
mardi 1 mars 2011
Check list
dimanche 27 février 2011
Exit MAM, bonjour Gérard Longuet !

Entre les Césars et les Oscars, Nicolas Sarkozy nous a présenté sa liste de lauréats : le nouveau nouveau nouveau gouvernement de la France (10ème ajustement ou remaniement depuis 2007).
Comme prévu Michèle Alliot-Marie déguerpit piteusement en laissant une lettre de démission forcée qui vaut son pesant de cacahuètes :
Monsieur le président de la République, ‘cher Nicolas’ (ajouté à la main),
Depuis neuf ans, je sers notre pays avec fierté et bonheur, à la tête des ministères régaliens que le président Jacques Chirac puis vous-même avez bien voulu me confier.
C'est un honneur. C'est une responsabilité.
Je me suis efforcée d'y répondre en veillant, dans mes fonctions comme dans mon comportement personnel, à toujours respecter les exigences, non seulement de la légalité, mais aussi de la dignité, de la moralité et de la loyauté.
Depuis quelques semaines, je suis la cible d'attaques politiques puis médiatiques véhiculant, pour créer la suspicion, contre-vérités et amalgames. J'y ai répondu point par point afin de rétablir la vérité.
Depuis quinze jours, c'est ma famille qui subit de la part de certains médias un véritable harcèlement dans sa vie privée, pour tenter d'y chercher de quoi m'affaiblir à défaut de l'avoir trouvé chez moi.
Cette campagne n'entrave en rien mes relations avec mes partenaires internationaux ni ma capacité à remplir la mission que vous m'avez confiée, comme chacun a pu le constater récemment au Brésil ou hier encore dans le Golfe. Je ne puis néanmoins accepter que certains utilisent cette cabale pour essayer de faire croire à un affaiblissement de la politique internationale de la France.
J'ai trop de considération pour les hommes et les femmes du ministère des Affaires étrangères et européennes qui servent notre pays avec dévouement et compétence, pour accepter que leur action puisse être affectée par cette manipulation.
J'ai une trop haute idée de la politique au service de la France pour accepter d'être utilisée comme prétexte à une telle opération.
J'ai une trop grande loyauté et amitié à votre égard pour accepter que votre action internationale puisse, en quoi que ce soit, en souffrir.
Bien qu'ayant le sentiment de n'avoir commis aucun manquement, j'ai donc décidé de quitter mes fonctions de ministre des Affaires étrangères et européennes.
En conséquence, je vous demande donc de bien vouloir accepter ma démission.
Je vous prie de croire, Monsieur le président de la République, à l'assurance de ma haute considération. ‘Avec ma fidèle amitié’ (ajouté à la main).
_____________________________________________
MAM s’éclipse enfin en ayant le «sentiment de n’avoir commis aucun manquement». C’est la plus grosse blague de la journée.
Son compagnon Patrick Ollier avait participé à l’équipée tunisienne de MAM en décembre dernier. Il reste au gouvernement. C’est d’une grande cohérence. Il n’y restera pas longtemps. Le dossier de ses compromissions avec la Libye est trop épais.
Brice Hortefeux, doublement condamné par la justice, passe à la trappe et va jouer les utilités à l’Elysée. Il est remplacé au ministère de l’Intérieur par un homme adoré des flics, Claude Guéant. Parfait pour préparer les élections.
Alain Juppé passe aux Affaires étrangères. C’est un retour. Il a déjà occupé ce poste. De quoi rassurer les diplomates, peut-être pas tous. Il n’est pas sûr que Boris Boillon, le plagiste de Tunis, soit exactement le genre de beauté que Juppé affectionne.
Passons sur le fait que Juppé est «un repris de justice», comme le souligne souvent la méchante presse anglo-saxonne. Il a purgé sa peine et a le droit à la réinsertion.
Une question cependant concernant Juppé : comment concilier les Affaires Etrangères avec la gestion quotidienne de Bordeaux, l’une des plus grandes villes de France ? Le patron du Quai d’Orsay voyage beaucoup et souvent loin. Comment pourra-t-il trancher à distance sur le ramassage des ordures ménagères ou sur l’urbanisme dans sa bonne ville ?
Dans le nouveau casting de Nicolas Sarkozy, mon préféré, c’est quand même Gérard Longuet, nouveau ministre de la Défense. Celui-là, il a un palmarès d’enfer. D’abord, il est né à Neuilly. C’est un immense atout.
Fondateur en 1964 avec Alain Madelin du groupuscule d’activistes d’extrême droite ‘Occident’, Gérard Longuet a fait le coup de poing en 1967 à l’université de Rouen contre des étudiants d'extrême gauche. L’un d’eux a sombré dans le coma. Longuet est inculpé, incarcéré puis condamné à 1 000 francs d'amende pour complicité de «violence et voies de fait avec armes et préméditation», en même temps que douze autres militants d'extrême droite, dont Alain Madelin et Patrick Devedjian. Longuet a déclaré plus tard : «J'assume avoir été d'extrême droite. On s'est simplement trompés sur le modèle colonial, qui ne pouvait perdurer ».
Pendant ses études à l’ENA (1971-1973), Gérard Longuet rédige le premier programme économique du Front National qui vient d’être créé par Jean-Marie Le Pen.
Plus tard, dans les années 80-90, il est ministre mais doit démissionner pour des affaires obscures de financement du Parti Républicain auquel il appartient (le parti de François Léotard). Il s’en sort miraculeusement grâce à une loi d’amnistie. Il est aussi providentiellement relaxé pour une magouille concernant la construction de la villa de Saint-Tropez.
Longuet devient sénateur et se fait un peu oublier.
On note toutefois sa déclaration de 2008 : «Qu'il y ait un lien entre homosexualité et pédophilie, ça peut arriver. Notamment dans des écoles catholiques, on a pu voir ça».
Il se fait remarquer à nouveau l’année dernière en s’opposant à la nomination du socialiste Malek Boutih à la tête de la Halde en déclarant : «Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l’accueil de tous nos compatriotes. Si vous voulez, les vieux Bretons et les vieux Lorrains - qui sont d’ailleurs en général Italiens ou Marocains - doivent faire l’effort sur eux-mêmes de s’ouvrir à l’extérieur. Si vous mettez quelqu’un de symbolique, extérieur, vous risquez de rater l’opération». Symbolique, extérieur, étranger au ‘corps traditionnel français’, c’était Malek Boutih, français né de parents algériens.
Bref, nous sommes contents de retrouver Gérard Longuet qui incarne à lui seul les valeurs de tolérance, de probité et de modernité qui traversent ce nouveau nouveau nouveau gouvernement tout entier.
Le jour le plus long pour MAM et POM
mercredi 23 février 2011
Michèle Alliot-Marie et Patrick Ollier, le couple de l'année...

Pendant que le colonel Kadhafi s’accroche à son pouvoir vacillant en répandant le sang de son peuple, l’inénarrable Michèle Alliot-Marie continue de défendre, bec et ongle, la diplomatie qu’elle incarne sous le contrôle du président Nicolas Sarkozy.
Voici le texte du dernier communiqué en date de MAM (MAM = Mensonge Après Mensonge). Merci de ne pas éclater de rire en lisant ces quelques lignes.
Claire, ambitieuse, courageuse et efficace. Qu’en termes galants ces choses-là sont dites !
Que ces belles paroles ne nous empêchent pas d’explorer le parcours libyen de Patrick Ollier, membre du gouvernement français et compagnon de MAM.
Le site OWNI a très bien travaillé sur ce dossier Ollier. C’est à lire en cliquant ici.
vendredi 18 février 2011
Le secret du buzz : ambassadeur, maillot de bain, Tunisie, Alliot-Marie, de Gaulle, Bettencourt, etc.

Comment fonctionne le ‘buzz’ sur Internet ?
J’avoue que je suis intrigué en consultant les compteurs de ce petit blog à l’audience confidentielle, suivi par quelques milliers de lecteurs en France et dans le monde.
C’est un blog modeste qui ne prétend pas rivaliser avec les acteurs vedettes de l’Internet francophone. Ce n’est pas mon objectif. Je souhaite seulement exprimer ici ce qui me passe par la tête en suivant l’actualité et en racontant diverses expériences personnelles.
Mon article d’hier jeudi 17 février montrait une photo de l’ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon. Le jeune ambassadeur apparaissait en maillot de bain. Cette photo venait de la page personnelle de Boris Boillon sur le site «Les Copains d’avant». Depuis, cette photo a disparu de ce site. Mais elle figure toujours sur mon blog et ailleurs.
Cet article diplomatico-balnéaire est en train de devenir, à mon grand étonnement, une sorte de ‘best-seller’ pour Anyhow. C'est maintenant la page la plus consultée sur ce blog.
En moyenne, le trafic moyen d’une page d’Anyhow tourne autour de 200 consultations étalées sur plusieurs jours ou plusieurs semaines.
Certains articles poursuivent une carrière très honorable : mon billet sur Stéphane Hessel (600 consultations à ce jour) ou celui sur l’affaire Bettencourt où je relate les liens très intimes entre François-Marie Banier et André Bettencourt (500 consultations). Ce texte a d’ailleurs été repris in extenso (sans me citer) par le site d’un journal suisse et a été largement propagé et reproduit ici ou là.
Ma diatribe contre le général de Gaulle, pourtant ancienne, attire encore beaucoup : 800 consultations jusqu’à présent.
Mais toute ma production tunisienne fait un carton (toujours à l’échelle très marginale de ce blog). Il faut dire que je suis aidé par les aventures, sans cesse renouvelées, de Michèle Alliot-Marie (3000 consultations pour cette seule page). Ce que j’ai écrit en outre sur l’ancien ambassadeur de France en Tunisie, Pierre Ménat, m’a valu également beaucoup de lecteurs (environ 1000 pour chacun des articles consacrés à ce diplomate).
Mais le maillot de bain de Boris Boillon (qui dépasse maintenant les 7000 consultations) devient un succès foudroyant (tout est relatif) auquel je ne m’attendais pas.
Un mot encore sur la répartition géographique des lecteurs de ce blog.
Vous êtes majoritairement en France métropolitaine (environ à 70%) mais aussi en Outre-Mer. Je salue les lecteurs de la Réunion (très présents) et de la Polynésie. Curieusement, selon les compteurs fournis par mon hébergeur Blogspot, je ne relève aucun lecteur dans les Antilles et en Guyane.
Comme j’ai beaucoup écrit sur la Tunisie, beaucoup d’internautes se connectent de ce pays. La Tunisie est mon deuxième lectorat (j’emploie des grands mots) après la France.
J’ai aussi beaucoup d’habitués aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, en Suisse, au Maroc et en Algérie. Quelques uns en Italie, trop peu en Espagne. En Asie, j’ai quelques fidèles au Vietnam (dont un lecteur très assidu qui fait souvent des commentaires intéressants).
Anyhow est également assez suivi en Russie. Je suis toujours étonné de constater qu’une page de mon blog ait été lue (c’est le cas récemment) au Koweit, aux Emirats Arabes Unis, en Ukraine ou en Malaisie. J'ai même eu l'autre jour un visiteur d'Arabie Saoudite. Comment ces lecteurs sont-ils arrivés jusqu’à moi ?
Je vous envoie à tous un salut amical. Merci de me lire.
Je ne vous promets pas de vous offrir tous les jours un maillot de bain d’ambassadeur. Ce serait trop facile. Faire du chiffre n’est pas mon but.
mardi 15 février 2011
La famille Alliot-Marie fait des emplettes immobilières sous Ben Ali
Les parents de la ministre des Affaires étrangères ont marqué leur attachement au pays du jasmin en faisant un joli investissement immobilier, alors que Ben Ali était encore le maître de Carthage.
C’est une nouvelle révélation de l'hebdomadaire Le Canard enchaîné qui précise que Bernard Marie et son épouse étaient déjà associés minoritaires (avec environ 13% du capital) dans la société civile immobilière (SCI) Ikram dont étaient propriétaires Aziz Miled et son fils Karim.
Selon Le Canard enchaîné, Miled père et fils ont vendu, le 30 décembre, à l'hôtel Sentido Beach à Tabarka (propriété Miled), toutes leurs parts de cette SCI à Bernard et Renée Marie, en présence d'employés de la commune de Tabarka (chargés d’officialiser la signature). Michèle Alliot-Marie était alors dans l'hôtel, selon l’hebdomadaire.
Tous ces nouveaux détails rendent encore plus invraisemblable la première version de la ministre qui avait déclaré avoir croisé par hasard son ami Miled sur le tarmac de l’aéroport de Tunis avec un jet vide se rendant justement à Tabarka. Quelle aubaine !
Toujours selon Le Canard Enchaîné, le montant exact de la transaction des époux Marie, parents de MAM, n'est pas connu. L'acte reçu par ceux-ci ne mentionne, selon les usages locaux, que la valeur nominale des parts, soit 755.000 dinars, environ 325.000 euros.
C'était une transaction, selon le journal, appelée à rester secrète mais qui était "forcément préparée de longue date", car il fallait l'accord du gouverneur du secteur, lui-même sous tutelle du ministère de l'Intérieur, donc du président Ben Ali. Ce qui confirme au passage qu’Aziz Miled n’était pas vraiment un dissident persécuté, contrairement à ce que MAM a voulu nous faire croire.
"Les éventuelles transactions de ses parents ne concernent en rien Michèle Alliot-Marie et elle n'a pas à les commenter", a déclaré à l'AFP son conseiller de communication, Guillaume Didier.
On souhaite évidemment aux nonagénaires Bernard et Renée Marie (94 et 92 ans) de vivre encore très longtemps, au besoin sous le soleil de la Tunisie, libérée de son dictateur.
Mais leur acquisition immobilière profitera inévitablement à leur héritière, Michèle Alliot-Marie. C’est pour cela que le conseiller en communication de la ministre a tort de dire que ces transactions "ne concernent en rien Michèle Alliot-Marie".
Michèle Alliot-Marie elle-même renchérit dans un communiqué en défendant ses parents : "Leur vie privée leur appartient. Les acquisitions qu’ils effectuent pour eux-mêmes ne concernent qu’eux, et personne d’autre."
Il me semble que c’est plus compliqué que ça : tôt ou tard, la ministre des Affaires étrangères de la France va hériter d’une société immobilière acquise par ses parents dans les dernières semaines d’une dictature que la ministre (ou ex-ministre, on verra bien) n’a jamais cessé d’appuyer par ses discours et ses actes.
Affaire Florence Cassez : pourquoi tant de mépris envers le Mexique ?

Que justifie ce mépris outrecuidant des autorités françaises (relayées par la plupart des médias français) à l’égard du Mexique ? Qui sommes-nous pour donner des leçons de démocratie et de bon fonctionnement de la Justice ?
Depuis quelques jours, autour du cas de Florence Cassez, se multiplient les caricatures racistes et les clichés à propos des Mexicains (sombrero, cactus et tequila). Jolie manière de traiter une nation de 112 millions d'habitants, le premier pays hispanophone au monde, un pays qui possède une longue Histoire, une culture riche et ancienne et une fierté nationale fondée sur une farouche indépendance. Franchement, on a l'air de quoi ?
Michèle Alliot-Marie, ci-devant ministre des Affaires étrangères, a proclamé son «indignation» à l’adresse du gouvernement mexicain. C’est sans doute qu’elle vient de lire tardivement l’opuscule de Stéphane Hessel. On n’a guère entendu l’indignation de la ministre pendant ses vacances de décembre dernier en Tunisie. Sous le régime de Ben Ali, il y avait pourtant de vraies raisons d’être indigné.
Alors, résumons l’affaire Florence Cassez : il s’agit d’une jeune fille né à Lille il y a 36 ans et dont la famille réside à Béthune. Florence, un peu aventureuse, s’éprend d’un Mexicain. Le compagnon Israel Vallarta est officiellement vendeur de voitures. En réalité, il est l’un des chefs d’un gang spécialisé dans les enlèvements crapuleux, «Los Zodiacos». L’enlèvement contre rançon au Mexique est une activité criminelle florissante.
Florence Cassez, avant son arrestation en compagnie d’Israel Vallarta, a vécu avec ce dernier pendant 5 mois dans le «Ranch de la Chinitas», à une vingtaine de kilomètres de Mexico. Dans ce lieu, pendant que Florence Cassez y séjournait, des otages croupissaientt dans la terreur et le dénuement le plus complet.
Quel est le degré d’implication de la jeune Française dans les activités du gang «Los Zodiacos» dont faisait partie son compagnon Israel Vallarta ? C’est toute la question sur laquelle la Justice mexicaine s’est prononcée en avril 2008 en condamnant Florence Cassez à une peine très lourde de 96 ans de prison, peine ramenée en appel à 60 ans en mars 2009.
Elle a été condamnée pour enlèvement, séquestration, délinquance organisée et possession d'armes à feu. Aujourd’hui Florence Cassez a épuisé tous les recours possibles au Mexique.
Il y a dans ce dossier des irrégularités flagrantes, notamment la mise en scène, devant les caméras de télévision, de l’arrestation de Vallarta et Cassez, une grossière reconstitution au lendemain de l’arrestation effective du couple. Le procès lui-même s’est fait sous la pression du pouvoir politique mexicain, impitoyable dans sa chasse aux kidnappeurs organisés.
Mais un procès sous pression et une arrestation reconstituée pour la télé suffisent-ils pour affirmer que Florence Cassez est innocente comme elle ne cesse de le dire ? Les prisons du monde entier sont pleines d’innocents autoproclamés.
Est-il matériellement possible de vivre pendant 5 mois dans un ranch où sont enfermés des otages, en partageant l’intimité de l’un des chefs du gang, sans se douter de rien ? Sans être complice, même de manière passive ? Nicolas Sarkozy a affirmé sans rire aujourd’hui que le dossier de Florence Cassez était un cas «humanitaire». On va finir par croire que la jeune française était bénévole dans une ONG ou qu’elle guérissait des lépreux ! Une nouvelle Mère Thérésa, peut-être ?
Essayez donc de faire avaler le mot «humanitaire» aux personnes enlevées par «Los Zodiacos»...
Le 13 juin 2008, «La Jomada», l’un des plus grands quotidiens de Mexico, publiait le témoignage suivant :
Mon nom est Cristina Rios Valladares et j’ai été la victime d’une prise d’otage, au côté de mon époux Raul (libéré quelques heures plus tard) et mon fils qui avait 11 ans. Depuis ce jour notre vie a totalement changée. Aujourd’hui nous souffrons d’un exil forcé par la peur et l’insécurité. Ma famille est détruite. Ce que mon fils et moi avons vécu du 19 octobre 2005 au 9 décembre de la même année, est indescriptible. 52 jours de captivité pendant lesquelles je fus victime d’abus sexuel et, les trois d’une torture psychologique. Le 9 décembre nous avons été libérés lors d’une opération de l’Agence Fédérale de Recherche (AFI). Israel Vallarta et Florence Cassez furent accusés de nous avoir pris en otage, puis ils furent arrêtés, cette dernière d’origine française, se présente maintenant comme la victime et non pas comme complice du jugement. Depuis notre libération ma famille et moi nous vivons à l’étranger. Nous ne pouvons pas revenir à cause de la peur, car le reste de la bande n’a pas été arrêté. Depuis notre refuge, car on ne peut pas appeler maison un lieu où nous avons été forcé de vivre (à cause de l’insécurité), nous avons appris la nouvelle de la peine de 96 ans de prison que Florence Cassez méritait, cette femme dont j’avais écouté la voix à de maintes reprises pendant ma captivité…la même voix d’origine française qui bourdonne encore aujourd’hui dans mes oreilles, la même voix que mon fils reconnaît comme celle de ma femme qui lui pris du sang pour l’envoyer à mon époux, avec une oreille qui lui ferait penser qu’elle appartenait à son fils. Maintenant j’apprends que Florence réclame justice et clame son innocence. Et moi j’entends dans ses cries la voix de la femme qui, jalouse et furieuse, cria sur Israel Vallarta, son petit ami et chef de la bande, que s’il recommençait à s’approcher de moi (elle entra par surprise dans la pièce et elle le vit m’embrasser) elle se vengera sur moi. Florence raconte «le calvaire» de la prison, mais elle voit sa famille dans le pénitencier, elle fait des appels téléphoniques, elle réalise des interviews pour la presse et elle ne craint pas chaque seconde pour sa vie. Je ne détaillerai pas ce qu’est un véritable enfer, c’est-à-dire, une prise d’otage. Ni ma famille ni moi n’avons d’envie, ni de force pour faire une campagne médiatique, diplomatique et politique (comme celle que sa famille est en train de réaliser) pour permettre au gouvernement français, à la presse nationale et internationale d’écouter l’autre version, c’est-à-dire, celle de la parole des victimes de la bande à laquelle appartenait Mademoiselle Cassez. Florence qui est une preneuse d’otage et non pas seulement la petite amie d’un preneur d’otage (avec lequel elle vivait dans un ranch au moment de la captivité de mon fils et moi), l’idée qu’elle puisse apparaître comme une victime et qu’elle lutte pour qu’on modifie sa condamnation. Si elle y arrive ou non, ce n’est pas à nous d’en juger, bien que cela continue à nous blesser. Cette lettre est uniquement pour nous soulager. L’affaire est aux mains de la justice mexicaine. Nous n’interviendront plus publiquement, nous ne donnerons plus d’interviews à la presse (notre indignation nous à pousser à en concéder quelques une), nous utilisons et utiliserons toute notre énergie pour protéger l’intégrité de notre famille et dans le but de nous guérir du mal qu’ils nous ont fait. La nouvelle effervescence que ravive l’appel de la condamnation et le remous médiatique qu’il provoque nous met de nouveau en danger.
©La Jomada
Il n’est pas question évidemment de refaire l’instruction à distance, surtout à partir de ce seul témoignage. Mais il est permis toutefois de s’interroger sur le rôle réel joué par Florence Cassez auprès d’Israel Vallarta et de «Los Zodiacos». Les proclamations d’innocence de la condamnée ne sont pas une preuve plus solide que celles contenues dans le dossier à charge échafaudé contre elle au Mexique.
Je passe sur les gesticulations de Nicolas Sarkozy, ses pressions maladroites et sans résultat auprès du président mexicain Felipe Calderon. Je ne veux même pas évoquer la polémique grotesque sur «l’Année du Mexique en France». Cela me semble totalement hors-sujet.
Je prends en compte évidemment le point de vue des parents et des amis de Florence Cassez. Savoir cette jeune femme enfermée aussi longtemps dans une prison lointaine, dans des conditions sûrement pénibles, est un sujet d’angoisse. Le «transfèrement» de Florence Cassez dans une prison française serait une solution équilibrée. Mais les rodomontades françaises et l’arrogance de nos dirigeants politiques ont de quoi faire hésiter les autorités mexicaines.
Ce que je conteste vivement, ce sont les accusations portées a priori contre la Justice mexicaine. Ce n’est probablement pas la meilleure du monde. Mais ce n’est pas la Justice chinoise, ni la Justice telle qu’elle s’exerçait en Tunisie sous Ben Ali. Je pourrais multiplier les exemples.
L’opprobre jeté en bloc contre la justice mexicaine me rappelle la suspicion hautaine des intellectuels parisiens à l’égard de la justice italienne dans l’affaire Cesare Battisti. Nos beaux esprits germanopratins ont justifié le long séjour en France de Battisti (sous la haute protection de François Mitterrand) et sa fuite au Brésil au motif que le terroriste italien n’avait pas été jugé équitablement dans son pays. Battisti avait été condamné (par contumace) à la prison à perpétuité pour deux meurtres et deux complicités de meurtre. Son extradition vers l’Italie est toujours bloquée par le Brésil.
La justice mexicaine, justice de mariachis ? La justice italienne, justice de pizzaïolos ? Et la nôtre, l’exemplaire justice française, n’a-t-elle pas produit le fiasco d’Outreau ?
Un mot encore sur la justice italienne, tellement suspecte aux yeux de la gauche Rive Gauche. C’est cette justice qui ne serait pas digne de condamner le terroriste Battisti qui vient d’assigner en comparution immédiate l’homme le plus puissant du pays, Silvio Berlusconi, qui sera jugé à partir du 6 avril prochain à Milan pour ses plus récentes frasques sexuelles.
Alors, par pitié et par simple décence, arrêtons de juger la Justice des autres. Et commençons par balayer les marches de nos tribunaux.
mardi 8 février 2011
Le Club Med très particulier de Sarkozy, Fillon et MAM

Ah, le soleil et les palmiers en décembre ! Ces plaisirs valent bien de tordre le cou à quelques vieux principes.
Michèle Alliot-Marie en Tunisie alors que le pays commence à se soulever contre son dictateur et empruntant avec sa famille à quatre reprises le jet privé d’un homme d’affaires qui n’était pas spécialement un opposant farouche au régime. Vous connaissez l’histoire.
François Fillon, également en famille, invité à séjourner (all-inclusive) en Egypte par Hosni Moubarak qui lui prête un bateau pour une promenade sur le Nil et un avion pour aller voir le temple d’Abou Simbel.
Nicolas Sarkozy et son épouse invités à Marrakech dans un palais du roi Mohammed VI, un autre démocrate exemplaire.
Tunise, Egypte, Maroc. Pour ce Club Med un peu spécial, ne cherchez pas le catalogue. Il n’est pas distribué à tout le monde.
samedi 5 février 2011
Un deuxième voyage en jet privé pour MAM en Tunisie

Les jets privés, c’est tellement commode pour éviter les émeutes.
La pratique concerne aussi les trajets aériens en temps de paix : lire en cliquant ici.
Le dossier tunisien de MAM, déjà accablant, est alourdi par une nouvelle révélation embarrassante : la ministre ne s’est pas contentée de voler gratuitement avec ses parents et son ministre-compagnon Patrick Ollier jusqu’à son hôtel de Tabarka, à bord de l’appareil de son ami Aziz Milled, présent providentiellement lorsqu’elle est arrivée à Tunis le lendemain de Noël. (voir ici le résumé du chapitre précédent)
MAM et son entourage ont profité du même appareil quelques jours plus tard pour faire une excursion dans le sud tunisien, évitant ainsi de traverser en voiture la région de Sidi Bouzid et de Kasserine, en proie à des troubles violents après le suicide par le feu du jeune Mohamed Bouazizi.
Cette information est révélée par le site du Nouvel Observateur.
Voici le texte de cet article.
Michèle Alliot-Marie va devoir rapidement trouver une nouvelle ligne de défense. Elle l’a pourtant répété sur tous les tons, devant journalistes et députés : son "ami de longue date", l’homme d’affaires tunisien Aziz Miled se serait contenté de lui offrir "20 minutes de trajet" à bord de son jet privé afin de lui éviter "de faire deux heures de voiture à travers des routes de montagne". Une simple course, donc, presque fortuite
"Arrivant à Noël à Tunis, un ami qui allait à Tabarka, lieu final de destination, avec son avion m’a effectivement proposé de voyager avec lui car il avait des places", avait ainsi déclaré la ministre des Affaires étrangères lors de la séance des questions, à l’Assemblée nationale, le 2 février. Et d’ajouter : "Il n’a, à aucun moment, mis son avion à ma disposition". A aucun moment ? Selon nos informations, Michèle Alliot-Marie, ses parents et son époux, Patrick Ollier, le ministre des Relations avec le Parlement, ne se sont pas contentés de passer des "vacances bien méritées" dans l’hôtel cinq étoiles de leur "ami", sur la côte méditerranéenne, alors que le reste du pays était en plein soulèvement. Ils ont repris son jet privé le 29 décembre, afin de se rendre à Tozeur, dans le grand sud tunisien. Un aller et retour, effectué dans la journée, le temps d’un déjeuner et d’une virée dans les oasis. Une agence locale, Nomade, a été chargée d’organiser la visite.
Au moins, la ministre a-t-elle pu éviter ainsi un voyage encore plus long et plus éprouvant, au moins une dizaine d’heures par la route, à travers cette fois, non plus des montagnes, mais des villes en révolte, comme Sidi Bouzid ou Kasserine. L’appareil, un Challenger 600 de 9 places, appartient à la compagnie aérienne Nouvelair, qui a dû fusionner en 2008 avec la firme Kathago Airlines de Belhassen Trabelsi, le frère de Leïla Ben Ali, l’épouse de l’ancien dictateur tunisien. Jusqu’à sa fuite au Canada, Belhassen Trabelsi exerçait les fonctions de PDG à la tête de la société. C’est pour cette raison que l’avion emprunté par Michèle Alliot-Marie et ses proches, était immatriculé "TS-IBT". TS, pour Tunisie et BT, pour Belhassen Trabelsi. Un homme qui savait être généreux avec les dignitaires de la République française.
©Nouvel Observateur
Michèle Alliot-Marie, interrogée ce samedi soir 5 février sur France-Info, reconnaît qu’elle a bien fait cette excursion avec son entourage à bord de ce jet privé. Elle présente pour sa défense les arguments suivants :
“Cette nouvelle polémique est totalement artificielle. J’ai dit dès mercredi dernier que avec monsieur Miled, j’avais à la fois rejoint Tunis à Tabarka et fait des excursions...je suis allée au port de Tabarka, dans un site archéologique et avec des amis nous sommes allés dans le désert... Quand je suis allée en Tunisie entre le 26 décembre et le 1er janvier il y avait des mouvements sociaux limités à deux provinces...au moment où j’y étais il n’y avait pas d’émeutes généralisées...”
“Quand je suis en vacances, je ne suis pas ministre des affaires étrangères, je suis Michèle Alliot-Marie, qui a des amis de longue date, qu’elle a l’habitude de recevoir en France, qui sont heureux de me faire découvrir leur pays. Je pensais qu’un ministre avait le droit d’avoir des amis... Alors ça maintenant je vais être très attentive...je ne quitterais pas la Dordogne si ça continue comme ça...”
Additif à cette note en date du dimanche 6 février :
Tout au long du week-end, Michèle Alliot-Marie a multiplié les interviews pour tenter de se justifier. Elle a notamment enregistré cette interview avec Marc-Olivier Fogiel pour Europe 1 que la station diffusera lundi 7 février. La ministre, pour expliquer ses errements, affirme qu'elle était "claquée".
Voici un extrait :
____________________
Pour compléter le dossier MAM/Tunisie, voici une dépêche de l’agence Reuters diffusée samedi 5 février :
____________________
Alliot-Marie reconnaît un second voyage en jet privé en Tunisie
La ministre française des Affaires étrangères, au coeur d'une vive polémique, a confirmé ainsi une information donnée par le site internet du Nouvel Observateur mentionnant un second vol.
Elle a déclaré à des journalistes, en marge d'une conférence sur la sécurité à Munich, qu'elle avait déjà parlé de ce second vol et a accusé ses adversaires politiques de manipulation et de mauvaise foi.
La chef de la diplomatie française est accusée par l'opposition d'avoir manqué à ses obligations en voyageant en Tunisie à bord d'un avion privé deux semaines avant le renversement de Zine Ben Ali.
Elle avait déjà fait état d'un vol de 20 minutes, entre Tunis et la station balnéaire de Tabarka, à bord de l'avion de son ami Aziz Miled, un homme d'affaires tunisien. La ministre avait démenti en outre des informations présentant cet ami comme un proche du président déchu.
A bord du même appareil, Michèle Alliot-Marie a effectué le 29 décembre un aller-retour vers Tozeur, dans le grand sud tunisien, écrit le Nouvel Observateur.
"J'ai dit au Grand Journal (de Canal+) comme j'ai dit à France 2 que j'avais effectivement, avec mes amis, dont M. Miled, fait d'autres excursions", a dit samedi la ministre à des journalistes qui l'interrogeaient sur ce second vol.
Parmi ces autres excursions, une seule, celle mentionnée par le Nouvel Observateur, a été effectuée en avion, a-t-elle ajouté.
Selon le site Médiapart, l'avion utilisé par la ministre appartenait au beau-frère de Zine Ben Ali, Belhassen Trabelsi, plutôt qu'à Aziz Miled.
Le jet est enregistré au nom de la compagnie Karthago Airlines de Belhassen Trabelsi, qui a fusionné en 2008 avec la compagnie d'Aziz Miled, Nouvelair, écrit vendredi Mediapart.
Selon l'historique des vols du jet que s'est procuré Mediapart, il a été utilisé le 14 janvier, soir de la fuite de Ben Ali, pour faire la liaison Tunis-Cagliari, en Sardaigne. La destination finale du jet ce soir-là n'est pas connue.
"J'AI MONTRÉ LA FACTURE"
Michèle Alliot-Marie a exclu de démissionner et le Premier ministre François Fillon l'a assurée de toute sa confiance, dénonçant "une polémique politicienne".
La ministre a expliqué samedi que les mouvements en Tunisie, lorsqu'elle s'y trouvait, n'avaient pas l'ampleur de ceux qui ont conduit à la chute du régime Ben Ali.
"Il y avait des mouvements, effectivement, un peu avant Noël. Cela dit, ces mouvements étaient extrêmement limités et apparaissaient comme des mouvements sociaux limités à une région qui avait des grosses difficultés économiques", a-t-elle dit.
"C'est seulement après mon départ, et notamment avec la mort du jeune qui s'est immolé, que les mouvements ont éclaté. J'étais déjà rentrée en France. Il est évident que s'il y avait eu des mouvements de cette nature, je ne me serais pas rendue en Tunisie."
"Je ne pense pas avoir commis particulièrement de faute", a dit Michèle Alliot-Marie, en insistant sur le fait que tous les frais de son voyage, effectué en compagnie de ses parents et de son compagnon, Patrick Ollier, également membre du gouvernement, avaient été réglés.
"En ce qui concerne les voyages, je les ai payés moi-même, pour toute la famille, et j'ai montré la facture", a-t-elle dit.
"En ce qui concerne l'hôtel, comme je paye les voyages, ce sont mes parents qui ont payé l'hôtel. Je ne pense quand même pas qu'on va leur demander, à eux qui ont 92 ans, de produire les factures, surtout pour un hôtel dont les chambres, vous pouvez vérifier sur internet, coûtent entre 50 et 200 euros."
Michèle Alliot-Marie a estimé n'avoir rien à se reprocher et a dénoncé une exploitation politique.
"Est-ce que ce n'est pas un tout petit peu de la manipulation et de la mauvaise foi que de faire semblant de découvrir aujourd'hui quelque chose que j'ai dit il y a maintenant cinq jours ?", a-t-elle dit.
"Les polémiques, tout le monde en a subi. Je pense simplement que nous sommes à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle et que faute d'avoir un programme, des idées et une unité, l'opposition essaye de s'en prendre systématiquement, à partir de problèmes ponctuels, aux personnalités de la majorité."
Elle a assuré que le président de la République s'était montré "très chaleureux" à son égard depuis le début de l'affaire.
"Je n'ai rien fait de répréhensible sur le plan politique, sur le plan juridique et je pense aussi sur le plan moral", a-t-elle insisté.
Sur le plan moral, il y aurait sans doute beaucoup de choses à dire. Mais je retiens dans la défense de MAM son affirmation selon laquelle elle aurait parlé, au cours de ses interventions sur Canal+ et France 2, de ses excursions tunisiennes. J’ai revisionné les deux prestations de la ministre. En effet, sur France 2, elle mentionne des excursions. Mais elle se garde bien de préciser que l’une d’elles avait été faite à bord d’un jet privé. A aucun moment, MAM n’a mentionné explicitement ce deuxième vol aller et retour jusqu’à Tozeur en jet privé.
Dans un pays démocratique normal, une ministre prise dans une telle situation aurait déjà démissionné depuis longtemps ou aurait été congédiée.
Mais nous ne sommes probablement pas dans un pays démocratique normal.
Pour se protéger, Mme Alliot-Marie a-t-elle accumulé des dossiers compromettants pour ses amis politiques ? Est-ce de cette manière qu’elle s’est assurée une telle impunité ? MAM a été présidente du RPR entre décembre 1999 et avril 2002. Elle a également été ministre de l’Intérieur entre mai 2007 et juin 2009. Deux postes où il est facile d’obtenir des renseignements précieux et utiles lorsqu’il s’agit ensuite de faire rempart à des attaques amplement justifiées.