

Un bon livre n’est pas forcément un gros livre, voici la preuve en moins de 200 pages avec «Indignation» (Gallimard) de Philip Roth.
Je reconnais que je ne vais pas chercher des amateurs ni des débutants. Je me demande d’ailleurs si les jurés du Nobel vont se décider à distinguer Roth avant qu’il ne soit trop tard.
Ce livre est le vingt-neuvième de l’écrivain américain. L’ouvrage est tellement incisif et nerveux que l’on dirait un premier roman, même si l’auteur a 77 ans.
C’est un récit initiatique, l’éclosion d’un étudiant des années 50, fils d’un couple de bouchers cashers du New Jersey. Roth est né dans cet Etat, précisément dans la ville de Newark. Le portrait des parents est savoureux et angoissant. Roth a toujours eu un regard perçant sur la judaïté.
L’étudiant prénommé Marcus échappe au pesant carcan familial en allant faire des études, très loin, dans une petite université de l’Ohio. Le personnage (qui est le narrateur) est obsédé par la réussite, par le désir de bien faire. Mais le sexe et la mort (Eros et Thanatos, thèmes favoris de Roth) le hantent encore plus.
Pour résumer et sans rien dévoiler de l’intrigue très riche, entre fellation et guerre de Corée, c’est pipe et casse-pipe.
La construction du livre est remarquable, l’écriture dynamique et resserrée. Roth nous offre plusieurs scènes mémorables : la confrontation de Marcus avec le doyen ou encore la grande razzia sur les petites culottes dans les dortoirs des filles.
Les personnages ont une vraie épaisseur, une complexité insondable : Marcus d’abord, jeune homme orgueilleux et incertain, déterminé mais rongé par le doute. Il y aussi Olivia, la fragile ensorceleuse qui -sans le vouloir- conduira Marcus à sa perte. Sans oublier tous les autres personnages secondaires : les étudiants, le doyen, les parents de Marcus.
J’espère qu’on ne fera pas un film de ce livre. J’ai déjà toutes les images en tête. Personne, avec une caméra, ne fera mieux que Philip Roth.
J’adore cette histoire racontée par Alain Beuve-Méry dans sa critique du "Monde des livres" de l’ouvrage intitulé « Minuit » qui vient de paraître chez Grasset sous la signature de Dan Franck. Le livre est consacré aux artistes et écrivains français sous l’Occupation, collabos, résistants ou entre les deux.
______________________________________
Mais à quoi donc peut tenir un succès de librairie ? L'Etre et le Néant est paru pour la première fois en France en juin 1943. Jean Paulhan avait usé de son influence auprès de Gaston Gallimard. Le pavé philosophique de Jean-Paul Sartre ne serait pas, à coup sûr, un succès commercial, mais il fallait le publier. Pour le fond, pour le prestige !
_______________________________________
© "Le Monde"