"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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samedi 10 décembre 2011

Les Chinois en vacances

Ile Maurice. Un hôtel plutôt haut de gamme sur la côte ouest. N’essayez pas d’arriver maintenant : tout est complet. Le domaine s’étend sur 22 hectares. Pour les déplacements, des voiturettes électriques sillonnent les allées du parc luxuriant, envahi d’oiseaux exotiques. Les installations sont luxueuses, les chambres immenses et magnifiquement agencées : wifi, télé multichaines dans toutes les langues, salle de bains rutilante, souci du moindre détail. 

Le personnel (mauricien) est attentif, aimable, souriant et toujours disponible. Plage de sable fin, tennis, golf, voile, plongée, deux grandes piscines à 30° (c’est la température ambiante) et une foultitude d’autres activités (y compris un stage de cirque). Il y a aussi un espace zen, sans musique, sans animation, sans enfants. Le rêve. 

La clientèle est cosmopolite. Un fort contingent de Français : les hommes sont repus et leurs épouses, assez mal fagotées et badigeonnées d’écran total, lisent Marc Lévy en sirotant du «rhum arrangé». J’ai vu en outre un quadra français en bermuda fluo, affalé sur un transat, lisant les mémoires de Jacques Chirac. On rencontre aussi des Belges, en nombre relativement important. Les Belges, on ne peut pas les rater. Quelques Sud-Africains sont venus en voisins (4 heures de vol seulement). 

Mais ceux qu’on remarque le plus, ce sont les nombreux Chinois. Ils arrivent groupés de Shanghai ou de Hong-Kong par vols directs. Ils sont jeunes (moins de 30 ans) et tous en couple. Ça sent le voyage de noces. Pour leur séjour d’une semaine, ils dépensent chacun ici l’équivalent de deux ans de salaire d’un ouvrier de leur pays. Ils ont tous des Smartphones et certains se promènent avec un iPad (made in China). 

Avec des appareils photo dernier cri, ils photographient tout sur leur passage, surtout la nourriture qui est exquise et abondante. Le manager a pensé à eux : un grand buffet asiatique leur est destiné. Mais ils picorent aussi goulument dans les plats mitonnés pour les clients européens. Pour la plupart, ils ne parlent que le chinois. Certains bredouillent quelques mots d’anglais. Mais tout est prévu : des employés sinisants sont à leur service. 

En les observant, je pense à Mao et à sa longue marche, les cent fleurs, le grand bond en avant, la révolution culturelle. Toutes ces folies : 70 millions de morts, les famines, les exterminations, les procès iniques, la chasse aux intellectuels et aux «riches». Tout cela pour en arriver, après 60 années d’errements idéologiques sanguinaires, à un groupe de touristes chinois, équipés des derniers instruments technologiques, séjournant à l’île Maurice au milieu de vacanciers capitalistes plutôt indifférents. 

mercredi 18 août 2010

La rentrée


Vous étiez sorti, vous ? Non ? Alors tant pis, il va falloir rentrer quand même ! C’est la rentrée.

C’est un truc typiquement français : LA RENTRÉE ! Ça n’existe dans aucun autre pays au monde. Il faut dire tout simplement qu’aucun autre pays au monde ne tombe en catalepsie comme le nôtre entre le 14 juillet et le 15 août.

Les congés payés (merci Léon Blum), les 35 heures (merci Martine Aubry) font que la France en été est comme suspendue dans un vide intersidéral.

Tout le monde s’éclipse en même temps, ce qui provoque les inénarrables bouchons, autre spécificité purement franchouillarde. Il n’y a pas de bouchons estivaux en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou au Japon. Encore une fois, c’est un syndrome français.

Mais le meilleur, c’est donc la rentrée. Les rentrées, devrais-je dire. Car chacun effectue la sienne en ordre dispersé. La rentrée de Martine Aubry, la rentrée de François Chérèque, la rentrée de Dominique de Villepin, la rentrée médiatique. Elle sera courte pour Laurence Ferrari qui va disparaître en octobre pour cause de parturition – mais elle fera une autre ‘rentrée’ après la naissance du chérubin.

Il y a évidemment la rentrée des classes et, plus tard, la rentrée universitaire. Il y a aussi la rentrée littéraire. On annonce 700 romans cet automne. Pourquoi ne pas les publier au début de l’été quand les gens ont du temps pour lire ? Même remarque pour la rentrée cinématographique. L’été, c’est le festival du navet alors que les spectateurs sont disponibles. Il faut attendre septembre pour voir des films un peu moins nuls.

Bref, tout ce petit monde rentre, rentre dans le rang. Ce qui est magnifique en France, c ‘est qu’on s’accorde très vite une seconde rentrée. C’est en janvier, après les fêtes. Tout le monde rentre encore.

La France est un pays qui adore rentrer. Comment en sortir ?