




Ce ragoût politicien où la sauce frontiste se mélange allègrement aux épices de la droite parlementaire devient gluant. Brigitte Bardot a tenu à ajouter son grain de sel. La recette est exquise. Vous m'en mettrez une louche !

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©Plantu/Le Monde |
Les sondages à plus d’un an d’un scrutin présidentiel, ça ne vaut pas tripette. Mais tout de même, celui-ci mérite d’être noté, comme une sorte d'avertissement, sans frais pour l'instant.
Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour de l'élection présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et la socialiste Martine Aubry, selon un sondage Harris Interactive pour ‘Le Parisien Dimanche’.
D'après cette enquête, la présidente du Front national recueillerait 23% des voix, contre 21% pour le président sortant, à égalité avec le premier secrétaire du Parti socialiste.
C'est la première fois dans une étude sur les intentions de vote pour le scrutin présidentiel de l'an prochain que Marine Le Pen est donnée présente au second tour.
Marine Le Pen s'est félicitée de ce résultat lors d'une conférence de presse dans le Pas-de-Calais.
"Ce sondage me laisse penser que Nicolas Sarkozy perdra cette élection présidentielle", a-t-elle déclaré. "D'ores et déjà il est presque éliminé de ce second tour".
"Je pense qu'on assiste là, enfin je l'espère, aux prémices d'un réveil du peuple français, a-t-elle ajouté. C'est très à la mode le réveil des peuples en ce moment. Il n'y a pas de raison que le peuple français ne se réveille pas."
Dans le même sondage réalisé du 28 février au 3 mars 2011 auprès de 1.618 personnes âgées de 18 ans et plus, le président du Mouvement démocrate François Bayrou est crédité de 8% des intentions de vote, devant l'écologiste Eva Joly et l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, à égalité à 7%.
Je vous propose de relire ce qu’écrivait ANYHOW en décembre dernier en cliquant ici : «Les dégâts de la Marine».
Une heure bizarre ce matin de radio et de télé sur RMC et BFMTV : la confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Le choc des fronts : le Front de Gauche contre le Front National. Finalement, rien de nouveau n’a été dit.
On les connaît bien, les deux personnages. Deux spécialistes du discours vibrionnant, deux experts de la formule à l’emporte-pièce, deux putois dans le pique-nique de l’establishment.
J’aime beaucoup cette expression de la langue anglaise : ‘skunk at the picnic’. L’animal indésirable (skunk : le putois) s’invite à la partie de campagne et gâche l’instant champêtre. C’est le rôle dévoué à Jean-Luc et Marine : jouer les trouble-fête, mais au bout du compte, une fois la frayeur passée, les convives du pique-nique continuent leurs agapes.
La meilleure saillie, totalement gratuite et pas du tout étayée, a été lancée par Marine Le Pen à l’adresse de Jean-Luc Mélenchon : "Vous êtes un peu la Yvette Horner de la politique". Cette remarque ne veut strictement rien dire. Que vient faire la vieille accordéoniste (88 ans, paisible retraitée à Tarbes –voir en cliquant ici et également ici) dans ce débat de 2011, préfiguration des débats présidentiels de 2012 ?
Peu importe. La formule est lâchée. Elle n’a aucun sens mais c’est ce qu’on retiendra principalement de cet échange vif et creux entre la blonde héritière Le Pen et le grigou de l’ultra-gauche, ex-socialiste.
Il m’a semblé néanmoins que Marine paraissait désarçonnée par le franc-parler de Jean-Luc, par son discours plus construit, par son sens de la répartie plus aiguisé. Mélenchon est plus rapide, moins mécanique. La fille de Jean-Marie s’est accrochée à ses fiches, à ses certitudes souvent indéfendables. Mélenchon, plus malin, mieux adapté à la nature de l’exercice, a réagi avec davantage d’à-propos.
Cette bataille de putois de ligue 2 semble toutefois assez vaine et périphérique. On amuse la galerie. On grignote les zakouskis avant le plat de résistance. La politique française, si elle se résumait à cette algarade entre seconds couteaux émoussés, ne pèserait pas lourd.
Nous attendons désormais les échanges entre celles et ceux qui prétendent vraiment nous gouverner. Au risque, malheureusement, d’être tout aussi déçus.
Vous avez frémi le 21 Avril 2002, sur le coup de 20 heures ? Vous allez ressentir les mêmes sueurs froides, probablement décuplées, lorsque, au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, vous découvrirez le score du Front National. Ce printemps-là va paraître glacial à bon nombre de beaux esprits angélistes.
La campagne de conquête entamée par Marine Le Pen va faire des dégâts, à gauche et à droite, sans doute plus destructeurs que le séisme soulevé par son père Jean-Marie qui avait banni à jamais Lionel Jospin sur l’ile de Ré.
Aujourd’hui, le terrain se présente encore plus favorablement pour le FN qu’il y a 8 ans.
D’abord, regardez partout en Europe : la droite nationaliste ou populiste, l’extrême-droite, les krypto-fascistes, tous ces courants politiques gagnent en force et progressent dans tous les types d’élections. C’est vrai au Danemark, en Suède, en Finlande, aux Pays-Bas, en Belgique ou encore en Suisse. On pourrait multiplier les exemples.
En France, Nicolas Sarkozy, malgré les rodomontades de sa politique sécuritaire, n’a pas réussi à fidéliser durablement les partisans de l’ordre. Les scores du FN aux régionales de cette année sont éloquents : 11% au premier tour (moyenne nationale), avec des percées spectaculaires : 20 % pour la liste conduite par Jean-Marie Le Pen en PACA et plus de 18 % pour sa fille Marine dans le Nord-Pas-de-Calais.
Une large frange de l’électorat populaire, un moment séduite par la rhétorique droitière de Nicolas Sarkozy, s’en est détournée. Les raisons de ce désamour sont nombreuses et bien connues : crise économique, style ostentatoire et désordonné du président, accommodements ou recul sur de nombreuses promesses électorales du leader de l’UMP.
La politique d’ouverture a en outre crispé et déboussolé encore davantage les citoyens vraiment conservateurs. Le racolage des socialistes à la recherche d’un portefeuille (Bernard Kouchner, par exemple) et la nomination des gadgets de la diversité (Rama Yade, Fadéla Amara, Rachida Dati) ont suscité un rejet instinctif dans cette partie frileuse de l’opinion publique.
Pour enrichir le terreau sur lequel Marine Le Pen cultive avec brio le ressentiment semé depuis longtemps par son vieux père, certains épisodes hautement médiatisés ont joué leur rôle. Par exemple, le fiasco de l’équipe de France de football en Afrique du Sud et le comportement de la plupart des joueurs assimilés à de la «racaille» sont désormais imprimés dans l’inconscient collectif. Je ne vais pas vous faire un dessin. Regardez les photos, comptez le pognon de ces sportifs en débandade, c’est du pain béni pour le FN.
A gauche, depuis que François Mitterrand a cessé, en mourant, de jouer au maître d’école, c’est la bagarre continuelle dans la cour de la rue de Solférino. La foire aux vanités et aux égos rend improbable tout sursaut collectif pouvant conduire à une victoire. Il est piquant de constater que seul un dissident socialiste, le tonitruant Jean-Luc Mélenchon, parvient encore à faire entendre des idées de gauche qu’il assaisonne de piques démagogiques proches de celles de feu Georges Frêche.
Marine Le Pen a de nombreuses cartes en main : l’échec patent de l’expérience Sarkozy, une crise sociale qui s’aggrave en dépit des camouflages de Bercy, une gauche en capilotade. Ajoutez à cela, et ce n’est pas le moindre facteur, un ordre économique international totalement chamboulé.
Ecoutez bien l’égérie frontiste. Le vieux fond de commerce des menaces de l’immigration n’est pas oublié. Pour preuve : la récente comparaison établie par Marine Le Pen entre «l’occupation» de certaines rues par des musulmans en prière et «l’occupation» militaire allemande dans les années 40.
Il convient, à ce sujet, de visionner la vidéo enregistrée il y a quelques jours dans la rue Myrha (18ème arrondissement de Paris). Cette vidéo est visible sur le site de propagande du FN. Au vu de ces images, Marine Le Pen est fondée à dire que l’espace public est «occupé» par les fidèles d’une religion, l’Islam en l’occurrence. Le maire socialiste de l’arrondissement, Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur, ne fait rien pour y remédier. Mais c’est évidemment le parallèle avec l’occupation nazie qui est outrancier. Le Front National n’a guère changé sur ce point : c’est un parti qui s’est toujours dangereusement fourvoyé en invoquant l’Histoire et ses détails.
Il n’empêche que, en dehors de cette récente saillie, la thématique de l’immigration est passée au second plan dans le discours relooké du FN.
Marine Le Pen parle principalement d’économie (pas toujours en experte), de mondialisation, de délocalisations. Le péril islamiste reste évidemment dans la panoplie du FN. Mais le péril jaune le supplante désormais.
La France, ancienne grande puissance politique et économique, se rabougrit. Ce n’est pas une présidence du G20 qui pourra y remédier, n’en déplaise à l’occupant actuel de l’Elysée. La poussée inexorable de la Chine (et d’autres pays comme l’Inde et le Brésil) fait reculer dans un recoin de la planisphère des pays affaiblis comme le nôtre. Marine Le Pen se saisit de cette situation réelle et inquiétante pour brandir l’étendard sanglant du protectionnisme. Vieille antienne éculée, mais qu’importe, puisque ça marche toujours auprès des gens mal informés.
Pour conforter son assise politique, Marine Le Pen est en train de purger le Front National des remugles hérités de son père. Bruno Gollnisch est un des derniers vestiges qui résistent encore dans l’appareil du FN, ancienne mouture. Mais son sort est scellé. Place aux jeunes !
Cette femme blonde de 42 ans au bagou inextinguible, dotée d’un immense culot et d’une incontestable maestria télévisuelle (son récent passage dans «A vous de juger» a pulvérisé la vacillante Rachida Dati), peut faire un gros carton en 2012.
Les circonstances jouent nettement en sa faveur : faiblesse et division de ses adversaires de gauche comme de droite, paysage économique désastreux, sentiment confus que tout va de mal en pis. Une situation rêvée pour un parti protestataire.
Marine Le Pen apporte, dans la plupart des cas, de mauvaises réponses aux questions pressantes qu’elle soulève. Mais, dans le personnel politique français, elle est la seule à se faire entendre haut et fort. En 2012, prévoyez du grabuge.