"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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dimanche 27 février 2011

Exit MAM, bonjour Gérard Longuet !


Entre les Césars et les Oscars, Nicolas Sarkozy nous a présenté sa liste de lauréats : le nouveau nouveau nouveau gouvernement de la France (10ème ajustement ou remaniement depuis 2007).

Comme prévu Michèle Alliot-Marie déguerpit piteusement en laissant une lettre de démission forcée qui vaut son pesant de cacahuètes :

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Monsieur le président de la République, ‘cher Nicolas’ (ajouté à la main),

Depuis neuf ans, je sers notre pays avec fierté et bonheur, à la tête des ministères régaliens que le président Jacques Chirac puis vous-même avez bien voulu me confier.

C'est un honneur. C'est une responsabilité.

Je me suis efforcée d'y répondre en veillant, dans mes fonctions comme dans mon comportement personnel, à toujours respecter les exigences, non seulement de la légalité, mais aussi de la dignité, de la moralité et de la loyauté.

Depuis quelques semaines, je suis la cible d'attaques politiques puis médiatiques véhiculant, pour créer la suspicion, contre-vérités et amalgames. J'y ai répondu point par point afin de rétablir la vérité.

Depuis quinze jours, c'est ma famille qui subit de la part de certains médias un véritable harcèlement dans sa vie privée, pour tenter d'y chercher de quoi m'affaiblir à défaut de l'avoir trouvé chez moi.

Cette campagne n'entrave en rien mes relations avec mes partenaires internationaux ni ma capacité à remplir la mission que vous m'avez confiée, comme chacun a pu le constater récemment au Brésil ou hier encore dans le Golfe. Je ne puis néanmoins accepter que certains utilisent cette cabale pour essayer de faire croire à un affaiblissement de la politique internationale de la France.

J'ai trop de considération pour les hommes et les femmes du ministère des Affaires étrangères et européennes qui servent notre pays avec dévouement et compétence, pour accepter que leur action puisse être affectée par cette manipulation.

J'ai une trop haute idée de la politique au service de la France pour accepter d'être utilisée comme prétexte à une telle opération.

J'ai une trop grande loyauté et amitié à votre égard pour accepter que votre action internationale puisse, en quoi que ce soit, en souffrir.

Bien qu'ayant le sentiment de n'avoir commis aucun manquement, j'ai donc décidé de quitter mes fonctions de ministre des Affaires étrangères et européennes.

En conséquence, je vous demande donc de bien vouloir accepter ma démission.

Je vous prie de croire, Monsieur le président de la République, à l'assurance de ma haute considération. ‘Avec ma fidèle amitié’ (ajouté à la main).

Michèle Alliot-Marie

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MAM s’éclipse enfin en ayant le «sentiment de n’avoir commis aucun manquement». C’est la plus grosse blague de la journée.

Son compagnon Patrick Ollier avait participé à l’équipée tunisienne de MAM en décembre dernier. Il reste au gouvernement. C’est d’une grande cohérence. Il n’y restera pas longtemps. Le dossier de ses compromissions avec la Libye est trop épais.

Brice Hortefeux, doublement condamné par la justice, passe à la trappe et va jouer les utilités à l’Elysée. Il est remplacé au ministère de l’Intérieur par un homme adoré des flics, Claude Guéant. Parfait pour préparer les élections.

Alain Juppé passe aux Affaires étrangères. C’est un retour. Il a déjà occupé ce poste. De quoi rassurer les diplomates, peut-être pas tous. Il n’est pas sûr que Boris Boillon, le plagiste de Tunis, soit exactement le genre de beauté que Juppé affectionne.

Passons sur le fait que Juppé est «un repris de justice», comme le souligne souvent la méchante presse anglo-saxonne. Il a purgé sa peine et a le droit à la réinsertion.

Une question cependant concernant Juppé : comment concilier les Affaires Etrangères avec la gestion quotidienne de Bordeaux, l’une des plus grandes villes de France ? Le patron du Quai d’Orsay voyage beaucoup et souvent loin. Comment pourra-t-il trancher à distance sur le ramassage des ordures ménagères ou sur l’urbanisme dans sa bonne ville ?

Dans le nouveau casting de Nicolas Sarkozy, mon préféré, c’est quand même Gérard Longuet, nouveau ministre de la Défense. Celui-là, il a un palmarès d’enfer. D’abord, il est né à Neuilly. C’est un immense atout.

Fondateur en 1964 avec Alain Madelin du groupuscule d’activistes d’extrême droite ‘Occident’, Gérard Longuet a fait le coup de poing en 1967 à l’université de Rouen contre des étudiants d'extrême gauche. L’un d’eux a sombré dans le coma. Longuet est inculpé, incarcéré puis condamné à 1 000 francs d'amende pour complicité de «violence et voies de fait avec armes et préméditation», en même temps que douze autres militants d'extrême droite, dont Alain Madelin et Patrick Devedjian. Longuet a déclaré plus tard : «J'assume avoir été d'extrême droite. On s'est simplement trompés sur le modèle colonial, qui ne pouvait perdurer ».

Pendant ses études à l’ENA (1971-1973), Gérard Longuet rédige le premier programme économique du Front National qui vient d’être créé par Jean-Marie Le Pen.

Plus tard, dans les années 80-90, il est ministre mais doit démissionner pour des affaires obscures de financement du Parti Républicain auquel il appartient (le parti de François Léotard). Il s’en sort miraculeusement grâce à une loi d’amnistie. Il est aussi providentiellement relaxé pour une magouille concernant la construction de la villa de Saint-Tropez.

Longuet devient sénateur et se fait un peu oublier.

On note toutefois sa déclaration de 2008 : «Qu'il y ait un lien entre homosexualité et pédophilie, ça peut arriver. Notamment dans des écoles catholiques, on a pu voir ça».

Il se fait remarquer à nouveau l’année dernière en s’opposant à la nomination du socialiste Malek Boutih à la tête de la Halde en déclarant : «Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l’accueil de tous nos compatriotes. Si vous voulez, les vieux Bretons et les vieux Lorrains - qui sont d’ailleurs en général Italiens ou Marocains - doivent faire l’effort sur eux-mêmes de s’ouvrir à l’extérieur. Si vous mettez quelqu’un de symbolique, extérieur, vous risquez de rater l’opération». Symbolique, extérieur, étranger au ‘corps traditionnel français’, c’était Malek Boutih, français né de parents algériens.

Bref, nous sommes contents de retrouver Gérard Longuet qui incarne à lui seul les valeurs de tolérance, de probité et de modernité qui traversent ce nouveau nouveau nouveau gouvernement tout entier.

vendredi 20 août 2010

Le sketch de Brégançon


La cigale sécuritaire ayant chanté tout l’été se trouva fort dépourvue quand la bise économique fut venue.

Déployer des escouades policières dans les quartiers chauds de Grenoble et d’ailleurs, expulser des Roms à tire-larigot au cours de l’été, toute cette agitation n’a eu aucun effet sur les indicateurs économiques et sociaux. Ils sont presque tous dans le rouge.

Délaissant momentanément ses cuissardes de cycliste amateur, le président de la République a convoqué ce vendredi le premier ministre et trois autres membres du gouvernement pour une réunion consacrée à la situation économique du pays.

La réunion, hautement médiatisée, a pour cadre le fort de Brégançon, résidence officielle de la présidence de la République, à un jet d’hélicoptère du Cap Nègre où l’actuel chef de l’Etat squatte comme chaque année la propriété estivale de sa belle-famille italienne.

Il y aurait d’ailleurs, à propos du fort de Brégançon, quelques économies à réaliser. Le général De Gaulle détestait l’endroit (il n’y a passé qu’une seule nuit). François Mitterrand n’aimait pas davantage ce lieu. Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing en ont été les plus gros utilisateurs mais Nicolas Sarkozy, depuis le divorce d’avec Cécilia, n’y a pas mis les pieds avant ces quelques heures de réunion protocolaire d’aujourd’hui.

On aimerait connaître la facture d’entretien de cette vaste résidence balnéaire désertée (piscine, plage privée, héliport, etc.) dont la sécurité est assurée, 365 jours par an, par deux pelotons de gendarmerie et deux équipes de la garde républicaine. Brégançon, quartier sensible ?

Mais ce n’est pas le sujet du jour. L’objectif, c’est d’affirmer devant l’opinion et surtout devant les agences de notation financière que le gouvernement de la France est conscient de la fragilité des équilibres du pays et qu’il entend y remédier. Fort bien. Car il y a du pain sur la planche : déficits publics gigantesques, chômage aggravé, compétitivité maladive, croissance anémique. Christine Lagarde plastronne avec une croissance à 0,6% ! Angela Merkel se marre en silence.

C’est dans ce climat économique délabré que Nicolas Sarkozy veut lancer sa réforme des retraites, réforme mal expliquée et mal comprise par l’opinion. Les syndicats et la gauche jouent sur du velours : voici un terrain propice à une vaste mobilisation déjà enclenchée.

Cette réforme, urgente et nécessaire, reste confiée à Eric Woerth, ministre épuisé par un printemps et un été de controverses, animal politique sanguinolent qui parcourt encore l’arène à pas lents, le corps bardé de douloureuses banderilles.

Si cette réforme des retraites est, comme le dit l’Elysée « la plus importante de la fin du quinquennat », pourquoi s’obstiner à la faire exécuter par un homme à ce point décrédibilisé ? Dans n’importe quel pays moderne et responsable, un ministre enfoncé dans les sables mouvants d’un scandale politico-financier de cette envergure aurait été chassé ou aurait démissionné depuis longtemps.

On remarquera que le sieur Woerth, porteur de cette réforme décisive aux conséquences sociales et économiques majeures, n’a pas été convié pour figurer dans le sketch médiatique de Brégançon. Début de disgrâce ? Ne jamais oublier les leçons de l’Union Soviétique : quand tu es effacé de la photo, c’est que tu es déjà mort.

Voilà donc comment se présente l’automne pour le pouvoir en place. Pas glorieux, très incertain.

La corde sécuritaire n’est pas inusable. Elle va finir par céder.

On verra alors au grand jour les fissures béantes, les crevasses insondables dans la gestion de la République. 2012, c’est si proche. Ça sent le naufrage. Pas sûr que des casques de CRS tous les soirs au 20 h de TF1 suffisent à colmater les brèches.