"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mardi 2 août 2011

Un livre ardent : "The end of the world as we know it" de Robert Goolrick

Parmi les nombreux livres lus récemment, je ne retiens qu’un seul : «The end of the world as we know it» de Robert Goolrick, paru aux Etats-Unis en 2007 et traduit en français sous le titre un peu pauvret de «Féroces» (Editions Anne Carrière – 2010).


C’est le premier livre de cet auteur américain dont le deuxième ouvrage avait été publié préalablement en français : «Une femme simple et honnête» (même éditeur – 2009).

«The end of the world as we know it» (littéralement : «La fin du monde tel que nous le connaissons») est un roman, largement autobiographique, d’une densité implacable.

C’est l’histoire d’une enfance faussement heureuse dans une famille déglinguée de la bourgeoisie d’une petite ville de Virginie dans les années 50. La Virginie, c’est un état du Sud, c’est même l’épicentre historique du sudisme américain. On y trouve la langueur des jours qui passent, une mélancolie fortement imbibée d’alcool et, comme chez Faulkner, une violence des sentiments intimes.

La famille du narrateur est désargentée mais vit sur un grand pied, multipliant les réceptions mondaines qui sont prétextes à des soûleries collectives. Les trois enfants (tous brillants) se débrouillent comme ils peuvent pour grandir au milieu de ces adultes indifférents, paumés, ratés.

Dans cette famille et dans ses fréquentations, les apparences priment : on s’habille, on babille, on s’émoustille. Les secrets sont lourds et sévèrement conservés au sein de la famille. «Un misérable petit tas de secrets», comme disait Malraux. Une citation souvent attribuée à tort à Mauriac et qui lui convient tout autant.

C’est un secret familial de ce genre qui est la blessure profonde du narrateur. Une blessure de la petite enfance que je ne révélerai pas ici car c’est la clé du livre. L’auteur nous y conduit progressivement puis nous jette en pleine figure, au troisième tiers de son récit, le moment cruel qui éclaire l’histoire. Ou plutôt qui l’obscurcit encore davantage.

C’est un livre déchirant, mordant, douloureux. La peinture de ce milieu médiocrement décadent (nous sommes loin de «Gatsby» !) est «féroce», pour reprendre l’adjectif du titre choisi pour la traduction française. Le narrateur ne nous épargne aucun travers, aucun vice de ses proches. Il ne se ménage pas non plus en nous racontant en détail, arrivé à l’âge adulte, ses tentatives de suicide. L’amour est rare et, s’il survient, il est fugace et déçu.

L’ensemble pourrait être déprimant s’il n’était servi par une écriture incisive et décapante (très bien rendue par la traduction française). Goolrick observe ses proches avec un regard d’entomologiste obsessionnel. Toute la première moitié du roman est une plongée froide dans un univers d’apparences et de mensonges élégants qui permettent de sauver la face. Un humour décalé fait passer la pilule, souvent aigre. Seul le personnage de la mère est dépeint avec une tendresse distante.

Au bout du compte, nous rejoingnons l’anathème d’André Gide dans «Les nourritures terrestres» : «Familles, je vous hais ! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur.» Dans le cas de Goolrick, il s’agirait plutôt de la possession jalouse du malheur ou, du moins, d’un pesant mal de vivre.

Ce livre laisse un goût puissamment amer et désenchanté. Mais c’est un vrai livre parfaitement maîtrisé et cohérent. Pas idéal pour lire sur la plage. Si c’est une lecture facile que vous recherchez, vous pouvez opter pour Guillaume Musso ou Marc Lévy. C’est beaucoup moins dérangeant.

mardi 19 avril 2011

Un extravagant voyage, rafraichissant et littéraire.

C'est un livre qui est un cadeau à double titre. D’abord parce qu’il m’a été offert par des amis qui choisissent toujours bien les livres. Et c’est un cadeau de lecture que je voudrais partager avec vous.
 Version française :
«L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet» est un ouvrage inclassable : un roman initiatique, une description minutieuse de l’Amérique et surtout de l’Ouest américain, une épopée drolatique, une ode à la vie, à la science, à l’audace.

T.S. Spivet, le narrateur, est un gamin génial de douze ans, coincé dans un ranch du Montana entre un père cow-boy et une mère chercheuse, obsédée par les espèces rares d’insectes. T.S. a une passion : la représentation scientifique, par le biais de cartes et croquis, de tout événement qui se produit au ranch. 


Voici le croquis de sa chambre d'enfant :

Aidé par un professeur de sciences, T.S. se fait passer pour un adulte, et vend ses illustrations aux principaux magazines spécialisés du pays. Le prenant pour un adulte, le ‘Smithsonian Institute’, la plus prestigieuse institution scientifique américaine, annonce au jeune garçon qu’il vient de remporter le prestigieux Prix Baird pour l’un de ses dessins. Le destin de T.S. prend une autre tournure. Invité à Washington pour faire discours d’acceptation, T.S. entreprend alors un voyage en train de marchandise (mythe américain) à travers le pays, sans abandonner son devoir de cartographier tout ce qu’il croise sur son chemin.

L’histoire est truculente, palpitante et totalement incarnée par la personnalité de ce gamin obsédé par les observations qu’il consigne sans cesse dans ses carnets mais qui reste un enfant fragile et émerveillé.

Le livre (voir ici le site officiel) est un objet magnifiquement édité, joliment illustré, constellé de notes et de dessins en marge qui conduisent à une lecture cursive et ludique. Il existe maintenant une version interactive pour Ipad, ce qui semble très approprié.

L’auteur américain, Reif Larsen, n’a que 30 ans. C’est son premier ouvrage, un OVNI littéraire. Je le recommande sans réserve. Je le répète : c’est un cadeau pour celles et ceux qui aiment le plaisir de la surprise et de la lecture.



«L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet» de Reif Larsen, traduit de l’anglais (États-Unis) par Hannah Pascal, Éditions NiL, 380 pages.

dimanche 3 avril 2011

"Zadig et Voltaire", le livre préféré de Frédéric Lefebvre. Ça fait rire 'Twitter'

Il s’est passé un truc très rigolo hier samedi sur «Twitter». 

C’est l’inénarrable Frédéric Lefebvre qui en a fait les frais.
Cet homme est membre du gouvernement avec le titre à rallonge de : secrétaire d'État, chargé du Commerce, de l'Artisanat, des PME, du Tourisme, des services, des Professions libérales et de la Consommation. Oui tout ça. Je me demande comment ces fonctions multiples et variées tiennent sur sa carte de visite. Frédéric Lefebvre s’était déjà fait remarquer quand il était porte-parole de l’UMP.

Il vient d’écrire un livre publié par ‘Le Cherche Midi’ intitulé «Le mieux est l’ami du bien». C'est donc un auteur, disons même un écrivain...

Frédéric Lefebvre dédicaçait récemment son ouvrage. A cette occasion, il a été approché gentiment par une caméra amie du site Internet du ‘Figaro’. Pas vraiment des méchants gauchistes malfaisants. On lui demande aimablement de dire quel est le livre qui l’a le plus marqué. Ecoutez ce qu’il répond :



Oui, le livre qui a eu la plus profonde influence sur Frédéric Lefebvre, c’est «Zadig et Voltaire». Comme la marque de fringues pour bobos. Pas "Zadig" de Voltaire, mais bel et bien "Zadig et Voltaire" (voir le site de la marque en question ici). C'est Rue 89 qui a levé ce lièvre délicieux. Il méritait bien un civet qui fut cuisiné aux petits oignons : cette énormité a stimulé l'imagination des amateurs de belles lettres sur Twitter


Les pastiches de titres se sont multipliés. Voici une toute petite sélection :

  • "Les lettres de mon moulinex", d’Alphonse Daudet
  • "Les fourberies d’escarpin", de Rachida Dati
  • "Le désert des Tartares", de Boursin
  • "Jacuzzi", d’Emile Zola
  • "J’irai cracher sur vos tongs", de Boris Vian
  • "Les lettres percent Anne", de Dominique Strauss-Kahn
  • "Pour qui sonne le gras", toujours de Dominique Strauss-Kahn, d’après Hemingway, donc d’après PPDA
  • "Le soulier de patin", de Philippe Candeloro, d’après Paul Claudel
  • "Jours tranquilles à Neuilly", de Liliane Bettencourt, d’après Henry Miller
  • "La possibilité Dunhill", de Michel Houellebecq
  • "La possibilité d’une île flottante", du même Michel Houellebecq
  • "501", de Claude Levi-Strauss
  • "Le petit prince", de Jean Sarkozy
  • "Mon père avait raison", de Marine Le Pen et Jean Sarkozy, d’après Sacha Guitry
  • "L’être et le Guéant", de Jean-Paul Sarthe, préface de François Fillon
  • "La peste", de Jean-Claude Camus
  • "L'étranger" de Marine Le Pen, d'après Jean-Claude et Albert Camus
  • "Le bateau ivre", de Chantal Brunel
  • "La chartreuse de parmesan", de Stendhal
  • "Voyage au bout de la nuit à Las Vegas", de LF Céline Dion
  • "Omelette", de Shakespeare
  • "La chute", de Michèle Alliot-Marie, d’après Albert Camus
  • "Au cœur des ténèbres", de Gilbert Montagné, d’après Joseph Conrad
  • "On ne badine pas avec Zemmour", d’Alfred de Musset
  • "Thérèse Ramequin", d’Emile Zola
  • "Madame Balkany", de Gustave Flaubert (et pas de Balzac, contrairement à ce que croit Ariane Massenet du ‘Grand Journal’ de Canal+)
  • "Alcools", de Jean-Louis Borloo, d’après Guillaume Apollinaire
Vous avez tout le loisir d’en imaginer d’autres...
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en bonus, je vous offre le clip promotionnel du livre de Frédéric Lefebvre. C'est, comment dire.... c'est Voltairien... Rien, rien de rien.




mardi 29 mars 2011

"Comment je suis devenu un écrivain célèbre", le livre réjouissant de Steve Hely

Voici un livre réjouissant et drôle qui se lit d’une seule traite, un livre satirique sur la fabrication d’un best-seller.
Le narrateur est un type minable et désargenté, cantonné dans un boulot alimentaire médiocre : rédiger des lettres de motivation alléchantes à la place de candidats sans envergure espérant entrer dans des universités prestigieuses. Il sait y faire. C’est un bidonneur professionnel.

S’il s’agit de bidonner, se dit-il, bidonnons dans les grandes largeurs. Il se fixe comme projet d’écrire un roman à grand succès. Il n’ambitionne pas d’être un grand écrivain. Surtout pas. Il veut juste fabriquer une marchandise grand public. Il veut être riche et célèbre et, au passage, impressionner une ex-petite amie qui va se marier avec un Australien qu’il méprise.

Notre bidonneur fait la liste des ingrédients nécessaires pour obtenir un gros tirage : une histoire larmoyante, pleine de poncifs et de pathos, avec un rebondissement toutes les deux pages. Il applique la recette. Par miracle, le livre est publié et connaît un certain succès.

Ce succès est amplifié par une interview télévisée dans laquelle l’auteur truqueur révèle ses procédés. Au passage, il cloue au pilori les autres auteurs de best-sellers qui emploient des méthodes identiques. 


Le livre très rythmé et plein de dérision de Steve Hely démonte avec férocité les rouages de l’édition et des médias, complices de la même médiocrité éditoriale.

Le bouquin signé de Steve Hely est paru au Etats-Unis en 2009 (disponible maintenant en collection de poche là-bas). Deux ans plus tard, les éditions Sonatine nous en proposent la traduction française très fluide d’Héloïse Esquié (18€).
C’est le premier roman de Steve Hely qui écrit beaucoup pour la télévision américaine, en particulier pour les shows humoristiques de fin de soirée.

Son récit est décapant et picaresque. Steve Hely prouve qu’on peut écrire un bon livre, distrayant en permanence, sur la fabrication forcenée d’une vraie daube. Une daube fumante qui rapporte de l’argent au point d’intéresser Hollywood.

En le refermant, vous vous interrogerez : et si, moi aussi, je devenais Marc Lévy ou Guillaume Musso ?

mercredi 23 mars 2011

"Tu verras", le nouveau roman de Nicolas Fargues

Après quelques livres décevants que je passerai sous silence, je viens de terminer la lecture d’un court roman signé Nicolas Fargues et intitulé sobrement «Tu verras» (éditions POL). Je tenais à le signaler à votre attention.
 
C’est le huitième ouvrage de cet auteur de 48 ans, un romancier un peu «mode» qui a souvent les honneurs de la presse magazine grâce à son physique avantageux. Il a même fait le mannequin dans une publicité pour le parfum «Allure» de Chanel. Beau gosse à l’écriture lisse et joliment superficielle, il a un petit côté exaspérant. J’avais lu quelques livres de lui, notamment son plus gros succès paru en 2006 : «J’étais derrière toi». La littérature de Nicolas Fargues me semblait agréable à lire mais il y manquait, à mon avis, de la sincérité et de l’émotion.

Dans ce dernier roman «Tu verras», Fargues comble totalement ces manques en nous racontant un drame personnel : celui d’un père divorcé confronté à la mort brutale du fils unique de 12 ans dont il a la garde. Fargues confie qu’il longtemps mûri ce récit après un accident de circulation où un de ses jeunes enfants à failli mourir.

Dans le livre, le narrateur est un père quadragénaire qui vit avec son fils Clément, 12 ans. Clément est le pré-ado typique de notre époque : le jeans porté trop bas, les jeux électroniques, le rap dans l’I-pod et une scolarité incertaine. Le père, fonctionnaire sans ambition, est un bobo revenu de tout, incapable de se fixer dans une relation amoureuse après son divorce. Il reporte maladroitement toute son affection sur son fils en lui faisant la leçon, comme les adultes rasoirs la font de manière pesante à leur progéniture.

C’est ce «Tu verras» qui sert de titre et qui revient sans cesse : tu verras que le latin, ça te servira plus tard, tu verras que tu seras content d’avoir découvert la peinture de Turner avec moi. Le gosse, traîné au musée Tate de Londres, baille d’ennui devant les couchers de soleil vénitiens du peintre anglais.

Fargues décrit très bien le mur d’incompréhension de plus en plus épais entre le père qui se croit encore jeune et son fiston à la recherche d’une identité par le rejet des valeurs et des références de son géniteur. «Tu verras», mais le jeune Clément ne verra pas, pas au delà de ses 12 ans. Il meurt en tombant d’un quai de métro, fauché par une rame.

Le père est pétrifié de douleur. Nicolas Fargues nous fait partager ce désarroi profond, les regrets, les remords de l’adulte. Le père se reproche tardivement les remontrances moralisatrices qu’il faisait à son fils, les petites brimades, les remarques blessantes. Le livre s’achève par un chapitre étonnant en Afrique où le narrateur, après la mort de Clément, accomplit une sorte de voyage de rédemption, un exorcisme.

J’ai été frappé par la justesse du ton : le sempiternel conflit de générations est traité avec subtilité. La mort de l’enfant n’est pas transformée en mélo boursoufflé de pathos. C’est une blessure à vif, ressentie par un homme désemparé. C’est quand il est mort que le fils se découvre réellement à son père.

Nicolas Fargues, gravure de mode et écrivain jusqu’ici simplement habile, atteint avec ce livre une nouvelle dimension dans l’écriture. 

lundi 1 novembre 2010

Eros et Thanatos, version Philip Roth


Un bon livre n’est pas forcément un gros livre, voici la preuve en moins de 200 pages avec «Indignation» (Gallimard) de Philip Roth.

Je reconnais que je ne vais pas chercher des amateurs ni des débutants. Je me demande d’ailleurs si les jurés du Nobel vont se décider à distinguer Roth avant qu’il ne soit trop tard.

Ce livre est le vingt-neuvième de l’écrivain américain. L’ouvrage est tellement incisif et nerveux que l’on dirait un premier roman, même si l’auteur a 77 ans.

C’est un récit initiatique, l’éclosion d’un étudiant des années 50, fils d’un couple de bouchers cashers du New Jersey. Roth est né dans cet Etat, précisément dans la ville de Newark. Le portrait des parents est savoureux et angoissant. Roth a toujours eu un regard perçant sur la judaïté.

L’étudiant prénommé Marcus échappe au pesant carcan familial en allant faire des études, très loin, dans une petite université de l’Ohio. Le personnage (qui est le narrateur) est obsédé par la réussite, par le désir de bien faire. Mais le sexe et la mort (Eros et Thanatos, thèmes favoris de Roth) le hantent encore plus.

Pour résumer et sans rien dévoiler de l’intrigue très riche, entre fellation et guerre de Corée, c’est pipe et casse-pipe.

La construction du livre est remarquable, l’écriture dynamique et resserrée. Roth nous offre plusieurs scènes mémorables : la confrontation de Marcus avec le doyen ou encore la grande razzia sur les petites culottes dans les dortoirs des filles.

Les personnages ont une vraie épaisseur, une complexité insondable : Marcus d’abord, jeune homme orgueilleux et incertain, déterminé mais rongé par le doute. Il y aussi Olivia, la fragile ensorceleuse qui -sans le vouloir- conduira Marcus à sa perte. Sans oublier tous les autres personnages secondaires : les étudiants, le doyen, les parents de Marcus.

J’espère qu’on ne fera pas un film de ce livre. J’ai déjà toutes les images en tête. Personne, avec une caméra, ne fera mieux que Philip Roth.

Honte à moi, j’aurais dû lire ce livre en anglais, lors de sa première parution aux Etats-Unisen en 2008. Rendons donc hommage à la traductrice Marie-Claire Pasquier qui a fait pour Gallimard un excellent travail, comme d’habitude.

samedi 2 octobre 2010

Du Sartre ? Vous m'en mettrez un kilo !


J’adore cette histoire racontée par Alain Beuve-Méry dans sa critique du "Monde des livres" de l’ouvrage intitulé « Minuit » qui vient de paraître chez Grasset sous la signature de Dan Franck. Le livre est consacré aux artistes et écrivains français sous l’Occupation, collabos, résistants ou entre les deux.

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Mais à quoi donc peut tenir un succès de librairie ? L'Etre et le Néant est paru pour la première fois en France en juin 1943. Jean Paulhan avait usé de son influence auprès de Gaston Gallimard. Le pavé philosophique de Jean-Paul Sartre ne serait pas, à coup sûr, un succès commercial, mais il fallait le publier. Pour le fond, pour le prestige !

De fait, la première semaine, il ne s'en vendit que trois exemplaires, puis cinq, puis deux, quand soudain les ventes décolèrent : 600 en un seul jour, puis 700, 1 000, 2 000 exemplaires. Certes, sous l'Occupation, les Parisiens avaient le temps de lire, mais de là à devenir existentialistes... La maison Gallimard fit une enquête. Les femmes achetaient plus volontiers ce titre que les hommes. Qui plus est, elles l'achetaient souvent en double. Les femmes ? Pas exactement, plutôt les ménagères qui s'en servaient pour équilibrer leur balance, car L'Etre et le Néant pesait tout juste un kilo. Un volume remplaçait utilement les poids en cuivre, qui avaient été fondus.

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© "Le Monde"