"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mardi 6 mars 2012

Nicolas Sarkozy à pieds joints dans la marmite halal

Ainsi donc, selon Nicolas Sarkozy, le sujet de la viande halal serait «la première préoccupation des Français». Le candidat-président, à la ramasse dans les sondages, l'a déclaré hier lors d'un déplacement à Saint-Quentin dans l'Aisne.




Nicolas Sarkozy préside depuis presque cinq ans un pays perclus par le chômage de masse, un pays frappé par une inquiétante désindustrialisation, un pays qui compte 8 millions de pauvres. Un pays qui a abandonné sa jeunesse dans la précarité. Un pays dont le système éducatif est en déroute et où les déficits publics se creusent dangereusement. Nicolas Sarkozy préside ce pays-là et, sans rire, il affirme néanmoins que la «première préoccupation» de ses concitoyens, c'est la viande halal.

Pour beaucoup de Français, avant même de se préoccuper de l'origine de la viande et des conditions d'abattage des animaux de boucherie, le principal souci est de pouvoir s'acheter de la viande. De la viande tout court.

Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre pourquoi le candidat de l'UMP a enfourché ce douteux cheval de bataille, une «Rossinante» cagneuse tout droit sortie des écuries du Front National, succursale contemporaine des écuries d'Augias. 





Marine Le Pen a réchauffé, avec l'abattage (oups ! ça m'a échappé) qu'on lui connait, ce vieil argument identitaire. Ce thème du halal est voisin des soupes populaires à la viande de porc organisées par ses partisans pour en écarter les musulmans. Vieille soupe, marmite ébréchée.


Claude Guéant, avec sa subtilité coutumière, a affirmé de son côté qu'accorder le droit de vote aux étrangers aux élections municipales conduirait à imposer la nourriture halal dans les cantines scolaires. Nos chères têtes blondes nourries de force dans des assiettes islamistes !



Ce ragoût politicien où la sauce frontiste se mélange allègrement aux épices de la droite parlementaire devient gluant. Brigitte Bardot a tenu à ajouter son grain de sel. La recette est exquise. Vous m'en mettrez une louche !

L'extrême nervosité sondagière de Nicolas Sarkozy le pousse à plonger la tête en avant dans le rata nauséabond mitonné par Marine Le Pen. Il risque fort de boire le bouillon.

Notons au passage que Mme Le Pen s'émeut du sort réservé au bétail mais souhaite toujours rétablir la peine de mort pour les êtres humains. Drôle de logique du zigouillage.

Les méthodes de l'abattage rituel méritent certes d'être examinées et réformées. Il y a, dans ce domaine, une dérive d'ordre économique : il est moins cher pour les abattoirs de produire en grande quantité de la viande halal ou casher, quitte à en vendre ensuite une partie dans le circuit non confessionnel. Cette viande n'a pas un goût différent ni une apparence particulière. Ce n'est pas un problème de civilisation ni d'identité nationale. C'est un problème de boucherie.

Et ce n'est assurément pas le sujet central autour duquel un débat électoral national devrait tourner, surtout dans un pays qui doit relever des défis beaucoup plus cruciaux et urgents.


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Pour information, voici un sondage TNS Sofres, réalisé pour le quotidien "La Croix" le 20 février dernier, qui détaille les sujets de préoccupation des Français. Les vrais sujets. 


dimanche 19 février 2012

Un déçu du sarkozysme tenté par Mélenchon




J'avais voté pour Nicolas Sarkozy aux deux tours de l'élection présidentielle de 2007. Je ne le ferai pas à nouveau en 2012. 

Il y a cinq ans, je croyais que cet homme intelligent et volontaire allait enfin bousculer les mauvaises habitudes de la France. Donner à «notre cher et vieux pays» (comme disait De Gaulle) un bon coup de pied au cul. Il en avait besoin et c'est toujours le cas.

Par le passé, j'avais toujours voté à gauche. Pour Sarkozy, j'acceptais de faire une exception. Face à lui, l'imprévisible et fantasque Ségolène Royal ne me paraissait pas crédible. Je pensais, à tort, que le candidat de droite pourrait secouer le cocotier.

Un nouvel élu à l'Elysée dispose d'un temps très court pour faire passer les réformes les plus difficiles. Au début de son mandat, porté par l'euphorie de la victoire, il peut imposer à ses partisans enamourés des changements salutaires. Après, au bout de quelques mois, le charme de la nouveauté s'émousse et les pesanteurs du corporatisme et des lobbys bloquent à nouveau toutes les initiatives.

Nicolas Sarkozy a totalement raté le début de son quinquennat. Quand l'entame est moisie, le reste du pain pourrit très vite.

J'étais Place de la Concorde le soir de sa victoire, le 6 mai 2007. Je voulais voir ça. Je voulais comparer l'ambiance avec celle du 10 mai 1981, Place de la Bastille, où j'étais également présent, à l'occasion de l'élection de François Mitterrand. La Bastille, c'était formidable. Le désenchantement qui a suivi a duré 14 longues années.

La Concorde, le 6 mai 2007, c'était lugubre. La foule était assez clairsemée. Le vainqueur festoyait avec ses amis au Fouquet's et se faisait attendre. Sur la scène installée devant l'obélisque, des politicards ébahis meublaient le temps mort. Du côté «people», on apercevait Mireille Mathieu, Enrico Macias et Gilbert Montagné. Ça commençait plutôt mal.

Et puis, très tard, Sarkozy est arrivé, trainant derrière lui son épouse de l'époque, la récalcitrante Cécilia. Il a fait un petit discours dont je ne me souviens plus très bien et il est reparti.

Passons sur cet épisode médiocre du premier soir. La suite, nous la connaissons : les mauvais symboles (le yacht de Bolloré, l'agitation médiatique, etc.) et les premières mesures erratiques, essentiellement fiscales, en direction de son électorat le plus privilégié. Tout ça pour ça.

En apéro, Nicolas Sarkozy offrit quelques zakouskis pour donner l'illusion de la «rupture» : Fadéla, Rama, Rachida sans oublier Kouchner. Le peinturlurage de la diversité et de l'ouverture s'est vite craquelé. Sarkozy a galvaudé la première année de son mandat en n'engageant pas fermement le pays vers une modernisation nécessaire. Il est resté sur les acquis, grisé qu'il était par son ascension.

Un an plus tard, la crise financière a déferlé sur le système capitaliste, touchant avec un petit retard l'économie française. Sarkozy s'est démené comme il a pu. Le défi était immense pour le dirigeant d'un pays ankylosé par un dialogue social quasi inexistant : un patronat rigide et des syndicats non-représentatifs et profondément conservateurs. C'était très mal parti.

Nicolas Sarkozy et son gouvernement se sont attaqués cependant à des dossiers sérieux, avec des résultats en trompe-l'oeil. La réforme des régimes spéciaux (SNCF, RATP, etc.) est une illusion. Elle coûte plus cher à appliquer que le système antérieur. La réforme des retraites, absolument indispensable, a été timide et incomplète. Il va falloir la revoir totalement, avec courage, sous peine de voir s'écrouler le financement des pensions dans les prochaines années.

Sur des points secondaires, Nicolas Sarkozy a reculé face aux lobbys. Je pense notamment aux taxis parisiens. Il était question d'en augmenter le nombre, trop faible pour la capitale. En 1920, il y avait 25.000 taxis à Paris. Il n'y en a aujourd'hui que 17.000 pour une demande beaucoup plus forte. Les chauffeurs de taxi se sont révoltés. Pas question d'encourager la concurrence, même si les voitures disponibles sont rares et, pour beaucoup, agglutinées dans les aéroports. Les chauffeurs de taxi ont bloqué Paris pendant 48 heures. La réforme nécessaire de leur profession a été enterrée prestement. Sur ce point comme beaucoup d'autres, Nicolas Sarkozy a flanché.

Comment prétendre abattre le «capitalisme financier» quand on plie aussi vite devant les vociférations d'une corporation très minoritaire ?

©Plantu/Le Monde
Investi de la légitimité d'une victoire nette à l'élection présidentielle et soutenu par une solide majorité, Nicolas Sarkozy aurait pu aussi s'attaquer sans attendre au fléau social inventé par le gouvernement de Lionel Jospin sous l'impulsion de Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry : la réduction du temps de travail à 35 heures, une mesure suicidaire qui plombe l'économie française sans réduire le chômage. Sarkozy a vaguement écorné ce boulet sans jamais oser vraiment en délivrer les entreprises. Encore une occasion ratée.

Parallèlement, Nicolas Sarkozy a satisfait les revendications extravagantes de certains secteurs comme celui de la restauration. La baisse de la TVA représente un cadeau annuel de 3 milliards d'€. Les restaurateurs n'ont que très partiellement utilisé cette énorme cagnotte pour, comme ils l'avaient promis, embaucher, investir et baisser le prix des menus.

Je pourrais multiplier les exemples. Nicolas Sarkozy, englouti par la crise financière internationale, a géré les affaires à la petite semaine. Ces derniers mois, il a multiplié jusqu'au grotesque les «réunions de la dernière chance» destinées à «sauver l'Europe». Ces derniers jours, sentant l'échéance de sa difficile réélection approcher, il a brandi le référendum comme arme suprême pour «redonner la parole au peuple» sur l'immigration et les allocations chômage. Petite manœuvre qui n'engage à rien mais qui peut plaire à son électorat le plus droitier.

Nicolas Sarkozy qui a eu tous les pouvoirs n'a pas engagé le pays vers le sursaut économique. Il aurait pu réformer profondément la formation professionnelle, favoriser la recherche et inciter les entreprises à investir. Formation, recherche, investissement. L'équation est pourtant évidente.

Il a aussi abandonné la jeunesse, tout particulièrement celle des banlieues. Rien n'avait été fait de sérieux par les socialistes auparavant dans ce domaine. Nicolas Sarkozy a persévéré dans l'inaction. Il est incroyable de constater que l'ambassadeur des Etats-Unis en France est plus investi dans les quartiers difficiles que ne l'est le gouvernement français qui se contente de déployer des CRS. On a même vu récemment des émissaires du Qatar distribuer des bourses dans les cités.

Je crois que Nicolas Sarkozy a des qualités et une énergie hors du commun. Mais il les a mal utilisées pendant les cinq années de sa présidence. C'est un gâchis.

Je suis donc un «déçu du sarkozysme». Je n'espérais pas tout de lui. Mais quand même un peu plus que ce qu'il a réalisé. Le principal reproche que je lui adresse est simple : il n'a pas fait ce qu'il avait promis de faire. Sarkozy n'a pas fait du Sarkozy. On aurait pu juger sur pièces s'il était allé au bout de son programme de 2007. Il nous en a offert une version «light», insipide et désordonnée.

Alors, maintenant, en 2012, quelle est l'alternative ? Elle est hétéroclite et peu mobilisatrice. J'oublie volontairement les candidatures subalternes : Dominique de Villepin, Eva Joly (pathétique !), Nicolas Dupont-Aignan, les deux trotskistes (beaucoup plus fades que d'habitude) et quelques inévitables hurluberlus. Par chance, Boutin, Morin et Chevènement ont plié boutique en évitant de prolonger la situation ridicule où ils s'étaient plongés.

Marine Le Pen surnage dans ce marigot. Elle est coriace et maîtrise à merveille l'outil télévisuel. Son discours sociétal reste aussi nauséabond que celui de son père. Son programme économique est absolument aberrant. Le retour au Franc et le protectionnisme cocardier ne sont que des fadaises inapplicables, de fausses solutions offertes à un électorat déboussolé qu'elle tente de séduire avec la formule illusoire : «c'était mieux avant». Confier les commandes à Marine Le Pen reviendrait à plonger la France, non pas au niveau de la Grèce, mais à celui de l'Albanie.

François Bayrou a peaufiné son sempiternel discours sur «la troisième voie», ni gauche ni droite. Face à la médiocrité ambiante, il en deviendrait presque intéressant. Mais l'homme est affreusement seul, sans appui et sans relais. On sait depuis 1965, grâce à Jean Lecanuet, que le centrisme en France est une baudruche vide. Valéry Giscard d'Estaing, pourtant issu du centre, ne s'y est pas trompé en gouvernant à droite.

François Hollande fait de beaux efforts de concentration, en se drapant ostensiblement dans les frusques de Mitterrand. Il a réussi à maintenir l'apparence d'une unité autour de lui, ce que son ex-épouse Ségolène Royal n'était pas parvenu à réaliser il y a cinq ans. Mais il louvoie encore autour d'un programme sans souffle et sans ligne directrice. C'est de la social-démocratie de deuxième main, alors que les temps difficiles que nous traversons réclament des choix clairs, audacieux et parfois brutaux. Les quatorze années du mitterrandisme nous ont appris que le PS pouvait gouverner mais ne savait pas choisir. Hollande, cela risque fort d'être du Mitterrand sans inspiration, avec sans doute moins de machiavélisme. C'est déjà ça.

Alors, il reste Jean-Luc Mélenchon. Je suis à l'opposé de 95% de ses idées. Son alliance stratégique avec le reliquat du PCF devrait m'en détourner encore davantage. Et pourtant, il y a chez Mélenchon une hargne salutaire. Je pense que le bonhomme est sincère. Il fonce dans le tas, se contrefiche des petits marquis de la communication et bouscule le ronron policé de l'espace médiatique. Il parle vrai, au service d'une ligne politique que je ne partage pas. Mais on l'écoute. Je l'écoute. 

Quand il parle «au nom du peuple» (comme le font les autres sans savoir ce que cela veut dire), il n'est pas ridicule. Il se présente comme le candidat des «pouilleux». Ils sont peu à réclamer cette étiquette. J'aime sa véhémence, sa culture historique, son maniement subtil de la langue. L'homme est un peu roublard mais diablement intelligent. Il est beaucoup plus aiguisé politiquement que ne l'était Georges Marchais, marionnette issue du stalinisme. Mélenchon, c'est une sorte de Georges Frêche qui ne dirait pas d'ignominies. Et Frêche a été un homme politique majeur, malgré les scories de son parcours.

Dans ce choix qu'on nous offre, je suis donc tenté de faire le grand écart. Passer de Sarkozy à Mélenchon. Oui, carrément ! Non pas que je signe des deux mains le programme du «Front de Gauche», loin de là ! Mais je veux, avec un tout petit bulletin de vote, exprimer ma profonde aversion face à l'expérience Sarkozy.

Le vote Hollande n'est qu'un «vote utile», pas très grisant. On sait où cela va conduire : à une politique de gestion pépère, probablement un peu moins inégalitaire. Pas de quoi rêver.

Si je ne change pas d'avis avant d'entrer dans l'isoloir, le vote Mélenchon serait clairement pour moi un vote protestataire. Je ne prends pas de grands risques : Mélenchon n'accèdera pas au second tour. Mais j'espère que son score sera solide, grâce à des voix populaires qui échapperaient ainsi aux mirages du FN.

Un bon score pour Mélenchon, ce serait surtout un avertissement pour le PS : un coup de cravache pour ne pas rêvasser dans la tempête. 

samedi 5 mars 2011

Marine a le vent en poupe


Les sondages à plus d’un an d’un scrutin présidentiel, ça ne vaut pas tripette. Mais tout de même, celui-ci mérite d’être noté, comme une sorte d'avertissement, sans frais pour l'instant.

Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour de l'élection présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et la socialiste Martine Aubry, selon un sondage Harris Interactive pour ‘Le Parisien Dimanche’.

D'après cette enquête, la présidente du Front national recueillerait 23% des voix, contre 21% pour le président sortant, à égalité avec le premier secrétaire du Parti socialiste.

C'est la première fois dans une étude sur les intentions de vote pour le scrutin présidentiel de l'an prochain que Marine Le Pen est donnée présente au second tour.

Marine Le Pen s'est félicitée de ce résultat lors d'une conférence de presse dans le Pas-de-Calais.

"Ce sondage me laisse penser que Nicolas Sarkozy perdra cette élection présidentielle", a-t-elle déclaré. "D'ores et déjà il est presque éliminé de ce second tour".

"Je pense qu'on assiste là, enfin je l'espère, aux prémices d'un réveil du peuple français, a-t-elle ajouté. C'est très à la mode le réveil des peuples en ce moment. Il n'y a pas de raison que le peuple français ne se réveille pas."

Dans le même sondage réalisé du 28 février au 3 mars 2011 auprès de 1.618 personnes âgées de 18 ans et plus, le président du Mouvement démocrate François Bayrou est crédité de 8% des intentions de vote, devant l'écologiste Eva Joly et l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, à égalité à 7%.

Je vous propose de relire ce qu’écrivait ANYHOW en décembre dernier en cliquant ici : «Les dégâts de la Marine».

lundi 21 février 2011

Boris Boillon et Marine Le Pen : débat sur le corps diplomatique

Depuis combien de temps Marine Le Pen n’a-t-elle pas eu dans son sac à main la photo d’un homme en maillot de bain ? Depuis vraiment très longtemps, à en juger par son dégoût prononcé...
Le mérite en revient à Boris Boillon, le sémillant ambassadeur de France en Tunisie. Vous connaissez l’histoire que j’ai racontée ici un peu avant tout le monde.
La plastique de ce corps diplomatique révulse la présidente du Front National. Voyez ses éructations indignées, exprimées dimanche sur I-télé.


Une enquête pourrait maintenant être lancée : quelle est la vie sexuelle de Marine Le Pen ? Si elle prétend un jour accéder aux plus hautes fonctions de la République, ce n'est pas une question déplacée.

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Petit additif en date du 20 mars - Le secret du buzz sur Internet, c'est ça : Marine Le Pen et un diplomate en maillot de bain. C'est, de très loin, la page la plus consultée à ce jour sur le blog ANYHOW. Déjà plus de 30.000 consultations pour cette seule page... Merci Boris, merci Marine !

lundi 14 février 2011

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen : deux putois dans un pique-nique



Une heure bizarre ce matin de radio et de télé sur RMC et BFMTV : la confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Le choc des fronts : le Front de Gauche contre le Front National. Finalement, rien de nouveau n’a été dit.

On les connaît bien, les deux personnages. Deux spécialistes du discours vibrionnant, deux experts de la formule à l’emporte-pièce, deux putois dans le pique-nique de l’establishment.

J’aime beaucoup cette expression de la langue anglaise : ‘skunk at the picnic’. L’animal indésirable (skunk : le putois) s’invite à la partie de campagne et gâche l’instant champêtre. C’est le rôle dévoué à Jean-Luc et Marine : jouer les trouble-fête, mais au bout du compte, une fois la frayeur passée, les convives du pique-nique continuent leurs agapes.

Quand deux putois se rencontrent, ils se racontent des histoires de mustélidés (la famille zoologique des putois). Ça ne fait jamais progresser le débat politique mais c’est parfois distrayant.

La meilleure saillie, totalement gratuite et pas du tout étayée, a été lancée par Marine Le Pen à l’adresse de Jean-Luc Mélenchon : "Vous êtes un peu la Yvette Horner de la politique". Cette remarque ne veut strictement rien dire. Que vient faire la vieille accordéoniste (88 ans, paisible retraitée à Tarbes –voir en cliquant ici et également ici) dans ce débat de 2011, préfiguration des débats présidentiels de 2012 ?

Peu importe. La formule est lâchée. Elle n’a aucun sens mais c’est ce qu’on retiendra principalement de cet échange vif et creux entre la blonde héritière Le Pen et le grigou de l’ultra-gauche, ex-socialiste.

Il m’a semblé néanmoins que Marine paraissait désarçonnée par le franc-parler de Jean-Luc, par son discours plus construit, par son sens de la répartie plus aiguisé. Mélenchon est plus rapide, moins mécanique. La fille de Jean-Marie s’est accrochée à ses fiches, à ses certitudes souvent indéfendables. Mélenchon, plus malin, mieux adapté à la nature de l’exercice, a réagi avec davantage d’à-propos.

Cette bataille de putois de ligue 2 semble toutefois assez vaine et périphérique. On amuse la galerie. On grignote les zakouskis avant le plat de résistance. La politique française, si elle se résumait à cette algarade entre seconds couteaux émoussés, ne pèserait pas lourd.

Nous attendons désormais les échanges entre celles et ceux qui prétendent vraiment nous gouverner. Au risque, malheureusement, d’être tout aussi déçus.

dimanche 12 décembre 2010

Les dégâts de la Marine


Vous avez frémi le 21 Avril 2002, sur le coup de 20 heures ? Vous allez ressentir les mêmes sueurs froides, probablement décuplées, lorsque, au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, vous découvrirez le score du Front National. Ce printemps-là va paraître glacial à bon nombre de beaux esprits angélistes.

La campagne de conquête entamée par Marine Le Pen va faire des dégâts, à gauche et à droite, sans doute plus destructeurs que le séisme soulevé par son père Jean-Marie qui avait banni à jamais Lionel Jospin sur l’ile de Ré.

Aujourd’hui, le terrain se présente encore plus favorablement pour le FN qu’il y a 8 ans.

D’abord, regardez partout en Europe : la droite nationaliste ou populiste, l’extrême-droite, les krypto-fascistes, tous ces courants politiques gagnent en force et progressent dans tous les types d’élections. C’est vrai au Danemark, en Suède, en Finlande, aux Pays-Bas, en Belgique ou encore en Suisse. On pourrait multiplier les exemples.

En France, Nicolas Sarkozy, malgré les rodomontades de sa politique sécuritaire, n’a pas réussi à fidéliser durablement les partisans de l’ordre. Les scores du FN aux régionales de cette année sont éloquents : 11% au premier tour (moyenne nationale), avec des percées spectaculaires : 20 % pour la liste conduite par Jean-Marie Le Pen en PACA et plus de 18 % pour sa fille Marine dans le Nord-Pas-de-Calais.

Une large frange de l’électorat populaire, un moment séduite par la rhétorique droitière de Nicolas Sarkozy, s’en est détournée. Les raisons de ce désamour sont nombreuses et bien connues : crise économique, style ostentatoire et désordonné du président, accommodements ou recul sur de nombreuses promesses électorales du leader de l’UMP.

La politique d’ouverture a en outre crispé et déboussolé encore davantage les citoyens vraiment conservateurs. Le racolage des socialistes à la recherche d’un portefeuille (Bernard Kouchner, par exemple) et la nomination des gadgets de la diversité (Rama Yade, Fadéla Amara, Rachida Dati) ont suscité un rejet instinctif dans cette partie frileuse de l’opinion publique.

Pour enrichir le terreau sur lequel Marine Le Pen cultive avec brio le ressentiment semé depuis longtemps par son vieux père, certains épisodes hautement médiatisés ont joué leur rôle. Par exemple, le fiasco de l’équipe de France de football en Afrique du Sud et le comportement de la plupart des joueurs assimilés à de la «racaille» sont désormais imprimés dans l’inconscient collectif. Je ne vais pas vous faire un dessin. Regardez les photos, comptez le pognon de ces sportifs en débandade, c’est du pain béni pour le FN.

A gauche, depuis que François Mitterrand a cessé, en mourant, de jouer au maître d’école, c’est la bagarre continuelle dans la cour de la rue de Solférino. La foire aux vanités et aux égos rend improbable tout sursaut collectif pouvant conduire à une victoire. Il est piquant de constater que seul un dissident socialiste, le tonitruant Jean-Luc Mélenchon, parvient encore à faire entendre des idées de gauche qu’il assaisonne de piques démagogiques proches de celles de feu Georges Frêche.

Marine Le Pen a de nombreuses cartes en main : l’échec patent de l’expérience Sarkozy, une crise sociale qui s’aggrave en dépit des camouflages de Bercy, une gauche en capilotade. Ajoutez à cela, et ce n’est pas le moindre facteur, un ordre économique international totalement chamboulé.

Ecoutez bien l’égérie frontiste. Le vieux fond de commerce des menaces de l’immigration n’est pas oublié. Pour preuve : la récente comparaison établie par Marine Le Pen entre «l’occupation» de certaines rues par des musulmans en prière et «l’occupation» militaire allemande dans les années 40.

Il convient, à ce sujet, de visionner la vidéo enregistrée il y a quelques jours dans la rue Myrha (18ème arrondissement de Paris). Cette vidéo est visible sur le site de propagande du FN. Au vu de ces images, Marine Le Pen est fondée à dire que l’espace public est «occupé» par les fidèles d’une religion, l’Islam en l’occurrence. Le maire socialiste de l’arrondissement, Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur, ne fait rien pour y remédier. Mais c’est évidemment le parallèle avec l’occupation nazie qui est outrancier. Le Front National n’a guère changé sur ce point : c’est un parti qui s’est toujours dangereusement fourvoyé en invoquant l’Histoire et ses détails.

Il n’empêche que, en dehors de cette récente saillie, la thématique de l’immigration est passée au second plan dans le discours relooké du FN.

Marine Le Pen parle principalement d’économie (pas toujours en experte), de mondialisation, de délocalisations. Le péril islamiste reste évidemment dans la panoplie du FN. Mais le péril jaune le supplante désormais.

La France, ancienne grande puissance politique et économique, se rabougrit. Ce n’est pas une présidence du G20 qui pourra y remédier, n’en déplaise à l’occupant actuel de l’Elysée. La poussée inexorable de la Chine (et d’autres pays comme l’Inde et le Brésil) fait reculer dans un recoin de la planisphère des pays affaiblis comme le nôtre. Marine Le Pen se saisit de cette situation réelle et inquiétante pour brandir l’étendard sanglant du protectionnisme. Vieille antienne éculée, mais qu’importe, puisque ça marche toujours auprès des gens mal informés.

Pour conforter son assise politique, Marine Le Pen est en train de purger le Front National des remugles hérités de son père. Bruno Gollnisch est un des derniers vestiges qui résistent encore dans l’appareil du FN, ancienne mouture. Mais son sort est scellé. Place aux jeunes !

Cette femme blonde de 42 ans au bagou inextinguible, dotée d’un immense culot et d’une incontestable maestria télévisuelle (son récent passage dans «A vous de juger» a pulvérisé la vacillante Rachida Dati), peut faire un gros carton en 2012.

Les circonstances jouent nettement en sa faveur : faiblesse et division de ses adversaires de gauche comme de droite, paysage économique désastreux, sentiment confus que tout va de mal en pis. Une situation rêvée pour un parti protestataire.

Marine Le Pen apporte, dans la plupart des cas, de mauvaises réponses aux questions pressantes qu’elle soulève. Mais, dans le personnel politique français, elle est la seule à se faire entendre haut et fort. En 2012, prévoyez du grabuge.