"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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dimanche 25 mars 2012

Une femme acquittée, au nom de beaucoup d'autres




        Les événements de Toulouse ont éclipsé un procès exemplaire qui s'est tenu cette semaine devant la Cour d'Assises du Nord, à Douai. On jugeait une femme qui a assassiné son mari. Un mari violent. Une femme maltraitée et battue depuis des années par son compagnon. L'avocat général, Luc Frémiot, a prononcé à cette occasion un réquisitoire extraordinaire, non pas contre la femme qui était dans le prétoire mais contre sa victime, l'homme, le vrai bourreau. Un réquisitoire qui valait toutes les plaidoiries. L'accusée a été acquittée. Le texte de la déclaration de l'avocat général figure dans un article sobre et remarquable signé Pascale Robert-Diard, publié par le journal «Le Monde». Je vous propose de le lire ci-dessous. On peut parfois douter de la Justice. Pas cette fois-ci.


Femmes battues : réquisitoire contre l'indifférence aux assises du Nord


C'est une sale affaire de violence et de misère. Une de celles auxquelles on rechigne à s'intéresser parce que tout cela semble trop loin, trop moche et qu'on en a bien assez comme ça. C'est ce que l'on pensait, au début. Comme sans doute les six jurés - quatre femmes, deux hommes - tirés au sort devant la cour d'assises du Nord pour juger Alexandra Guillemin, 32 ans, qui comparaissait pour le meurtre de son mari, Marcelino.
Un soir de juin 2009, dans la cuisine de leur appartement à Douai, cette mère de quatre enfants a dit à son mari qu'elle voulait le quitter. Il a explosé de fureur, a cherché à l'étrangler, elle a saisi un couteau de cuisine. La plaie dans le cou mesurait 13,5 cm de profondeur. Il est mort sur le coup, "dans une mare de sang", dit le procès-verbal des policiers. Voilà pour les faits.
Le procès s'est ouvert mercredi 21 mars. Alexandra Guillemin comparaissait libre après dix-sept mois de détention provisoire. Elle s'est assise dans le prétoire, le visage légèrement incliné, ses longs cheveux sombres noués sur la nuque, les yeux baissés, les mains posées sur les genoux et elle n'a plus vraiment bougé. Dehors, c'était le printemps, le ciel était bleu tendre. Le soleil inondait les murs clairs de la salle d'audience. C'est là, dans cette lumière si blanche, si crue, qu'une cour et des jurés ont plongé dans la nuit d'une femme.
Alexandra avait 17 ans, elle était en première, au lycée, quand elle a rencontré Marcelino, un Gitan sédentarisé, de quatorze ans son aîné. Elle est tombée amoureuse, a claqué la porte de chez sa mère qui ne l'aimait guère et rompu avec son père qui était en colère. Quelques mois plus tard, elle s'est mariée, le premier des quatre enfants est né et Alexandra Guillemin a renoncé à passer son bac. Le reste est un long calvaire. Une épouse que l'on viole, frappe, insulte et humilie. Que l'on menace lorsqu'elle murmure des confidences à sa sœur au téléphone ou cherche à voir son père. Que l'on épie quand elle tente de se confier à l'assistante sociale. Que l'on écrase et engloutit. Au XXIe siècle, dans une ville française, une ombre dans une caverne.
Pendant trois jours, un homme ne l'a pas quittée des yeux. Luc Frémiot est avocat général. Cela fait plus de dix ans qu'il se bat contre les violences conjugales. Qu'il essaie de secouer les consciences. Qu'il tonne à l'audience, bat les estrades, s'invite dans les colloques. Qu'il donne des instructions écrites aux policiers pour transmettre systématiquement au parquet les "mains courantes" déposées par les femmes, afin de ne pas laisser échapper la moindre chance de briser le silence, d'endiguer la violence dès le premier coup porté. Pour qu'il ne soit pas suivi d'un deuxième, puis d'un troisième, qui fait plus mal, détruit plus profond.
Il l'a regardée, Alexandra Guillemin, lorsqu'à la barre elle triturait son mouchoir, en répondant d'une voix faible aux questions de la présidente, Catherine Schneider. Lorsque des larmes roulaient sur son visage à l'évocation par les voisins, par les rares amis, par les dépositions de ses enfants, de ce qu'avait été sa vie. Lorsqu'elle chassait de la main les images qui l'assaillaient, honteuse de devoir expliquer ce que son corps avait subi et qu'elle avait toujours tu. Luc Frémiot observait tout, aspirait tout. Il a dévisagé aussi ces femmes assises dans le public, dont soudain s'échappait un cri, presque un ordre : "Parle, Alexandra ! Parle !" Il a crucifié du regard cet officier de police judiciaire concédant un "dysfonctionnement" quand on lui a demandé d'expliquer comment et pourquoi son service n'avait pas jugé nécessaire de donner suite à la plainte que voulait déposer Alexandra Guillemin contre son mari. Elle avait l'œil tuméfié, on lui a conseillé une main courante et on l'a renvoyée chez elle parce que "ça ne saignait pas".
Vendredi 23 mars, l'avocat général s'est levé. Ou, plus justement dit, il s'est jeté. Les notes sur le carnet ne disent ni la voix qui enfle et se brise, ni les silences, le souffle qui emporte, les mains tendues qui escortent les paroles jusqu'aux visages concentrés des jurés, le regard suspendu de l'accusée.
"Alexandra Guillemin, nous avions rendez-vous. C'est un rendez-vous inexorable, qui guette toutes les victimes de violences conjugales. Ce procès vous dépasse parce que derrière vous, il y a toutes ces femmes qui vivent la même chose que vous. Qui guettent les ombres de la nuit, le bruit des pas qui leur fait comprendre que c'est l'heure où le danger rentre à la maison. Les enfants qui filent dans la chambre et la mère qui va dans la cuisine, qui fait comme si tout était normal et qui sait que tout à l'heure, la violence explosera.
Elles sont toutes sœurs, ces femmes que personne ne regarde, que personne n'écoute. Parce que, comme on l'a entendu tout au long de cette audience, lorsque la porte est fermée, on ne sait pas ce qui se passe derrière. Mais la vraie question, c'est de savoir si l'on a envie de savoir ce qui se passe. Si l'on a envie d'écouter le bruit des meubles que l'on renverse, des coups qui font mal, des claques qui sonnent et des enfants qui pleurent.
Ici, dans les cours d'assises, on connaît bien les auteurs des violences conjugales. De leurs victimes, on n'a le plus souvent qu'une image, celle d'un corps de femme sur une table d'autopsie. Aujourd'hui, dans cette affaire, nous sommes au pied du mur, nous allons devoir décider.
Mon devoir est de rappeler que l'on n'a pas le droit de tuer. Mais je ne peux pas parler de ce geste homicide sans évoquer ces mots des enfants : 'Papa est mort, on ne sera plus frappés'. 'Papa, il était méchant'. 'Avec nous, il se comportait mal, mais c'était rien comparé à ce qu'il faisait à maman'. On n'a pas le droit de tuer, mais on n'a pas le droit de violer non plus. D'emprisonner une femme et des enfants dans un caveau de souffrances et de douleur.
Je sais la question que vous vous posez. 'Mais pourquoi Alexandra Guillemin n'est-elle pas partie avec ses enfants sous le bras ?' Cette question est celle d'hommes et de femmes de l'extérieur, qui regardent une situation qu'ils ne comprennent pas et qui se disent: 'Mais moi, je serais parti !' En êtes-vous si sûr ? Ce que vivent ces femmes, ce qu'a vécu Alexandra Guillemin, c'est la terreur, l'angoisse, le pouvoir de quelqu'un qui vous coupe le souffle, vous enlève tout courage. C'est sortir faire les courses pendant cinq minutes, parce que celui qui vous envoie a calculé exactement le temps qu'il vous faut pour aller lui acheter ses bouteilles de bière. Et c'est à cette femme-là que l'on voudrait demander pourquoi elle est restée ? Mais c'est la guerre que vous avez vécue, madame, la guerre dans votre corps, dans votre cœur. Et vous, les jurés, vous ne pouvez pas la juger sans savoir les blessures béantes qu'elle a en elle. C'est cela être juge, c'est être capable de se mettre à la place des autres. Alexandra Guillemin, il suffit de l'écouter, de la regarder. De voir son visage ravagé. Mais un visage qui change dès qu'elle parle de ses enfants. On a beaucoup dit qu'elle était 'passive'. Mais c'est une combattante, cette femme ! Ses enfants, elle leur a tenu la tête hors de l'eau, hors du gouffre. Il n'y a pas beaucoup d'amour dans ce dossier, mais il y a le sien pour ses enfants, et ça suffit à tout transfigurer. Sephora, Josué, Saraï, Siméon ont 13, 11, 8 et 6 ans aujourd'hui, ils vous aiment, ils seront votre revanche.
Nous, la question que nous devons nous poser, c'est : 'De quoi êtes-vous responsable, Alexandra Guillemin ?' Quelle serait la crédibilité, la légitimité de l'avocat de la société qui viendrait vous demander la condamnation d'une accusée, s'il oubliait que la société n'a pas su la protéger ? Alors, je vais parler de légitime défense. Est-ce qu'au moment des faits, Alexandra Guillemin a pu penser qu'elle était en danger de mort ? Est-ce qu'en fonction de tout ce qu'elle a vécu, subi, elle a pu imaginer que ce soir-là, Marcelino allait la tuer ? Mais bien sûr ! Cela fait des années que ça dure. Alexandra a toujours été seule. Aujourd'hui, je ne veux pas la laisser seule. C'est l'avocat de la société qui vous le dit : vous n'avez rien à faire dans une cour d'assises, madame. Acquittez-la !"
Vendredi 23 mars, six jurés - responsable de paie, retraitée, techniciens, ingénieur, assistante d'achat - et trois magistrats professionnels l'ont écouté. Et d'une sale affaire de violence et de misère, si loin, si moche, ils ont fait un grand moment de justice, si proche.
©Le Monde

mardi 15 février 2011

Affaire Florence Cassez : pourquoi tant de mépris envers le Mexique ?


Que justifie ce mépris outrecuidant des autorités françaises (relayées par la plupart des médias français) à l’égard du Mexique ? Qui sommes-nous pour donner des leçons de démocratie et de bon fonctionnement de la Justice ?

Depuis quelques jours, autour du cas de Florence Cassez, se multiplient les caricatures racistes et les clichés à propos des Mexicains (sombrero, cactus et tequila). Jolie manière de traiter une nation de 112 millions d'habitants, le premier pays hispanophone au monde, un pays qui possède une longue Histoire, une culture riche et ancienne et une fierté nationale fondée sur une farouche indépendance. Franchement, on a l'air de quoi ?

Michèle Alliot-Marie, ci-devant ministre des Affaires étrangères, a proclamé son «indignation» à l’adresse du gouvernement mexicain. C’est sans doute qu’elle vient de lire tardivement l’opuscule de Stéphane Hessel. On n’a guère entendu l’indignation de la ministre pendant ses vacances de décembre dernier en Tunisie. Sous le régime de Ben Ali, il y avait pourtant de vraies raisons d’être indigné.

Alors, résumons l’affaire Florence Cassez : il s’agit d’une jeune fille né à Lille il y a 36 ans et dont la famille réside à Béthune. Florence, un peu aventureuse, s’éprend d’un Mexicain. Le compagnon Israel Vallarta est officiellement vendeur de voitures. En réalité, il est l’un des chefs d’un gang spécialisé dans les enlèvements crapuleux, «Los Zodiacos». L’enlèvement contre rançon au Mexique est une activité criminelle florissante.

Florence Cassez, avant son arrestation en compagnie d’Israel Vallarta, a vécu avec ce dernier pendant 5 mois dans le «Ranch de la Chinitas», à une vingtaine de kilomètres de Mexico. Dans ce lieu, pendant que Florence Cassez y séjournait, des otages croupissaientt dans la terreur et le dénuement le plus complet.

Quel est le degré d’implication de la jeune Française dans les activités du gang «Los Zodiacos» dont faisait partie son compagnon Israel Vallarta ? C’est toute la question sur laquelle la Justice mexicaine s’est prononcée en avril 2008 en condamnant Florence Cassez à une peine très lourde de 96 ans de prison, peine ramenée en appel à 60 ans en mars 2009.

Elle a été condamnée pour enlèvement, séquestration, délinquance organisée et possession d'armes à feu. Aujourd’hui Florence Cassez a épuisé tous les recours possibles au Mexique.

Il y a dans ce dossier des irrégularités flagrantes, notamment la mise en scène, devant les caméras de télévision, de l’arrestation de Vallarta et Cassez, une grossière reconstitution au lendemain de l’arrestation effective du couple. Le procès lui-même s’est fait sous la pression du pouvoir politique mexicain, impitoyable dans sa chasse aux kidnappeurs organisés.

Mais un procès sous pression et une arrestation reconstituée pour la télé suffisent-ils pour affirmer que Florence Cassez est innocente comme elle ne cesse de le dire ? Les prisons du monde entier sont pleines d’innocents autoproclamés.

Est-il matériellement possible de vivre pendant 5 mois dans un ranch où sont enfermés des otages, en partageant l’intimité de l’un des chefs du gang, sans se douter de rien ? Sans être complice, même de manière passive ? Nicolas Sarkozy a affirmé sans rire aujourd’hui que le dossier de Florence Cassez était un cas «humanitaire». On va finir par croire que la jeune française était bénévole dans une ONG ou qu’elle guérissait des lépreux ! Une nouvelle Mère Thérésa, peut-être ?

Essayez donc de faire avaler le mot «humanitaire» aux personnes enlevées par «Los Zodiacos»...

Le 13 juin 2008, «La Jomada», l’un des plus grands quotidiens de Mexico, publiait le témoignage suivant :

Mon nom est Cristina Rios Valladares et j’ai été la victime d’une prise d’otage, au côté de mon époux Raul (libéré quelques heures plus tard) et mon fils qui avait 11 ans. Depuis ce jour notre vie a totalement changée. Aujourd’hui nous souffrons d’un exil forcé par la peur et l’insécurité. Ma famille est détruite. Ce que mon fils et moi avons vécu du 19 octobre 2005 au 9 décembre de la même année, est indescriptible. 52 jours de captivité pendant lesquelles je fus victime d’abus sexuel et, les trois d’une torture psychologique. Le 9 décembre nous avons été libérés lors d’une opération de l’Agence Fédérale de Recherche (AFI). Israel Vallarta et Florence Cassez furent accusés de nous avoir pris en otage, puis ils furent arrêtés, cette dernière d’origine française, se présente maintenant comme la victime et non pas comme complice du jugement. Depuis notre libération ma famille et moi nous vivons à l’étranger. Nous ne pouvons pas revenir à cause de la peur, car le reste de la bande n’a pas été arrêté. Depuis notre refuge, car on ne peut pas appeler maison un lieu où nous avons été forcé de vivre (à cause de l’insécurité), nous avons appris la nouvelle de la peine de 96 ans de prison que Florence Cassez méritait, cette femme dont j’avais écouté la voix à de maintes reprises pendant ma captivité…la même voix d’origine française qui bourdonne encore aujourd’hui dans mes oreilles, la même voix que mon fils reconnaît comme celle de ma femme qui lui pris du sang pour l’envoyer à mon époux, avec une oreille qui lui ferait penser qu’elle appartenait à son fils. Maintenant j’apprends que Florence réclame justice et clame son innocence. Et moi j’entends dans ses cries la voix de la femme qui, jalouse et furieuse, cria sur Israel Vallarta, son petit ami et chef de la bande, que s’il recommençait à s’approcher de moi (elle entra par surprise dans la pièce et elle le vit m’embrasser) elle se vengera sur moi. Florence raconte «le calvaire» de la prison, mais elle voit sa famille dans le pénitencier, elle fait des appels téléphoniques, elle réalise des interviews pour la presse et elle ne craint pas chaque seconde pour sa vie. Je ne détaillerai pas ce qu’est un véritable enfer, c’est-à-dire, une prise d’otage. Ni ma famille ni moi n’avons d’envie, ni de force pour faire une campagne médiatique, diplomatique et politique (comme celle que sa famille est en train de réaliser) pour permettre au gouvernement français, à la presse nationale et internationale d’écouter l’autre version, c’est-à-dire, celle de la parole des victimes de la bande à laquelle appartenait Mademoiselle Cassez. Florence qui est une preneuse d’otage et non pas seulement la petite amie d’un preneur d’otage (avec lequel elle vivait dans un ranch au moment de la captivité de mon fils et moi), l’idée qu’elle puisse apparaître comme une victime et qu’elle lutte pour qu’on modifie sa condamnation. Si elle y arrive ou non, ce n’est pas à nous d’en juger, bien que cela continue à nous blesser. Cette lettre est uniquement pour nous soulager. L’affaire est aux mains de la justice mexicaine. Nous n’interviendront plus publiquement, nous ne donnerons plus d’interviews à la presse (notre indignation nous à pousser à en concéder quelques une), nous utilisons et utiliserons toute notre énergie pour protéger l’intégrité de notre famille et dans le but de nous guérir du mal qu’ils nous ont fait. La nouvelle effervescence que ravive l’appel de la condamnation et le remous médiatique qu’il provoque nous met de nouveau en danger.

©La Jomada

Il n’est pas question évidemment de refaire l’instruction à distance, surtout à partir de ce seul témoignage. Mais il est permis toutefois de s’interroger sur le rôle réel joué par Florence Cassez auprès d’Israel Vallarta et de «Los Zodiacos». Les proclamations d’innocence de la condamnée ne sont pas une preuve plus solide que celles contenues dans le dossier à charge échafaudé contre elle au Mexique.

Je passe sur les gesticulations de Nicolas Sarkozy, ses pressions maladroites et sans résultat auprès du président mexicain Felipe Calderon. Je ne veux même pas évoquer la polémique grotesque sur «l’Année du Mexique en France». Cela me semble totalement hors-sujet.

Je prends en compte évidemment le point de vue des parents et des amis de Florence Cassez. Savoir cette jeune femme enfermée aussi longtemps dans une prison lointaine, dans des conditions sûrement pénibles, est un sujet d’angoisse. Le «transfèrement» de Florence Cassez dans une prison française serait une solution équilibrée. Mais les rodomontades françaises et l’arrogance de nos dirigeants politiques ont de quoi faire hésiter les autorités mexicaines.

Ce que je conteste vivement, ce sont les accusations portées a priori contre la Justice mexicaine. Ce n’est probablement pas la meilleure du monde. Mais ce n’est pas la Justice chinoise, ni la Justice telle qu’elle s’exerçait en Tunisie sous Ben Ali. Je pourrais multiplier les exemples.

L’opprobre jeté en bloc contre la justice mexicaine me rappelle la suspicion hautaine des intellectuels parisiens à l’égard de la justice italienne dans l’affaire Cesare Battisti. Nos beaux esprits germanopratins ont justifié le long séjour en France de Battisti (sous la haute protection de François Mitterrand) et sa fuite au Brésil au motif que le terroriste italien n’avait pas été jugé équitablement dans son pays. Battisti avait été condamné (par contumace) à la prison à perpétuité pour deux meurtres et deux complicités de meurtre. Son extradition vers l’Italie est toujours bloquée par le Brésil.

La justice mexicaine, justice de mariachis ? La justice italienne, justice de pizzaïolos ? Et la nôtre, l’exemplaire justice française, n’a-t-elle pas produit le fiasco d’Outreau ?

Un mot encore sur la justice italienne, tellement suspecte aux yeux de la gauche Rive Gauche. C’est cette justice qui ne serait pas digne de condamner le terroriste Battisti qui vient d’assigner en comparution immédiate l’homme le plus puissant du pays, Silvio Berlusconi, qui sera jugé à partir du 6 avril prochain à Milan pour ses plus récentes frasques sexuelles.

Alors, par pitié et par simple décence, arrêtons de juger la Justice des autres. Et commençons par balayer les marches de nos tribunaux.