dimanche 12 octobre 2014
De Modiano à Paul Valéry en passant par Valenciennes, Montpellier et Google.
samedi 25 juin 2011
Montpellier en juin
samedi 12 février 2011
Ode à Montpellier

Montpellier pour quelques jours, avant d’y revenir prochainement. Quelques impressions fugaces et superficielles qui n’ont pas la valeur d’un jugement définitif.
Confirmation d’un regard porté il y a quelques années à l’occasion d’un premier séjour : cette ville bruisse et bouge. C’est un espace vivant occupé par sa population et notamment par sa jeunesse. Impression de mouvement.
Un centre-ville débarrassé des voitures. Rien que ça, c’est une différence. Le tramway (dont la troisième ligne est en construction) apporte une fluidité et une sérénité incomparables. Un espace urbain où la bagnole est marginalisée, poussée vers l’extérieur, cela représente un vrai soulagement. Je sais pourtant, qu’aux abords de la ville, la circulation automobile est une épreuve. Ceci est la conséquence de cela.
J’ai pris ce tramway à de multiples occasions. J’ai ressenti que ce mode de locomotion collectif avait été adopté avec plaisir par tout le monde. Une autre façon de vivre en ville, de se déplacer, de glisser d’un point à l’autre.
Autre impression d’ensemble qui reste à confirmer : cette ville et son agglomération ont la chance de bénéficier d’un plan de développement à long terme. C’est un exemple sans doute unique en France : une vision globale qui voit loin. C’est l’œuvre de Georges Frêche qui a conçu pour Montpellier un plan d’expansion assez visionnaire.
On peut penser ce qu’on veut du bonhomme. Mais je ne connais pas d’autre homme politique français qui ait imaginé pour un territoire un projet aussi futuriste. Frêche, le magalo, le populiste, la paranoïaque a transformé la bourgade poussiéreuse de Montpellier en un centre urbain attractif et innovant. Et, croyez-moi, ça fonctionne. Je ne connais aucune autre ville de province en France qui puisse afficher une telle vitalité. Peut-être Bordeaux, grâce à Juppé.
On peut évidemment contester certains choix architecturaux à Montpellier. L’aspect monumental de certains quartiers rappelle le style pataud du stalinisme. J’ai vu partout à Montpellier des grues à la périphérie. On construit toujours et les chantiers me paraissent prometteurs.
Il n’y a pas que des réussites : je suis allé voir «la place des grands hommes du XXème siècle» qui était le dernière idée de Frêche. C’est un ratage risible. Au milieu d’un centre commercial clinquant (mais très fréquenté), Frêche, de son vivant, avait fait édifier les statues de Jaurès, Churchill, De Gaulle, Lénine et Roosevelt. Pour que la collection soit complète, on attend encore : Gandhi, Mao, Nasser, Golda Meir et Mandela. Je n’ai vu que la moitié des statues, celles déjà installées. Le résultat est assez ridicule. Les statues sont moches, perdues dans un espace sinistre, au milieu d’un Luna-Park de pacotille.
Mais ce n’est pas l’essentiel. Ce n’est pas cela que je retiens de Montpellier. Je retiens l’impression d’un projet urbain ambitieux qui relie les quartiers anciens à toutes les nouvelles extensions. Enfin une ville qui ne reste pas figée, comme l’est Paris.
Je veux évoquer le moment que j’ai passé dans l’une des plus belles librairies de France, la librairie ‘Sauramps’, pleine de lecteurs et d’acheteurs de livres. Je veux souligner qu’il est très rare de trouver en France autant de salles de cinéma dans le cœur d’une ville. Je veux dire à ceux qui l’ignorent que le musée Fabre de Montpellier est l’un des plus magnifiques (pour la collection flamande et les salles Soulages, en particulier) que j’aie jamais visités dans notre pays, en dehors de Paris.
Je sais qu’il faut se méfier des impressions superficielles. Montpellier est durement frappée par le chômage. Montpellier n’est pas épargnée par la délinquance.
Il n’empêche que c’est un laboratoire urbain intéressant. Tellement intéressant que cette agglomération est l’une de celles qui attirent chaque année le plus grand nombre de nouveaux arrivants.
Je suis amené à y revenir souvent. Je vous en reparlerai.
jeudi 27 janvier 2011
Avant qu'il ne soit trop tard : "Le Président" Georges Frêche

Pour nous changer un peu de la Tunisie (sur laquelle j’ai beaucoup écrit ces derniers temps), faisons un petit détour par le Languedoc-Roussillon.
Mieux vaut tard que jamais. Je vais vous parler du documentaire «Le Président», film d’Yves Jeuland, sorti le 15 décembre dernier, le portrait fascinant d’un personnage hors normes : Georges Frêche (mort le 24 octobre 2010 à l’âge de 72 ans).
Au passage, un mot sur la distribution cinématographique en France. Pour voir fin janvier un film sorti à la mi-décembre, il faut que le spectateur fasse beaucoup d’efforts. C’est le principe de la distribution Kleenex : on jette aussitôt après usage. Dany Boon envahit les salles et s’y installe pour des mois. Mais les autres films sont poussés dans les oubliettes. Pourtant «Le Président» avait été salué par la critique et avait bénéficié d’une très bonne couverture médiatique.
Moins d’un mois et demi après son apparition sur les écrans, le film de Jeuland est devenu très difficile à voir. Il n’est plus projeté que de manière sporadique dans trois salles à Paris. Les provinciaux sont encore moins bien lotis.
C’est mon ami FD qui m’a interpellé la semaine dernière : ‘Comment ? Tu ne l’as pas vu ? Il faut absolument que tu ailles voir «Le Président» !’ Et FD d’ajouter : ‘Ce film devrait être projeté à tous les étudiants en sciences politiques et en journalisme.’
Répondant à cette injonction pressante, j’ai donc vu «Le Président». Je ne vais pas revenir en détail sur tout ce qui a déjà été écrit sur le film.
Quelques remarques cependant :
- Yves Jeuland nous montre Georges Frêche comme on ne l’avait jamais vu : roublard, truculent, truqueur, sincère, joyeux, épuisé. Un animal politique. On peut porter tous les jugements que l’on veut sur ce vieux bonhomme, mais il faut mettre à son crédit d’avoir accepté d’être filmé sans restriction pendant 6 mois. A l’heure des communicants castrateurs qui surprotègent les politiques, c’est une bouffée d’oxygène.
- Le film nous fait découvrir les coulisses d’une campagne (celle des régionales en Languedoc-Roussillon) comme jamais elles n'avaient été révélées, sauf peut-être avec Raymond Depardon (pour VGE en 1974) ou avec Jeuland lui-même (les municipales parisiennes de 2001).
- «Le Président» offre aussi un éclairage passionnant sur le fonctionnement des médias. Quand Jean-Pierre Elkabbach est en déplacement à Montpellier pour interviewer Frêche sur Europe 1, on assiste à l’entretien préalable. On voit aussi Frêche faire avec gourmandise une tournée des médias nationaux dans la capitale. C’est irrésistible de drôlerie.
- Le travail de Jeuland est fait de sobriété, de précision et de justesse. Pas un mot de commentaire, aucune interview de Frêche ou de ses collaborateurs. Il n’y a que des scènes spontanées, filmées discrètement. Il est évident que Jeuland a réussi à faire oublier sa petite caméra numérique pour filmer ce qu’il voulait. J’imagine qu’il a accumulé des centaines d’heures de tournage. Son grand talent est d’avoir organisé de manière cohérente cette matière première abondante. Le découpage et le montage du film sont remarquables.
N’attendez pas le DVD ! Allez voir ce film avant qu’il ne disparaisse totalement des écrans. Vous ne le regretterez pas.
______________________
Infos pratiques : Pour voir "La Président", il y a par exemple une séance ce soir à Rodez, une autre à Albertville et trois séances dans la journée toute la semaine à Montpellier. A Montpellier, c’est la moindre des choses.

