"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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dimanche 17 août 2014

Ferguson : d'un Nixon à l'autre

En 1970, le poète-chanteur-écrivain (et précurseur du rap) Gil Scott-Heron proclamait dans une chanson : "The revolution won't be televised" (la révolution ne sera pas télévisée). Manière de dire que dans l'Amérique blanche de l'époque Nixon, les fréquentes révoltes raciales seraient négligées par les grands médias comme la télévision. L'aphorisme avait fait florès ensuite.

44 ans plus tard, la formule ressurgit à Ferguson, banlieue de Saint-Louis dans le Missouri. Le 9 août, un jeune noir a été abattu dans cette ville par un policier dans des circonstances encore imprécises. Mais il est mort et il n'était pas armé. Ce drame à déclenché une série de protestations qui ont parfois tourné à l'émeute. 

La photo ci-dessus montre un jeune manifestant de Ferguson reprenant le slogan de Gil Scott-Heron mais en le complétant : "la révolution ne sera pas télévisée, elle sera sur Tweeter". Signe de l'évolution des technologies.

Les soulèvements répétés à Ferguson ont été violemment réprimés par une police locale équipée avec du matériel de guerre (en réalité, des surplus de l'armée américaine). Obama a appelé en vain au calme. Le gouverneur démocrate du Missouri a déclaré l'état d'urgence et instauré un couvre-feu (non respecté). 

Ironie de l'histoire, ce gouverneur démocrate a un nom difficile à porter : Nixon.

dimanche 11 mars 2012

Dans l'autobus, scènes de la France multicolore

L'autobus est plein. Il est six heures du soir. Je suis debout. Je ne m'en plains pas : je ne vais pas très loin. Juste à côté de moi, une mère de famille, même pas la trentaine, occupe une banquette avec son jeune fils. Le gamin, très agité, a calé ses pieds sur le haut du siège devant lui. Le gosse crie sans raison. Une vieille dame debout observe le manège et surtout lorgne sur la place du gamin. Elle s'impatiente et prend les autres voyageurs à témoin : «Elle pourrait le prendre sur ses genoux et me laisser une place assise». Elle le dit suffisamment fort pour que la mère du garçon entende.

Au bout de quelques minutes de tension et de soupirs insistants de la vieille dame, la mère se résout à demander à son fils de libérer la place. L'enfant refuse en hurlant. «Il a quatre ans, il fait ce qu'il veut», explique la mère vaincue. L'affaire prend vite un tour raciste car la mère et son fils sont, comme on dit, «issus de l'immigration». La vieille dame ne l'est pas et ne se gêne pas pour le faire savoir : «C'est toujours comme ça avec eux». Remarque entendue par la mère qui rétorque : «C'est toujours comme ça avec vous, les Français !»

Finalement, la mère et son fils, arrivés à destination, libèrent les deux places. La mère descend du bus en trainant son mioche et en marmonnant quelques amabilités sur «les Français». La vieille dame, suivie par une autre qui attendait aussi, s'installe sur le siège convoité. Comme une victoire, elle déclare à la cantonade : «Ah ! Quand même...».

Le lendemain, à la même heure, sur la même ligne. L'autobus est toujours aussi bondé. Deux ados, vêtus de survêtements, écouteurs aux oreilles, sont assis confortablement sur une banquette. Ils ont le nez plongé dans leur téléphone portable.

Une dame, plus chenue que celle de la veille, est debout et s'accroche pour résister aux à-coups de la conduite sportive du conducteur. Au bout de quelques instants, un des deux ados s'aperçoit de la présence de la personne âgée. Il retire les écouteurs de ses oreilles et propose aimablement en souriant : «Voulez-vous ma place, madame ?» La dame sourit aussi et répond : «Si ça ne vous dérange pas.» Réponse de l'ado : «Pas du tout.» La dame, reconnaissante, s'installe. L'ado, désormais debout, replonge dans le clavier de son portable et replace ses écouteurs.

Je note que le jeune homme est également «issu de l'immigration», comme les passagers récalcitrants d'hier. Ou, du moins, pas «un Français de souche», comme on dit au Front National. Un jeune métis au visage fin et avenant qui pourrait venir de l'Océan Indien. Aucune tension dans l'autobus. Cette courtoise urbanité efface le mauvais souvenir de la veille.  

samedi 26 février 2011

John Galliano à "La Perle" : injures haute-couture

Si vous n’êtes pas un branché urbain, un jet-setter de la fashion week, un people décalé, bref, si vous n’êtes personne, vous ne connaissez pas «La Perle», bar-brasserie très «hype» du Marais, à Paris. L’établissement se trouve au 78 de la rue Vieille-du-Temple, dans le 3ème arrondissement de la capitale. Pour vous expliquer ce que vous manquez, voici une petite description de l’endroit que j’ai trouvée sur un site :

­­­­­­­­­­­­De jour comme de nuit, La Perle grouille de monde. Le matin, livreurs, commerçants et habitués du quartier se pressent pour déguster le premier café du jour. A midi, ceux qui travaillent dans le quartier apprécient d’y prendre une pause déjeuner. La journée, les retraités viennent volontiers prendre une pâtisserie ou une boisson chaude. A la tombée de la nuit, étudiants, jeunes branchés, bande de copains ont fait de ce bar tout simple, sans fioriture leur quartier général. Volutes de fumée, musique rock ou électro, cigares, cocktails bières ou champagnes... à chacun ses plaisirs. Un vrai bar de quartier où toutes les générations se retrouvent, une ambiance de fête et de chaleur au quotidien.

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Oui, c’est ça «La Perle», la chaleur au quotidien et le diabolo menthe à 4,5 €. Et c’est là que jeudi soir s’est produit un événement dont le protagoniste est John Galliano, né il y a 50 ans à Gibraltar, fils d’un plombier anglais et d’une espagnole férue de flamenco. John Galliano est un célèbre couturier, directeur artistique chez Dior (groupe LVMH). Il est «Commander of the British Empire» (Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique). Il a bien changé l'Empire britannique, depuis la reine Victoria...

Jeudi soir, John Galliano avait un peu bu. Mais pas des diabolos menthe. Vers 21 h, à la terrasse de «La Perle», il interpelle un couple assis à une table voisine. La conversation prend très vite un tour très animé. Galliano lance d’abord à Géraldine (35 ans) la phrase suivante (en anglais) : «Sale face de juive, tu devrais être morte !». Puis Galliano agrippe la jeune femme par les cheveux avant de s’en prendre verbalement à son compagnon d’origine asiatique, Philippe (41 ans) : «Putain de batard asiatique, je vais te tuer !». Des témoins s’interposent. Ce qui n’empêche pas Galliano de proférer d’autres amabilités : «Ferme ta gueule, sale pute ! Je ne supporte pas ta voix de sale pute ! Tu es tellement moche que je ne supporte pas ta vision. Tu as des bottes bas de gamme, des cuisses bas de gamme. Tu n’as pas de cheveux, tes sourcils sont moches, tu es dégueulasse, tu n’es qu’une pute !».

Géraldine n'a pas "pas de cheveux" mais Galliano les a quand même empoignés...

Le couturier, pour prouver son expertise en matière de bottes haut de gamme, a conclu l’échange en s’identifiant : «Je suis le créateur John Galliano !».

Voici le témoignage sonore de Géraldine, recueilli par Europe 1 :



La police est intervenue et a embarqué le malotru éméché. Le couple (qui rapporte les propos cités ci-dessus) a porté plainte. Galliano, dégrisé, conteste formellement les faits. Il va néanmoins avoir du mal à contrer les témoignages des nombreux autres clients du bar qui ont assisté à la scène.

La maison Dior a prestement suspendu Galliano de ses fonctions. Chez LVMH, on est devenu très prudent après les propos sur les «nègres» du parfumeur Jean-Paul Guerlain (autre marque LVMH).

Evidemment, c’est très embêtant pour Dior : Galliano devait présenter vendredi prochain au musée Rodin son défilé automne-hiver. L’injure antisémite, si elle est confirmée, est très préjudiciable pour la marque. Et l’injure anti-asiatique est très mal venue pour Dior qui réalise un tiers de son chiffre d’affaires en Asie.

John Galliano, s’il est condamné, risque 22.500 € d’amende (une broutille pour lui) et six mois de prison.

Mais il est toujours possible de tirer parti de l’adversité. La prison, finalement, ce serait peut-être une aubaine, une inspiration nouvelle pour le créateur de mode.

En 2000, Galliano nous avait gratifié de son mémorable défilé «Clochards» : hommage luxueux et romantique, selon le couturier, «à l'ingéniosité que déploient les déshérités pour se vêtir». Les associations de défense des SDF avaient manifesté à l’époque devant le siège de Dior.

Après les clochards, Galliano pourrait profiter d’un possible séjour derrière les barreaux pour inventer une collection «taulards»...

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Il existe une courte vidéo tournée le 12 décembre 2010 "la Perle". Elle a été récupérée par le quotidien britannique "The Sun" visible en cliquant ici. On y voit et on y entend très clairement le couturier proférer des insultes racistes.

vendredi 17 septembre 2010

Faisons le compte.


Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont désigné à la vindicte publique les Roms comme un groupe criminogène et indésirable. Brice Hortefeux a affirmé que les infractions à la loi étaient beaucoup plus fréquentes chez les Roms que dans le reste de la population.

Comment le sait-il ? Son affirmation semble gratuite ou purement empirique car la législation française empêche le recours au comptage ethnique. Cette méthode est rejetée avec vigueur –surtout par la gauche- au nom de principes angélistes et sous prétexte qu’il faut éviter de réintroduire les nomenclatures ayant permis jadis les rafles et les déportations. Fort bien.

En attendant la France du XXIème siècle ne dispose d’aucune données chiffrées sur les difficultés rencontrées par tel ou tel segment de sa population. Echec scolaire, chômage, insertion, criminalité, ces phénomènes existent mais il est interdit de les mesurer à la lumière des origines géographiques, culturelles ou ethniques des individus concernés. Cela serait pourtant une clé décisive, une manière de cerner les problèmes et d’y apporter des solutions modulées et efficaces.

Cela se fait, avec succès et depuis longtemps, dans de nombreux pays démocratiques où, pour corriger les inégalités et combattre les discriminations, on procède à des enquêtes statistiques précises et régulières. C’est le cas en particulier au Royaume Uni qui n’est pas vraiment une dictature.

Mais en France, en vertu d’on ne sait quelle sacro-sainte vérité républicaine unanimiste, il n’y a pas de blancs, pas de noirs, pas d’asiatiques, pas d’arabes. Ces catégories n’existent pas.

Il est donc interdit de dire par exemple que la population noire d’origine africaine est celle qui rencontre chez nous les plus grandes difficultés d’intégration. Les travailleurs sociaux le vivent au quotidien, les policiers peuvent en témoigner tout comme les fonctionnaires de la Justice.

Un chercheur du CNRS vient à ce sujet de faire paraître une étude qu’il a réalisée pendant 8 ans dans 25 villes (« Le Déni des cultures » - éditions du Seuil). Il a suivi le parcours de plusieurs milliers d’adolescents dans ces quartiers. Ce sociologue, Hugues Lagrange, fait un constat assez limpide : il y a, parmi les « mis en cause » dans les procès-verbaux de police judiciaire (antérieurement à toute décision judiciaire donc, sachant qu'une personne suspectée est présumée innocente), une surreprésentation de jeunes personnes issues de l'Afrique sahélienne. En plus de l'influence de l'origine sociale, il estime que des différences culturelles expliquent cette situation. Selon lui, les familles de ces jeunes « mis en cause » sont en difficulté financière, sans formation et avec une appréhension très limitée de la culture du pays d'accueil.

Ce sociologue met en relief une réalité qui échappe totalement à toute approche cohérente et raisonnée de la part des pouvoirs public. Il est illégal de vouloir quantifier ces phénomènes. L’étude de Lagrange montre pourtant de manière criante que les jeunes issus de l’Afrique sahélienne vivant en France sont infiniment moins socialisés et beaucoup plus impliqués dans la délinquance que les jeunes français ayant des origines, plus ou moins anciennes, en Afrique du Nord et, a fortiori, que les jeunes français dont les familles sont installées sur le territoire depuis plus longtemps encore.

Hier soir, le magazine « Envoyé Spécial » sur France 2 diffusait un long reportage sur les rivalités entre bandes dans le 13ème arrondissement de Paris. Les membres de ces bandes, vivant dans Paris intra-muros, étaient tous des jeunes originaires d’Afrique sub-saharienne. Pas un seul maghrébin et pas un seul asiatique, même si nous sommes dans le 13ème !

Ne croyez-vous pas qu’il serait utile d’établir des statistiques fiables sur l’origine de toutes les populations vivant en France afin d’évaluer les besoins spécifiques et d’échafauder des solutions pour celles qui sont le plus en difficulté ?

Dans les administrations, il est notoire que les noirs (Antillais ou d’origine africaine) sont nombreux dans les postes subalternes et quasiment absents dans les échelons supérieurs. On le sait, on le devine mais aucune donnée objective ne permet de l’affirmer s’il agissait d’établir un meilleur équilibre.

Avant de lancer un chantier, il faut en mesurer l’ampleur et les contours. Ou alors, préfère-t-on continuer à se voiler la face, à travailler dans le flou, sans résultat mais avec bonne conscience ?