français médiéval (la position de l'adjectif avant le substantif est caractéristique).

Malgré la coloration furieusement 'vintage' de cette expression et à la suite d'une tradition qu'il est impossible de justifier, on rencontre encore des "grises mines" dans les médias du XXIème siècle. Et ces "grises mines" sont toujours des "professionnels du tourisme". Je n'ai jamais entendu dire qu'une autre profession faisait "grise mine". C'est une corporation désespérément chafouine. Le professionnel du tourisme n'a jamais "la mine réjouie". Il a toujours la "mine grise" ou plus exactement la "grise mine".

A l'occasion, nous nous pencherons sur une autre expression qui a survécu aux tournois des preux chevaliers pour atterrir dans le vocabulaire des commentateurs sportifs :

"ENTRER EN LICE".

Cette expression ne s'applique plus désormais qu'aux tournois de tennis. C'est un autre mystère.