"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 18 avril 2012

Mon vote : rouge et blanc (pas de rosé)


Rouge et blanc. Tels seront mes votes pour le premier et le second tour de l'élection présidentielle.

Rouge au premier tour : ce sera donc Mélenchon. Son programme krypto-bolchévique est absurde de bout en bout. Mais je lui accorde mon suffrage en récompense d'une campagne populaire et ardente. Il a parlé au peuple avec respect et avec amour. Oui, l'amour en politique, c'est rare. Son constat est juste même si ses solutions sont suicidaires. Mélenchon a été "le grand perturbateur" de cette morne campagne, pour reprendre l'expression choisie par "Le Nouvel Observateur". Je voterai pour lui en espérant au passage, modestement, pousser dans ses retranchement un système électoral obsolète : les 500 signatures, les calculs d'apothicaire du CSA, les tartufferies sur les sondages et leur publication interdite (tu parles!) sur Internet. Un bon score de Mélenchon fera aussi réfléchir Hollande. 

Au second tour, je ne voterai pas, comme il y a 5 ans, pour Sarkozy. Il a raté son quinquennat, aveuglé par son arrogance et par sa pusillanimité. Le principal reproche que je lui fais est simple : il n'a pas eu le courage d'appliquer son programme de 2007.  (lire ici des explications plus développées)
Je ne peux pas voter non plus pour Hollande. On sait très bien ce que ça va donner. C'est le retour du PS réformiste petits bras. Je vois déjà ressurgir les fantômes de Fabius et d'Aubry. On n'y coupera pas mais je ne veux pas cautionner, même avec une simple petite voix, ce "revival" des morts-vivants de la sociale démocratie indécise.

Alors, au second tour, je voterai blanc. Je regrette, comme beaucoup, que ce choix ne soit pas comptabilisé. Je voterai quand même. Pour la beauté du geste. Hollande, élu sans moi, fera du replâtrage sur une maison en ruine. Le plus dur est à venir.  

dimanche 19 février 2012

Un déçu du sarkozysme tenté par Mélenchon




J'avais voté pour Nicolas Sarkozy aux deux tours de l'élection présidentielle de 2007. Je ne le ferai pas à nouveau en 2012. 

Il y a cinq ans, je croyais que cet homme intelligent et volontaire allait enfin bousculer les mauvaises habitudes de la France. Donner à «notre cher et vieux pays» (comme disait De Gaulle) un bon coup de pied au cul. Il en avait besoin et c'est toujours le cas.

Par le passé, j'avais toujours voté à gauche. Pour Sarkozy, j'acceptais de faire une exception. Face à lui, l'imprévisible et fantasque Ségolène Royal ne me paraissait pas crédible. Je pensais, à tort, que le candidat de droite pourrait secouer le cocotier.

Un nouvel élu à l'Elysée dispose d'un temps très court pour faire passer les réformes les plus difficiles. Au début de son mandat, porté par l'euphorie de la victoire, il peut imposer à ses partisans enamourés des changements salutaires. Après, au bout de quelques mois, le charme de la nouveauté s'émousse et les pesanteurs du corporatisme et des lobbys bloquent à nouveau toutes les initiatives.

Nicolas Sarkozy a totalement raté le début de son quinquennat. Quand l'entame est moisie, le reste du pain pourrit très vite.

J'étais Place de la Concorde le soir de sa victoire, le 6 mai 2007. Je voulais voir ça. Je voulais comparer l'ambiance avec celle du 10 mai 1981, Place de la Bastille, où j'étais également présent, à l'occasion de l'élection de François Mitterrand. La Bastille, c'était formidable. Le désenchantement qui a suivi a duré 14 longues années.

La Concorde, le 6 mai 2007, c'était lugubre. La foule était assez clairsemée. Le vainqueur festoyait avec ses amis au Fouquet's et se faisait attendre. Sur la scène installée devant l'obélisque, des politicards ébahis meublaient le temps mort. Du côté «people», on apercevait Mireille Mathieu, Enrico Macias et Gilbert Montagné. Ça commençait plutôt mal.

Et puis, très tard, Sarkozy est arrivé, trainant derrière lui son épouse de l'époque, la récalcitrante Cécilia. Il a fait un petit discours dont je ne me souviens plus très bien et il est reparti.

Passons sur cet épisode médiocre du premier soir. La suite, nous la connaissons : les mauvais symboles (le yacht de Bolloré, l'agitation médiatique, etc.) et les premières mesures erratiques, essentiellement fiscales, en direction de son électorat le plus privilégié. Tout ça pour ça.

En apéro, Nicolas Sarkozy offrit quelques zakouskis pour donner l'illusion de la «rupture» : Fadéla, Rama, Rachida sans oublier Kouchner. Le peinturlurage de la diversité et de l'ouverture s'est vite craquelé. Sarkozy a galvaudé la première année de son mandat en n'engageant pas fermement le pays vers une modernisation nécessaire. Il est resté sur les acquis, grisé qu'il était par son ascension.

Un an plus tard, la crise financière a déferlé sur le système capitaliste, touchant avec un petit retard l'économie française. Sarkozy s'est démené comme il a pu. Le défi était immense pour le dirigeant d'un pays ankylosé par un dialogue social quasi inexistant : un patronat rigide et des syndicats non-représentatifs et profondément conservateurs. C'était très mal parti.

Nicolas Sarkozy et son gouvernement se sont attaqués cependant à des dossiers sérieux, avec des résultats en trompe-l'oeil. La réforme des régimes spéciaux (SNCF, RATP, etc.) est une illusion. Elle coûte plus cher à appliquer que le système antérieur. La réforme des retraites, absolument indispensable, a été timide et incomplète. Il va falloir la revoir totalement, avec courage, sous peine de voir s'écrouler le financement des pensions dans les prochaines années.

Sur des points secondaires, Nicolas Sarkozy a reculé face aux lobbys. Je pense notamment aux taxis parisiens. Il était question d'en augmenter le nombre, trop faible pour la capitale. En 1920, il y avait 25.000 taxis à Paris. Il n'y en a aujourd'hui que 17.000 pour une demande beaucoup plus forte. Les chauffeurs de taxi se sont révoltés. Pas question d'encourager la concurrence, même si les voitures disponibles sont rares et, pour beaucoup, agglutinées dans les aéroports. Les chauffeurs de taxi ont bloqué Paris pendant 48 heures. La réforme nécessaire de leur profession a été enterrée prestement. Sur ce point comme beaucoup d'autres, Nicolas Sarkozy a flanché.

Comment prétendre abattre le «capitalisme financier» quand on plie aussi vite devant les vociférations d'une corporation très minoritaire ?

©Plantu/Le Monde
Investi de la légitimité d'une victoire nette à l'élection présidentielle et soutenu par une solide majorité, Nicolas Sarkozy aurait pu aussi s'attaquer sans attendre au fléau social inventé par le gouvernement de Lionel Jospin sous l'impulsion de Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry : la réduction du temps de travail à 35 heures, une mesure suicidaire qui plombe l'économie française sans réduire le chômage. Sarkozy a vaguement écorné ce boulet sans jamais oser vraiment en délivrer les entreprises. Encore une occasion ratée.

Parallèlement, Nicolas Sarkozy a satisfait les revendications extravagantes de certains secteurs comme celui de la restauration. La baisse de la TVA représente un cadeau annuel de 3 milliards d'€. Les restaurateurs n'ont que très partiellement utilisé cette énorme cagnotte pour, comme ils l'avaient promis, embaucher, investir et baisser le prix des menus.

Je pourrais multiplier les exemples. Nicolas Sarkozy, englouti par la crise financière internationale, a géré les affaires à la petite semaine. Ces derniers mois, il a multiplié jusqu'au grotesque les «réunions de la dernière chance» destinées à «sauver l'Europe». Ces derniers jours, sentant l'échéance de sa difficile réélection approcher, il a brandi le référendum comme arme suprême pour «redonner la parole au peuple» sur l'immigration et les allocations chômage. Petite manœuvre qui n'engage à rien mais qui peut plaire à son électorat le plus droitier.

Nicolas Sarkozy qui a eu tous les pouvoirs n'a pas engagé le pays vers le sursaut économique. Il aurait pu réformer profondément la formation professionnelle, favoriser la recherche et inciter les entreprises à investir. Formation, recherche, investissement. L'équation est pourtant évidente.

Il a aussi abandonné la jeunesse, tout particulièrement celle des banlieues. Rien n'avait été fait de sérieux par les socialistes auparavant dans ce domaine. Nicolas Sarkozy a persévéré dans l'inaction. Il est incroyable de constater que l'ambassadeur des Etats-Unis en France est plus investi dans les quartiers difficiles que ne l'est le gouvernement français qui se contente de déployer des CRS. On a même vu récemment des émissaires du Qatar distribuer des bourses dans les cités.

Je crois que Nicolas Sarkozy a des qualités et une énergie hors du commun. Mais il les a mal utilisées pendant les cinq années de sa présidence. C'est un gâchis.

Je suis donc un «déçu du sarkozysme». Je n'espérais pas tout de lui. Mais quand même un peu plus que ce qu'il a réalisé. Le principal reproche que je lui adresse est simple : il n'a pas fait ce qu'il avait promis de faire. Sarkozy n'a pas fait du Sarkozy. On aurait pu juger sur pièces s'il était allé au bout de son programme de 2007. Il nous en a offert une version «light», insipide et désordonnée.

Alors, maintenant, en 2012, quelle est l'alternative ? Elle est hétéroclite et peu mobilisatrice. J'oublie volontairement les candidatures subalternes : Dominique de Villepin, Eva Joly (pathétique !), Nicolas Dupont-Aignan, les deux trotskistes (beaucoup plus fades que d'habitude) et quelques inévitables hurluberlus. Par chance, Boutin, Morin et Chevènement ont plié boutique en évitant de prolonger la situation ridicule où ils s'étaient plongés.

Marine Le Pen surnage dans ce marigot. Elle est coriace et maîtrise à merveille l'outil télévisuel. Son discours sociétal reste aussi nauséabond que celui de son père. Son programme économique est absolument aberrant. Le retour au Franc et le protectionnisme cocardier ne sont que des fadaises inapplicables, de fausses solutions offertes à un électorat déboussolé qu'elle tente de séduire avec la formule illusoire : «c'était mieux avant». Confier les commandes à Marine Le Pen reviendrait à plonger la France, non pas au niveau de la Grèce, mais à celui de l'Albanie.

François Bayrou a peaufiné son sempiternel discours sur «la troisième voie», ni gauche ni droite. Face à la médiocrité ambiante, il en deviendrait presque intéressant. Mais l'homme est affreusement seul, sans appui et sans relais. On sait depuis 1965, grâce à Jean Lecanuet, que le centrisme en France est une baudruche vide. Valéry Giscard d'Estaing, pourtant issu du centre, ne s'y est pas trompé en gouvernant à droite.

François Hollande fait de beaux efforts de concentration, en se drapant ostensiblement dans les frusques de Mitterrand. Il a réussi à maintenir l'apparence d'une unité autour de lui, ce que son ex-épouse Ségolène Royal n'était pas parvenu à réaliser il y a cinq ans. Mais il louvoie encore autour d'un programme sans souffle et sans ligne directrice. C'est de la social-démocratie de deuxième main, alors que les temps difficiles que nous traversons réclament des choix clairs, audacieux et parfois brutaux. Les quatorze années du mitterrandisme nous ont appris que le PS pouvait gouverner mais ne savait pas choisir. Hollande, cela risque fort d'être du Mitterrand sans inspiration, avec sans doute moins de machiavélisme. C'est déjà ça.

Alors, il reste Jean-Luc Mélenchon. Je suis à l'opposé de 95% de ses idées. Son alliance stratégique avec le reliquat du PCF devrait m'en détourner encore davantage. Et pourtant, il y a chez Mélenchon une hargne salutaire. Je pense que le bonhomme est sincère. Il fonce dans le tas, se contrefiche des petits marquis de la communication et bouscule le ronron policé de l'espace médiatique. Il parle vrai, au service d'une ligne politique que je ne partage pas. Mais on l'écoute. Je l'écoute. 

Quand il parle «au nom du peuple» (comme le font les autres sans savoir ce que cela veut dire), il n'est pas ridicule. Il se présente comme le candidat des «pouilleux». Ils sont peu à réclamer cette étiquette. J'aime sa véhémence, sa culture historique, son maniement subtil de la langue. L'homme est un peu roublard mais diablement intelligent. Il est beaucoup plus aiguisé politiquement que ne l'était Georges Marchais, marionnette issue du stalinisme. Mélenchon, c'est une sorte de Georges Frêche qui ne dirait pas d'ignominies. Et Frêche a été un homme politique majeur, malgré les scories de son parcours.

Dans ce choix qu'on nous offre, je suis donc tenté de faire le grand écart. Passer de Sarkozy à Mélenchon. Oui, carrément ! Non pas que je signe des deux mains le programme du «Front de Gauche», loin de là ! Mais je veux, avec un tout petit bulletin de vote, exprimer ma profonde aversion face à l'expérience Sarkozy.

Le vote Hollande n'est qu'un «vote utile», pas très grisant. On sait où cela va conduire : à une politique de gestion pépère, probablement un peu moins inégalitaire. Pas de quoi rêver.

Si je ne change pas d'avis avant d'entrer dans l'isoloir, le vote Mélenchon serait clairement pour moi un vote protestataire. Je ne prends pas de grands risques : Mélenchon n'accèdera pas au second tour. Mais j'espère que son score sera solide, grâce à des voix populaires qui échapperaient ainsi aux mirages du FN.

Un bon score pour Mélenchon, ce serait surtout un avertissement pour le PS : un coup de cravache pour ne pas rêvasser dans la tempête. 

lundi 14 février 2011

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen : deux putois dans un pique-nique



Une heure bizarre ce matin de radio et de télé sur RMC et BFMTV : la confrontation entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Le choc des fronts : le Front de Gauche contre le Front National. Finalement, rien de nouveau n’a été dit.

On les connaît bien, les deux personnages. Deux spécialistes du discours vibrionnant, deux experts de la formule à l’emporte-pièce, deux putois dans le pique-nique de l’establishment.

J’aime beaucoup cette expression de la langue anglaise : ‘skunk at the picnic’. L’animal indésirable (skunk : le putois) s’invite à la partie de campagne et gâche l’instant champêtre. C’est le rôle dévoué à Jean-Luc et Marine : jouer les trouble-fête, mais au bout du compte, une fois la frayeur passée, les convives du pique-nique continuent leurs agapes.

Quand deux putois se rencontrent, ils se racontent des histoires de mustélidés (la famille zoologique des putois). Ça ne fait jamais progresser le débat politique mais c’est parfois distrayant.

La meilleure saillie, totalement gratuite et pas du tout étayée, a été lancée par Marine Le Pen à l’adresse de Jean-Luc Mélenchon : "Vous êtes un peu la Yvette Horner de la politique". Cette remarque ne veut strictement rien dire. Que vient faire la vieille accordéoniste (88 ans, paisible retraitée à Tarbes –voir en cliquant ici et également ici) dans ce débat de 2011, préfiguration des débats présidentiels de 2012 ?

Peu importe. La formule est lâchée. Elle n’a aucun sens mais c’est ce qu’on retiendra principalement de cet échange vif et creux entre la blonde héritière Le Pen et le grigou de l’ultra-gauche, ex-socialiste.

Il m’a semblé néanmoins que Marine paraissait désarçonnée par le franc-parler de Jean-Luc, par son discours plus construit, par son sens de la répartie plus aiguisé. Mélenchon est plus rapide, moins mécanique. La fille de Jean-Marie s’est accrochée à ses fiches, à ses certitudes souvent indéfendables. Mélenchon, plus malin, mieux adapté à la nature de l’exercice, a réagi avec davantage d’à-propos.

Cette bataille de putois de ligue 2 semble toutefois assez vaine et périphérique. On amuse la galerie. On grignote les zakouskis avant le plat de résistance. La politique française, si elle se résumait à cette algarade entre seconds couteaux émoussés, ne pèserait pas lourd.

Nous attendons désormais les échanges entre celles et ceux qui prétendent vraiment nous gouverner. Au risque, malheureusement, d’être tout aussi déçus.

mercredi 9 avril 2008

Sur le Dalaï Lama, Mélenchon a raison

Si on m'avait dit que je serai un jour d'accord avec le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon ! Il m'a tellement exaspéré à propos de sa campagne pour le "non" au référendum européen, aux côtés des communistes et de l'ultra-gauche. 

Mais cette fois, je suis en accord avec la prise de position de Mélenchon concernant les gesticulations anti-chinoises autour des Jeux Olympiques de l'été prochain à Pékin. Je reproduis ici ce que Mélenchon écrit sur son blog :



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Je ne suis pas communiste chinois. Je ne le serai jamais. Mais je ne suis pas d’accord avec les manifestations en faveur du boycott des jeux olympiques. Je ne suis pas d’accord avec l’opération de Robert Ménard contre les jeux olympique de Pékin. Je ne suis pas d’accord avec la réécriture de l’histoire de la Chine à laquelle toute cette opération donne lieu. Je ne partage pas du tout l’enthousiasme béat pour le Dalaï Lama ni pour le régime qu’il incarne. Pour moi, le boycott des jeux est une agression injustifiée et insultante contre le peuple chinois. Si l’on voulait mettre en cause le régime de Pékin il fallait le faire au moment du choix de Pékin pour les jeux. Il ne fallait pas permettre à la Chine d’être candidate. Il fallait le dire en Chine. Ce qui se fait est une insulte gratuite et injustifiée contre les millions de chinois qui ont voulus et préparent activement les jeux. Pour moi il flotte un relent nauséabond de racisme sur cette marmite !

Si un boycott devait être organisé, dans une logique agressive conséquente, ce n’est pas celui du sport qui est un moment d’ouverture et de fraternisation. Pourquoi pas plutôt celui des affaires et de la finance? Naturellement aucun des activistes mondains actuels ne le propose ni n’entreprend quoique ce soit dans ce sens. Si l’on devait vraiment se fâcher avec le gouvernement chinois, pourquoi le minimum de ce qui se fait dans les relations normales entre les nations ne se fait-il pas à cette occasion? Le président de la République chinoise (combien de protestataires se soucient de savoir comment il s’appelle ?) a-t-il été approché ? Lui a –ton demandé quelque chose ? Quoi ? Qu’a-t-il répondu ? Le premier ministre (combien se sont préoccupés de connaître son nom ?) a-t-il été interpellé ? 


L’ambassadeur de Chine en France a-t-il été reçu et a-t-on eu un échange avec lui ? Qui s’en soucie ? Avec une morgue ressemblant a du racisme, on proteste contre un gouvernement dont on ne cite pas le nom des dirigeants, et dont on fait comme s’il n’existait pas? Pourquoi sinon parce qu’on pense par devers soi qu’il n’en est pas vraiment un. La superbe occidentale nie jusqu’au nom des gouvernant qui dirigent un peuple de un milliard quatre cent millions de personnes que l’on croit assez veules pour être maîtriser par une simple police politique! D’une façon générale je ressens, en voyant tout cela, l’écho du mépris des colons qui ont imposé en leur temps les armes à la main l’obligation pour les chinois de faire le commerce de l’opium ! Si la volonté est d’affronter le régime politique de Pékin, aucun des moyens employés n’est de nature à modifier quoique ce soit d’autre que l’opinion occidentale déjà totalement formatée sur le sujet. Donc les évènements du Tibet sont un prétexte. Un prétexte entièrement construit à l’usage d’un public conditionné par la répétition d’images qui visent à créé de l’évidence davantage que de la réflexion. 


Exemple : seule l’enquête « d’arrêt sur image » rapporte que les « évènements du Tibet » ont commencé par un pogrom de commerçants chinois par des « tibétains ». Dans quel pays au monde de tels évènements restent-ils sans suite répressive ? La vie d’un commerçant chinois a-t-elle moins de valeur que celle du manifestant « tibétain » qui l’assassine à coups de bâton dans la rue ? Bien de l’amitié pour les tibétains n’est qu’une variante nauséabonde du racisme contre les chinois. Elle se nourrit de tous les fantasmes que l’ignorance favorise. Que la répression ait été lourde est peut-être avéré. Comment l’apprécier ? Les seuls chiffres rabâchés sont ceux du « gouvernement tibétain en exil ». Pourtant le gouvernement chinois, si j’ai bien entendu, annonce lui-même un nombre de blessés et de morts qui permet de comprendre qu’il y a eu une situation grave et sérieuse que les autorités admettent. Dans n’importe quelles circonstances ont essaierait de comparer les informations. On essaierait de comprendre l’enchaînement des faits. Sinon autant dire que le gouvernement français de l’époque a ordonné de pousser deux jeunes dans un transformateur électrique à Clichy Sous Bois au motif qu’il avait alors une politique de main dure face aux banlieues. Personne n’oserait avancer une bêtise aussi infâme. Dans les émeutes urbaines américaines la répression a aussi la main lourde. Tout cela n’excuse rien. Mais cela permet de mettre des évènements en relation de comparaison. J’exprime les plus nettes réserve à propos de l’action politique de monsieur Robert Ménard, principal organisateur des manifestations anti-chinoises. A présent, à propos du Tibet et des jeux olympiques, on ne voit que Robert Ménard. Il parle, parait il, au nom de « Reporters sans frontière ». Cette association est réduite à la personne de Robert Ménard. Bien des anciens membres du conseil d’administration pourraient en dire long au sujet des conceptions démocratiques de monsieur Ménard dans sa propre association. Quand je me suis trouvé sur le plateau de radio à France Culture où l’on m’interrogeait sur le sujet du Tibet et des jeux Olympiques, messieurs Marc Kravetz et Alexandre Adler sont restés silencieux quand j’en suis venu au rôle de monsieur Ménard. Ils ne peuvent être soupçonnés de chercher à me complaire… Hors micro, les deux, exprimaient des réserves marquées sur les méthodes du personnage de Robert Ménard. Maxime Vivas a établi une analyse documentée extrêmement inquiétante sur ce personnage et ses sources de financements. Quoiqu’il en soit, il semble qu’il remplace aussi dorénavant les syndicats de journalistes, l’association internationale des droits de l’homme, Amnesty et ainsi de suite. Parfois même il remplace le Dalaï Lama. Robert Ménard milite pour le boycott des jeux et ce que ne fait pas le Dalaï Lama. Celui-ci dit au contraire que le peuple chinois mérite les jeux. Robert Ménard est un défenseur des droits de l’homme à géométrie variable. A-t-il mené une seule action, même ultra symbolique, quand les Etats Unis d’Amérique ont légalisé la torture ? A-t-il mené une seule action pour que les détenus de Guantanamo soient assistés d’avocat ? Robert Ménard a un comportement qui soulève des questions sérieuses au sujet des motivations de son action.  


A propos du Tibet. Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait, comme par exemple le poste de vice président de l’assemblée populaire que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. 


Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions, que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le droit de vie, de mort et de tortures sur eux. 


 On n’évoque pas le statut des femmes sous ce régime là. Mais il est possible de se renseigner si l’on a le coeur bien accroché. L’autorité communiste a mis fin aux luttes violentes entre chefs locaux du prétendue paradis de la non violence ainsi qu’aux divers châtiments sanglants que les moines infligeaient à ceux qui contrevenaient aux règles religieuses dont ils étaient les gardiens. La version tibétaine de la Charria a pris fin avec les communistes. 


La révolte de 1959 fut préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la guerre froide. Voila ce qu’il en est des traditions charmantes du régime du Dalaï Lama avant les communistes et de l’horrible « invasion » qui y a mis fin. Depuis la scolarisation des enfants du Tibet concerne 81% d’entre eux là où il n’y en avait que 2% au temps bénis des traditions. Et l’espérance de vie dans l’enfer chinois contemporain prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67 ans. En foi de quoi l’anéantissement des tibétain se manifeste par le doublement de la population tibétaine depuis 1959 faisant passer celle-ci de un million à deux millions et demi. 


Pour tout cela, la situation mérite mieux, davantage de circonspection, plus de respect pour les chinois que les clichés ridicules que colportent des gens qui ne voudraient ni pour eux, ni pour leur compagne ni pour leurs enfants d’un régime aussi lamentable que celui du roi des moines bouddhistes du Tibet. A l’heure actuelle je n’éprouve aucune sympathie pour « le gouvernement en exil du Tibet » dont sa sainteté est le décideur ultime sur pratiquement toutes les questions, où siège un nombre de membres de sa famille qu’il est tout à fait inhabituel de trouver dans un gouvernement, même en exil, sans parler de leur présence aux postes clefs de la finance et des affaires de cet exil. Je respecte le droit de sa sainteté de croire ce qu’elle veut et à ses partisans de même. Mais je m’accorde le droit d’être en désaccord total avec l’idée de leur régime théocratique. 


Je suis également hostile à l’embrigadement d’enfants dans les monastères. Je suis opposé à l’existence du servage. Je suis laïque partout et pour tous et donc totalement opposé à l’autorité politique des religieux, même de ceux que l’album "Tintin au Tibet" a rendu attendrissants et qui ne l’ont pourtant jamais été. Je désapprouve aussi les prises de position du "roi des moines" contre l’avortement et les homosexuels. Même non violentes et entourées de sourires assez séducteurs, ses déclarations sur ces deux sujets sont à mes yeux aussi archaïques que son projet politique théocratique. 


 Je n’ai jamais soutenu l’Ayatollah Khomeiny, même quand j’étais contre le Shah d’Iran. Je ne soutiens pas davantage ni n’encourage le Dalaï Lama, ni dans sa religion qui ne me concerne pas, ni dans ses prétentions politiques que je désapprouve ni dans ses tentatives sécessionnistes que je condamne. Je demande: pourquoi pour exercer sa religion et la diriger le Dalaï Lama aurait-il besoin d’un Etat ? Un Etat qui pour être constitué demanderait d’amputer la Chine du quart de sa surface! Son magistère moral et religieux actuel souffre-t-il de n’être assis sur aucune royauté ? 


En ce qui concerne le droit international et la géopolitique, le dossier du Tibet tel que présenté par ses partisans est un facteur de violences, de guerres et de déstabilisation aussi considérable que celui des Balkans. Quel genre de Tibet est défendu ? Le "grand Tibet" incluant des régions comme le Yunnan et le Sichuan, sur les territoires des anciens seigneurs de la terre où sont organisés des troubles en même temps qu’à Lhassa ? Bien sûr, aucun de ceux qui s’agitent en ce moment ne se préoccupe de savoir de quoi il retourne à ce propos. Rien n’indique mieux le paternalisme néo colonial ni le racisme sous jacent à l’enthousiasme pro tibétain que l’indifférence à ces questions qui mettent en cause la vie de millions de personnes et des siècles d’histoire et de culture chinoise.  


J’ai lu que les athlètes français porteraient un maillot avec une déclaration un peu passe partout qui est présentée comme une protestation politique . Je sais très bien que l’inscription "pour un monde meilleur" ne mange pas plus de pain là bas qu’ici. Mais elle sera certainement vécue par les chinois du commun comme un acte injurieux si son motif pro Dalai Lama est connu. Peut-être est-il cependant aussi un peu hors limite des règles du sport international. 


Souvenons nous que la ligue européenne de natation a exclu des championnats d’Europe de natation le nageur serbe Milorad Cavic parce qu’il portait lors des remises de médailles un tee-shirt sur lequel était écrit: "le Kosovo est serbe". Cela fera-t-il jurisprudence? Les champions français qui porteront un slogan annoncé comme politique seront-ils interdits de jeux? Bien sûr que non! Puisque le but c’est justement que le Tibet soit au chinois ce que le Kosovo a été aux Serbes. Mais comme cela n’a rien de comparable, à part la volonté de dépeçage de l’ennemi et la mise en scène médiatique, il est fort probable que cela finisse à la confusion des agresseurs. Je le souhaite. 


Je suis un ami de la Chine. Et je sais que l’intérêt de mon pays et ses valeurs ne sont pas du côté où l’on voudrait les entraîner.

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Voilà ce qu'il a écrit sur son blog, Jean-Luc Mélenchon. Et il a entièrement raison.