"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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samedi 5 mars 2011

Marine a le vent en poupe


Les sondages à plus d’un an d’un scrutin présidentiel, ça ne vaut pas tripette. Mais tout de même, celui-ci mérite d’être noté, comme une sorte d'avertissement, sans frais pour l'instant.

Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour de l'élection présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et la socialiste Martine Aubry, selon un sondage Harris Interactive pour ‘Le Parisien Dimanche’.

D'après cette enquête, la présidente du Front national recueillerait 23% des voix, contre 21% pour le président sortant, à égalité avec le premier secrétaire du Parti socialiste.

C'est la première fois dans une étude sur les intentions de vote pour le scrutin présidentiel de l'an prochain que Marine Le Pen est donnée présente au second tour.

Marine Le Pen s'est félicitée de ce résultat lors d'une conférence de presse dans le Pas-de-Calais.

"Ce sondage me laisse penser que Nicolas Sarkozy perdra cette élection présidentielle", a-t-elle déclaré. "D'ores et déjà il est presque éliminé de ce second tour".

"Je pense qu'on assiste là, enfin je l'espère, aux prémices d'un réveil du peuple français, a-t-elle ajouté. C'est très à la mode le réveil des peuples en ce moment. Il n'y a pas de raison que le peuple français ne se réveille pas."

Dans le même sondage réalisé du 28 février au 3 mars 2011 auprès de 1.618 personnes âgées de 18 ans et plus, le président du Mouvement démocrate François Bayrou est crédité de 8% des intentions de vote, devant l'écologiste Eva Joly et l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, à égalité à 7%.

Je vous propose de relire ce qu’écrivait ANYHOW en décembre dernier en cliquant ici : «Les dégâts de la Marine».

mercredi 2 mars 2011

Le désert politique français


La politique française offre un spectacle désolant, à l’image d’un pays qui se délite.

A droite, c’est un champ de ruines. Toutes les ambitions de Nicolas Sarkozy se sont étiolées ou effondrées à l’épreuve de la réalité du pouvoir.

Son camp est en lambeaux, derrière un chef dépassé par les défis actuels. Le comportement erratique du président sème le doute même parmi ses fidèles. Le pays est conduit ‘à la va comme je te pousse’, au gré des événements, des faits divers sanglants et de l’air du temps.

On échafaude un ambitieux «Grenelle de l’environnement» pour s’empresser aussitôt de le dépecer. On fustige les emplois aidés et la gestion sociale du chômage pour les réintroduire en catastrophe en constatant les piteux résultats de la politique de l’emploi. On promet des lois sécuritaires dès qu’une joggeuse est estourbie, en espérant séduire l’électorat droitier qui n’est pas dupe. On stigmatise l’Islam. On louvoie à n’en plus finir sur la fiscalité, pour ne pas effrayer les nantis et les rentiers qui votent UMP. On navigue à vue, dans un brouillard de plus en plus opaque, en laissant filer les déficits.

Après moi, le déluge : des coups de menton, mais pas d’audace, pas de vision, pas d’imagination. On piétine. Pire : on régresse, pendant que le monde change à vue d'oeil.

On tripatouille nerveusement la composition du gouvernement plusieurs fois par an. C’est le retour perpétuel des morts-vivants : Juppé et Longuet sont les dernières 'nouveautés'. Dommage que Couve de Murville ne soit plus disponible.

On s’agite mais on n’agit pas. La jeunesse est abandonnée, les juges insultés, les enseignants bousculés.

En dehors de la parenthèse paternaliste du Salon de l’agriculture, les paysans sont livrés à eux-mêmes. Notre bureaucratique diplomatie est désemparée, impuissante, inaudible. Notre industrie recule, faute d’investissements et de recherche. Nos PME sont trop petites pour exister vraiment à l’exportation.

Où sont les réformes ? Où est passée la ‘rupture’ ?

Quel est le projet collectif pour la France ?

En face, à gauche, n’essayez pas de poser cette dernière question au seul parti de gouvernement dans l’opposition : le Parti Socialiste.

Martine Aubry, la première secrétaire, a commis un lapsus révélateur dimanche dernier sur France 2 en parlant du projet de PS : «un projet extrêmement vague... euh, vaste !».

Vaste ou vague, cela revient au même. La seule préoccupation des socialistes français est de se marquer à la culotte avant la sélection du candidat ou de la candidate pour 2012.

Martine Aubry devrait d’ailleurs regarder à la loupe les courbes d’audience du 20 h de TF1 : dès qu’elle y est invitée, les téléspectateurs désertent en nombre.

Pendant ce temps-là, Ségolène Royal gesticule, François Hollande maigrit et Laurent Fabius pontifie.

Et quand, flanqué d’Anne Sinclair, Dominique Strauss-Kahn daigne fouler avec componction le sol de la mère patrie, les médias sont pris de frénésie, sauce ‘people’.

Ce qui donne aussitôt de l’urticaire rue de Solférino. Le sémillant porte-parole du PS, Benoît Hamon, se pince le nez et déclare à propos de DSK : «Il est loin de la France, il ne respire pas les molécules de l'atmosphère que nous respirons.»

Atmosphère, atmosphère ! Pas les mêmes molécules... Une autre façon de répéter ce que disait l’UMP Christian Jacob à propos de DSK, non conforme selon lui à «l'image de la France des terroirs et des territoires, de la France qu'on aime bien».

Le débat politique français se situe à ce niveau : querelles de personnes, foire d’empoigne pour les bonnes gâches, absence de dessein pour le pays.

A gauche, on prépare un casting. A droite, on s’embourbe.

S’indigner, comme dirait Stéphane Hessel, ne suffira pas. Il faudrait un autre genre de sursaut pour s’extirper de cette sombre impasse.

«Les Français sont des veaux», disait jadis le général de Gaulle. Par chance, il s’est souvent trompé.