"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 6 février 2013

Mariage pour tous : ratage historique des chaines parlementaires


La «Chaine Parlementaire Assemblée Nationale» (LCPAN) est en train de rater une occasion unique de montrer son utilité et de justifier son existence. Le débat qui se déroule actuellement au Palais Bourbon sur le «mariage pour tous» déclenche les passions de part et d'autre de l'hémicycle et de l'opinion. Les députés siègent jour et nuit mais LCPAN n'a rien changé à ses petites habitudes.


Il faut d'abord savoir que cette chaine partage un canal de la TNT avec l'autre chaine parlementaire : «Public Sénat». Deux chaines sur un seul canal, c'est déjà idiot comme principe. Ces deux chaines sont publiques mais ne sont pas financées par la redevance. C'est directement le contribuable qui raque : 16 millions d'euros pour chacune, 32 millions au total. Ces deux chaines échappent en outre au contrôle du CSA. Ce qui leur permet de faire n'importe quoi.

Le modèle vient des chaines parlementaires américaines : CSPAN et CSPAN2 qui retransmettent les débats respectivement de la Chambre des Représentants (notre Assemblée Nationale) et du Sénat à Washington. Il y a aussi une CSPAN3 qui diffuse des documentaires et des archives.

Les réseaux CSPAN ne sont pas financés par une redevance (il n'y en a pas aux Etats-Unis) ni par l'impôt mais par une taxe versée par les cablo-opérateurs, au titre du service civique. Les trois chaines de CSPAN (plus un réseau de radio) ont un budget annuel de 55 millions de dollars (40 millions d'euros), comparable aux deux seules chaines parlementaires françaises (32 millions d'euros).

Quand le Congrès américain est en session, les chaines CSPAN diffusent en direct et en intégralité les débats de chacune des deux chambres sur leur canal respectif, quelle que soit la nature de la discussion parlemenaire. C'est leur mission, leur raison d'être. Elle sont le relais de la démocratie en action. Leur audience n'est pas mesurée. Ce n'est pas ça qui compte.

En France, que se passe-t-il ? Les débats à l'Assemblée Nationale et au Sénat sont diffusés au petit bonheur la chance, dans une confusion totale. Ils sont coupés sans explication pour faire place à des émissions souvent inutiles, des débats vaseux en studio, des magazines et des interviews complaisants. Ces programmes souvent bidons permettent à quelques vedettes du journalisme plus ou moins sur le déclin de se faire un peu d'argent de poche.

Actuellement, il est impossible de suivre en continu le débat sur le «mariage pour tous» à l'Assemblée Nationale sur la TNT. «Public Sénat» qui partage le canal ne lâche rien sur les heures d'antenne auxquelles elle a «droit» et continue son petit train-train. On se farcit donc des émissions pâlichonnes alors qu'un débat parlementaire vibrant se déroule au même moment.

Il y a bien sur les boitiers ADSL deux canaux 24 h sur 24h qui promettent de diffuser les débats des deux chambres dans leur intégralité. Ils sont accessibles à une minorité de téléspectateurs et la promesse est fausse : les débats de nuit ne sont pas retransmis. On nous renvoie alors sur un site internet qui se révèle archaïque et presque toujours saturé.

Voilà donc à quoi servent ces 32 millions d'euros venant de vos impôts. Voilà donc aussi comment ces chaines s'obstinent à ne pas remplir la mission de service public et civique pour laquelle elles ont été créées.

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Au lendemain de la publication du billet qui précède, LCPAN change radicalement d'attitude et décide d'élargir la diffusion en direct de la discussion parlementaire. Le site PUREMÉDIAS qui donne la nouvelle cite ANYHOW.

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MARIAGE POUR TOUS : LCP-AN SE DÉCIDE ENFIN À DIFFUSER LES DÉBATS

Très critiquée pour ne diffuser les débats sur le mariage pour tous que sur son site internet, la chaîne LCP-AN bouleverse sa grille dès demain pour proposer un direct intégral sur sa chaîne de la TNT.
Enfin ! La chaîne LCP se décide à retransmettre les débats de l'Assemblée nationale sur le mariage pour tous.
Enfin ! La chaîne LCP se décide à retransmettre les débats de l'Assemblée nationale sur le mariage pour tous.

Depuis plus d'une semaine, les internautes ne parlent que de ça. Ils sont très nombreux à suivre les débats sur le projet de loi d'ouverture du mariage aux couples de même sexe, qui déchaîne les passions. Portée par la ministre de la justice, Christiane Taubira, cette réforme est commentée jour et nuit sur les réseaux sociaux, par les députés eux-mêmes, par les journalistes présents dans la tribune presse de l'hémicycle et par les internautes qui suivent les débat sur le site web de la chaîne LCP-AN.

La Chaîne Parlementaire - Assemblée Nationale retransmet en effet en direct, 24 heures sur 24, sur son site internet, les débats entre les députés qui, après une semaine d'échanges musclés, ont eu un fou rire mardi soir. Selon nos informations, l'audience de son site internet être a été multipliée par 4 lors des 5 premiers jours du débat. Le mot-dièse #DirectAN fait partie depuis neuf jours des hashtags les plus utilisés sur Twitter.

Les débats absents de la télé

Mais les Français passionnés par ce débat ont plusieurs fois critiqué la couverture médiatique de la réforme. En effet, ils se sont plaints que la manifestation pro-mariage gay se soit faite éclipsersur les chaînes d'info par l'arrivée du Vendée Globe et que l'adoption du premier article ait été zappée par le déplacement au Mali de François Hollande. Mais ils sont surtout nombreux à déplorer que la chaîne parlementaire, qui est diffusée sur le canal 13 sur la TNT (qu'elle partage avec Public Sénat), ne diffuse pas le débat, préférant consacrer son antenne à des magazines d'actualité. "LCPAN est en train de rater une occasion unique de montrer son utilité et de justifier son existence", s'est même agacé un blogueur. "Je trouve scandaleux que @LCPan n'utilise pas son canal TNT pour retransmettre en direct le débat #mariagepourtous pour le plus grand nombre"dénonçait un autre.

Face à ce torrent de critiques, la chaîne dirigée par Gérard Leclerc a (enfin !) modifié sa stratégie et décidé de diffuser les débats. Elle annonce ce soir dans un communiqué qu'elle "bouleverse ses programmes, mobilise sa rédaction et ses deux antennes" pour diffuser "en direct et en intégralité" les débats entre le vendredi 8 février 9h30 et le lundi 11 février 8h00. Un changement d'attitude tardif qui devrait permettre aux citoyens de suivre la fin des débats.


lundi 7 mai 2012

François Hollande n'a pas pris la même Bastille

Hollande : le changement. Et maintenant ? 
La Bastille, 31 ans après, ça n'est plus ce que c'était. J'y étais le 10 mai 1981. J'y suis retourné hier soir. Deux époques, deux ambiances, deux contextes bien différents.

En 1981, au soir de la victoire de François Mitterrand, la foule était joyeuse, surprise, emportée par la nouveauté historique de l'alternance. Incrédules face à l'arrivée inédite de la gauche au sommet du pouvoir, les gens s'embrassaient. C'était fraternel et bon enfant.

 Hier soir, l'atmosphère était nettement moins positive. Les slogans étaient chargés de hargne : «Sarko, c'est fini !» ou encore : «On l'a viré !» Peu de cris de victoire, mais surtout des invectives contre le vaincu. En 2012, on a davantage célébré une défaite qu'on n'a salué un succès. Hollande n'a gagné que parce que Sarkozy a perdu. En 1981, on voulait «Changer la vie». En 2012, on voulait juste changer de président. 

En 1981, Mitterrand n'était pas venu à la Bastille. Finalement, le peuple, il préférait le voir de loin. Hollande est arrivé tardivement hier soir. La voix cassée par la fatigue, il a prononcé un discours bref et sans relief. Pas grave. La foule n'était pas venue l'entendre, elle voulait juste l'apercevoir. François Mitterrand avait préservé le mystère. Hollande s'est montré après minuit, de retour de Tulle. Mais cela n'était sans doute pas nécessaire.

Sur cette même place de la Bastille, quelques semaines plus tôt, Jean-Luc Mélenchon avait rassemblé une masse plus fervente. Un souffle était passé. Hier soir, en attendant Hollande, je n'ai pas perçu cette exaltation. Pas plus que je n'ai retrouvé le grand frisson du 10 mai 1981.

Il faut se méfier des frénésies collectives. On a vu ce qu'il est advenu du mitterrandisme au fil du temps. Hollande, «l'homme normal», n'a pas promis cette fois des lendemains qui chantent. Hier soir, Jack Lang, le voisin de DSK sur la place des Vosges toute proche, n'a pas osé répéter ce qu'il avait dit en 1981 : «Nous sommes passés de l'ombre à la lumière».

La lumière se fait rare en France. Chahuté par la mondialisation, encalminé par ses corporatismes, englué dans le chômage, le pays est en mauvaise posture. Il faudra du courage et beaucoup d'énergie à François Hollande pour éloigner des récifs notre radeau de la méduse. On lui souhaite bonne chance. De sa réussite dépend la nôtre. On n'attend pas de lui des miracles. On attend, sans illusion.


mardi 6 mars 2012

Nicolas Sarkozy à pieds joints dans la marmite halal

Ainsi donc, selon Nicolas Sarkozy, le sujet de la viande halal serait «la première préoccupation des Français». Le candidat-président, à la ramasse dans les sondages, l'a déclaré hier lors d'un déplacement à Saint-Quentin dans l'Aisne.




Nicolas Sarkozy préside depuis presque cinq ans un pays perclus par le chômage de masse, un pays frappé par une inquiétante désindustrialisation, un pays qui compte 8 millions de pauvres. Un pays qui a abandonné sa jeunesse dans la précarité. Un pays dont le système éducatif est en déroute et où les déficits publics se creusent dangereusement. Nicolas Sarkozy préside ce pays-là et, sans rire, il affirme néanmoins que la «première préoccupation» de ses concitoyens, c'est la viande halal.

Pour beaucoup de Français, avant même de se préoccuper de l'origine de la viande et des conditions d'abattage des animaux de boucherie, le principal souci est de pouvoir s'acheter de la viande. De la viande tout court.

Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre pourquoi le candidat de l'UMP a enfourché ce douteux cheval de bataille, une «Rossinante» cagneuse tout droit sortie des écuries du Front National, succursale contemporaine des écuries d'Augias. 





Marine Le Pen a réchauffé, avec l'abattage (oups ! ça m'a échappé) qu'on lui connait, ce vieil argument identitaire. Ce thème du halal est voisin des soupes populaires à la viande de porc organisées par ses partisans pour en écarter les musulmans. Vieille soupe, marmite ébréchée.


Claude Guéant, avec sa subtilité coutumière, a affirmé de son côté qu'accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales conduirait à imposer la nourriture halal dans les cantines scolaires. Nos chères têtes blondes nourries de force dans des assiettes islamistes !



Ce ragoût politicien où la sauce frontiste se mélange allègrement aux épices de la droite parlementaire devient gluant. Brigitte Bardot a tenu à ajouter son grain de sel. La recette est exquise. Vous m'en mettrez une louche !

L'extrême nervosité sondagière de Nicolas Sarkozy le pousse à plonger la tête en avant dans le rata nauséabond mitonné par Marine Le Pen. Il risque fort de boire le bouillon.

Notons au passage que Mme Le Pen s'émeut du sort réservé au bétail mais souhaite toujours rétablir la peine de mort pour les êtres humains. Drôle de logique du zigouillage.

Les méthodes de l'abattage rituel méritent certes d'être examinées et réformées. Il y a, dans ce domaine, une dérive d'ordre économique : il est moins cher pour les abattoirs de produire en grande quantité de la viande halal ou casher, quitte à en vendre ensuite une partie dans le circuit non confessionnel. Cette viande n'a pas un goût différent ni une apparence particulière. Ce n'est pas un problème de civilisation ni d'identité nationale. C'est un problème de boucherie.

Et ce n'est assurément pas le sujet central autour duquel un débat électoral national devrait tourner, surtout dans un pays qui doit relever des défis beaucoup plus cruciaux et urgents.


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Pour information, voici un sondage TNS Sofres, réalisé pour le quotidien "La Croix" le 20 février dernier, qui détaille les sujets de préoccupation des Français. Les vrais sujets. 


lundi 5 mars 2012

Mathieu Kassovitz doit se faire soigner d'urgence


Il faut sauver le soldat Kassovitz. Il faut plutôt le soigner car son cas désormais relève de la psychiatrie. Je parle de Mathieu Kassovitz, acteur et réalisateur français de 46 ans. Il est en train de sérieusement péter les plombs.

Sa folie trouve libre cours sur Twitter où il déverse ses élucubrations haineuses. Sur son compte Twitter, il se présente ainsi : "direktor-produktor-writor-konspirator...the whole package". Tout un programme.


Ses dernières vociférations en date portent sur la politique. Hier, Kassovitz a écrit ceci : «Si NS passe un deuxième tour la France est un pays de collabo néo fasciste. Il faut se débarrasser de ces fils de putes de l'UMP avec fracas.»

NS, c'est bien sûr Nicolas Sarkozy. On peut combattre farouchement le président sortant et souhaiter qu'il perde la prochaine élection présidentielle. Un majorité semble se dessiner dans ce sens. Mais est-il nécessaire d'employer ces termes outranciers ? Tout ce qui est excessif est insignifiant.

Plus grave, la référence au fascisme et à la collaboration est une insulte à l'égard de tous ceux qui ont été vraiment victimes de la collaboration et du fascisme. La collaboration, sous l'Occupation, c'était un système politique français complice d'un état totalitaire, l'Allemagne nazie. Le fascisme, ce n'est pas non plus un mot vide de sens qu'on brandit bien au chaud en le tapotant sur un iPhone. Trop facile, Mathieu ! Le fascisme a fait des ravages en Europe et ailleurs au XXème siècle. Nicolas Sarkozy n'est pas fasciste. Il incarne la droite autoritaire et libérale. On peut contester ses positions, réaffirmées récemment, sur l'ordre et l'immigration. Mais ce n'est pas du fascisme. Il y a de la marge. Sarkozy n'est pas Mussolini. Le dire, c'est faire un amalgame grossier. C'est méconnaitre l'Histoire.

La hargne de Kassovitz avait porté, quelques jours plus tôt, sur le cinéma français. Au moment de la publication de la sélection des Césars, Kassovitz avait écrit sur Twitter : «J'encule le cinéma français.» Ce qui constituait une vaste entreprise. Il s'était curieusement justifié en précisant : «Traiter ces gens d'enculés n'est pas une insulte. C'est un réflexe naturel.» Il faudrait que Christian Vanneste nous éclaire sur ce point. Kossovitz était furieux que son dernier film, «L'ordre et la morale», n'ait pas été sélectionné pour la séance d'auo-congratulation du cinoche hexagonal. Ce qui n'a pas empêché le réalisateur d'être présent pour remettre une récompense pendant la cérémonie.

En 2009, Kassovitz s'était déjà illustré en mettant en doute la version officielle des événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Il s'exprimait ainsi sur France 3 dans l'émission «Ce soir ou jamais» de Frédéric Taddei : «La montée de Hitler et du nazisme, c'est l'invention d'un système de communication extrêmement bien huilé. Toutes ces choses, on l'a déjà vécu. Goebbels a dit 'Plus le mensonge est gros, plus il passe'. Donc on doit se poser la question de ce qui s'est passé le 11 septembre. (...) Comment on peut faire tomber trois tours avec deux avions ?»

Chacun appréciera le renvoi à Goebbels mais ces thèses conspirationnistes ne sont pas l'apanage de Kassovitz. Elles ont été exprimées par d'autres grands «experts» comme le comique troupier Jean-Marie Bigard et l'actrice minaudante Marion Cotillard. Ils n'ont pas trouvé ça tout seuls : la mise en cause du scénario du 11 septembre fait florès sur des centaines de sites Internet.

Kassovitz passe trop de temps sur Internet et sur Twitter. Il ferait mieux de faire son métier. C'est un honnête réalisateur. Je pense notamment à son film «La Haine» (1995) qui révélait de réelles qualités, au service d'une histoire âpre et intense dans une banlieue violente. On peut reconnaître à Kassovitz le mérite d'avoir été le premier à faire un film sur ce sujet.

Kassovitz est par ailleurs un acteur convaincant et plein de charmes. Il l'a prouvé dans une mémorable bleuette, «Amélie Poulain». Il était parfait aussi en ecclésiastique dans «Amen» de Costa-Gavras.

Mais, de grâce, qu'il nous épargne ses jugements à l'emporte-pièce sur la politique et les événements internationaux. Il a, aujourd'hui encore, pondu ceci sur les élections russes : «Poutine président, le monde s'arme». Kassovitz part-il au front à l'assaut du Kremlin ?

Je sais que ma supplique est vaine. Kassovitz est persuadé d'avoir raison. A un de ses contradicteurs, il a récemment répondu ceci : «Narcissique et prétentieux. Je le suis. Je l'affirme. Je vous emmerde. Bonne journée.»

Pour mieux cerner le dérangement du personnage, voici la «photo de profil» qu'il affiche sur sa page Facebook

C'est sympa, non ? 

samedi 22 octobre 2011

Nicolas Sarkozy, les corps creux et les corps plats

Examinons cette photo signée Charles Platiau de l’agence Associated Press qui illustre un article du quotidien «Le Monde», en page 10 de l’édition datée du samedi 22 octobre.

Il s’agit d’un article politique qui prend comme "accroche" (jargon journalistique) la visite effectuée le jeudi 20 octobre par le président Sarkozy en Mayenne. Accompagné de la ministre de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, le chef de l’Etat a notamment inauguré un centre de tri sélectif dans la commune de Changé. «Changé», la bien nommée pour Nicolas Sarkozy qui nous assurait justement, au début de son quinquennat, avoir «changé».

L’Elysée prépare minutieusement chaque déplacement présidentiel, en ne négligeant aucun détail. Un important service d’ordre éloigne les perturbateurs et des autocars entiers transportant des militants de l’UMP convergent pour fournir au président un accueil bienveillant.

Tout est orchestré mais il y a toujours des impondérables.

Regardez attentivement le panneau qui figure sur la photo juste en dessous du président de la République, flanqué à sa droite de Nathalie Kosciusko-Morizet. Voici l'agrandissement d'un détail de la photo :


C’est un hasard, évidemment. Personne n’a choisi de faire poser Nicolas Sarkozy devant l’inscription «Corps creux». Ce serait désobligeant. Mais je redoute qu’au retour à Paris les responsables de la logistique du déplacement en Mayenne ne se soient fait copieusement enguirlander par le pointilleux service de presse de l’Elysée. Comment ont-ils pu négliger de masquer cette inscription qui pouvait prêter à confusion ?

Pour les béotiens du tri sélectif, il est utile de préciser que les déchets estampillés «corps creux» sont les bouteilles plastiques, les flacons de produits ménagers, de shampooings ou de gels bain-douche, les briques alimentaires, les boîtes de conserve et de boissons ainsi que les barquettes en aluminium.

A l’inverse, les «corps plats» sont les prospectus publicitaires, les emballages en carton, les revues, les magazines et les journaux.

Le journal «Le Monde» qui publie cette photo est donc un «corps plat».

lundi 17 octobre 2011

Note à François Hollande : ne nous refaites pas Mai 81 !

Petit conseil à François Hollande qui doit tant en recevoir : surtout ne pas refaire Mai 1981. L’Histoire bégaie, faute de pouvoir se répéter. Evitons ce bégaiement-là.

J’étais place de la Bastille, au soir du 10 Mai 1981. Pas difficile : j’habitais le quartier. J’étais aussi rue Soufflot, le 21 Mai de la même année, le jour de l’investiture de François Mitterrand qui alla déposer des roses au Panthéon sous l’œil des caméras de Serge Moati. La grandiloquence républicaine, le goût du cérémonial, l’attrait du tombeau : du Mitterrand tout craché. (voir ici des photos que j'ai prises à cette époque)

L’allégresse et la joie, aussi. On célébrait sottement la fin de «l’Ancien Régime», l’arrêt brutal du giscardisme, la droite balayée... Un parfum lointain de 1789, avec les mêmes illusions, les mêmes aveuglements. J’avais voté Mitterrand aux deux tours, en 1981. Je partageais la liesse. (lire ici un récit de mes souvenirs personnels du passage de Giscard à Mitterrand)

Et ensuite, dès les premières semaines, qu’avons-nous connu ? Une grande gabegie économique : les nationalisations, l’argent versé à fond perdu à des industries moribondes (comme la sidérurgie).

Nous avons aussi assisté à une chasse aux sorcières féroce dans les administrations et les médias. Ce fut la purge dans l’audio-visuel, public et privé : placardisation ou révocation des journalistes trop marqués à droite.

Les communistes étaient au gouvernement. Pierre Juquin, membre du bureau politique du PCF, en charge des médias et de «la propagande» (son titre officiel), a fait la tournée des rédactions des télés et des radios pour imposer au moins un journaliste communiste dans chaque station. Il est parvenu à ses fins partout, même à Europe 1, pourtant station privée, mais pas à RTL où le président de l’époque, Jacques Rigaud, lui a gentiment dit d’aller se faire voir au Kremlin.

C’était ça la gauche au pouvoir en 1981. Mitterrand lui-même a établi la liste des journalistes qu’il ne voulait plus voir ni entendre. La «mainmise» de Nicolas Sarkozy sur les médias, par comparaison, c’est une douce rigolade.

La gauche au pouvoir, dans les premières années du premier septennat de François Mitterrand, ce fut aussi une incurie totale de la gouvernance économique : pas moins de trois dévaluations de la monnaie nationale (le Franc) et, suprême humiliation, le contrôle des changes. Sans compter, par milliards, des dépenses sociales inconsidérées.

Tout n’est pas à jeter. Mitterrand a eu le courage d’appliquer, avec l’aide de Robert Badinter, une promesse majeure de sa campagne électorale : l’abolition de la peine de la peine de mort. L’opinion publique y était opposée, Mitterrand n’a pas flanché. Il a aussi dépénalisé l’homosexualité. Il a également scellé la réconciliation franco-allemande et admis, lui l’ex-Vichyste, la complicité de l’Etat français dans le génocide juif.

Mais pour le reste, quelle incohérence ! En 1983, le «tournant de la rigueur» s’est imposé. La France, gouvernée à gauche, avait enfin compris qu’elle ne pouvait pas indéfiniment s’abstraire des réalités économiques.

La gauche issue de Mai 1981, c’est aussi une série impressionnante de magouilles et de malversations, des écoutes téléphoniques à grande échelle et la poursuite sans vergogne de la proximité criminelle avec les pires dictateurs, surtout en Afrique.  Le général de Gaulle et son acolyte Foccart avaient fait prospérer la «Françafrique». Giscard n’a pas dérogé. Mitterrand s’est inscrit dans la même lignée trouble., avec l’aide de son fils Jean-Christophe. Bongo et les autres pouvaient dormir tranquilles.

Mitterrand a tout raté par ailleurs en ce qui concerne l’immigration et l’intégration. Alors que cette question devenait cruciale, Mitterrand n’a pas agi. Au cours de l’été 1981, la première émeute de banlieue éclate dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, près de Lyon. Le ministre de l’Intérieur, Gaston Defferre, réprime par la force, à la manière d’Hortefeux ou de Guéant. François Mitterrand, tout juste arrivé à l’Elysée, ne bronche pas. Il ignore le phénomène et préfère promouvoir les gentils boys scouts de «SOS Racisme», conduits par le jeune Harlem Désir, aujourd’hui cacique du PS, intérimaire de Martine Aubry.  Il était encore temps, il y a trente ans, de combattre la ghettoïsation, l’économie parallèle, le désespoir. Sur ce terrain qui était en principe le sien, la gauche des années 80 n’a rien fait, à part cajoler les porteurs de pancartes : «Touche pas à mon pote».

J’arrête ici la litanie. Je pourrais ajouter, dans ma charge contre Mitterrand, la complicité douteuse avec le collabo René Bousquet et la stratégie du secret, sur la maladie, sur Mazarine et la double vie privée du président.

J’ai voté Mitterrand en 1981 et j’ai récidivé en 1988. Avec le recul, je n’en suis pas fier. J’ai voté Sarkozy en 2007 et, ça aussi, je le regrette amèrement.

J’étais trop jeune pour voter Giscard en 1974. Il n’a donné le droit de vote aux Français de 18 ans qu’une fois arrivé au pouvoir. Il a aussi, avec Simone Veil, imposé le droit à l’avortement. Pas une mince affaire. Giscard n’a pas démérité, même si la fin de son septennat s’est enlisé dans les mensonges et le déni. Giscard, ce n’était pas si mal. On s’en rendra compte un jour.

François Hollande est en bonne position pour battre Nicolas Sarkozy en 2012.  C’est ce que je souhaite. Mais j’espère que François Hollande ne va pas nous refaire le coup de «Mai 81». J’ai trop entendu cette référence hier soir dans la bouche de ses partisans. Notre petit pays (moins de 1% de la population mondiale) ne peut pas se permettre de renouveler de tels errements.

Il s’agit, pour le candidat socialiste, fort d’une légitimité acquise pendant le processus des primaires, d’imposer une politique rigoureuse, empreinte de justice et d’égalité. François Hollande a raison de mettre l’accent sur l’école. C’est le seul investissement qui vaille à long terme. On peut dépenser des milliards pour l’éducation, c’est nécessaire.

Il n’y a pas d'avenir radieux. Il y a des réalités, dures et impérieuses, à affronter. Des inégalités scandaleuses à corriger. De l’espoir à redonner. Des décisions difficiles à prendre. Une politique fiscale draconienne à instaurer.

François Hollande entend «réenchanter le rêve français», selon l’expression qu’il a utilisée hier soir. D’accord pour le réenchantement. Mais il n’est plus temps de rêver.

vendredi 14 octobre 2011

Politiques et journalistes : collusion sur l'oreiller

Ainsi donc, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ne trouve rien d’anormal dans le comportement d’Audrey Pulvar, compagne du socialiste Arnaud Montebourg.

Audrey Pulvar est payée doublement par la redevance qui finance le service public de la radio-télévision en France.

Elle anime tous les matins la session d’information de 6h à 7h sur France-Inter (lire ici tout le bien que je pense de son immense talent) et elle intervient tous les samedis soirs dans l’émission de Laurent Ruquier sur France 2, autre chaine publique.

Audrey Pulvar, dimanche dernier, est apparue publiquement aux côtés d’Arnaud Montebourg qui célébrait son excellent score dans le premier tour de la primaire socialiste. Audrey Pulvar était enthousiaste, comme tous les militants qui acclamaient le député de Saône et Loire. On a bu du champagne, c’était la fête !

Le CSA estime néanmoins qu’Audrey Pulvar n’est pas une militante. Audrey Pulvar a été reçue, à sa demande, par le CSA. Michel Boyon, président de cette instance, a déclaré ensuite : «Mme Pulvar n'étant pas, à ma connaissance, membre d'un parti politique, son temps de parole ne sera pas décompté».

Immense lâcheté du CSA qui sent le vent tourner à gauche !

Audrey Pulvar continuera donc de travailler pour la matinale de France-Inter mais avec une contrainte majeure : elle n’abordera plus les sujets de politique intérieure.

Absurdité totale, hypocrisie absolue : faire une heure quotidienne de radio sur une antenne nationale en pleine campagne électorale sans parler de politique intérieure ! C’est complètement ridicule et cela, au passage, affaiblit gravement la crédibilité de France-Inter sur cette tranche horaire.

Audrey Pulvar continuera aussi d’intervenir dans l’émission de Laurent Ruquier sur France 2 le samedi soir. Cette émission ne dépend pas de la direction de l’information de la chaine publique. Elle est sous le contrôle de la direction des programmes. Mais c’est une émission qui invite des personnalités politiques, au moins jusqu’en janvier prochain, date à laquelle les politiques seront indésirables.

En attendant, ils continuent de défiler dans le studio de Laurent Ruquier et ils sont interrogés, entre autres, par Audrey Pulvar. Le mois dernier, c’est avec une rare virulence qu’elle a ainsi passé sur le gril Ségolène Royal, invitée de l’émission. A ce moment-là, Ségolène Royal était en concurrence avec Arnaud Montebourg, compagnon d’Audrey Pulvar. Le conflit d’intérêt est manifeste et scandaleux.

On peut en dire presqu’autant de Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande. Valérie Trierweiler est une journaliste de la chaine Direct 8, chaine privée (c’est important) et beaucoup plus confidentielle que France-Inter et France 2. Valérie Trieweiler est plus discrète et ne se montre pas en public dans les meetings avec le député de la Corrèze.

Mais le problème est comparable à celui soulevé par Audrey Pulvar, d’autant que Valérie Trieweiler participe régulièrement aux séances de travail avec les conseillers de son compagnon.

Ce type de collusion politico-journalistique n’est hélas pas nouveau.

Le sommet de l’indécence avait été atteint lorsque que Christine Ockrent était la numéro deux de l’Audiovisuel Extérieur (France 24, RFI, etc) alors que son époux, Bernard Kouchner, occupait le poste de ministre des Affaires Etrangères. Situation inimaginable dans aucun autre pays dit «développé». Culot et outrecuidance.

Anne Sinclair, en devenant la compagne de Dominique Strauss-Kahn, avait eu l’élégance d’abandonner la présentation de l’émission dont elle était une immense vedette : 7/7 sur TF1.

Béatrice Schönberg avait quitté le 20h de France 2, dès lors qu’elle est devenue l’amie intime puis l’épouse de Jean-Louis Borloo. Béatrice Schönberg est maintenant cantonnée à la présentation d’émissions de société sur la même chaine.

On objectera peut-être qu’Etienne Mougeotte, directeur de la rédaction du Figaro, est clairement un soutien de Nicolas Sarkozy. Mais ils ne partagent pas des confidences sur l’oreiller. Et Etienne Mougeotte n’a jamais caché ses opinions. Il dirige un journal (entreprise privée) qui s’assume clairement à droite.

Etienne Mougeotte n’est pas payé par la redevance. Par ma redevance. C’est toute la différence. 

samedi 1 octobre 2011

Nicolas Sarkozy et Roland Barthes : le choc des cultures

Comme le chantait Jacques Brel, Nicolas Sarkozy «aimerait bien avoir l’air mais il n’a pas l’air du tout». Il est facile de jeter aux orties «La Princesse de Clèves» et de prétendre se farcir des DVD à foison pour combler son inculture cinématographique. Une grande rasade de Dreyer, de Jean Renoir et de Kurosawa pour oublier Louis de Funès. Mais il y a des moments cruels où l’ignorance ne peut plus être camouflée. 
Pour preuve, cet épisode savoureux raconté sur son blog par le journaliste du "Monde" Arnaud Leparmentier :
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Sollers sur la faute de prononciation de Sarkozy: «Le Roland ‘Barthesse’ a claqué comme une fausse note à Pleyel»
Nicolas Sarkozy pensait-il à Yann Barthès, le journaliste du petit journal sur Canal Plus ou à Fabien Barthez, l’ancien gardien de but de l’équipe de France de Football ? 
Roland Barthes
Toujours est-il que mercredi 28 septembre,  le président de la République prononça Roland «Barthesse» lorsqu’il évoqua le sémiologue Roland Barthes, auteur de ‘Mythologies’. Devant un parterre d’intellectuels français, il remettait les insignes de commandeur dans l’ordre du mérite à l’intellectuelle d’origine bulgare Julia Kristeva et évoquait ses rencontres lorsqu’elle débarqua à Paris. Son époux, l’écrivain Philippe Sollers, en rit encore : «le Roland ‘Barthesse’ a claqué comme une fausse note à Pleyel», déclare-t-il.
La cérémonie à l’Elysée a permis de décorer onze personnalités du monde de la culture et des médias, dont le réalisateur de ‘Shoah’ Claude Lanzmann, mais aussi l’homme de télévision Pierre Tchernia, le chanteur Gilbert Montagné, l’accordéoniste Yvette Horner, la présidente d’Arte Véronique Cayla, l’acteur et humoriste Robert Castel, la cinéaste Euzhan Palcy, l'artiste dramatique Niels Arestrup et l'auteur Humbgert Ibach.
« Il y avait une brochette très représentative de la diversité culturelle française. Le président aime beaucoup les cultures populaires, comme l’accordéon et les shows télévisés, mais aussi ceux qui montrent une certaine exigence, comme Lanzmann et moi », confie Mme Kristeva. «Quand la République m’honore, je suis très émue», poursuit Mme Kristeva, qui fut toutefois surprise que M. Sarkozy évoque «le Saint-Père» pour désigner le pape Benoît XVI.
L’autre surprise de la soirée où se pressaient l’essayiste Alain Minc, le metteur en scène Robert Hossein ou encore le philosophe Bernard Henri-Levy, fut la présence de Liliane Bettencourt, comme l’a révélé le Parisien : hôte encombrante, l’héritière de L’Oréal avait été invitée par une des récipiendaires, la romancière Madeleine Chapsal.
En décorant les personnalités, M. Sarkozy lisait ses fiches, à la différence de François Mitterrand. Et, toujours selon les habitués, il ne s’est guère attardé, à la différence de Jacques Chirac.

Arnaud Leparmentier ©Le Monde
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Pauvre Roland Barthes, renversé dans la rue par une camionnette de blanchisserie, après avoir déjeuné avec François Mitterrand le 25 février 1980. Grièvement blessé, il est mort un mois plus tard à l’hôpital de la Pitié à l’âge de 64 ans. Voici à présent son patronyme, pourtant bien connu, estropié par un président aux lacunes embarrassantes.

Nicolas Sarkozy devrait savoir que Roland Barthes fait partie des auteurs contemporains français les plus traduits à l’étranger et les plus étudiés dans les universités du monde entier. Barthes. Pas Barthesse. 


Petit truc mnémotechnique, monsieur le président, si un jour vous devez à nouveau prononcer le nom de Roland Barthes en public. Pensez à une destination bling-bling (ça devrait être facile pour vous). Pensez à Saint-Barth, cette île française des Antilles (25 km2, 8000 habitants), petit paradis des hyper-riches. Votre ami Johnny (le vieux chanteur) y possède une agréable demeure.


Roland Barthes, ça se prononce comme Saint-Barth. Saint-Barth, c'est le diminutif de Saint-Barthélemy. 


Mais ne confondez pas avec le massacre de 1572. Les massacres, ça suffit !

lundi 2 mai 2011

Trente ans après : photos de Mai 81

J'y succombe néanmoins après avoir retrouvé quelques photos en noir et blanc du printemps 1981.

J'habitais à l'époque près de la place de la Bastille à Paris. J'ai donc assisté à quelques événements autour de  l'élection de François Mitterrand. 

Voici une petite sélection.

D'abord quelques images d'un meeting du Parti Communiste dirigé à l'époque par Georges Marchais. Nous sommes le 28 Mars 1981, place de la Bastille.


Le même jour, le 28 mars, dans la soirée, Valéry Giscard d'Estaing organisait un meeting sous un chapiteau, porte de Pantin. L'ambiance était déjà lugubre.

Dans le métro, à la station Bastille, j'avais repéré ce graffiti qui évoquait la fameuse affaire des diamants qui fut fatale à VGE.

Il y avait d'autres graffiti dans le quartier :


Et puis, ce fut le 10 Mai, la victoire de François Mitterrand, célébrée place de la Bastille, avant qu'un énorme orage n'éclate.

Sur un kiosque à journaux de la Bastille, un anonyme rappelait ce soir-là à Giscard qu'il aurait peut-être dû éviter les chasses africaines chez Bokassa :
 Le 21 Mai, j'étais rue Soufflot dans la foule massée devant le Panthéon où François Mitterrand, le jour de sa prise de pouvoir, venait accomplir un rituel républicain parsemé de roses. Les épines n'ont pas tardé.

De toute cette période, ma photo préférée, c'est celle de ce jeune garçon dont la tête émerge de la foule, place de la Bastille, le jour du meeting communiste. Comme les révolutionnaires de 1789, il brandit une pique au bout de laquelle est plantée une tête, en l'occurrence un masque de Giscard.

mercredi 13 avril 2011

Course pour l'Elysée 2012 : la liste des partants

Résumons donc la liste provisoire des partants pour la course de 2012 :
  1. Nicolas Sarkozy
  2. Dominique de Villepin
  3. François Bayrou
  4. Jean-Louis Borloo
  5. Nicolas Dupont-Aignan
  6. Christine Boutin
  7. Un autre zozo de droite qui va forcément se manifester (il y a pléthore)
  8. DSK ou François Hollande ou Martine Aubry
  9. Un socialiste inconnu mal habillé mais très en colère
  10. Jean-Luc Mélenchon
  11. Un stalinien anti-Mélenchon
  12. Nicolas Hulot
  13. Une verte dissidente et sans doute norvégienne (Eva Joly)
  14. Un trotskiste
  15. Un autre trotskiste
  16. Un troisième trotskiste (il y en a toujours trois pour une présidentielle française)
  17. Marine Le Pen
  18. Un dissident du FN aux cheveux très courts
  19. Un barjot quelconque
  20. Un royaliste, un punk ou un punk royaliste
  21. Un autre barjot inévitable
Je sens qu’on va se marrer.

vendredi 1 avril 2011

RSF : Renégat Sans Frontières, alias Robert Ménard

Avec Robert Ménard, on n’est jamais déçu. Je vous ai déjà parlé de cet olibrius (lire ici) (ou encore ici)L’ex-défenseur autoproclamé de la liberté de la presse va publier le 21 avril un petit pamphlet de 20 pages. Il a réussi à faire plus court que Stéphane Hessel. L’opuscule s’intitule : «Vive Le Pen !».

C’est le nouveau filon de l’édition politique : on écrit quelques pages énervées qu’on vend deux francs six sous et on s’assure un triomphe en librairie.


Ce pied-noir vibrionnant, fils d’un imprimeur OAS d’Oran, a mangé à tous les râteliers : tenté par la prêtrise et trotskyste sauce LCR dans sa jeunesse, il est conquis à l’âge adulte par le socialisme à la Mitterrand, puis, 25 ans plus tard, par les idées de Nicolas Sarkozy qui lui a accordé la Légion d'Honneur. Honneur et Ménard, ça ne rime pas vraiment, mais passons.




On pouvait espérer que ce cheval fou arrêterait là sa promenade sur l’échiquier politique. Non, il lui manquait une dernière case à explorer : le Front National.

Dans son brûlot, Ménard prend la défense des électeurs de Marine et Jean-Marie Le Pen. Il estime qu’ils sont injustement méprisés par les médias et les commentateurs. Cet argument n’est pas faux. Si environ 15% des électeurs sont aimantés par le discours droitier ripoliné de Marine Le Pen, il faut les prendre en compte. Ces Français existent et s’expriment. Les idées du Front National sont absurdes et dangereuses, mais elles trouvent un large écho dans un pays déboussolé, abandonné par une classe politique incapable, depuis une trentaine d’années, de relever les défis contemporains : immigration, insécurité, mondialisation. Et surtout : chômage, éducation, reconversion industrielle, recherche, investissement, équilibre budgétaire.

Le Front National prospère parce que la droite post-gaulliste et la gauche des apparatchiks n’ont pas agi quand il en était encore temps.

N’oublions pas non plus que c’est François Mitterrand, arrivant au pouvoir, qui a recomposé de manière machiavélique et à son avantage le paysage politique français par une double manœuvre. D’abord, Mitterrand a méthodiquement organisé l’anéantissement du Parti Communiste pour assurer la suprématie du PS à gauche. Mission désormais accomplie. Et, à droite, Mitterrand a diabolisé de manière théâtrale le Front National qui est devenu soudain très attrayant, comme tout ce qui sent le soufre, pour la frange la plus conservatrice de l’électorat. De cette façon l’UNR/UDR/RPR/UMP a été dépecé. Le processus est toujours en cours. L’effondrement spectaculaire du sarkozysme en est l’illustration flagrante.

Robert Ménard est un opportuniste, une girouette qui tourne toujours dans le sens du vent. Le parti qui monte mais que les beaux esprits vomissent, c’est le Front National. Alors, «Vive Le Pen !», s’écrie Robert. Peu importe si le programme du FN est un tissu d’âneries : sortie de l’Euro, fermeture des frontières, préférence nationale et tout le tintouin. Les expériences de gestion municipale par des élus du FN ont été des catastrophes. Robert Ménard n’est pas regardant, c’est un mercenaire : Bob Ménard = Bob Denard. Il transporte ses valises dans le lieu où on le remarquera le plus, jusqu'au Qatar si nécessaire. Ménard fait l’intéressant, lui qui l’est si peu. 

Ses valises sont déjà bien lourdes. Il a déjà exprimé publiquement son soutien à la peine de mort, à la torture (mais oui !) et son homophobie, sans oublier son plaidoyer pour Dieudonné. En arrivant avec armes et bagages dans les faubourgs de l’extrême droite, il est déjà largement en phase avec le parfum idéologique de Marine Le Pen ("Héritage" par Jean- Paul Guerlain)


Le FN a un nouveau compagnon de route, moins bourré que le pro-hitlérien de bistrot John Galliano mais tout aussi vindicatif. Il n'est pas certain que la frontiste blonde s'en réjouisse très longtemps, tant Ménard est changeant et imprévisible. D'ici à quelques mois, il n'est pas impossible qu'il aille faire des risettes à Mélenchon. Au point où il en est...
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Pour mieux comprendre le personnage, je vous propose de lire l'article de Guillemette Faure dans "Les Inrocks" (paru en avril 2011)