"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 4 mai 2011

La Porsche de DSK : dérapage incontrôlé

C’est l’histoire d’une simple photo, publiée hier par «Le Parisien». On y voit Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair montant à bord d’une Porsche Panaméra, quelque part dans un beau quartier de Paris. Le directeur du FMI était de passage à Paris la semaine dernière avec son épouse afin de choisir un local pour son futur QG de campagne.
La Porsche Panaméra, avec toutes les options, coûte 140.000 €. La voiture empruntée par le couple DSK-Sinclair ne leur appartient pas, fait savoir leur entourage. Elle est la propriété d’un ami. Personnellement, je n’ai pas d’ami possédant une Porsche. Mais il est vrai que je ne suis pas présumé candidat de gauche (ou candidat de gauche présumée).

Cette photo a été prise au téléobjectif place des Vosges où le patron du FMI et son épouse possèdent un agréable appartement, non loin de celui de Jack Lang.

Les belles voitures, quand on est politicien, on peut les admirer de loin au salon de l’auto. On ne monte pas dedans. Cet incident va renforcer l’image «gauche-caviar» du couple DSK-Sinclair.


"Si tu n'as pas Rolex à 50 ans, tu as raté ta vie", avait proclamé Jacques Séguéla en parlant de la montre de Nicolas Sarkozy. Doit-on dire maintenant : "Si tu n'as pas de Porsche à 60 ans, tu as raté ta vie" ?


Paraphrasant le fameux slogan de François Mitterrand en 1981 ("La force tranquille"), Patrick Cohen sur France-Inter a trouvé le slogan pour DSK en 2011 : "La Porsche tranquille".

Passe encore pour la voiture allemande (hommage à l’Europe). Mais pas une Porsche ! DSK n’a donc pas d’amis possédant une simple Mercedes ?

Les Français sont sensibles aux éléments matériels qu’ils peuvent comparer. Un logement gratuit pour un ministre, c’est insupportable quand on paye difficilement un loyer. Un vol dans un jet privé (n’est-ce-pas MAM ?), c’est également rédibitoire.

Les Français savent qu’ils ne pourront jamais se payer une Porsche. Ils savent qu’ils n’ont pas d’ami en ayant une dans son garage. 

La bagnole, c’est sacré. Il faut privilégier un véhicule crédible. François Bayrou avait fait campagne du haut d’un tracteur. C’était de la démagogie plouc. Les autres candidats se sont toujours déplacés dans des limousines noires et ennuyeuses, de fabrication française.


C’est le général de Gaulle qui avait le mieux saisi la symbolique du pouvoir et de l’automobile. Sa voiture, c’était la DS Citroën, merveille technologique des années 60 (célébrée avec génie par Roland Barthes dans un chapitre fameux de ses "Mythologies")  lire le texte à la fin de ce billet.


















C’était une voiture de luxe pour l’époque. Mais la DS était un rêve accessible pour la petite bourgeoisie des «trente glorieuses». Chacun pouvait se projeter dans la DS du général.

La Porsche en 2011, ça pue le fric, le Cac 40, le m’as-tu-vu. C’est mal vu. Cela appartient à un monde auquel l’électeur de base ne peut se référer.

DSK, s’il se présente effectivement à la primaire socialiste, aurait intérêt à soigner sa prochaine arrivée automobile. Il devrait prendre le bus. Et Anne Sinclair devrait se mettre en quête d’une Clio d’occasion.


En bonus, l'excellent texte de Roland Barthes sur la DS Citroën :

«La nouvelle Citroën»
Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.

La nouvelle Citroën tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente d’abord comme un objet superlatif. Il ne faut pas oublier que l’objet est le meilleur messager de la surnature: il y a facilement dans l’objet, à la fois une perfection et une absence d’origine, une clôture et une brillance, une transformation de la vie en matière (la matière est bien plus magique que la vie), et pour tout dire un silence qui appartient à l’ordre du merveilleux.
La «Déesse» a tous les caractères (du moins le public commence-t-il par les lui prêter unanimement) d’un de ces objets descendus d’un autre univers, qui ont alimenté la néomanie du XVIIIe siècle et celle de notre science-fiction: la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus.

C’est pourquoi on s’intéresse moins en elle à la substance qu’à ses joints. On sait que le lisse est toujours un attribut de la perfection parce que son contraire trahit une opération technique et tout humaine d’ajustement: la tunique du Christ était sans couture, comme les aéronefs de la science-fiction sont d’un métal sans relais. La DS 19 ne prétend pas au pur nappé, quoique sa forme générale soit très enveloppée; pourtant ce sont les emboîtements de ses plans qui intéressent le plus le public: on tâte furieusement la jonction des vitres, on passe la main dans les larges rigoles de caoutchouc qui relient la fenêtre arrière à ses entours de nickel.
Il y a dans la DS l’amorce d’une nouvelle phénoménologie de l’ajustement, comme si l’on passait d’un monde d’éléments soudés à un monde d’éléments juxtaposés et qui tiennent par la seule vertu de leur forme merveilleuse, ce qui, bien entendu, est chargé d’introduire à l’idée d’une nature plus facile.

Quant à la matière elle-même, il est sûr qu’elle soutient un goût de la légèreté, au sens magique. Il y a retour à un certain aérodynamisme, nouveau pourtant dans la mesure où il est moins massif, moins tranchant, plus étale que celui des premiers temps de cette mode. La vitesse s’exprime ici dans des signes moins agressifs, moins sportifs, comme si elle passait d’une forme héroïque à une forme classique.
Cette spiritualisation se lit dans l’importance, le soin et la matière des surfaces vitrées. La Déesse est visiblement exaltation de la vitre, et la tôle n’y est qu’une base. Ici, les vitres ne sont pas fenêtres, ouvertures percées dans la coque obscure, elles sont grands pans d’air et de vide, ayant le bombage étalé et la brillance des bulles de savon, la minceur dure d’une substance plus entomologique que minérale (l’insigne Citroën, l’insigne fléché, est devenu d’ailleurs insigne ailé, comme si l’on passait maintenant d’un ordre de la propulsion à un ordre du mouvement, d’un ordre du moteur à un ordre de l’organisme).

Il s’agit donc d’un art humanisé, et il se peut que la Déesse marque un changement dans la mythologie automobile. Jusqu’à présent, la voiture superlative tenait plutôt du bestiaire de la puissance; elle devient ici à la fois plus spirituelle et plus objective, et malgré certaines complaisances néomaniaques (comme le volant vide), la voici plus ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l’ustensilité que l’on retrouve dans nos arts ménagers contemporains: le tableau de bord ressemble davantage à l’établi d’une cuisine moderne qu’à la centrale d’une usine: les minces volets de tôle mate, ondulée, les petits leviers à boule blanche, les voyants très simples, la discrétion même de la nickelerie, tout cela signifie une sorte de contrôle exercé sur le mouvement, conçu désormais comme confort plus que comme performance. On passe visiblement d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite.

Il semble que le public ait admirablement deviné la nouveauté des thèmes qu’on lui propose: d’abord sensible au néologisme (toute une campagne de presse le tenait en alerte depuis des années), il s’efforce très vite de réintégrer une conduite d’adaptation et d’ustensilité («Faut s’y habituer»).
Dans les halls d’exposition, la voiture témoin est visitée avec une application intense, amoureuse: c’est la grande phase tactile de la découverte, le moment où le merveilleux visuel va subir l’assaut raisonnant du toucher (car le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire de la vue, qui est le plus magique): les tôles, les joints sont touchés, les rembourrages palpés, les sièges essayés, les portes caressées, les coussins pelotés; devant le volant, on mime la conduite avec tout le corps.
L’objet est ici totalement prostitué, approprié: partie du ciel de Metropolis, la Déesse est en un quart d’heure médiatisée, accomplissant dans cet exorcisme, le mouvement même de la promotion petite-bourgeoise.
Roland Barthes, 1957, dans « Mythologies », extrait des Œuvres complètes I, Editions du Seuil.



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Les articles récents d’ANYHOW consacrés à DSK (cliquer sur chaque titre pour lire l’article).

vendredi 18 février 2011

Le secret du buzz : ambassadeur, maillot de bain, Tunisie, Alliot-Marie, de Gaulle, Bettencourt, etc.


Comment fonctionne le ‘buzz’ sur Internet ?

J’avoue que je suis intrigué en consultant les compteurs de ce petit blog à l’audience confidentielle, suivi par quelques milliers de lecteurs en France et dans le monde.

C’est un blog modeste qui ne prétend pas rivaliser avec les acteurs vedettes de l’Internet francophone. Ce n’est pas mon objectif. Je souhaite seulement exprimer ici ce qui me passe par la tête en suivant l’actualité et en racontant diverses expériences personnelles.

Mon article d’hier jeudi 17 février montrait une photo de l’ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon. Le jeune ambassadeur apparaissait en maillot de bain. Cette photo venait de la page personnelle de Boris Boillon sur le site «Les Copains d’avant». Depuis, cette photo a disparu de ce site. Mais elle figure toujours sur mon blog et ailleurs.

Cet article diplomatico-balnéaire est en train de devenir, à mon grand étonnement, une sorte de ‘best-seller’ pour Anyhow. C'est maintenant la page la plus consultée sur ce blog.

En moyenne, le trafic moyen d’une page d’Anyhow tourne autour de 200 consultations étalées sur plusieurs jours ou plusieurs semaines.

Certains articles poursuivent une carrière très honorable : mon billet sur Stéphane Hessel (600 consultations à ce jour) ou celui sur l’affaire Bettencourt où je relate les liens très intimes entre François-Marie Banier et André Bettencourt (500 consultations). Ce texte a d’ailleurs été repris in extenso (sans me citer) par le site d’un journal suisse et a été largement propagé et reproduit ici ou là.

Ma diatribe contre le général de Gaulle, pourtant ancienne, attire encore beaucoup : 800 consultations jusqu’à présent.

Mais toute ma production tunisienne fait un carton (toujours à l’échelle très marginale de ce blog). Il faut dire que je suis aidé par les aventures, sans cesse renouvelées, de Michèle Alliot-Marie (3000 consultations pour cette seule page). Ce que j’ai écrit en outre sur l’ancien ambassadeur de France en Tunisie, Pierre Ménat, m’a valu également beaucoup de lecteurs (environ 1000 pour chacun des articles consacrés à ce diplomate).

Mais le maillot de bain de Boris Boillon (qui dépasse maintenant les 7000 consultations) devient un succès foudroyant (tout est relatif) auquel je ne m’attendais pas.

Un mot encore sur la répartition géographique des lecteurs de ce blog.

Vous êtes majoritairement en France métropolitaine (environ à 70%) mais aussi en Outre-Mer. Je salue les lecteurs de la Réunion (très présents) et de la Polynésie. Curieusement, selon les compteurs fournis par mon hébergeur Blogspot, je ne relève aucun lecteur dans les Antilles et en Guyane.

Comme j’ai beaucoup écrit sur la Tunisie, beaucoup d’internautes se connectent de ce pays. La Tunisie est mon deuxième lectorat (j’emploie des grands mots) après la France.

J’ai aussi beaucoup d’habitués aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, en Suisse, au Maroc et en Algérie. Quelques uns en Italie, trop peu en Espagne. En Asie, j’ai quelques fidèles au Vietnam (dont un lecteur très assidu qui fait souvent des commentaires intéressants).

Anyhow est également assez suivi en Russie. Je suis toujours étonné de constater qu’une page de mon blog ait été lue (c’est le cas récemment) au Koweit, aux Emirats Arabes Unis, en Ukraine ou en Malaisie. J'ai même eu l'autre jour un visiteur d'Arabie Saoudite. Comment ces lecteurs sont-ils arrivés jusqu’à moi ?

Je vous envoie à tous un salut amical. Merci de me lire.

Je ne vous promets pas de vous offrir tous les jours un maillot de bain d’ambassadeur. Ce serait trop facile. Faire du chiffre n’est pas mon but.

mardi 9 novembre 2010

Le général de Gaulle, histoire d'une 'réussite' jamais jouée.


Faute de savoir se construire un avenir, la France ressasse son passé avec frénésie. Aujourd’hui, le pèlerinage obligé passe par Colombey-les-Deux-Eglises. La Haute-Marne en novembre, c’est toujours une partie de plaisir.

On viendra donc s’y prosterner avec componction à la mémoire de Charles de Gaulle, fantôme encombrant qui depuis 40 ans hante son « cher et vieux pays ». Depuis quelques jours, les chaines de télévision dégoulinent d’émissions commémoratives, le plus souvent hagiographiques, au sujet de « l’homme de la France libre ».

Le général de Gaulle est un mythe inaltérable. Chacun le revendique, même Martine Aubry et Nicolas Sarkozy ! Dans un récent sondage SOFRES, 70 % des Français estiment que Charles de Gaulle est le personnage le plus important de l’Histoire de France.

Les Français ne connaissent sans doute pas très bien leur Histoire et pas davantage l’histoire du général de Gaulle. Les manuels scolaires relayés par le bruit médiatique ambiant ont construit la légende selon laquelle le général de Gaulle a organisé à lui seul la résistance contre l’occupation allemande et a finalement gagné la deuxième guerre mondiale en faisant de la radio à Londres.

Les Français, habitants d’un pays qui rétrécit à vue d’œil, se raccrochent à des bribes lointaines de l’emphase gaullienne. L’habileté du général est d’avoir fait croire à ses contemporains que la France était encore une grande puissance, alors qu’elle ne l’est plus depuis Louis XIV. A défaut de grandeur, on se console par la grandiloquence.

En ce jour de recueillement obligatoire, il est sans doute dangereusement antinational d’évoquer les errements multiples de « l’homme du 18 juin ».

Son retour au pouvoir en 1958 est un épisode confus proche du coup d’état. Sa gestion de la guerre d’Algérie est une boucherie catastrophique accompagnée d’une suite de revirements, renoncements et trahisons (les Pieds-Noirs, les Harkis, etc.).

La France prospère des « trente glorieuses » s’endort sous le règne de de Gaulle. Pierre Viansson-Ponté en mars 1968 dans « Le Monde » remarque avec discernement que « la France s’ennuie ». Mais le vieux de Gaulle ne remarque rien et se fait surprendre comme un débutant par le monôme de Mai 68. Il panique, ressort son uniforme militaire de la naphtaline et prend un hélicoptère pour consulter Massu à Baden-Baden. C’est plutôt baderne-baderne.

La dernière scène de cette épopée, somme toute très pantouflarde, se situe il y a quarante ans exactement, le 9 novembre 1970, dans la bibliothèque de « La Boisserie », la lugubre demeure de Colombey.

Comme chaque soir, le général attend face à son téléviseur le début des actualités régionales de Champagne-Ardennes. Pour calmer son impatience avant de savourer ce programme palpitant, il a aligné devant lui, sur une table de bridge, des cartes pour faire une ‘réussite’. Il meurt quelques instants plus tard. S’il n’avait pas été fauché dans son fauteuil, il aurait sûrement affirmé à sa femme Yvonne, présente à ses côtés, qu’il avait encore gagné cette partie de cartes solitaire.

dimanche 17 octobre 2010

Entre Adolf Hitler et moi, six degrés de séparation.


Entre moi et Adolf Hitler, finalement, quelle proximité !

Il faut se référer à la théorie des six degrés de séparation, établie par le hongrois Frigyes Karinthy en 1929 qui évoque la possibilité que toute personne sur le globe peut être reliée à n'importe quelle autre au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq maillons.

Il se trouve que j’ai serré la main de Bill Clinton, au moins à deux reprises.

Bill Clinton, très jeune, en visite comme boy scout à la Maison Blanche en 1962, a serré une fois la main du Président John Kennedy.

Le Président Kennedy, en visite officielle en France, a serré la main du général De Gaulle.

Ce dernier avait forcément serré très souvent la main du Maréchal Pétain avant 1940.

Et le 24 octobre 1940, à Montoire, Pétain a serré la main du chancelier Hitler (photo ci-dessus).

Entre moi et Hitler, tout juste six degrés de séparation.

La preuve est faite. Je ne m’en réjouis pas pour autant.