"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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vendredi 1 avril 2011

RSF : Renégat Sans Frontières, alias Robert Ménard

Avec Robert Ménard, on n’est jamais déçu. Je vous ai déjà parlé de cet olibrius (lire ici) (ou encore ici)L’ex-défenseur autoproclamé de la liberté de la presse va publier le 21 avril un petit pamphlet de 20 pages. Il a réussi à faire plus court que Stéphane Hessel. L’opuscule s’intitule : «Vive Le Pen !».

C’est le nouveau filon de l’édition politique : on écrit quelques pages énervées qu’on vend deux francs six sous et on s’assure un triomphe en librairie.


Ce pied-noir vibrionnant, fils d’un imprimeur OAS d’Oran, a mangé à tous les râteliers : tenté par la prêtrise et trotskyste sauce LCR dans sa jeunesse, il est conquis à l’âge adulte par le socialisme à la Mitterrand, puis, 25 ans plus tard, par les idées de Nicolas Sarkozy qui lui a accordé la Légion d'Honneur. Honneur et Ménard, ça ne rime pas vraiment, mais passons.




On pouvait espérer que ce cheval fou arrêterait là sa promenade sur l’échiquier politique. Non, il lui manquait une dernière case à explorer : le Front National.

Dans son brûlot, Ménard prend la défense des électeurs de Marine et Jean-Marie Le Pen. Il estime qu’ils sont injustement méprisés par les médias et les commentateurs. Cet argument n’est pas faux. Si environ 15% des électeurs sont aimantés par le discours droitier ripoliné de Marine Le Pen, il faut les prendre en compte. Ces Français existent et s’expriment. Les idées du Front National sont absurdes et dangereuses, mais elles trouvent un large écho dans un pays déboussolé, abandonné par une classe politique incapable, depuis une trentaine d’années, de relever les défis contemporains : immigration, insécurité, mondialisation. Et surtout : chômage, éducation, reconversion industrielle, recherche, investissement, équilibre budgétaire.

Le Front National prospère parce que la droite post-gaulliste et la gauche des apparatchiks n’ont pas agi quand il en était encore temps.

N’oublions pas non plus que c’est François Mitterrand, arrivant au pouvoir, qui a recomposé de manière machiavélique et à son avantage le paysage politique français par une double manœuvre. D’abord, Mitterrand a méthodiquement organisé l’anéantissement du Parti Communiste pour assurer la suprématie du PS à gauche. Mission désormais accomplie. Et, à droite, Mitterrand a diabolisé de manière théâtrale le Front National qui est devenu soudain très attrayant, comme tout ce qui sent le soufre, pour la frange la plus conservatrice de l’électorat. De cette façon l’UNR/UDR/RPR/UMP a été dépecé. Le processus est toujours en cours. L’effondrement spectaculaire du sarkozysme en est l’illustration flagrante.

Robert Ménard est un opportuniste, une girouette qui tourne toujours dans le sens du vent. Le parti qui monte mais que les beaux esprits vomissent, c’est le Front National. Alors, «Vive Le Pen !», s’écrie Robert. Peu importe si le programme du FN est un tissu d’âneries : sortie de l’Euro, fermeture des frontières, préférence nationale et tout le tintouin. Les expériences de gestion municipale par des élus du FN ont été des catastrophes. Robert Ménard n’est pas regardant, c’est un mercenaire : Bob Ménard = Bob Denard. Il transporte ses valises dans le lieu où on le remarquera le plus, jusqu'au Qatar si nécessaire. Ménard fait l’intéressant, lui qui l’est si peu. 

Ses valises sont déjà bien lourdes. Il a déjà exprimé publiquement son soutien à la peine de mort, à la torture (mais oui !) et son homophobie, sans oublier son plaidoyer pour Dieudonné. En arrivant avec armes et bagages dans les faubourgs de l’extrême droite, il est déjà largement en phase avec le parfum idéologique de Marine Le Pen ("Héritage" par Jean- Paul Guerlain)


Le FN a un nouveau compagnon de route, moins bourré que le pro-hitlérien de bistrot John Galliano mais tout aussi vindicatif. Il n'est pas certain que la frontiste blonde s'en réjouisse très longtemps, tant Ménard est changeant et imprévisible. D'ici à quelques mois, il n'est pas impossible qu'il aille faire des risettes à Mélenchon. Au point où il en est...
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Pour mieux comprendre le personnage, je vous propose de lire l'article de Guillemette Faure dans "Les Inrocks" (paru en avril 2011)

dimanche 12 décembre 2010

Les dégâts de la Marine


Vous avez frémi le 21 Avril 2002, sur le coup de 20 heures ? Vous allez ressentir les mêmes sueurs froides, probablement décuplées, lorsque, au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, vous découvrirez le score du Front National. Ce printemps-là va paraître glacial à bon nombre de beaux esprits angélistes.

La campagne de conquête entamée par Marine Le Pen va faire des dégâts, à gauche et à droite, sans doute plus destructeurs que le séisme soulevé par son père Jean-Marie qui avait banni à jamais Lionel Jospin sur l’ile de Ré.

Aujourd’hui, le terrain se présente encore plus favorablement pour le FN qu’il y a 8 ans.

D’abord, regardez partout en Europe : la droite nationaliste ou populiste, l’extrême-droite, les krypto-fascistes, tous ces courants politiques gagnent en force et progressent dans tous les types d’élections. C’est vrai au Danemark, en Suède, en Finlande, aux Pays-Bas, en Belgique ou encore en Suisse. On pourrait multiplier les exemples.

En France, Nicolas Sarkozy, malgré les rodomontades de sa politique sécuritaire, n’a pas réussi à fidéliser durablement les partisans de l’ordre. Les scores du FN aux régionales de cette année sont éloquents : 11% au premier tour (moyenne nationale), avec des percées spectaculaires : 20 % pour la liste conduite par Jean-Marie Le Pen en PACA et plus de 18 % pour sa fille Marine dans le Nord-Pas-de-Calais.

Une large frange de l’électorat populaire, un moment séduite par la rhétorique droitière de Nicolas Sarkozy, s’en est détournée. Les raisons de ce désamour sont nombreuses et bien connues : crise économique, style ostentatoire et désordonné du président, accommodements ou recul sur de nombreuses promesses électorales du leader de l’UMP.

La politique d’ouverture a en outre crispé et déboussolé encore davantage les citoyens vraiment conservateurs. Le racolage des socialistes à la recherche d’un portefeuille (Bernard Kouchner, par exemple) et la nomination des gadgets de la diversité (Rama Yade, Fadéla Amara, Rachida Dati) ont suscité un rejet instinctif dans cette partie frileuse de l’opinion publique.

Pour enrichir le terreau sur lequel Marine Le Pen cultive avec brio le ressentiment semé depuis longtemps par son vieux père, certains épisodes hautement médiatisés ont joué leur rôle. Par exemple, le fiasco de l’équipe de France de football en Afrique du Sud et le comportement de la plupart des joueurs assimilés à de la «racaille» sont désormais imprimés dans l’inconscient collectif. Je ne vais pas vous faire un dessin. Regardez les photos, comptez le pognon de ces sportifs en débandade, c’est du pain béni pour le FN.

A gauche, depuis que François Mitterrand a cessé, en mourant, de jouer au maître d’école, c’est la bagarre continuelle dans la cour de la rue de Solférino. La foire aux vanités et aux égos rend improbable tout sursaut collectif pouvant conduire à une victoire. Il est piquant de constater que seul un dissident socialiste, le tonitruant Jean-Luc Mélenchon, parvient encore à faire entendre des idées de gauche qu’il assaisonne de piques démagogiques proches de celles de feu Georges Frêche.

Marine Le Pen a de nombreuses cartes en main : l’échec patent de l’expérience Sarkozy, une crise sociale qui s’aggrave en dépit des camouflages de Bercy, une gauche en capilotade. Ajoutez à cela, et ce n’est pas le moindre facteur, un ordre économique international totalement chamboulé.

Ecoutez bien l’égérie frontiste. Le vieux fond de commerce des menaces de l’immigration n’est pas oublié. Pour preuve : la récente comparaison établie par Marine Le Pen entre «l’occupation» de certaines rues par des musulmans en prière et «l’occupation» militaire allemande dans les années 40.

Il convient, à ce sujet, de visionner la vidéo enregistrée il y a quelques jours dans la rue Myrha (18ème arrondissement de Paris). Cette vidéo est visible sur le site de propagande du FN. Au vu de ces images, Marine Le Pen est fondée à dire que l’espace public est «occupé» par les fidèles d’une religion, l’Islam en l’occurrence. Le maire socialiste de l’arrondissement, Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur, ne fait rien pour y remédier. Mais c’est évidemment le parallèle avec l’occupation nazie qui est outrancier. Le Front National n’a guère changé sur ce point : c’est un parti qui s’est toujours dangereusement fourvoyé en invoquant l’Histoire et ses détails.

Il n’empêche que, en dehors de cette récente saillie, la thématique de l’immigration est passée au second plan dans le discours relooké du FN.

Marine Le Pen parle principalement d’économie (pas toujours en experte), de mondialisation, de délocalisations. Le péril islamiste reste évidemment dans la panoplie du FN. Mais le péril jaune le supplante désormais.

La France, ancienne grande puissance politique et économique, se rabougrit. Ce n’est pas une présidence du G20 qui pourra y remédier, n’en déplaise à l’occupant actuel de l’Elysée. La poussée inexorable de la Chine (et d’autres pays comme l’Inde et le Brésil) fait reculer dans un recoin de la planisphère des pays affaiblis comme le nôtre. Marine Le Pen se saisit de cette situation réelle et inquiétante pour brandir l’étendard sanglant du protectionnisme. Vieille antienne éculée, mais qu’importe, puisque ça marche toujours auprès des gens mal informés.

Pour conforter son assise politique, Marine Le Pen est en train de purger le Front National des remugles hérités de son père. Bruno Gollnisch est un des derniers vestiges qui résistent encore dans l’appareil du FN, ancienne mouture. Mais son sort est scellé. Place aux jeunes !

Cette femme blonde de 42 ans au bagou inextinguible, dotée d’un immense culot et d’une incontestable maestria télévisuelle (son récent passage dans «A vous de juger» a pulvérisé la vacillante Rachida Dati), peut faire un gros carton en 2012.

Les circonstances jouent nettement en sa faveur : faiblesse et division de ses adversaires de gauche comme de droite, paysage économique désastreux, sentiment confus que tout va de mal en pis. Une situation rêvée pour un parti protestataire.

Marine Le Pen apporte, dans la plupart des cas, de mauvaises réponses aux questions pressantes qu’elle soulève. Mais, dans le personnel politique français, elle est la seule à se faire entendre haut et fort. En 2012, prévoyez du grabuge.