"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 27 avril 2011

Schengen en peau de chagrin


L’Union Européenne se recroqueville.

L’espace Schengen comprend le territoire de 26 pays (22 de l'U.E. plus l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein) ayant accepté la libre circulation des personnes, des biens et des services par le franchissement sans contrainte des frontières intérieures. 

Laurent Wauquiez, ministre chargé des Affaires Européennes, interrogé aujourd'hui sur RMC, était convaincu que seuls 17 pays étaient concernés. Mais on ne peut pas tout savoir quand on est ministre, surtout sur les dossiers qu'on administre...


Cet espace Schengen regroupe 400 millions d’habitants. Il suffit que 25.000 immigrés venus d’Afrique du Nord, principalement de Tunisie, se cognent à cet espace pour que les autorités politiques de certains pays européens se raidissent, prises d’une panique irrationnelle. On agite la peur de l’étranger, la menace d’une invasion par des hordes voraces. 25.000 contre 400 millions.

Malgré ce ratio ridicule, va-t-on replanter des barrières et reposter des douaniers sur les pointillés de nos frontières ? C’est absurde.

Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy ont abordé la question hier à Rome et ils ont évoqué explicitement la possibilité de revenir en arrière et d’instaurer des contrôles. Ce serait temporaire. Mais, dans ce domaine, on sait que le provisoire devient rapidement définitif.

Regardez le «plan Vigipirate». Il est rouge en permanence et les bidasses en treillis patrouillent dans les gares et les aéroports depuis des années. Aucun gouvernement ne prendra le risque d’alléger ce dispositif anti-terrorisme, même si c’était raisonnable.

Si l’espace Schengen se crispe, on ne le décrispera plus jamais. C’est un recul, un abandon de l’idée même de la construction européenne. Les slogans étroitement nationalistes de l’extrême droite font leur chemin. On reste entre nous et on se fiche pas mal de ce qui se passe outre-Quiévrain, à Kehl ou à Vintimille. Chacun chez soi. Chacun pour soi.

Ce réflexe de repli est un aveu d’échec. L’Europe, malgré les belles déclarations des sommets creux avec photos de groupes endimanchés, se montre incapable de définir une politique étrangère commune, cohérente et active. Pour battre en retraite, il y a consensus. Pour imaginer une action généreuse et innovante en direction des pays secoués par des révolutions ou des guerres civiles, il n’y a plus personne.

Ce qui prévaut, c’est une mentalité de boutiquier : au moindre grabuge extérieur, on baisse le rideau de fer.

L’immigration n’est pas un problème. C’est une réalité, un défi que les pays riches comme les nôtres doivent affronter avec lucidité et prospective.

Quand le président Giscard d’Estaing officialisa en 1976 le regroupement familial pour les immigrés légaux, il fit preuve d’humanité. Il était inconcevable que les étrangers vivant en France, travaillant et payant des impôts, restent séparés de leur famille. Cette mesure était juste.

Mais les conséquences n’ont pas été envisagées à long terme. Le regroupement familial n’a pas été accompagné : logement, alphabétisation, adaptation du système scolaire, etc. Les socialistes qui ont ensuite exercé le pouvoir n’ont pas non plus embrassé la question de manière courageuse.

D’où la marginalisation sociale des populations issues de l’immigration et leur dramatique et dangereuse ghettoïsation. L’angélisme de la gauche dans les années 80 est coupable. «SOS racisme» et les boys scouts de «Touche pas à mon pote» ont apporté une réponse folklorique et dérisoire à une question de fond.

L’immigration, à la base, n’est pas un sujet racial et encore moins religieux. Les colloques vaseux sur l’identité et la laïcité organisés par Nicolas Sarkozy ne sont que des écrans de fumée.

L’immigration est, avant tout, une question sociale. C’est la seule approche sérieuse.

Une question sociale et économique. L’Europe vieillit. Elle a besoin des immigrés. La France s’est construite, par vagues successives, par l’apport des étrangers. Ce n’est pas le moindre paradoxe de voir l’Italie devenir le pays de plus rétif à l'immigration. Les Italiens, depuis le début de XIXème siècle, ont émigré en masse. Ils ont «déferlé» dans toute l’Europe et dans le reste du monde. Aujourd’hui, les Italiens se rebiffent face au phénomène inverse. L’arroseur arrosé.

Il est faux aussi de dire que les immigrés viennent manger notre pain (blanc). En France, les immigrés cotisent aux régimes sociaux et versent leur obole au fisc. Le solde est positif, au profit de la France, n’en déplaise à Marine Le Pen qui ne brandit que les chiffres qui confortent ses thèses xénophobes.

On n’arrêtera pas les flux migratoires avec des coups de mentons, des discours martiaux et quelques gabelous repositionnés dans leurs guérites frontalières.

Il faut imaginer une politique d’ensemble qui passe par la coopération avec les pays de départ des immigrés. On a trop longtemps soutenu des régimes corrompus, des dictatures qui désespéraient leurs peuples. «Le printemps arabe» devrait être l’occasion de corriger les errements européens.

Si des jeunes Tunisiens pensent encore que leur salut est en France, c’est qu’ils n’ont pas encore confiance dans l’avenir de leur pays. Il faut aider les Tunisiens en Tunisie, sans néo-colonialisme mais avec respect et générosité. Tout le monde y gagnera.

Ce sera plus efficace que d’ériger des barbelés et des miradors dans tous les recoins de l’espace Schengen.

dimanche 10 avril 2011

Invasion maghrébine chez Claude Guéant

Avant-hier vendredi, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant était à Milan pour tenter de convaincre son homologue italien de l’aider à maintenir au large de la Méditerranée les réfugiés menaçants qui affluent d’Afrique du Nord. Il n’y est pas parvenu. Guéant a du accepter un compromis bancal. 

Pour Guéant, cette journée de vendredi fut couronnée par un autre épisode humiliant.

Un inconnu a réussi à pénétrer vers 19 h 20 dans les locaux du ministère de l’Intérieur, place Beauvau à Paris, à deux pas de l’Elysée. 
Ce petit coin du 8ème arrondissement est pourtant le plus fliqué de France. Il y a des pandores tous les trois mètres et des caméras de surveillance à gogo. Malgré ce dispositif hors-pair, en plein jour (à 19 h 20, il fait encore très clair en ce moment), un homme est allé baguenauder dans le bâtiment, en principe ultra-sécurisé, du ministère de l’Intérieur.

C’est le saint des saints de la police, là où Claude Guéant séjourne dans son logement de fonction et où il mijote tous ses plans pour empêcher les indésirables d’entrer sur le territoire français. Il espère filtrer les entrées en France mais il n’est pas capable de contrôler les intrusions dans ses propres locaux.

L’inconnu n’est resté que trois ou quatre minutes et a disparu sans être inquiété. Il n’a apparemment rien dérobé ni endommagé. Juste une petite visite, comme ça en passant, histoire de prouver qu’on entre et sort du ministère des flics comme dans un moulin. Les fonctionnaires de police ont fouillé les lieux pendant 5 heures, en vain.

Je n’aimerais pas être à la place du policier de faction qui a laissé passer l’intrus par inadvertance. A mon avis, sa promotion est légèrement compromise. Il va être muté presto à Hazebrouck pour dresser des PV de stationnement.

C’est au nouveau porte-parole du ministère de l’Intérieur qu’est revenu le soin de réagir à l’incident embarrassant. Par chance, il s’agit de Pierre-Henri Brandet, qui était encore la semaine dernière journaliste sportif à France 3. Les journalistes sportifs ont le sens de la formule. Brandet a commenté l’intrusion comme si c’était un but de football marqué à cause de la défaillance de la défense et du gardien : «Il a pu y avoir un défaut de vigilance». Jolie litote. On dirait du Domenech !

Mais j’ai gardé le meilleur pour la fin. En effet, selon «Le Parisien», toujours précis sur ce genre de détail, l’intrus de la place Beauvau était, tenez-vous bien, d’origine maghrébine. Oui, un Arabe dans les murs de Guéant ! Quelle vexation pour le ministre de l’Intérieur qui crie sur tous les toits qu’il y en a trop chez nous !


Non seulement ce Maghrébin furtif et fureteur n’avait malheureusement pas encore été reconduit à la frontière (que fait le police ?) mais il est parvenu à pénétrer sans encombre dans l’enceinte du ministère suprême de la sécurité publique.

Malgré sa maréchaussée, Claude Guéant est comme le cordonnier : toujours le plus mal chaussé.

vendredi 17 septembre 2010

Faisons le compte.


Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont désigné à la vindicte publique les Roms comme un groupe criminogène et indésirable. Brice Hortefeux a affirmé que les infractions à la loi étaient beaucoup plus fréquentes chez les Roms que dans le reste de la population.

Comment le sait-il ? Son affirmation semble gratuite ou purement empirique car la législation française empêche le recours au comptage ethnique. Cette méthode est rejetée avec vigueur –surtout par la gauche- au nom de principes angélistes et sous prétexte qu’il faut éviter de réintroduire les nomenclatures ayant permis jadis les rafles et les déportations. Fort bien.

En attendant la France du XXIème siècle ne dispose d’aucune données chiffrées sur les difficultés rencontrées par tel ou tel segment de sa population. Echec scolaire, chômage, insertion, criminalité, ces phénomènes existent mais il est interdit de les mesurer à la lumière des origines géographiques, culturelles ou ethniques des individus concernés. Cela serait pourtant une clé décisive, une manière de cerner les problèmes et d’y apporter des solutions modulées et efficaces.

Cela se fait, avec succès et depuis longtemps, dans de nombreux pays démocratiques où, pour corriger les inégalités et combattre les discriminations, on procède à des enquêtes statistiques précises et régulières. C’est le cas en particulier au Royaume Uni qui n’est pas vraiment une dictature.

Mais en France, en vertu d’on ne sait quelle sacro-sainte vérité républicaine unanimiste, il n’y a pas de blancs, pas de noirs, pas d’asiatiques, pas d’arabes. Ces catégories n’existent pas.

Il est donc interdit de dire par exemple que la population noire d’origine africaine est celle qui rencontre chez nous les plus grandes difficultés d’intégration. Les travailleurs sociaux le vivent au quotidien, les policiers peuvent en témoigner tout comme les fonctionnaires de la Justice.

Un chercheur du CNRS vient à ce sujet de faire paraître une étude qu’il a réalisée pendant 8 ans dans 25 villes (« Le Déni des cultures » - éditions du Seuil). Il a suivi le parcours de plusieurs milliers d’adolescents dans ces quartiers. Ce sociologue, Hugues Lagrange, fait un constat assez limpide : il y a, parmi les « mis en cause » dans les procès-verbaux de police judiciaire (antérieurement à toute décision judiciaire donc, sachant qu'une personne suspectée est présumée innocente), une surreprésentation de jeunes personnes issues de l'Afrique sahélienne. En plus de l'influence de l'origine sociale, il estime que des différences culturelles expliquent cette situation. Selon lui, les familles de ces jeunes « mis en cause » sont en difficulté financière, sans formation et avec une appréhension très limitée de la culture du pays d'accueil.

Ce sociologue met en relief une réalité qui échappe totalement à toute approche cohérente et raisonnée de la part des pouvoirs public. Il est illégal de vouloir quantifier ces phénomènes. L’étude de Lagrange montre pourtant de manière criante que les jeunes issus de l’Afrique sahélienne vivant en France sont infiniment moins socialisés et beaucoup plus impliqués dans la délinquance que les jeunes français ayant des origines, plus ou moins anciennes, en Afrique du Nord et, a fortiori, que les jeunes français dont les familles sont installées sur le territoire depuis plus longtemps encore.

Hier soir, le magazine « Envoyé Spécial » sur France 2 diffusait un long reportage sur les rivalités entre bandes dans le 13ème arrondissement de Paris. Les membres de ces bandes, vivant dans Paris intra-muros, étaient tous des jeunes originaires d’Afrique sub-saharienne. Pas un seul maghrébin et pas un seul asiatique, même si nous sommes dans le 13ème !

Ne croyez-vous pas qu’il serait utile d’établir des statistiques fiables sur l’origine de toutes les populations vivant en France afin d’évaluer les besoins spécifiques et d’échafauder des solutions pour celles qui sont le plus en difficulté ?

Dans les administrations, il est notoire que les noirs (Antillais ou d’origine africaine) sont nombreux dans les postes subalternes et quasiment absents dans les échelons supérieurs. On le sait, on le devine mais aucune donnée objective ne permet de l’affirmer s’il agissait d’établir un meilleur équilibre.

Avant de lancer un chantier, il faut en mesurer l’ampleur et les contours. Ou alors, préfère-t-on continuer à se voiler la face, à travailler dans le flou, sans résultat mais avec bonne conscience ?

mardi 3 août 2010

Les déchus du sarkozisme

Après les déçus, voici les déchus du sarkozisme.

Les mots ont un sens. Ils ont aussi des synonymes.

C’est Nicolas Sarkozy, soutenu par ses valeureux hallebardiers Hortefeux et Besson, qui vient de remettre au goût du jour le mot «déchéance».

Le chef de l’Etat veut déchoir de leur nationalité française les délinquants dangereux d’origine étrangère et naturalisés français.

Déchu, déchoir, déchéance.

Je vous propose quelques synonymes du mot «déchéance» : abaissement, affaiblissement, atrophie, avilissement, bassesse, chute, corruption, décadence, déclassement, déclin, décrépitude, dégénérescence, dégradation, délabrement, déliquescence, dépravation, déshonneur, destitution, destruction, détérioration, détrônement, disgrâce, éclipse, faute, flétrissure, forclusion, forfaiture, honte, ignominie, incapacité, inconduite, indignité, infamie, interdiction, misère, perte, rabaissement, rapetissement, ruine, sénescence, souillure, turpitude.

Est-il bien prudent de la part du président de la République de faire ressurgir le mot «déchéance » ? Ne nous incite-t-il pas, par association d’idée et de sens, à nous interroger sur sa manière de gouverner ? Qui a initié la déchéance ?

Souvenez-vous du 18 Juin dernier. Le président Sarkozy -accompagné de son épouse naturalisée (et menacée de déchéance en cas de crime sérieux)- se rend à Londres pour commémorer le 70ème anniversaire de l’appel lancé par le général De Gaulle à la BBC.

Ironie suprême, Nicolas Sarkozy venait rendre hommage à un homme qui fut déchu de sa nationalité française par Philippe Pétain.

Le décret, en date du 8 décembre 1940, figure page 6043 du Journal Officiel en date du 10 décembre 1940 : "Nous, Maréchal de France, chef de l’État français […] Décrétons : Art. 1- Est déchu de la nationalité française à dater du 2 août 1940 ; M. De Gaulle (Charles André Joseph Marie), né le 22 novembre 1890 à Lille (Nord)."

Fin 1940, cette déchéance de la nationalité française pour Charles De Gaulle était la conséquence de la loi du 23 juillet 1940 du régime de Vichy, qui prévoyait cette disposition principalement pour deux catégories de Français : les gaullistes et les juifs. Pour les premiers, la déchéance de la nationalité concernait ceux qui avaient quitté le territoire national entre le 20 mai et le 30 juin 1940.

Cette loi a été appliquée à l’encontre de 446 Français, premiers membres de la France libre, dont René Cassin, Georges Catroux, Paul Rivet et l’amiral Muselier. La situation des israélites naturalisés français après le 10 août 1927 était traitée par une commission qui avait le pouvoir de leur enlever leur nationalité.

La dénaturalisation des juifs français sera massive à partir des lois antijuives du 3 octobre 1940. Parmi ces dénaturalisés juifs, les archives gardent la trace des membres de la famille de Rotschild, du jeune Lucien Ginsburg (futur Serge Gainsbourg), de Marc Chagall ou de Mnacha Tenenbaum, le père de Jean Ferrat.

Dans cette offensive sécuritaire de l’été 2010, celui qui menace de déchéance n’est-il pas en train de déchoir lui-même ?

Quelques synonymes de «déchoir» : baisser, dégrader, dégringoler, descendre, diminuer, rétrograder.

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Les précisions historiques qui précèdent sur la période de Vichy sont extraites d’un article récent de Philippe Piot dans «L’Est Républicain»