"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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dimanche 11 mars 2012

Dans l'autobus, scènes de la France multicolore

L'autobus est plein. Il est six heures du soir. Je suis debout. Je ne m'en plains pas : je ne vais pas très loin. Juste à côté de moi, une mère de famille, même pas la trentaine, occupe une banquette avec son jeune fils. Le gamin, très agité, a calé ses pieds sur le haut du siège devant lui. Le gosse crie sans raison. Une vieille dame debout observe le manège et surtout lorgne sur la place du gamin. Elle s'impatiente et prend les autres voyageurs à témoin : «Elle pourrait le prendre sur ses genoux et me laisser une place assise». Elle le dit suffisamment fort pour que la mère du garçon entende.

Au bout de quelques minutes de tension et de soupirs insistants de la vieille dame, la mère se résout à demander à son fils de libérer la place. L'enfant refuse en hurlant. «Il a quatre ans, il fait ce qu'il veut», explique la mère vaincue. L'affaire prend vite un tour raciste car la mère et son fils sont, comme on dit, «issus de l'immigration». La vieille dame ne l'est pas et ne se gêne pas pour le faire savoir : «C'est toujours comme ça avec eux». Remarque entendue par la mère qui rétorque : «C'est toujours comme ça avec vous, les Français !»

Finalement, la mère et son fils, arrivés à destination, libèrent les deux places. La mère descend du bus en trainant son mioche et en marmonnant quelques amabilités sur «les Français». La vieille dame, suivie par une autre qui attendait aussi, s'installe sur le siège convoité. Comme une victoire, elle déclare à la cantonade : «Ah ! Quand même...».

Le lendemain, à la même heure, sur la même ligne. L'autobus est toujours aussi bondé. Deux ados, vêtus de survêtements, écouteurs aux oreilles, sont assis confortablement sur une banquette. Ils ont le nez plongé dans leur téléphone portable.

Une dame, plus chenue que celle de la veille, est debout et s'accroche pour résister aux à-coups de la conduite sportive du conducteur. Au bout de quelques instants, un des deux ados s'aperçoit de la présence de la personne âgée. Il retire les écouteurs de ses oreilles et propose aimablement en souriant : «Voulez-vous ma place, madame ?» La dame sourit aussi et répond : «Si ça ne vous dérange pas.» Réponse de l'ado : «Pas du tout.» La dame, reconnaissante, s'installe. L'ado, désormais debout, replonge dans le clavier de son portable et replace ses écouteurs.

Je note que le jeune homme est également «issu de l'immigration», comme les passagers récalcitrants d'hier. Ou, du moins, pas «un Français de souche», comme on dit au Front National. Un jeune métis au visage fin et avenant qui pourrait venir de l'Océan Indien. Aucune tension dans l'autobus. Cette courtoise urbanité efface le mauvais souvenir de la veille.  

vendredi 5 novembre 2010

L'Education Nationale retrouve plus de 20.000 employés cachés !


Pas facile de compter les poils du mammouth !

On sait que l’Education Nationale emploie un peu moins d’un million de personnes (primaire et secondaire, public et privé). Dans ces « emplois équivalent temps plein travaillé » (–ETPT- dans le jargon ministériel), les enseignants représentent en gros 850.000 postes.

Pour préparer son budget 2011, l’Education Nationale vient de recompter ses effectifs, comme on faisait jadis l’appel au début de la classe.

Et miracle ! Le ministère se retrouve avec 20.359 employés en trop ! On ne sait pas où ils se cachaient, ces ETPT. Mais ils existent bien.

Tout ça, c’est très embêtant car, dans le cadre de la réduction des effectifs de le fonction publique (non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite), l’Education Nationale doit en 2011 impérativement supprimer 15.760 emplois.

Même si on le fait, les effectifs augmenteront mécaniquement avec la réapparition miraculeuse de ces 20.359 ETPT jusqu’ici fantômes.

On passera de 963.616 emplois cette année à 968.194 en 2011. Les effectifs ne seront donc pas en baisse mais en progression.

Les syndicats de l’Education Nationale qui se plaignent toujours de la suppression de postes vont devoir trouver un autre slogan, une autre thématique.

mercredi 7 janvier 2009

Ma redevance en action

Dans un bistrot de Paris, à une table derrière moi, une femme munie d’un micro de la radio « France-Culture » est en train d’interviewer des lycéens. Je comprends assez vite, en les entendant, qu’ils viennent du lycée Voltaire, dans le 11ème arrondissement tout proche. Cet établissement est un foyer d’agitation chronique de l’enseignement secondaire parisien.

Face au micro de la radio publique, ils sont quatre, tous des garçons, à débiter avec aisance la propagande pré-mâchée du groupuscule qu’ils proclament « syndicat lycéen ». Dans cette logorrhée adolescente, il est facile de repérer la copie conforme de l’argumentaire bétonné des syndicats d’enseignants : rejet de l’hydre « libérale », indignation face à la réduction des postes (en réalité infinitésimale), dramatisation de la prétendue destruction du service public de l’éducation par Xavier Darcos. On connaît ces sornettes. Les syndicats de profs nous les servent à toutes les sauces.

Les quatre lycéens, à la table derrière moi, ont été dressés pour réchauffer le même ragoût. Ils s’en délectent. La journaliste de « France-Culture » enregistre sans broncher avec son micro la parole lycéenne. Pas la moindre objection ne viendra d’elle, même quand les gamins surchauffés profèreront d’évidentes énormités.

L’enregistrement se termine. Tout le monde est content. La dame de « France-Culture » a de quoi faire avec ce qu’elle a capté dans sa boîte à sons. Les lycéens s’enhardissent : « Et à quelle heure ça passe ? » La journaliste de la radio publique les informe que c’est pour après-demain matin. « Ça ne passe qu’une seule fois ? Parce que moi, l’autre jour sur ‘France-Infos’ je suis passé en boucle toute la journée ! » Un autre ajoute, non sans fierté : « Moi, j’ai fait TF1 avant les vacances, c’était trop cool ! ».

Tout ce petit monde se sépare. La journaliste de « France-Culture » règle les consommations. Et le meilleur est pour la fin lorsque, rangeant son micro, la même journaliste de « France-Culture » salue les quatre lycéens en leur disant : « Bon combat ! »

Oui : « bon combat ! », c’est bien ce que j’ai entendu ! Une journaliste de la radio publique (que je paie avec ma redevance) prenant fait et cause pour le « combat » des lycéens. Et on viendra me dire que les médias audio-visuels sont à la botte du pouvoir sarkozyste !