"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 23 mars 2011

"Tu verras", le nouveau roman de Nicolas Fargues

Après quelques livres décevants que je passerai sous silence, je viens de terminer la lecture d’un court roman signé Nicolas Fargues et intitulé sobrement «Tu verras» (éditions POL). Je tenais à le signaler à votre attention.
 
C’est le huitième ouvrage de cet auteur de 48 ans, un romancier un peu «mode» qui a souvent les honneurs de la presse magazine grâce à son physique avantageux. Il a même fait le mannequin dans une publicité pour le parfum «Allure» de Chanel. Beau gosse à l’écriture lisse et joliment superficielle, il a un petit côté exaspérant. J’avais lu quelques livres de lui, notamment son plus gros succès paru en 2006 : «J’étais derrière toi». La littérature de Nicolas Fargues me semblait agréable à lire mais il y manquait, à mon avis, de la sincérité et de l’émotion.

Dans ce dernier roman «Tu verras», Fargues comble totalement ces manques en nous racontant un drame personnel : celui d’un père divorcé confronté à la mort brutale du fils unique de 12 ans dont il a la garde. Fargues confie qu’il longtemps mûri ce récit après un accident de circulation où un de ses jeunes enfants à failli mourir.

Dans le livre, le narrateur est un père quadragénaire qui vit avec son fils Clément, 12 ans. Clément est le pré-ado typique de notre époque : le jeans porté trop bas, les jeux électroniques, le rap dans l’I-pod et une scolarité incertaine. Le père, fonctionnaire sans ambition, est un bobo revenu de tout, incapable de se fixer dans une relation amoureuse après son divorce. Il reporte maladroitement toute son affection sur son fils en lui faisant la leçon, comme les adultes rasoirs la font de manière pesante à leur progéniture.

C’est ce «Tu verras» qui sert de titre et qui revient sans cesse : tu verras que le latin, ça te servira plus tard, tu verras que tu seras content d’avoir découvert la peinture de Turner avec moi. Le gosse, traîné au musée Tate de Londres, baille d’ennui devant les couchers de soleil vénitiens du peintre anglais.

Fargues décrit très bien le mur d’incompréhension de plus en plus épais entre le père qui se croit encore jeune et son fiston à la recherche d’une identité par le rejet des valeurs et des références de son géniteur. «Tu verras», mais le jeune Clément ne verra pas, pas au delà de ses 12 ans. Il meurt en tombant d’un quai de métro, fauché par une rame.

Le père est pétrifié de douleur. Nicolas Fargues nous fait partager ce désarroi profond, les regrets, les remords de l’adulte. Le père se reproche tardivement les remontrances moralisatrices qu’il faisait à son fils, les petites brimades, les remarques blessantes. Le livre s’achève par un chapitre étonnant en Afrique où le narrateur, après la mort de Clément, accomplit une sorte de voyage de rédemption, un exorcisme.

J’ai été frappé par la justesse du ton : le sempiternel conflit de générations est traité avec subtilité. La mort de l’enfant n’est pas transformée en mélo boursoufflé de pathos. C’est une blessure à vif, ressentie par un homme désemparé. C’est quand il est mort que le fils se découvre réellement à son père.

Nicolas Fargues, gravure de mode et écrivain jusqu’ici simplement habile, atteint avec ce livre une nouvelle dimension dans l’écriture.