"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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samedi 10 décembre 2011

Les Chinois en vacances

Ile Maurice. Un hôtel plutôt haut de gamme sur la côte ouest. N’essayez pas d’arriver maintenant : tout est complet. Le domaine s’étend sur 22 hectares. Pour les déplacements, des voiturettes électriques sillonnent les allées du parc luxuriant, envahi d’oiseaux exotiques. Les installations sont luxueuses, les chambres immenses et magnifiquement agencées : wifi, télé multichaines dans toutes les langues, salle de bains rutilante, souci du moindre détail. 

Le personnel (mauricien) est attentif, aimable, souriant et toujours disponible. Plage de sable fin, tennis, golf, voile, plongée, deux grandes piscines à 30° (c’est la température ambiante) et une foultitude d’autres activités (y compris un stage de cirque). Il y a aussi un espace zen, sans musique, sans animation, sans enfants. Le rêve. 

La clientèle est cosmopolite. Un fort contingent de Français : les hommes sont repus et leurs épouses, assez mal fagotées et badigeonnées d’écran total, lisent Marc Lévy en sirotant du «rhum arrangé». J’ai vu en outre un quadra français en bermuda fluo, affalé sur un transat, lisant les mémoires de Jacques Chirac. On rencontre aussi des Belges, en nombre relativement important. Les Belges, on ne peut pas les rater. Quelques Sud-Africains sont venus en voisins (4 heures de vol seulement). 

Mais ceux qu’on remarque le plus, ce sont les nombreux Chinois. Ils arrivent groupés de Shanghai ou de Hong-Kong par vols directs. Ils sont jeunes (moins de 30 ans) et tous en couple. Ça sent le voyage de noces. Pour leur séjour d’une semaine, ils dépensent chacun ici l’équivalent de deux ans de salaire d’un ouvrier de leur pays. Ils ont tous des Smartphones et certains se promènent avec un iPad (made in China). 

Avec des appareils photo dernier cri, ils photographient tout sur leur passage, surtout la nourriture qui est exquise et abondante. Le manager a pensé à eux : un grand buffet asiatique leur est destiné. Mais ils picorent aussi goulument dans les plats mitonnés pour les clients européens. Pour la plupart, ils ne parlent que le chinois. Certains bredouillent quelques mots d’anglais. Mais tout est prévu : des employés sinisants sont à leur service. 

En les observant, je pense à Mao et à sa longue marche, les cent fleurs, le grand bond en avant, la révolution culturelle. Toutes ces folies : 70 millions de morts, les famines, les exterminations, les procès iniques, la chasse aux intellectuels et aux «riches». Tout cela pour en arriver, après 60 années d’errements idéologiques sanguinaires, à un groupe de touristes chinois, équipés des derniers instruments technologiques, séjournant à l’île Maurice au milieu de vacanciers capitalistes plutôt indifférents. 

samedi 24 septembre 2011

Les mauvais combats contre la peine de mort

Deux exécutions capitales aux Etats-Unis, le même jour, cette semaine aux Etats-Unis. C’était mercredi. L’une des deux vous a sans doute échappé.

La première, celle de Troy Davis en Géorgie, a déclenché une mobilisation internationale contre la peine de mort. La seconde, celle de Lawrence Brewer au Texas, a été évoquée en quelques mots par les médias aux Etats-Unis et pas du tout dans le reste du monde.

Troy Davis et Lawrence Brewer
Deux poids, deux mesures.

Troy Davis, un noir de 42 ans, avait été jugé coupable du meurtre d’un policier blanc en Géorgie. Il avait toujours clamé son innocence et le dossier de l’accusation comportait de nombreuses failles.

Lawrence Brewer, un blanc de 44 ans, avait été jugé coupable du lynchage et du meurtre d’un noir dont le corps mutilé avait été trainé derrière une camionnette avant d’être abandonné devant un cimetière où reposent des défunts afro-américains. Lawrence Brewer n’a jamais caché son racisme virulent. Au moment des faits, en 1998, il était en compagnie de deux complices qui ont participé au lynchage. Lawrence Brewer a reconnu qu’il avait participé au tabassage mais il a toujours affirmé qu’il n’était pas responsable de la mort de la victime.

Deux meurtres, deux peines de mort. Un noir (probablement innocent) exécuté pour la mort d’un policier blanc. Un blanc raciste exécuté pour la mort atroce d’un noir.

Question : le châtiment suprême est-il plus justifié dans un cas que dans l’autre ? Les adversaires sincères de la peine de mort pensent évidemment qu’il n’y a pas de différence. Mais, si vous posez la même question à des personnes moins mobilisées, vous obtiendrez sûrement une réponse moins définitive : pour beaucoup, le raciste blanc méritait quand même d’être exécuté.

A force de défendre un cas individuel plutôt qu’un autre, les militants anti peine de mort se trompent de combat. C’est le principe même des exécutions judiciaires qu’il faut remettre en cause, aux Etats-Unis et dans tous les pays qui y ont encore recours.

Pour prendre un autre exemple, je pense que Mumia Abu-Jamal est coupable. C’est un prisonnier célèbre. Il a été condamné à mort en 1982 pour le meurtre d’un policier blanc à Philadelphie. Je connais assez bien ce dossier. Je suis allé sur les lieux du crime à Philadelphie. J’ai vu Mumia Abu-Jamal en audience dans cette ville. Je sais que Mumia Abu-Jamal a été jugé sommairement par un système défaillant et raciste. Actuellement, la procédure est bloquée par une procédure complexe et Mumia Abu-Jamal  attend toujours d’être fixé sur son sort. A mon avis, il est coupable. Mais ce n’est pas un argument. Mumia Abu-Jamal  ne doit pas être exécuté, pas davantage que quiconque.

Je suis absolument opposé à la peine de mort, en toutes circonstances et en tous lieux, même pour les pires assassins (y compris les tortionnaires d’enfants) ou pour les criminels de guerre. La peine de mort ne règle jamais rien et elle n’est pas dissuasive. Toutes les études comparatives le démontrent clairement : les pays qui ont aboli la peine de mort n’ont pas vu croître la criminalité. Les pays (ou les Etats américains) qui ont rétabli la peine de mort n’ont pas enregistré une baisse des crimes de sang. Dans le système pénal actuel des pays occidentaux qui l’appliquent encore, la peine capitale est plus coûteuse pour le contribuable (puisque c’est un argument parfois avancé) que l’emprisonnement à vie. Pourquoi ? Parce que, dans un pays comme les Etats-Unis, chaque condamné à mort dispose d'un grand nombre de recours qui encombrent les tribunaux et mobilisent l'appareil judiciaire. Le condamné passe donc de longues années derrière les barreaux, dans "les couloirs de la mort" hautement sécurisés et dont le coût de fonctionnement est beaucoup plus élevé qu'un emprisonnement classique. 

La France a aboli la peine de mort il y a exactement 30 ans. C’était une décision politique de François Mitterrand qu’il avait annoncée pendant sa campagne électorale de 1981. Mitterrand a fait beaucoup de chemin sur cette question car, pendant la guerre d’Algérie, en tant que ministre de la Justice, il a appliqué la peine de mort sans jamais chercher à s’y opposer. Mitterrand en 1981 était à contre-courant de l’opinion publique qui était largement favorable au châtiment suprême. Il a été élu en exprimant publiquement son opposition à la guillotine. Il a mis en application sa promesse, avec l’aide précieuse d’un avocat exceptionnel devenu son ministre de la Justice, Robert Badinter. C’était un acte de courage politique rare, probablement le seul à retenir de la longue présidence de François Mitterrand.

C’est ainsi que la question de la peine de mort doit être abordée : par la politique et contre le principe inique et barbare des exécutions capitales.

Les associations qui militent contre la peine de mort (et j’en connais quelques unes) utilisent une stratégie biaisée et inopérante. Défendre un condamné en particulier ne mène à rien. C’est le système, l’institution qu’il faut mettre en cause.

C’est ce qu’on fait les étudiants de Northwestern University dans l’Illinois dans les années 90. Ils ont examiné les dossiers de tous les condamnés à mort de leur Etat. Enorme travail d’investigation réalisé par des étudiants en droit et en journalisme, plus précis et plus efficace que celui d’une police et d’une justice expéditives. Ils ne se sont pas arrêtés à un seul cas. Ils ont passé en revue tous les dossiers. Résultat : le 11 janvier 2003, au dernier jour de son mandat, le gouverneur républicain (oui, républicain !) de l’Etat de l’Illinois a commué 167 condamnations à mort en peines de prison. Son successeur, un démocrate, a imposé en mars 2011 l’abolition de la peine de mort dans l’Illinois, le fief électoral de Barack Obama. 

C’est ce que j’appelle une action efficace. Pas de pétitions inutiles, pas de déclarations grandiloquentes, pas de bons sentiments. Juste une recherche des faits. N’en déplaise à certains, les Etats-Unis sont une démocratie qui se caractérise par un rejet instinctif du mensonge. L’Etat de l’Illinois bafouait la vérité en envoyant à la mort des condamnés jugés dans des conditions parfois scandaleuses. Le doute s’est installé. La peine de mort a disparu dans l’Illinois.

Un mot sur l’organisation judiciaire aux Etats-Unis qui est souvent mal comprise. Il y a, en gros, deux systèmes superposés : la justice fédérale (nationale, pour tout le pays) et la justice dans chacun des 50 Etats de l’Union. La justice fédérale est compétente sur les crimes fédéraux et juge notamment les assassins d’agents fédéraux (policiers du FBI, fonctionnaires d’une administration fédérale). C’est ainsi que le dernier condamné exécuté par la justice fédérale est Timothy McVeigh qui avait organisé l’attentat (168 morts) d’un immeuble de l’administration fédérale à Oklahoma City en 1995. La justice fédérale exécute rarement. Timothy McVeigh est mort d’une injection létale le 11 juin 2001 dans un pénitencier de l’Indiana.

L’autre niveau judiciaire se situe dans chacun des Etats. La peine de mort reste en vigueur dans 34 des 50 Etats, même si de nombreux Etats n'ont pas procédé à des exécutions depuis très longtemps. Dans beaucoup d'Etats également, la peine de mort n'est plus prononcée par les tribunaux, même si elle demeure dans l'arsenal des peines applicables. 


Dire que les Etats-Unis sont "le pays de la peine de mort" est une sottise. La réalité est beaucoup plus nuancée et circonscrite. Les exécutions effectives se concentrent principalement dans le sud du pays, à l'exception notable de l'Ohio et du Deleware, pour l'année 2011. 


C’est au niveau de chaque Etat que le combat de la peine de mort peut-être mené efficacement, comme cela a été fait dans l’Illinois.

Ajoutons qu’aucun candidat élu à la Maison Blanche n’a jamais fait campagne en incluant dans son programme l’abolition de la peine capitale. Il n’aurait jamais gagné. Ceci est valable aussi pour Barack Obama.

N’oublions pas, même si ce n’est pas une consolation, que les Etats-Unis ne sont pas les plus gros exécuteurs de la planète. En tenant compte des populations respectives de deux pays, la Chine exécute 30 fois plus en moyenne que les Etats-Unis.

On entend peu de protestations sur les châtiments chinois. Il est vrai qu’en France, le vieux fond d’anti-américanisme se réveille toujours dès lors qu’il s’agit de dénoncer la «barbarie» des Etats-Unis.

La «barbarie» aux Etats-Unis est en net recul, car le doute s’est installé sur la peine de mort, laquelle reste néanmoins soutenue par une large majorité de la population. Les tribunaux condamnent de moins en moins à la peine capitale et le nombre d’exécutions est en baisse constante depuis le début du XXIème siècle.


La partie n’est pas gagnée. Il faut continuer à combattre les systèmes judiciaires qui pratiquent la peine de mort, pas seulement aux Etats-Unis. C’est le principe qu’il faut attaquer sans se contenter de s’indigner, de manière sporadique, sur tel ou tel cas particulier.

Un mot pour conclure sur Lawrence Brewer, ce condamné exécuté au Texas cette semaine. A cause de lui, les prochains condamnés en passe d’être définitivement punis seront privés de leur dernier privilège. L’Etat du Texas a décidé de supprimer «le dernier repas» servi avant la mise à mort. Les condamnés ont le droit de commander ce qu’ils souhaitent à condition que la nourriture soit disponible dans la cuisine de la prison. Lawrence Brewer avait commandé : deux gros morceaux de poulet, un cheeseburger, une omelette, des beignets au poisson, de la viande de bœuf grillée, trois fajitas, une pizza et, comme dessert, un pot géant de crème glacée. Le repas pantagruélique a été servi au condamné. Mais finalement, il n’en a pas touché une miette. Il est mort le ventre vide. Le menu très copieux a toutefois été rendu public, ce qui a provoqué un scandale dans la population et chez les élus du coin. Du coup, le «dernier repas» a été supprimé par l’administration pénitentiaire du Texas.

Pour les curieux, amateurs de morbidité culinaire, il existe plusieurs sites qui répertorient la composition des repas des condamnés à mort aux Etats-Unis. Comme celui-ci, intitulé subtilement «DEAD MAN EATING» 

mercredi 30 mars 2011

Big in Japan : Nicolas Sarkozy, vainqueur de la course médiatico-compassionnelle

Prems ! Comme dans une cour de récréation, le président de la République Française gesticule pour être le premier dirigeant étranger à renifler les décombres nippons.
Nicolas Sarkozy veut être le premier responsable politique international à venir au Japon comme Jacques Chirac avait été le premier chef d'Etat à survoler New York, après le 11 septembre 2001.
«Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal», aurait écrit José-Maria de Heredia. Les vautours de la com convergent toujours vers la catastrophe médiatique la plus fraiche.
Du coup, avec le grand flair politique qui le caractérise, Nicolas Sarkozy bâcle sa visite en Chine pour faire ce crochet au Japon. Le voyage en Chine est écourté et ne ressemble plus à rien. Après quelques salamalecs avec son homologue Hu Jintao à Pékin, Nicolas Sarkozy restera moins d’une heure à Nankin où il avait pourtant convoqué un séminaire économique du G20 qu’il préside.
C’est dire l’importance qu’il accorde à son cher G20 et au rôle de la Chine qui n’est jamais que la deuxième puissance économique mondiale. Les Chinois, pourtant habitués aux manières désinvoltes de notre représentant suprême, ne vont guère apprécier l’empressement du français virevoltant à quitter au plus vite l’Empire du Milieu afin d’aller se faire photographier illico au milieu du drame de l’Empire du Soleil Levant.
Quelques images japonaises compatissantes (c’est moi le premier ! c’est moi le premier !) valent-elles d’exaspérer une nouvelle fois les Chinois ?
Le comble, c’est que Nicolas Sarkozy n’était pas vraiment désiré au Japon. C’est l’emmerdeur qui vient frapper à la porte au pire moment. Le gouvernement japonais a vraiment autre chose à faire que d'organiser des cocktails protocolaires. Mais Nicolas Sarkozy piaffait de ses deux talonnettes. Les Japonais ont cédé devant l’insistance un peu lourdingue du président français. Il a gagné. Il sera le premier chef d’Etat étranger à visiter le Japon depuis la catastrophe du 11 Mars. 
C’est magnifique, quel courage ! Comptons sur les médias hexagonaux pour donner à cet événement considérable le retentissement qu’il mérite : Nicolas Sarkozy irradiant de sa présence le Japon meurtri !

mercredi 9 avril 2008

Sur le Dalaï Lama, Mélenchon a raison

Si on m'avait dit que je serai un jour d'accord avec le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon ! Il m'a tellement exaspéré à propos de sa campagne pour le "non" au référendum européen, aux côtés des communistes et de l'ultra-gauche. 

Mais cette fois, je suis en accord avec la prise de position de Mélenchon concernant les gesticulations anti-chinoises autour des Jeux Olympiques de l'été prochain à Pékin. Je reproduis ici ce que Mélenchon écrit sur son blog :



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Je ne suis pas communiste chinois. Je ne le serai jamais. Mais je ne suis pas d’accord avec les manifestations en faveur du boycott des jeux olympiques. Je ne suis pas d’accord avec l’opération de Robert Ménard contre les jeux olympique de Pékin. Je ne suis pas d’accord avec la réécriture de l’histoire de la Chine à laquelle toute cette opération donne lieu. Je ne partage pas du tout l’enthousiasme béat pour le Dalaï Lama ni pour le régime qu’il incarne. Pour moi, le boycott des jeux est une agression injustifiée et insultante contre le peuple chinois. Si l’on voulait mettre en cause le régime de Pékin il fallait le faire au moment du choix de Pékin pour les jeux. Il ne fallait pas permettre à la Chine d’être candidate. Il fallait le dire en Chine. Ce qui se fait est une insulte gratuite et injustifiée contre les millions de chinois qui ont voulus et préparent activement les jeux. Pour moi il flotte un relent nauséabond de racisme sur cette marmite !

Si un boycott devait être organisé, dans une logique agressive conséquente, ce n’est pas celui du sport qui est un moment d’ouverture et de fraternisation. Pourquoi pas plutôt celui des affaires et de la finance? Naturellement aucun des activistes mondains actuels ne le propose ni n’entreprend quoique ce soit dans ce sens. Si l’on devait vraiment se fâcher avec le gouvernement chinois, pourquoi le minimum de ce qui se fait dans les relations normales entre les nations ne se fait-il pas à cette occasion? Le président de la République chinoise (combien de protestataires se soucient de savoir comment il s’appelle ?) a-t-il été approché ? Lui a –ton demandé quelque chose ? Quoi ? Qu’a-t-il répondu ? Le premier ministre (combien se sont préoccupés de connaître son nom ?) a-t-il été interpellé ? 


L’ambassadeur de Chine en France a-t-il été reçu et a-t-on eu un échange avec lui ? Qui s’en soucie ? Avec une morgue ressemblant a du racisme, on proteste contre un gouvernement dont on ne cite pas le nom des dirigeants, et dont on fait comme s’il n’existait pas? Pourquoi sinon parce qu’on pense par devers soi qu’il n’en est pas vraiment un. La superbe occidentale nie jusqu’au nom des gouvernant qui dirigent un peuple de un milliard quatre cent millions de personnes que l’on croit assez veules pour être maîtriser par une simple police politique! D’une façon générale je ressens, en voyant tout cela, l’écho du mépris des colons qui ont imposé en leur temps les armes à la main l’obligation pour les chinois de faire le commerce de l’opium ! Si la volonté est d’affronter le régime politique de Pékin, aucun des moyens employés n’est de nature à modifier quoique ce soit d’autre que l’opinion occidentale déjà totalement formatée sur le sujet. Donc les évènements du Tibet sont un prétexte. Un prétexte entièrement construit à l’usage d’un public conditionné par la répétition d’images qui visent à créé de l’évidence davantage que de la réflexion. 


Exemple : seule l’enquête « d’arrêt sur image » rapporte que les « évènements du Tibet » ont commencé par un pogrom de commerçants chinois par des « tibétains ». Dans quel pays au monde de tels évènements restent-ils sans suite répressive ? La vie d’un commerçant chinois a-t-elle moins de valeur que celle du manifestant « tibétain » qui l’assassine à coups de bâton dans la rue ? Bien de l’amitié pour les tibétains n’est qu’une variante nauséabonde du racisme contre les chinois. Elle se nourrit de tous les fantasmes que l’ignorance favorise. Que la répression ait été lourde est peut-être avéré. Comment l’apprécier ? Les seuls chiffres rabâchés sont ceux du « gouvernement tibétain en exil ». Pourtant le gouvernement chinois, si j’ai bien entendu, annonce lui-même un nombre de blessés et de morts qui permet de comprendre qu’il y a eu une situation grave et sérieuse que les autorités admettent. Dans n’importe quelles circonstances ont essaierait de comparer les informations. On essaierait de comprendre l’enchaînement des faits. Sinon autant dire que le gouvernement français de l’époque a ordonné de pousser deux jeunes dans un transformateur électrique à Clichy Sous Bois au motif qu’il avait alors une politique de main dure face aux banlieues. Personne n’oserait avancer une bêtise aussi infâme. Dans les émeutes urbaines américaines la répression a aussi la main lourde. Tout cela n’excuse rien. Mais cela permet de mettre des évènements en relation de comparaison. J’exprime les plus nettes réserve à propos de l’action politique de monsieur Robert Ménard, principal organisateur des manifestations anti-chinoises. A présent, à propos du Tibet et des jeux olympiques, on ne voit que Robert Ménard. Il parle, parait il, au nom de « Reporters sans frontière ». Cette association est réduite à la personne de Robert Ménard. Bien des anciens membres du conseil d’administration pourraient en dire long au sujet des conceptions démocratiques de monsieur Ménard dans sa propre association. Quand je me suis trouvé sur le plateau de radio à France Culture où l’on m’interrogeait sur le sujet du Tibet et des jeux Olympiques, messieurs Marc Kravetz et Alexandre Adler sont restés silencieux quand j’en suis venu au rôle de monsieur Ménard. Ils ne peuvent être soupçonnés de chercher à me complaire… Hors micro, les deux, exprimaient des réserves marquées sur les méthodes du personnage de Robert Ménard. Maxime Vivas a établi une analyse documentée extrêmement inquiétante sur ce personnage et ses sources de financements. Quoiqu’il en soit, il semble qu’il remplace aussi dorénavant les syndicats de journalistes, l’association internationale des droits de l’homme, Amnesty et ainsi de suite. Parfois même il remplace le Dalaï Lama. Robert Ménard milite pour le boycott des jeux et ce que ne fait pas le Dalaï Lama. Celui-ci dit au contraire que le peuple chinois mérite les jeux. Robert Ménard est un défenseur des droits de l’homme à géométrie variable. A-t-il mené une seule action, même ultra symbolique, quand les Etats Unis d’Amérique ont légalisé la torture ? A-t-il mené une seule action pour que les détenus de Guantanamo soient assistés d’avocat ? Robert Ménard a un comportement qui soulève des questions sérieuses au sujet des motivations de son action.  


A propos du Tibet. Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait, comme par exemple le poste de vice président de l’assemblée populaire que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. 


Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions, que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le droit de vie, de mort et de tortures sur eux. 


 On n’évoque pas le statut des femmes sous ce régime là. Mais il est possible de se renseigner si l’on a le coeur bien accroché. L’autorité communiste a mis fin aux luttes violentes entre chefs locaux du prétendue paradis de la non violence ainsi qu’aux divers châtiments sanglants que les moines infligeaient à ceux qui contrevenaient aux règles religieuses dont ils étaient les gardiens. La version tibétaine de la Charria a pris fin avec les communistes. 


La révolte de 1959 fut préparée, armée, entretenue et financée par les USA dans le cadre de la guerre froide. Voila ce qu’il en est des traditions charmantes du régime du Dalaï Lama avant les communistes et de l’horrible « invasion » qui y a mis fin. Depuis la scolarisation des enfants du Tibet concerne 81% d’entre eux là où il n’y en avait que 2% au temps bénis des traditions. Et l’espérance de vie dans l’enfer chinois contemporain prolonge la vie des esclaves de cette vallée de larmes de 35, 5 à 67 ans. En foi de quoi l’anéantissement des tibétain se manifeste par le doublement de la population tibétaine depuis 1959 faisant passer celle-ci de un million à deux millions et demi. 


Pour tout cela, la situation mérite mieux, davantage de circonspection, plus de respect pour les chinois que les clichés ridicules que colportent des gens qui ne voudraient ni pour eux, ni pour leur compagne ni pour leurs enfants d’un régime aussi lamentable que celui du roi des moines bouddhistes du Tibet. A l’heure actuelle je n’éprouve aucune sympathie pour « le gouvernement en exil du Tibet » dont sa sainteté est le décideur ultime sur pratiquement toutes les questions, où siège un nombre de membres de sa famille qu’il est tout à fait inhabituel de trouver dans un gouvernement, même en exil, sans parler de leur présence aux postes clefs de la finance et des affaires de cet exil. Je respecte le droit de sa sainteté de croire ce qu’elle veut et à ses partisans de même. Mais je m’accorde le droit d’être en désaccord total avec l’idée de leur régime théocratique. 


Je suis également hostile à l’embrigadement d’enfants dans les monastères. Je suis opposé à l’existence du servage. Je suis laïque partout et pour tous et donc totalement opposé à l’autorité politique des religieux, même de ceux que l’album "Tintin au Tibet" a rendu attendrissants et qui ne l’ont pourtant jamais été. Je désapprouve aussi les prises de position du "roi des moines" contre l’avortement et les homosexuels. Même non violentes et entourées de sourires assez séducteurs, ses déclarations sur ces deux sujets sont à mes yeux aussi archaïques que son projet politique théocratique. 


 Je n’ai jamais soutenu l’Ayatollah Khomeiny, même quand j’étais contre le Shah d’Iran. Je ne soutiens pas davantage ni n’encourage le Dalaï Lama, ni dans sa religion qui ne me concerne pas, ni dans ses prétentions politiques que je désapprouve ni dans ses tentatives sécessionnistes que je condamne. Je demande: pourquoi pour exercer sa religion et la diriger le Dalaï Lama aurait-il besoin d’un Etat ? Un Etat qui pour être constitué demanderait d’amputer la Chine du quart de sa surface! Son magistère moral et religieux actuel souffre-t-il de n’être assis sur aucune royauté ? 


En ce qui concerne le droit international et la géopolitique, le dossier du Tibet tel que présenté par ses partisans est un facteur de violences, de guerres et de déstabilisation aussi considérable que celui des Balkans. Quel genre de Tibet est défendu ? Le "grand Tibet" incluant des régions comme le Yunnan et le Sichuan, sur les territoires des anciens seigneurs de la terre où sont organisés des troubles en même temps qu’à Lhassa ? Bien sûr, aucun de ceux qui s’agitent en ce moment ne se préoccupe de savoir de quoi il retourne à ce propos. Rien n’indique mieux le paternalisme néo colonial ni le racisme sous jacent à l’enthousiasme pro tibétain que l’indifférence à ces questions qui mettent en cause la vie de millions de personnes et des siècles d’histoire et de culture chinoise.  


J’ai lu que les athlètes français porteraient un maillot avec une déclaration un peu passe partout qui est présentée comme une protestation politique . Je sais très bien que l’inscription "pour un monde meilleur" ne mange pas plus de pain là bas qu’ici. Mais elle sera certainement vécue par les chinois du commun comme un acte injurieux si son motif pro Dalai Lama est connu. Peut-être est-il cependant aussi un peu hors limite des règles du sport international. 


Souvenons nous que la ligue européenne de natation a exclu des championnats d’Europe de natation le nageur serbe Milorad Cavic parce qu’il portait lors des remises de médailles un tee-shirt sur lequel était écrit: "le Kosovo est serbe". Cela fera-t-il jurisprudence? Les champions français qui porteront un slogan annoncé comme politique seront-ils interdits de jeux? Bien sûr que non! Puisque le but c’est justement que le Tibet soit au chinois ce que le Kosovo a été aux Serbes. Mais comme cela n’a rien de comparable, à part la volonté de dépeçage de l’ennemi et la mise en scène médiatique, il est fort probable que cela finisse à la confusion des agresseurs. Je le souhaite. 


Je suis un ami de la Chine. Et je sais que l’intérêt de mon pays et ses valeurs ne sont pas du côté où l’on voudrait les entraîner.

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Voilà ce qu'il a écrit sur son blog, Jean-Luc Mélenchon. Et il a entièrement raison.