"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

mercredi 6 février 2013

Mariage pour tous : ratage historique des chaines parlementaires


La «Chaine Parlementaire Assemblée Nationale» (LCPAN) est en train de rater une occasion unique de montrer son utilité et de justifier son existence. Le débat qui se déroule actuellement au Palais Bourbon sur le «mariage pour tous» déclenche les passions de part et d'autre de l'hémicycle et de l'opinion. Les députés siègent jour et nuit mais LCPAN n'a rien changé à ses petites habitudes.


Il faut d'abord savoir que cette chaine partage un canal de la TNT avec l'autre chaine parlementaire : «Public Sénat». Deux chaines sur un seul canal, c'est déjà idiot comme principe. Ces deux chaines sont publiques mais ne sont pas financées par la redevance. C'est directement le contribuable qui raque : 16 millions d'euros pour chacune, 32 millions au total. Ces deux chaines échappent en outre au contrôle du CSA. Ce qui leur permet de faire n'importe quoi.

Le modèle vient des chaines parlementaires américaines : CSPAN et CSPAN2 qui retransmettent les débats respectivement de la Chambre des Représentants (notre Assemblée Nationale) et du Sénat à Washington. Il y a aussi une CSPAN3 qui diffuse des documentaires et des archives.

Les réseaux CSPAN ne sont pas financés par une redevance (il n'y en a pas aux Etats-Unis) ni par l'impôt mais par une taxe versée par les cablo-opérateurs, au titre du service civique. Les trois chaines de CSPAN (plus un réseau de radio) ont un budget annuel de 55 millions de dollars (40 millions d'euros), comparable aux deux seules chaines parlementaires françaises (32 millions d'euros).

Quand le Congrès américain est en session, les chaines CSPAN diffusent en direct et en intégralité les débats de chacune des deux chambres sur leur canal respectif, quelle que soit la nature de la discussion parlemenaire. C'est leur mission, leur raison d'être. Elle sont le relais de la démocratie en action. Leur audience n'est pas mesurée. Ce n'est pas ça qui compte.

En France, que se passe-t-il ? Les débats à l'Assemblée Nationale et au Sénat sont diffusés au petit bonheur la chance, dans une confusion totale. Ils sont coupés sans explication pour faire place à des émissions souvent inutiles, des débats vaseux en studio, des magazines et des interviews complaisants. Ces programmes souvent bidons permettent à quelques vedettes du journalisme plus ou moins sur le déclin de se faire un peu d'argent de poche.

Actuellement, il est impossible de suivre en continu le débat sur le «mariage pour tous» à l'Assemblée Nationale sur la TNT. «Public Sénat» qui partage le canal ne lâche rien sur les heures d'antenne auxquelles elle a «droit» et continue son petit train-train. On se farcit donc des émissions pâlichonnes alors qu'un débat parlementaire vibrant se déroule au même moment.

Il y a bien sur les boitiers ADSL deux canaux 24 h sur 24h qui promettent de diffuser les débats des deux chambres dans leur intégralité. Ils sont accessibles à une minorité de téléspectateurs et la promesse est fausse : les débats de nuit ne sont pas retransmis. On nous renvoie alors sur un site internet qui se révèle archaïque et presque toujours saturé.

Voilà donc à quoi servent ces 32 millions d'euros venant de vos impôts. Voilà donc aussi comment ces chaines s'obstinent à ne pas remplir la mission de service public et civique pour laquelle elles ont été créées.

__________________

Au lendemain de la publication du billet qui précède, LCPAN change radicalement d'attitude et décide d'élargir la diffusion en direct de la discussion parlementaire. Le site PUREMÉDIAS qui donne la nouvelle cite ANYHOW.

__________________


MARIAGE POUR TOUS : LCP-AN SE DÉCIDE ENFIN À DIFFUSER LES DÉBATS

Très critiquée pour ne diffuser les débats sur le mariage pour tous que sur son site internet, la chaîne LCP-AN bouleverse sa grille dès demain pour proposer un direct intégral sur sa chaîne de la TNT.
Enfin ! La chaîne LCP se décide à retransmettre les débats de l'Assemblée nationale sur le mariage pour tous.
Enfin ! La chaîne LCP se décide à retransmettre les débats de l'Assemblée nationale sur le mariage pour tous.

Depuis plus d'une semaine, les internautes ne parlent que de ça. Ils sont très nombreux à suivre les débats sur le projet de loi d'ouverture du mariage aux couples de même sexe, qui déchaîne les passions. Portée par la ministre de la justice, Christiane Taubira, cette réforme est commentée jour et nuit sur les réseaux sociaux, par les députés eux-mêmes, par les journalistes présents dans la tribune presse de l'hémicycle et par les internautes qui suivent les débat sur le site web de la chaîne LCP-AN.

La Chaîne Parlementaire - Assemblée Nationale retransmet en effet en direct, 24 heures sur 24, sur son site internet, les débats entre les députés qui, après une semaine d'échanges musclés, ont eu un fou rire mardi soir. Selon nos informations, l'audience de son site internet être a été multipliée par 4 lors des 5 premiers jours du débat. Le mot-dièse #DirectAN fait partie depuis neuf jours des hashtags les plus utilisés sur Twitter.

Les débats absents de la télé

Mais les Français passionnés par ce débat ont plusieurs fois critiqué la couverture médiatique de la réforme. En effet, ils se sont plaints que la manifestation pro-mariage gay se soit faite éclipsersur les chaînes d'info par l'arrivée du Vendée Globe et que l'adoption du premier article ait été zappée par le déplacement au Mali de François Hollande. Mais ils sont surtout nombreux à déplorer que la chaîne parlementaire, qui est diffusée sur le canal 13 sur la TNT (qu'elle partage avec Public Sénat), ne diffuse pas le débat, préférant consacrer son antenne à des magazines d'actualité. "LCPAN est en train de rater une occasion unique de montrer son utilité et de justifier son existence", s'est même agacé un blogueur. "Je trouve scandaleux que @LCPan n'utilise pas son canal TNT pour retransmettre en direct le débat #mariagepourtous pour le plus grand nombre"dénonçait un autre.

Face à ce torrent de critiques, la chaîne dirigée par Gérard Leclerc a (enfin !) modifié sa stratégie et décidé de diffuser les débats. Elle annonce ce soir dans un communiqué qu'elle "bouleverse ses programmes, mobilise sa rédaction et ses deux antennes" pour diffuser "en direct et en intégralité" les débats entre le vendredi 8 février 9h30 et le lundi 11 février 8h00. Un changement d'attitude tardif qui devrait permettre aux citoyens de suivre la fin des débats.


lundi 21 janvier 2013

Le mariage pour tous ? Non, pour personne !


Quelle drôle d'époque ! Des catholiques défilent pour s'opposer au mariage tandis que des homosexuels font la même chose pour le réclamer. On se bat pour ou contre le mariage, pas forcément dans les camps prévisibles.

Certes, il s'agit aujourd'hui du mariage dit «pour tous» qui serait étendu aux personnes du même sexe. Mais on s'invective toujours à propos d'un contrat civil, déclinaison païenne et surannée d'un sacrement religieux.

Le mariage est en déclin constant : 241.000 mariages (en 2012), moitié moins qu'à la Libération en 1945. Dans le même temps, le PACS (qui attire très majoritairement des hétérosexuels) est l'union désormais favorisée par environ 200.000 couples chaque année.

Si vous voyez passer deux cortèges nuptiaux dans une journée, n'oubliez pas que l'un des deux roule inexorablement vers le divorce. On prononce 130.000 divorces par an en France. Ce qui a tout changé, c'est la longévité. Le mariage était une expérience acceptable au 19ème siècle quand l'espérance de vie oscillait autour de 40 ans. Aujourd'hui, c'est environ 80 ans. Quarante années supplémentaires de vie commune, cela devient souvent (mais pas toujours) une épreuve, une promesse qu'on ne peut tenir indéfiniment.
Les défenseurs du mariage hétérosexuel affirment que celui-ci est le pilier de la famille. C'est de moins en moins vrai : 55% des enfants français naissent hors mariage et 3 millions d'enfants sont élevés dans des familles monoparentales, surtout par des mères seules. Mariage et procréation ne sont plus liés comme par le passé. D'ailleurs, on se marie de plus en plus tard (autour de 30 ans) et nombre de mariages unissent des personnes qui ne sont plus en âge d'avoir des enfants ou qui n'en veulent surtout pas.

D'où vient d'ailleurs cette manie de faire des enfants ? En 1950, la Terre comptait 2,5 milliards d'habitants. Nous sommes désormais 7 milliards et nous serons 9 milliards en 2050. Il n'est sans doute pas nécessaire d'en ajouter outre mesure, au moyen d'éprouvettes et fécondations forcées. Cette remarque vaut autant pour les hétérosexuels que pour les autres.

Les opposants au «mariage pour tous» soutiennent aussi que les enfants seront perturbés et déstabilisés par une combinaison différente de «un papa+une maman». Rien ne le prouve. Actuellement en France, environ 30.000 enfants sont élevés par des couples homosexuels. A-t-on jamais signalé le moindre incident concernant ces enfants ? En revanche, près de 100.000 enfants souffrent de maltraitance grave. Ils vivent dans des familles «papa+maman». En moyenne en France chaque jour, deux enfants élevés par des couples hétérosexuels meurent des suites de maltraitance. Ce chiffre est en augmentation constante et alarmante. Ah la famille, ce n'est plus ce que c'était...

Que dire aussi, pour la stabilité psychologique des enfants, de ces familles décomposées, recomposées, éparses et fluctuantes ? Ces tribus sans frontière se constituent au grès des mariages, divorces et concubinages successifs. Est-ce plus sécurisant qu'un couple stable, fût-il «papa+papa» ou «maman+maman» ?

Malgré la capilotade du mariage, les homosexuels veulent à tout prix installer leur petite cabane dans ce champ de ruines. «Mêmes droits pour tous !» proclament-ils en exigeant ainsi de se glisser dans un système à bout de souffle.

Souvenez-vous : le mariage n'a jamais été une revendication fondamentale des homosexuels. Il n'y a pas si longtemps encore, ils avaient d'autres priorités.

Pendant l'été 1969, les jeunes homosexuels du bar «Stonewall» de Christopher Street, harcelés et molestés par la police de New York, déclenchent des émeutes pendant 5 jours. Ils ne réclament pas le mariage, juste le droit d'exister sans être ostracisés.

En France, la Révolution puis Napoléon dépénalisent l'homosexualité. Mais en 1942, le régime de Pétain revient totalement en arrière sur ce point. A la Libération, le code pénal reste à l'heure de Vichy. Il faut attendre François Mitterrand et son ministre Robert Badinter pour que l'homosexualité, en 1982, soit à nouveau sortie de la liste des crimes et délits. Quelques années plus tard, en 1985, l'Organisation Mondiale de la Santé retire enfin l'homosexualité du répertoires des maladies mentales. A cette époque, les homosexuels français ne réclament pas le mariage, ils veulent juste être considérés comme des personnes à part entière.

Il y eut ensuite le PACS, enfanté dans la douleur parlementaire mais désormais banalisé et plébiscité, surtout par les hétéros. Et voici qui surgit cette revendication, somme toute incongrue, du mariage «pour tous», reprise par un candidat socialiste qui, lui, ne s'est jamais marié. Elu, François Hollande, continue de défendre mollement cette proposition. Les homosexuels ne veulent d'ailleurs pas une formule au rabais. Ils exigent le mariage intégral: adoption, filiation, procréation assistée. La totale. Tant qu'à faire...

Ils veulent être «comme les autres» pour que leur différence (qu'ils revendiquent pourtant) soient noyée dans la masse. Ils veulent une cérémonie officielle à la mairie et un de ces banquets où les hétérosexuels dépensent 12.000 € (prix moyen d'une fête de mariage en France). Ils veulent ensuite vivre «pour le meilleur et pour le pire» dans l'intimité de leur deux-pièces-cuisine meublé chez Ikéa. Les homosexuels veulent une existence conforme à celle de leurs parents.

Il me semblait au contraire que l'homosexualité, dès lors qu'elle n'est plus illégale et sujet de discrimination, était une chance de vivre autrement, sans s'engouffrer dans la rigidité routinière du sacro-saint «mariage». Oui, une chance de sortir des stéréotypes, du foyer immuable. Je croyais que l'homosexualité était un privilège, un gage de liberté, une occasion de créer des rapports différents, pas moulés dans les conventions établies par les hétérosexuels au fil des siècles. Il m'apparaissait même que le principal avantage de l'homosexualité, c'est qu'on n'avait pas à se marier ni à s'encombrer d'enfants. Je me trompais sans doute.

Certes, il faut que les droits soient identiques, quelle que soit l'orientation sexuelle. Mais un mariage ? Pourquoi faire ? Uniquement pour le conformisme et les cérémonies désuètes ?

Cela n'intéressera de toutes façons qu'une minorité d'homosexuels. En France, chaque année, le PACS entre personnes du même sexe concerne environ 10.000 couples. Il n'est pas certain qu'il y ait autant d'engouement pour le mariage. En Espagne ou aux Pays-Bas où le mariage est ouvert aux homosexuels, on enregistre environ 3000 unions de ce type par an (pour une population de 46 et 17 millions d'habitants, respectivement).

En résumé, au nom de l'égalité d'une part ou pour défendre la famille traditionnelle d'autre part, on s'étripe sur une mesure qui n'intéresse qu'une minorité dans une minorité, quelques milliers de personnes.

Tout cela est ridicule. Si on cherche l'égalité, je formule ici une proposition simple et concrète : l'abolition du mariage. Abolition pour tous, mariage pour personne. Les mariages déjà contractés restent valides. Mais, désormais, la République n'enregistre plus aucun mariage. Elle laisse ça aux religions, si jalouses de leurs rites, de leurs prérogatives et de leurs préjugés. Les religions restent libres de fixer leurs critères, même les plus absurdes.

La République valide une seule forme d'union civile pour tous, sans distinction d'orientation sexuelle, offrant des droits et des devoirs exactement identiques. Une union qui ne prétend pas être un CDI. Il faut être réaliste : la vie est de plus en plus longue et les couples ont presque tous une date de péremption. C'est un contrat sérieux et légal mais on peut s'en défaire facilement, sans drame.

Appelons ça comme on veut. Mais, par pitié, arrêtons les mariages.  

dimanche 16 septembre 2012

Médias et viande froide, une passion nécrophile.


Les journaux télévisés du début de soirée hier (le 19/20 de France 3, les 20 h de TF1 et France 2) ont considéré que l'information la plus marquante, le fait essentiel de la journée, c'était la mort de l'acteur Pierre Mondy. Les trois principales chaînes ont accordé la première place à cette disparition : ils en ont fait «l'ouverture» de leur narration des principales nouvelles du jour.

Qui était Pierre Mondy ? Un acteur français populaire grâce à la télévision, en particulier pour la série «Les Cordier, juge et flic». Mondy avait aussi beaucoup fréquenté les théâtres (surtout ceux des boulevards) comme comédien ou metteur en scène. Mondy avait tourné en outre dans une quantité  impressionnante de navets (plus de 90) du cinéma français, la seule exception notable étant peut-être son rôle de Napoléon Bonaparte dans «Austerlitz» d'Abel Gance (1960). Pour vérifier, je demande néanmoins à revoir ce film qui doit avoir singulièrement vieilli. Mais nous reverrons d'abord ce soir (sur TF1) une des nombreuses daubes où il s'était illustré : «Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?»

C'est vous dire que Pierre Mondy, bien que populaire, n'était pas exactement un artiste de premier plan, tout juste un sympathique et honnête tâcheron du spectacle français, spécialisé dans la gaudriole et le téléfilm standardisé.

Pour les trois principales chaînes de la télévision française hier soir, sa disparition a toutefois éclipsé tous les autres sujets du jour : le mouvement de colère violente contre les Etats-Unis à travers le monde ou la conférence environnementale à Paris, par exemple.

Pour les médias, un cadavre people est «exquis» (pour reprendre l'adjectif des surréalistes). La viande froide se vend toujours très bien. Par conséquent, on la met en vitrine. Je ne dis pas que les journaux télévisés ne devaient pas évoquer la mort de Mondy. Mais pas à la première place. C'est totalement démesuré.

La démesure et le manque absolu de hiérarchisation de l'information, nous y sommes de plus en plus souvent confrontés. La mort du journaliste sportif Thierry Roland en juin dernier a occulté pendant plus de 48 heures le reste de l'actualité. Lui aussi était populaire mais ce n'était qu'un journaliste sportif. Il n'avait pas inventé le vaccin contre la rage. Même réaction totalement disproportionnée des médias, fin août, à l'occasion du décès de l'animateur Jean-Luc Delarue : débauche d'hommages larmoyants, interminable rétrospective de sa (petite) carrière.

Delarue est mort un jour avant Neil Armstrong. Au final, les médias français ont consacré beaucoup plus de temps à l'animateur cocaïné qu'au premier homme ayant marché sur la Lune. Que pèse en effet un personnage véritablement historique (le premier représentant du genre humain ayant foulé un sol qui n'était pas la Terre) face à un agité du petit écran hexagonal ? Réponse : pas grand chose.

Pour preuve, le numéro de «Paris-Match» de la fin août : photo de Delarue en couverture et Neil Armstrong relégué en pages intérieures. Consternante évolution pour ce magazine qui, dans sa période glorieuse des années 60, avait magnifiquement fait vivre à ses lecteurs la conquête spatiale. Mais entre deux cadavres encore tièdes, il faut choisir le plus «exquis», le plus «vendeur». Le commerce funéraire des médias obéit d'abord à des impératifs commerciaux. La mort de Delarue, en France, a beaucoup plus de valeur marchande que celle de Neil Armstrong. C'est ainsi.

Revenons 30 ans en arrière, presque jour pour jour, le 14 septembre 1982 : le président libanais Bashir Gemayel est assassiné à Beyrouth dans un attentat à la bombe qui fait une soixantaine de morts. Evénement d'une exceptionnelle gravité qui eu pour conséquence, entre autres, le massacre dans le camp de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Ce même jour, on apprend le décès accidentel de la princesse Grace de Monaco.

Le lendemain, le journal télévisé de la mi-journée est présenté sur Antenne 2 (le 'France 2' d'aujourd'hui) par Bernard Langlois. Le journal commence par deux photos : d'abord celle de Gemayel puis celle de Grace Kelly. Langlois indique clairement que l'on traitera d'abord de l'attentat libanais puis, dans un deuxième temps, de l'accident monégasque. Langlois fait du journalisme : il établit une hiérarchie.

Dans un très long préambule, magnifiquement écrit, Langlois met en perspective les deux événements : d'une part, l'assassinat de Gemayel, jeune président à peine élu dans un pays déchiré, au centre d'un Proche-Orient particulièrement en ébullition en cette année 1982. Et d'autre part, un accident de voiture dans le midi de la France.

A propos de Grace Kelly, Bernard Langlois dit ceci : «Elle n'était plus très jeune - 52 ans. Elle était toujours belle, dans sa maturité de femme épanouie, passée sans transition de la célébrité sulfureuse d'Hollywood à celle, respectable, du gotha. Curieux destin que celui de Grâce Kelly, actrice talentueuse distinguée par un prince, qui lui offrit un jour sa main, sa couronne, et de partager son trône planté sur un caillou cossu, dans un royaume d'opérette.»

Langlois paiera très cher sa hiérarchisation et sa mise en perspective des événements. Il fut aussitôt viré de la télévision publique (pourtant contrôlée à l'époque par un gouvernement de gauche que l'on aurait pu croire moins attaché à la défense d'un paradis fiscal qu'à l'équilibre du Proche-Orient).

Quelque temps plus tard, sur France-Inter, l'humoriste Pierre Desproges rendit hommage à Bernard Langlois : «ce journaliste d'Antenne 2 renvoyé promptement pour avoir, si j'ai bien compris, ramené à de justes proportions, un accident d'automobile survenu à une ancienne copine de Cary Grant reconvertie dans l'opérette immobilière sur la Côte d'Azur.»

Désormais, les choses sont simples : peu de médias décideraient de privilégier une information capitale au dépens de la disparition d'un people quelconque. Grace Kelly passera toujours devant Gemayel. Quelques rares quotidiens comme «Le Monde» et «Libération» ont relaté, sans s'étendre exagérément, les disparitions de Thierry Roland et Jean-Luc Delarue. En radio, France-Inter a également fait preuve de mesure. Ce sont des exceptions.

Les sondages qui mesurent l'audience de la télévision sont devenus d'une précision redoutable. On connaît désormais, minute par minute, la courbe de l'auditoire : sur un reportage concernant la Syrie, ça baisse. Mais avec Pierre Mondy en «ouverture», on ne prend pas de risques : ça attire la clientèle. On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.

Prévoyez donc le pire quand, tôt ou tard, Johnny trépassera.