dimanche 5 mai 2013
"Mud", un vrai film qui réconcilie avec le cinéma
mardi 28 juin 2011
"Une séparation" : le pour et le contre
mardi 24 mai 2011
Terrence Malick : la vertu du silence




samedi 14 mai 2011
Nicolas Sarkozy préfère "Les Tudors" à "La conquête"

mercredi 11 mai 2011
Cannes : deux rediffusions pour le festival
vendredi 25 février 2011
Alain Delon au théâtre avec sa fille Anouchka

vendredi 4 février 2011
Un roi malgré lui : le discours d'un bègue

Règle numéro un : ne jamais lire les critiques avant de voir un film. Règle numéro deux : les lire à la rigueur après avoir vu le film, au risque d’être exaspéré.
J’ai vu ‘Le Discours d’un roi’, film éminemment britannique de Tom Hooper. Il s’agit de l’histoire du roi George VI, arrière-petit-fils de la reine Victoria et père de l’actuelle reine Elizabeth II.
Plus précisément, le film se focalise sur le bégaiement du duc d’York qui devint souverain par les caprices de l’Histoire : il prit la place de son frère Edward VIII qui abdiqua après moins d’un an de règne afin d’épouser Wallis Simpson, une divorcée américaine indésirable à Buckingham Palace.
Le bègue George VI est ‘Le Roi malgré lui’, pour reprendre le titre de l’opéra-comique d’Emmanuel Chabrier (qui s’intéresse à une toute autre dynastie, celle des Médicis).
George VI se retrouva roi d’Angleterre, du Pays de Galles, de l’Ecosse et de l’Irlande. L’Irlande, à son accession au trône, était encore totalement britannique. George VI fut aussi le dernier empereur des Indes.
Il régna également pendant quinze ans sur des dominions britanniques comme le Canada, l’Australie et les autres possessions de la couronne dans les Caraïbes et ailleurs, jusqu’à Hong Kong.
Vaste territoire pour un homme qui ne sait pas aligner deux phrases de suite sans trébucher ! Gaucher contrarié, élève médiocre, enfant déconsidéré par la famille Windsor, le prince était handicapé par ce bégaiement dont il cherchait à tout prix à se défaire.
J’ai pensé furtivement à un souverain bègue qui règne aujourd’hui : Albert de Monaco. Le prince monégasque est parfaitement bilingue (grâce à sa mère Grace Kelly). Albert ne bégaie pas en anglais mais il bégaie en français. Je l'ai constaté personnellement en le rencontrant.
'Le Discours d'un Roi' raconte une histoire vraie : la confrontation entre un aristocrate et un orthophoniste autodidacte, extravagant et australien. Ce dernier va réussir à faire parler presque normalement celui qui devient le roi.
Nous sommes dans les années 30. Un instrument de communication devient prépondérant : la radio que l’on appelle encore la TSF. En Allemagne, Adolf Hitler excelle au micro. Le roi d’Angleterre bafouille. Et c’est lui qui doit galvaniser son peuple au micro de la BBC, encore dotée d’un matériel primitif et envahissant. L’appareillage de l’époque, très bien montré dans le film, ravira les passionnés de l’histoire de la radio.
Evidemment, tout est bien qui finit bien : grâce aux méthodes excentriques de son ‘coach vocal’, le roi bredouillant réussit à prononcer un discours radiodiffusé crucial, au moment où les Britanniques entrent en guerre contre l’Allemagne. C’est la scène finale très intense, dans la grande tradition du ‘climax’, chère aux canons hollywoodiens.
Le film fait donc naturellement partie des grands favoris pour la prochaine cérémonie des Oscars qui aura lieu le 27 février. Il dispose de tous les ingrédients qui plaisent généralement à l’Académie du cinéma américain : une narration simple, une cinématographie léchée, de beaux décors et de jolis costumes, une ‘happy end’ et des acteurs au meilleur de leur forme.
Les scènes en duo entre le roi (Colin Firth) et l’orthophoniste (Geoffrey Rush) sont magistralement interprétées.

Hollywood adore aussi les films décrivant un handicap ou des troubles psychiques et en a couronné plusieurs : ‘Rain Man’ (1989), ‘Forrest Gump’ (1995), ‘A Beautiful Mind’ (2002).
Il y a aussi dans ‘Le Discours d’un Roi’ quelques réminiscences de ‘My Fair Lady’ récompensé aux Oscars de 1964. Le film de George Cukor est l’adaptation de la pièce ‘Pygmalion’ de George Bernard Shaw. Dans cette histoire très anglaise, un professeur de diction de la bonne société fait le pari de transformer les manières gauches et vulgaires d’une petite fleuriste, issue du peuple, en celles d’une aristocrate, une Lady.
Dans ‘Le Discours d’un Roi’, on retrouve la même dimension maïeutique mais inversée : c’est l’aristocrate handicapé par son bégaiement qui fait appel à l’homme du peuple (l’orthophoniste).
J’évoquais en commençant les critiques parfois exaspérantes. Tout en concédant qu’il s’agit d’un bon film, ‘Télérama’ et ‘Le Monde’ ont fait la fine bouche : imprécisions historiques, numéros d’acteurs, etc. De leur côté, 'Les Inrocks" flinguent consciencieusement et avec mépris le long métrage de Tom Hooper : "tragi-comédie archaïque et racoleuse (...) navet publicitaire au puissant parfum de naphtaline."
J’ai bien fait, comme je le fais toujours, de lire ces critiques après avoir vu le film.
Ce qui compte au cinéma, n’en déplaise aux grincheux, c’est aussi (mais pas obligatoirement) de passer deux heures de plaisir et d’émotion dans l’obscurité. En cela, ‘Le Discours d’un Roi’ remplit parfaitement son rôle.
En sortant de la salle, j’ai remercié les frères Lumière et leurs prédécesseurs de la fin du XIXème siècle d’avoir façonné cette magnifique invention.
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Voici la bande annonce de ce film (qu'il faut absolument voir en version originale)
jeudi 6 janvier 2011
Deux films pour l'Epiphanie
vendredi 17 décembre 2010
"L'Empire du Milieu du Sud" de Jacques Perrin

Dans le film «Les Portes de la Nuit» réalisé en 1946 par Marcel Carné, on peut apercevoir un petit garçon de 5 ans. L’acteur en culottes courtes s’appelle Jacques Perrin.
Il en a fait du chemin, ce petit garçon ! Le cinéma français lui doit beaucoup. Jacques Perrin fêtera l’été prochain ses 70 ans. Et il travaille toujours. Il mène sa barque sans ostentation, sans chercher la gloriole.
Sa filmographie d’acteur est infiniment respectable mais c’est comme producteur et réalisateur qu’il imprime sa marque. On peut citer ces dernières années : «Microcosmos», «Le peuple migrateur», «Océans». Des projets ambitieux parfaitement aboutis. Il s’agit de documentaires consacrés à la nature.
Son dernier film en date, coréalisé avec Eric Deroo, est aussi un film dédié à un espace naturel, à un magnifique pays : le Vietnam. Ce film s’intitule «L’Empire du Milieu du Sud». C’est un film sur l’eau, le ciel, la terre. C’est un film sur les montagnes de l’Asie du Sud-Est, sur la forêt tropicale. C’est un film sur une couleur, la couleur verte. La couleur des feuillages luxuriants et la couleur des uniformes militaires. Car, en évoquant le Vietnam, on est confronté évidemment à la guerre, à toutes les guerres qui ont meurtri cette nation.
Jacques Perrin et Eric Deroo, pendant 10 ans, ont collecté dans le monde entier des images d’archives, souvent inédites, sur l’Histoire vietnamienne. C’est un film d’archives mais ce n’est pas un documentaire historique traditionnel.
Jacques Perrin nous propose un poème lyrique et parfois mélancolique sur le destin d’un peuple et aussi sur les étrangers qui sont passés par là. On voit se succéder les colons français, les envahisseurs japonais, les soldats américains. Au fil des époques, ces étrangers sont venus au Vietnam pour des raisons diverses. Beaucoup y sont morts. Ceux qui en sont revenus ont presque tous conservé de ce pays une nostalgie indéfinissable.
Tout au long du film, Jacques Perrin lit des textes littéraires écrits par ceux qui ont connu et aimé le Vietnam. Les textes sont d’auteurs vietnamiens, français, américains.
Jacques Perrin ne choisit volontairement pas son camp. Il montre la joie naïve des colons français : leurs fêtes familiales, leur prétention européenne, leur condescendance paternaliste à l’égard des «indigènes». Il souligne aussi l’exploitation économique implacable imposée aux Vietnamiens (20 millions d’habitants dans toute l’Indochine avant la deuxième guerre mondiale) par une poignée de blancs (20.000 Français). Il illustre ensuite l’arrivée des Japonais en 1940 et leur sauvage brutalité d’occupants. Puis les Français tentent de reconquérir le pays. Hô Ci Minh ne leur laissera guère de répit. La défaite de Dien Biem Phu est en germe. Le film raconte remarquablement, avec des images provenant des archives des deux belligérants, cette débâcle française et l’opiniâtreté des vietnamiens pauvrement armés progressant dans la jungle. La France plie bagage lamentablement. Les GI’s débarquent, massacrent et s’embourbent. Et les Etats-Unis, à leur tour, sont humiliés et s’en vont.
Jacques Perrin montre tout cela en n’oubliant pas la souffrance des soldats, de tous les soldats, et la douleur immense d’une population civile à la merci des bombes et du napalm. Il nous donne à voir également les dérives précoces de la dictature communiste dans son bastion du Nord.
C’est un film sur l’eau, le ciel, la terre et sur un peuple. C’est un document exemplaire qui donne à réfléchir. Il n’y a pas de secret : Jacques Perrin est un homme intelligent qui ne fait rien à la légère.
A la prochaine cérémonie des Césars, cette mascarade pitoyable du cinoche franchouillard, personne ne le distinguera. Jacques Perrin s’en fiche sûrement. Moi aussi.
mercredi 29 septembre 2010
"Les amours imaginaires" (c'est un film).

J’ai vu aujourd’hui un film québécois qui me faisait bien envie, après avoir lu un peu partout des articles dithyrambiques : Le Monde, Libération, Télérama.
Ce film s’intitule « Les amours imaginaires » et a été réalisé par un très jeune cinéaste de 22 ans, Xavier Dolan. Ce jeune homme est si précoce qu’il a déjà présenté l’année dernière un autre film « J’ai tué ma mère », déjà salué au festival de Cannes.
Je suis déçu, intrigué et exaspéré par le film que j’ai vu aujourd’hui. La critique est en extase et, pourtant, il y aurait tant à redire à propos de ces 90 minutes de cinéma. L’histoire tient sur un « post-it ». Ce n’est pas un défaut. Beaucoup de grands films reposent sur des scénarios succincts. Il s’agit d’un triangle amoureux : deux amis, un garçon et une fille, sont amoureux chacun à leur façon d’un garçon insaisissable et d’une beauté inaccessible. Ça se termine mal, forcément. Pas pour le joli garçon, mais pour les deux autres.
Seulement voilà, partant de ce postulat, le réalisateur Xavier Dolan (également acteur de son film) nous propose une œuvre maniérée, photographiquement élaborée, mais un peu vide de substance.
C’est agréable à regarder, comme un catalogue de mode car ce petit monde est esthétiquement magnifique. Mais l’ensemble est éthéré, à l’image de ces ralentis incessants qui soulignent inutilement les moments « forts » d’une intrigue bien molle.
Ces garçons et ces filles, habillés très tendance et babillant avec un accent québécois délicieux (sous-titré pour les passages les plus obscurs) ne sont pas une mauvaise compagnie. Mais, au bout d’un certain temps (disons à la moitié du film), on commence à s’ennuyer ferme.
Si j’étais cruel, je dirais que « Les amours imaginaires » pourrait être un film français. Mais ce serait trop sévère. C’est quand même moins nul qu’un film français.
lundi 13 septembre 2010
La nécrologie rend fou

Il y a dizaine de jours, disparaissait le réalisateur Alain Corneau. C’était un honnête faiseur du cinéma français. Dans la torpeur de l’été finissant, il est devenu soudain pour les médias hexagonaux un géant du septième art. C’est évidemment faux. Les longs métrages qu’ils nous a laissés sont regardables mais n’ont rien apporté de majeur au cinéma.
Le dithyrambe a été chanté encore plus fort hier à l’occasion de la mort de Claude Chabrol. Il y avait chez Chabrol, par rapport à Corneau, une dimension humaine fort sympathique. Le personnage était truculent, bon vivant, drôle et cultivé. Mais il ne laisse pas non plus une œuvre exceptionnelle.
Chabrol a privilégié la quantité sur la qualité. Il a enchainé avec gloutonnerie une grande série de films bâclés. Il le reconnaissait lui-même. On doit néanmoins lui reconnaître un certain savoir-faire dans ses peintures noirâtres des turpitudes provinciales (« Que la bête meure », « Le Boucher », par exemple). Chabrol a aussi été un pionnier de la « Nouvelle Vague » avec « Le Beau Serge » (1959). Cinquante ans plus tard, je vous mets au défi de regarder sans bailler cette oeuvrette naïve et terriblement datée. Ce film, avec les premiers Godard et les premiers Lelouch, a néanmoins lancé le mouvement dont on pouvait espérer qu’il dépoussièrerait le cinéma français.
Rien de tout cela n’est arrivé. Godard a sombré dans le maniérisme élitiste, Lelouch dans la guimauve et Chabrol, grand pourfendeur comme ses petits camarades du cinéma académique de l’après-guerre, est rentré dans le rang. Chabrol est devenu une sorte de Denys de la Patellière.
Chabrol était un cinéaste paresseux. J’ai regardé attentivement son film « L’Ivresse du pouvoir » que France 2 rediffusait hier soir pour lui rendre hommage. C’est d’une platitude infinie ! Le rythme est lent, la construction est répétitive, le découpage sans relief, aucun sens de l’ellipse. Isabelle Huppert, l’actrice principale, est livrée à elle-même. Faute d’être dirigée, elle nous livre son numéro habituel, rigide et monocorde. Huppert fait du Huppert, qu’elle incarne une juge d’instruction ou madame Bovary, autre pensum de Chabrol.
Bon, on est triste, parce que Chabrol était marrant, qu’il faisait un bon invité à la télé. Il parlait beaucoup mieux du cinéma qu’il n’en faisait lui-même. Mais, pour la nécrologie, restons mesuré. La France n’a pas perdu son John Ford, son Capra, son Fellini. Elle a juste perdu Chabrol.