"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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vendredi 14 octobre 2011

East meets West - un bistrot nippo-italien à Paris

Rue Beaurepaire, Paris 10ème arrondissement. L'artère centrale de la branchitude bobo dans l'Est parisien, entre le canal Saint-Martin et la place de la République.

Beau repaire pour une fusion culinaire inattendue. L'Extrême-Orient à la rencontre de la vieille Europe, match retour des expéditions lointaines de Marco Polo : poisson cru et parmesan, saké et Valpolicella.

Ce bistrot aurait pu servir de cadre à une "petite bouffe sympa" entre Hiro-Hito et Mussolini. 

Il ne manque qu'un peu de choucroute bavaroise pour réunir les anciennes puissances de l'Axe...


mercredi 27 avril 2011

Schengen en peau de chagrin


L’Union Européenne se recroqueville.

L’espace Schengen comprend le territoire de 26 pays (22 de l'U.E. plus l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein) ayant accepté la libre circulation des personnes, des biens et des services par le franchissement sans contrainte des frontières intérieures. 

Laurent Wauquiez, ministre chargé des Affaires Européennes, interrogé aujourd'hui sur RMC, était convaincu que seuls 17 pays étaient concernés. Mais on ne peut pas tout savoir quand on est ministre, surtout sur les dossiers qu'on administre...


Cet espace Schengen regroupe 400 millions d’habitants. Il suffit que 25.000 immigrés venus d’Afrique du Nord, principalement de Tunisie, se cognent à cet espace pour que les autorités politiques de certains pays européens se raidissent, prises d’une panique irrationnelle. On agite la peur de l’étranger, la menace d’une invasion par des hordes voraces. 25.000 contre 400 millions.

Malgré ce ratio ridicule, va-t-on replanter des barrières et reposter des douaniers sur les pointillés de nos frontières ? C’est absurde.

Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy ont abordé la question hier à Rome et ils ont évoqué explicitement la possibilité de revenir en arrière et d’instaurer des contrôles. Ce serait temporaire. Mais, dans ce domaine, on sait que le provisoire devient rapidement définitif.

Regardez le «plan Vigipirate». Il est rouge en permanence et les bidasses en treillis patrouillent dans les gares et les aéroports depuis des années. Aucun gouvernement ne prendra le risque d’alléger ce dispositif anti-terrorisme, même si c’était raisonnable.

Si l’espace Schengen se crispe, on ne le décrispera plus jamais. C’est un recul, un abandon de l’idée même de la construction européenne. Les slogans étroitement nationalistes de l’extrême droite font leur chemin. On reste entre nous et on se fiche pas mal de ce qui se passe outre-Quiévrain, à Kehl ou à Vintimille. Chacun chez soi. Chacun pour soi.

Ce réflexe de repli est un aveu d’échec. L’Europe, malgré les belles déclarations des sommets creux avec photos de groupes endimanchés, se montre incapable de définir une politique étrangère commune, cohérente et active. Pour battre en retraite, il y a consensus. Pour imaginer une action généreuse et innovante en direction des pays secoués par des révolutions ou des guerres civiles, il n’y a plus personne.

Ce qui prévaut, c’est une mentalité de boutiquier : au moindre grabuge extérieur, on baisse le rideau de fer.

L’immigration n’est pas un problème. C’est une réalité, un défi que les pays riches comme les nôtres doivent affronter avec lucidité et prospective.

Quand le président Giscard d’Estaing officialisa en 1976 le regroupement familial pour les immigrés légaux, il fit preuve d’humanité. Il était inconcevable que les étrangers vivant en France, travaillant et payant des impôts, restent séparés de leur famille. Cette mesure était juste.

Mais les conséquences n’ont pas été envisagées à long terme. Le regroupement familial n’a pas été accompagné : logement, alphabétisation, adaptation du système scolaire, etc. Les socialistes qui ont ensuite exercé le pouvoir n’ont pas non plus embrassé la question de manière courageuse.

D’où la marginalisation sociale des populations issues de l’immigration et leur dramatique et dangereuse ghettoïsation. L’angélisme de la gauche dans les années 80 est coupable. «SOS racisme» et les boys scouts de «Touche pas à mon pote» ont apporté une réponse folklorique et dérisoire à une question de fond.

L’immigration, à la base, n’est pas un sujet racial et encore moins religieux. Les colloques vaseux sur l’identité et la laïcité organisés par Nicolas Sarkozy ne sont que des écrans de fumée.

L’immigration est, avant tout, une question sociale. C’est la seule approche sérieuse.

Une question sociale et économique. L’Europe vieillit. Elle a besoin des immigrés. La France s’est construite, par vagues successives, par l’apport des étrangers. Ce n’est pas le moindre paradoxe de voir l’Italie devenir le pays de plus rétif à l'immigration. Les Italiens, depuis le début de XIXème siècle, ont émigré en masse. Ils ont «déferlé» dans toute l’Europe et dans le reste du monde. Aujourd’hui, les Italiens se rebiffent face au phénomène inverse. L’arroseur arrosé.

Il est faux aussi de dire que les immigrés viennent manger notre pain (blanc). En France, les immigrés cotisent aux régimes sociaux et versent leur obole au fisc. Le solde est positif, au profit de la France, n’en déplaise à Marine Le Pen qui ne brandit que les chiffres qui confortent ses thèses xénophobes.

On n’arrêtera pas les flux migratoires avec des coups de mentons, des discours martiaux et quelques gabelous repositionnés dans leurs guérites frontalières.

Il faut imaginer une politique d’ensemble qui passe par la coopération avec les pays de départ des immigrés. On a trop longtemps soutenu des régimes corrompus, des dictatures qui désespéraient leurs peuples. «Le printemps arabe» devrait être l’occasion de corriger les errements européens.

Si des jeunes Tunisiens pensent encore que leur salut est en France, c’est qu’ils n’ont pas encore confiance dans l’avenir de leur pays. Il faut aider les Tunisiens en Tunisie, sans néo-colonialisme mais avec respect et générosité. Tout le monde y gagnera.

Ce sera plus efficace que d’ériger des barbelés et des miradors dans tous les recoins de l’espace Schengen.

vendredi 25 mars 2011

En Italie, sur la côte de Ligurie

Quelques images d'Italie, sur la côte de la Ligurie, de Gênes à Cervo.
(cliquez sur les photos une ou deux fois pour les agrandir à la taille de votre écran)

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Gênes (Genova)


Alassio


Cervo

mardi 15 février 2011

Affaire Florence Cassez : pourquoi tant de mépris envers le Mexique ?


Que justifie ce mépris outrecuidant des autorités françaises (relayées par la plupart des médias français) à l’égard du Mexique ? Qui sommes-nous pour donner des leçons de démocratie et de bon fonctionnement de la Justice ?

Depuis quelques jours, autour du cas de Florence Cassez, se multiplient les caricatures racistes et les clichés à propos des Mexicains (sombrero, cactus et tequila). Jolie manière de traiter une nation de 112 millions d'habitants, le premier pays hispanophone au monde, un pays qui possède une longue Histoire, une culture riche et ancienne et une fierté nationale fondée sur une farouche indépendance. Franchement, on a l'air de quoi ?

Michèle Alliot-Marie, ci-devant ministre des Affaires étrangères, a proclamé son «indignation» à l’adresse du gouvernement mexicain. C’est sans doute qu’elle vient de lire tardivement l’opuscule de Stéphane Hessel. On n’a guère entendu l’indignation de la ministre pendant ses vacances de décembre dernier en Tunisie. Sous le régime de Ben Ali, il y avait pourtant de vraies raisons d’être indigné.

Alors, résumons l’affaire Florence Cassez : il s’agit d’une jeune fille né à Lille il y a 36 ans et dont la famille réside à Béthune. Florence, un peu aventureuse, s’éprend d’un Mexicain. Le compagnon Israel Vallarta est officiellement vendeur de voitures. En réalité, il est l’un des chefs d’un gang spécialisé dans les enlèvements crapuleux, «Los Zodiacos». L’enlèvement contre rançon au Mexique est une activité criminelle florissante.

Florence Cassez, avant son arrestation en compagnie d’Israel Vallarta, a vécu avec ce dernier pendant 5 mois dans le «Ranch de la Chinitas», à une vingtaine de kilomètres de Mexico. Dans ce lieu, pendant que Florence Cassez y séjournait, des otages croupissaientt dans la terreur et le dénuement le plus complet.

Quel est le degré d’implication de la jeune Française dans les activités du gang «Los Zodiacos» dont faisait partie son compagnon Israel Vallarta ? C’est toute la question sur laquelle la Justice mexicaine s’est prononcée en avril 2008 en condamnant Florence Cassez à une peine très lourde de 96 ans de prison, peine ramenée en appel à 60 ans en mars 2009.

Elle a été condamnée pour enlèvement, séquestration, délinquance organisée et possession d'armes à feu. Aujourd’hui Florence Cassez a épuisé tous les recours possibles au Mexique.

Il y a dans ce dossier des irrégularités flagrantes, notamment la mise en scène, devant les caméras de télévision, de l’arrestation de Vallarta et Cassez, une grossière reconstitution au lendemain de l’arrestation effective du couple. Le procès lui-même s’est fait sous la pression du pouvoir politique mexicain, impitoyable dans sa chasse aux kidnappeurs organisés.

Mais un procès sous pression et une arrestation reconstituée pour la télé suffisent-ils pour affirmer que Florence Cassez est innocente comme elle ne cesse de le dire ? Les prisons du monde entier sont pleines d’innocents autoproclamés.

Est-il matériellement possible de vivre pendant 5 mois dans un ranch où sont enfermés des otages, en partageant l’intimité de l’un des chefs du gang, sans se douter de rien ? Sans être complice, même de manière passive ? Nicolas Sarkozy a affirmé sans rire aujourd’hui que le dossier de Florence Cassez était un cas «humanitaire». On va finir par croire que la jeune française était bénévole dans une ONG ou qu’elle guérissait des lépreux ! Une nouvelle Mère Thérésa, peut-être ?

Essayez donc de faire avaler le mot «humanitaire» aux personnes enlevées par «Los Zodiacos»...

Le 13 juin 2008, «La Jomada», l’un des plus grands quotidiens de Mexico, publiait le témoignage suivant :

Mon nom est Cristina Rios Valladares et j’ai été la victime d’une prise d’otage, au côté de mon époux Raul (libéré quelques heures plus tard) et mon fils qui avait 11 ans. Depuis ce jour notre vie a totalement changée. Aujourd’hui nous souffrons d’un exil forcé par la peur et l’insécurité. Ma famille est détruite. Ce que mon fils et moi avons vécu du 19 octobre 2005 au 9 décembre de la même année, est indescriptible. 52 jours de captivité pendant lesquelles je fus victime d’abus sexuel et, les trois d’une torture psychologique. Le 9 décembre nous avons été libérés lors d’une opération de l’Agence Fédérale de Recherche (AFI). Israel Vallarta et Florence Cassez furent accusés de nous avoir pris en otage, puis ils furent arrêtés, cette dernière d’origine française, se présente maintenant comme la victime et non pas comme complice du jugement. Depuis notre libération ma famille et moi nous vivons à l’étranger. Nous ne pouvons pas revenir à cause de la peur, car le reste de la bande n’a pas été arrêté. Depuis notre refuge, car on ne peut pas appeler maison un lieu où nous avons été forcé de vivre (à cause de l’insécurité), nous avons appris la nouvelle de la peine de 96 ans de prison que Florence Cassez méritait, cette femme dont j’avais écouté la voix à de maintes reprises pendant ma captivité…la même voix d’origine française qui bourdonne encore aujourd’hui dans mes oreilles, la même voix que mon fils reconnaît comme celle de ma femme qui lui pris du sang pour l’envoyer à mon époux, avec une oreille qui lui ferait penser qu’elle appartenait à son fils. Maintenant j’apprends que Florence réclame justice et clame son innocence. Et moi j’entends dans ses cries la voix de la femme qui, jalouse et furieuse, cria sur Israel Vallarta, son petit ami et chef de la bande, que s’il recommençait à s’approcher de moi (elle entra par surprise dans la pièce et elle le vit m’embrasser) elle se vengera sur moi. Florence raconte «le calvaire» de la prison, mais elle voit sa famille dans le pénitencier, elle fait des appels téléphoniques, elle réalise des interviews pour la presse et elle ne craint pas chaque seconde pour sa vie. Je ne détaillerai pas ce qu’est un véritable enfer, c’est-à-dire, une prise d’otage. Ni ma famille ni moi n’avons d’envie, ni de force pour faire une campagne médiatique, diplomatique et politique (comme celle que sa famille est en train de réaliser) pour permettre au gouvernement français, à la presse nationale et internationale d’écouter l’autre version, c’est-à-dire, celle de la parole des victimes de la bande à laquelle appartenait Mademoiselle Cassez. Florence qui est une preneuse d’otage et non pas seulement la petite amie d’un preneur d’otage (avec lequel elle vivait dans un ranch au moment de la captivité de mon fils et moi), l’idée qu’elle puisse apparaître comme une victime et qu’elle lutte pour qu’on modifie sa condamnation. Si elle y arrive ou non, ce n’est pas à nous d’en juger, bien que cela continue à nous blesser. Cette lettre est uniquement pour nous soulager. L’affaire est aux mains de la justice mexicaine. Nous n’interviendront plus publiquement, nous ne donnerons plus d’interviews à la presse (notre indignation nous à pousser à en concéder quelques une), nous utilisons et utiliserons toute notre énergie pour protéger l’intégrité de notre famille et dans le but de nous guérir du mal qu’ils nous ont fait. La nouvelle effervescence que ravive l’appel de la condamnation et le remous médiatique qu’il provoque nous met de nouveau en danger.

©La Jomada

Il n’est pas question évidemment de refaire l’instruction à distance, surtout à partir de ce seul témoignage. Mais il est permis toutefois de s’interroger sur le rôle réel joué par Florence Cassez auprès d’Israel Vallarta et de «Los Zodiacos». Les proclamations d’innocence de la condamnée ne sont pas une preuve plus solide que celles contenues dans le dossier à charge échafaudé contre elle au Mexique.

Je passe sur les gesticulations de Nicolas Sarkozy, ses pressions maladroites et sans résultat auprès du président mexicain Felipe Calderon. Je ne veux même pas évoquer la polémique grotesque sur «l’Année du Mexique en France». Cela me semble totalement hors-sujet.

Je prends en compte évidemment le point de vue des parents et des amis de Florence Cassez. Savoir cette jeune femme enfermée aussi longtemps dans une prison lointaine, dans des conditions sûrement pénibles, est un sujet d’angoisse. Le «transfèrement» de Florence Cassez dans une prison française serait une solution équilibrée. Mais les rodomontades françaises et l’arrogance de nos dirigeants politiques ont de quoi faire hésiter les autorités mexicaines.

Ce que je conteste vivement, ce sont les accusations portées a priori contre la Justice mexicaine. Ce n’est probablement pas la meilleure du monde. Mais ce n’est pas la Justice chinoise, ni la Justice telle qu’elle s’exerçait en Tunisie sous Ben Ali. Je pourrais multiplier les exemples.

L’opprobre jeté en bloc contre la justice mexicaine me rappelle la suspicion hautaine des intellectuels parisiens à l’égard de la justice italienne dans l’affaire Cesare Battisti. Nos beaux esprits germanopratins ont justifié le long séjour en France de Battisti (sous la haute protection de François Mitterrand) et sa fuite au Brésil au motif que le terroriste italien n’avait pas été jugé équitablement dans son pays. Battisti avait été condamné (par contumace) à la prison à perpétuité pour deux meurtres et deux complicités de meurtre. Son extradition vers l’Italie est toujours bloquée par le Brésil.

La justice mexicaine, justice de mariachis ? La justice italienne, justice de pizzaïolos ? Et la nôtre, l’exemplaire justice française, n’a-t-elle pas produit le fiasco d’Outreau ?

Un mot encore sur la justice italienne, tellement suspecte aux yeux de la gauche Rive Gauche. C’est cette justice qui ne serait pas digne de condamner le terroriste Battisti qui vient d’assigner en comparution immédiate l’homme le plus puissant du pays, Silvio Berlusconi, qui sera jugé à partir du 6 avril prochain à Milan pour ses plus récentes frasques sexuelles.

Alors, par pitié et par simple décence, arrêtons de juger la Justice des autres. Et commençons par balayer les marches de nos tribunaux.