"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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dimanche 5 mai 2013

"Mud", un vrai film qui réconcilie avec le cinéma


Le cinoche, c'est magnifique. Une heure et cinquante cinq minutes de plaisir pur aujourd'hui en voyant le film américain «Mud» réalisé par Jeff Nichols (34 ans). 
C'est son troisième film. Un scénario impeccable, une réalisation minutieuse, des acteurs exceptionnels. Ça se passe le long du Mississippi. Des bleds improbables et oubliés, des paumés, des losers. 

L'histoire, je ne la raconterai pas ici. Et surtout pas les rebondissements du dernier quart d'heure. C'est une variation moderne du western. Mais il n'y a pas de cheval. J'évoquerai les personnages, l'atmosphère. Tout est restitué avec justesse, sans misérabilisme. C'est une histoire d'amour. En fait, plusieurs histoires de ce genre qui s'entrecroisent. Une initiation aussi, un passage à l'âge adulte. La morale (la vraie) et la justice ont également leur mot à dire. Et c'est bien dit. 

Courez voir ce film. Vous y verrez notamment un acteur que l'on jugeait fadasse il y a dix ans et qui est devenu l'un des meilleurs de sa génération : Matthew McConaughey. 

Et puis, vous les sélectionneurs des Oscars à Hollywood, ça ira très mal pour vous si vous ne choisissez pas de mettre sur vos listes ce gamin exceptionnel : Tye Sheridan. Il a 16 ans (son personnage dans le film n'en a que 14). On l'avait déjà remarqué dans «The Tree of Life» de Terrence Malick, aux côtés de Brad Pitt. Là, franchement, dans «Mud», il est époustouflant. 

Mais ce n'est pas la seule raison d'aller voir ce film. Tout le reste est au même niveau. Très haut niveau. Ne pas dire «chef d'oeuvre». C'est idiot, inutile. Dire seulement que c'est un film. Un vrai. Du cinoche, vous dis-je.  

mardi 24 mai 2011

Terrence Malick : la vertu du silence


La meilleure surprise du festival de Cannes, c’est l’absence du réalisateur Terrence Malick au moment de la remise de sa Palme d’Or pour «Tree of life». Malick était pourtant présent à Cannes. Mais il ne s’est pas montré en public une seule fois : pas d’interview, pas de conférence de presse et encore moins de déclaration de remerciement après l’obtention de sa récompense.

On sait que l’homme est incorrigiblement discret et timide. Il est surtout d’une grande cohérence intellectuelle. Sa position est hautement estimable : «Voyez mes films, je n’ai rien à ajouter.»

Cette attitude est saine et salutaire. Les déclarations des artistes en tous genres à propos de leur œuvre ou de leur performance sont presque toujours superflues et parfois contreproductives. Le dernier exemple en date, ce sont, toujours à Cannes, les propos imbéciles de Lars Von Trier qui, devant les journalistes, a exprimé une certaine sympathie pour Hitler. Il s’en est mordu les doigts.

D’une manière générale, sauf exceptions, je pense que les médias devraient s’abstenir d’interroger les écrivains, les cinéastes, les acteurs et les chanteurs. En disant cela, j’ai bien conscience que je prive les télés, les radios et les journaux d’une part importante de leur matière première.

Personne n’a jamais interviewé Marcel Proust. Son œuvre se suffit à elle-même. Au début de sa carrière de romancier, Michel Tournier n’accordait presque jamais d’entretiens à la presse. C’est dans cette période qu’il a écrit ses meilleurs livres. Même remarque pour JMG Le Clézio, invisible et mystérieux à ses débuts et dont la qualité littéraire a baissé dès lors qu’il a succombé au mirage des plateaux de télé.

Le plus pur exemple de l'écrivain mutique (et mythique), c'est JD Salinger. Pas un mot en dehors de ceux de ses livres. C'est autre chose que Guillaume Musso et Marc Lévy...


Il y a des exceptions. Par exemple dans les cinéastes, les entretiens avec François Truffaut sont intéressants. Pas tellement parce qu’il parlait de son travail mais surtout parce qu’il parlait très bien du cinéma. Et quand Truffaut fait parler Hitchcock, c'est passionnant. Il en va de même pour Chabrol qui parlait, lui aussi, très bien du cinéma, mieux sans doute qu’il n’en faisait lui-même.


Les interviews de chanteurs sont les pires. Sauf s’il s’agit de personnages à forte densité comme Ferré, Brel ou Brassens. Et ces trois-là détestaient les questions des journalistes. Un autre exemple récent, c’est Gérard Manset dont la parole est rare depuis 40 ans. Manset était l’invité de France-Inter ce matin. C’est un petit événement car, en général, il n’accorde jamais d’interview. Une fois tous les dix ans, il parle. Quand on s’exprime publiquement de manière si sporadique, on dit forcément des choses un peu plus essentielles que si on bavasse devant un micro toutes les semaines.

Que les cinéastes français s’inspirent de l’exemple de Terrence Malick : qu’ils fassent de très bons films et qu’ils se taisent. Après, on verra si on a vraiment envie de les entendre.