
mardi 1 mars 2011
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mardi 15 février 2011
La famille Alliot-Marie fait des emplettes immobilières sous Ben Ali
Les parents de la ministre des Affaires étrangères ont marqué leur attachement au pays du jasmin en faisant un joli investissement immobilier, alors que Ben Ali était encore le maître de Carthage.
C’est une nouvelle révélation de l'hebdomadaire Le Canard enchaîné qui précise que Bernard Marie et son épouse étaient déjà associés minoritaires (avec environ 13% du capital) dans la société civile immobilière (SCI) Ikram dont étaient propriétaires Aziz Miled et son fils Karim.
Selon Le Canard enchaîné, Miled père et fils ont vendu, le 30 décembre, à l'hôtel Sentido Beach à Tabarka (propriété Miled), toutes leurs parts de cette SCI à Bernard et Renée Marie, en présence d'employés de la commune de Tabarka (chargés d’officialiser la signature). Michèle Alliot-Marie était alors dans l'hôtel, selon l’hebdomadaire.
Tous ces nouveaux détails rendent encore plus invraisemblable la première version de la ministre qui avait déclaré avoir croisé par hasard son ami Miled sur le tarmac de l’aéroport de Tunis avec un jet vide se rendant justement à Tabarka. Quelle aubaine !
Toujours selon Le Canard Enchaîné, le montant exact de la transaction des époux Marie, parents de MAM, n'est pas connu. L'acte reçu par ceux-ci ne mentionne, selon les usages locaux, que la valeur nominale des parts, soit 755.000 dinars, environ 325.000 euros.
C'était une transaction, selon le journal, appelée à rester secrète mais qui était "forcément préparée de longue date", car il fallait l'accord du gouverneur du secteur, lui-même sous tutelle du ministère de l'Intérieur, donc du président Ben Ali. Ce qui confirme au passage qu’Aziz Miled n’était pas vraiment un dissident persécuté, contrairement à ce que MAM a voulu nous faire croire.
"Les éventuelles transactions de ses parents ne concernent en rien Michèle Alliot-Marie et elle n'a pas à les commenter", a déclaré à l'AFP son conseiller de communication, Guillaume Didier.
On souhaite évidemment aux nonagénaires Bernard et Renée Marie (94 et 92 ans) de vivre encore très longtemps, au besoin sous le soleil de la Tunisie, libérée de son dictateur.
Mais leur acquisition immobilière profitera inévitablement à leur héritière, Michèle Alliot-Marie. C’est pour cela que le conseiller en communication de la ministre a tort de dire que ces transactions "ne concernent en rien Michèle Alliot-Marie".
Michèle Alliot-Marie elle-même renchérit dans un communiqué en défendant ses parents : "Leur vie privée leur appartient. Les acquisitions qu’ils effectuent pour eux-mêmes ne concernent qu’eux, et personne d’autre."
Il me semble que c’est plus compliqué que ça : tôt ou tard, la ministre des Affaires étrangères de la France va hériter d’une société immobilière acquise par ses parents dans les dernières semaines d’une dictature que la ministre (ou ex-ministre, on verra bien) n’a jamais cessé d’appuyer par ses discours et ses actes.
vendredi 11 février 2011
Hosni dérape et s'en va. Nicolas s'enlise et s'incruste.

Si j’avais 20 ans, j’aimerais tellement être tunisien ou égyptien. Tout est à construire, tout est à inventer dans ces pays-là.
Si j’avais 20 ans en France aujourd’hui, je serais tellement consterné après avoir vu le président de mon pays s’exposer en vain pendant deux heures et demie sur la première chaine nationale du pays.
Deux heures et trente minutes pour ne rien dire. Rien dire sur l’avenir. Tout ce temps télévisé sans à aucun moment insuffler un projet, définir un objectif commun, fixer un cap ambitieux. Quelle joyeuse ironie : l’innovation, le courage, la liberté viennent des pays arabes, si longtemps méprisés chez nous.
Ben Ali et Moubarak chassés. Quand on y pense, ces quelques mots paraissent inimaginables si on se replace dans le contexte de la fin décembre dernier. Oui, personne n’avait imaginé que tout cela irait aussi vite.
La France, déjà déclassée, doit de toute urgence se ressaisir et embrasser le grand mouvement géopolitique qui se dessine. Faute de quoi notre pays croupion sombrera rapidement dans la poubelle de l’Histoire où il a déjà glissé un pied.
mardi 8 février 2011
Le Club Med très particulier de Sarkozy, Fillon et MAM

Ah, le soleil et les palmiers en décembre ! Ces plaisirs valent bien de tordre le cou à quelques vieux principes.
Michèle Alliot-Marie en Tunisie alors que le pays commence à se soulever contre son dictateur et empruntant avec sa famille à quatre reprises le jet privé d’un homme d’affaires qui n’était pas spécialement un opposant farouche au régime. Vous connaissez l’histoire.
François Fillon, également en famille, invité à séjourner (all-inclusive) en Egypte par Hosni Moubarak qui lui prête un bateau pour une promenade sur le Nil et un avion pour aller voir le temple d’Abou Simbel.
Nicolas Sarkozy et son épouse invités à Marrakech dans un palais du roi Mohammed VI, un autre démocrate exemplaire.
Tunise, Egypte, Maroc. Pour ce Club Med un peu spécial, ne cherchez pas le catalogue. Il n’est pas distribué à tout le monde.
samedi 5 février 2011
Ben Ali, Moubarak : que sont mes amis devenus ?










lundi 24 janvier 2011
Petite exploration des archives de 'Tunis Afrique Presse'

J’ai sélectionné à votre intention quelques dépêches datant de la fin du régime de Ben Ali. Vous noterez que la dernière dépêche date du 8 janvier de cette année. Elle porte sur la visite en France du ministre tunisien des Affaires Etrangères reçu par son homologue Michèle Alliot-Marie.
J’ai souligné dans chaque dépêche (que je publie intégralement) les passages qui me semblent les plus significatifs de l’attachement de la France au pouvoir qui était en place en Tunisie jusqu’aux événements récents.
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Le secrétaire général du RCD s'entretient avec l'ambassadeur de France à Tunis
TUNIS, 23 déc 2009 (TAP) - M. Mohamed Ghariani, secrétaire général du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), s'est entretenu, mercredi, au siège de la Maison du Rassemblement à Tunis, avec M. Pierre Menat, ambassadeur de France à Tunis.
La rencontre a porté sur les relations séculaires et privilégiées établies entre la Tunisie et la France et les moyens de les promouvoir et d'impulser la coopération bilatérale et d'en diversifier les domaines, dans le cadre de la ferme volonté politique qui animent les dirigeants des deux pays, le président Zine El Abidine Ben Ali et le président Nicolas Sarkozy au service des intérêts des deux peuples et pays amis.
M. Ghariani a souligné que le Rassemblement, ce parti prestigieux se distingue par une forte présence dans la société tunisienne ainsi que par son interaction positive avec les mutations de l'époque et son adhésion aux valeurs de modernité et d'ouverture.
Le secrétaire général du Rassemblement a mis l'accent, dans ce contexte, sur le progrès enregistré dans le pays ainsi que sur son image rayonnante à la faveur du projet civilisationnel avant-gardiste initié par le président Ben Ali qui a jeté les fondements d'une société évoluée et stable en parfaite symbiose avec les nouvelles formes de démocratie et de pluralisme et attachée à son identité nationale.
Pour sa part, l'ambassadeur français a exprimé son admiration pour le modèle réussi de développement en Tunisie, grâce au processus réformateur soutenu, initié par le président Ben Ali, réaffirmant la volonté de son pays de consolider la coopération avec la Tunisie et d'appuyer son statut avancé dans ses relations avec l'Union Européenne.
_________________________________ Le ministre par intérim, chargé de la Communication, reçoit le ministre français de la culture et de la communication TUNIS, 29 déc 2009 (TAP) - "Ma visite en Tunisie est porteuse d'un message de confiance et d'amitié du Président français Nicolas Sarkozy, à la Tunisie", a affirmé M. Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture et de la Communication, actuellement en visite officielle en Tunisie. M. Mitterrand qui s'exprimait mardi à Tunis, à l'issue d'un entretien avec M. Oussama Romdhani, ministre par intérim, chargé de la Communication et des relations avec la Chambre des députés et la Chambre des conseillers, a ajouté que cette visite revêt une dimension "affective et d'amitié chaleureuse" et ne manquera pas de conforter une fois de plus la qualité des relations entre les sphères politique et culturelle des deux pays. "Il y a un désir très fort et très solennel, concrétisé par la présence d'un ami de la Tunisie, en l'occurrence moi-même, de réaffirmer très fortement le caractère intangible et fondamentalement harmonieux entre les deux pays", a soutenu le ministre français qui s'est déclaré "très honoré d'être citoyen tunisien grâce à la volonté du président Zine El Abidine Ben Ali, et ce autant que citoyen français". Par ailleurs, le ministre français a souligné que cette visite a pour objectif d'examiner avec les responsables tunisiens les différents volets de la coopération tuniso-française et en particulier dans les domaines de la Culture et de la Communication et les moyens de les renforcer. La rencontre a permis de passer en revue l'évolution que connaît le paysage médiatique dans les deux pays et à travers le monde. M. Romdhani a, à cette occasion, mis en exergue les défis que la Tunisie s'emploie à relever dans ce domaine, notamment, la promotion du secteur de l'information, conformément aux objectifs fixés dans le programme du président Ben Ali pour le prochain quinquennat. La rencontre a, en outre, offert l'occasion d'étudier les moyens de renforcer la coopération bilatérale notamment dans les domaines de la formation, de la transmission audiovisuelle et de l'échange de journalistes. Les deux ministres ont discuté d'actions communes en matière de formation de journalistes et de coopération dans le domaine du patrimoine et des archives de l'histoire tunisienne et de permettre à la Tunisie de récupérer les composantes de sa mémoire audiovisuelle auprès des institutions françaises concernées. L'entretien s'est déroulé en présence de M. Pierre Ménat, ambassadeur de France à Tunis | |||||
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________________________________ Les activités du Président Zine El Abidine Ben Ali - 14 mai 2010 Tunisie/Syrie: Le Chef de l'Etat reçoit M. Mohamed Neji El-Otri, président du Conseil des ministres de la République arabe syrienne. L'entretien porte notamment sur les perspectives de coopération entre la Tunisie et la Syrie, à la lumière des résultats de la haute commission mixte tuniso-syrienne. Agriculture biologique / Distinctions: Le président de la république honore un investisseur en agriculture biologique dans le gouvernorat de La Manouba, en le décorant des insignes d'officier de l'ordre de la République et en lui décernant le grand prix du Président de la République pour la promotion des activités agricoles dans le domaine de l'agriculture biologique, en considération pour l'œuvre qu'il entreprend pour la promotion de l'agriculture biologique et la commercialisation de ses produits, sous label autonome tunisien entièrement destiné à l'exportation, lui valant plusieurs distinctions mondiales. Tunisie / France: Entretien téléphonique entre le Président Zine El Abidine Ben Ali et le Président français Nicolas Sarkozy. Les deux chefs d'Etat discutent de l'évolution des relations bilatérales et des perspectives de leur consolidation et de l'intensification de la coopération bilatérale, afin d'aller de l'avant sur la voie du partenariat entre les deux pays et de hisser la coopération tuniso-française aux plus hauts niveaux. ___________________________ Ouverture officielle des premières journées audiovisuelles de Tunis TUNIS, 26 oct 2010 (TAP) - Les premières journées audiovisuelles de Tunis se sont ouvertes officiellement, mardi, par MM. Abderraouf El Basti, ministre de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine et Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture et de la Communication, en présence de l'ambassadeur de France à Tunis, Pierre Ménat, de plusieurs responsables de chaînes tunisiennes et françaises, ainsi que d'une pléiade de professionnels de l'audiovisuel, d'artistes, d'hommes de culture et de communication. Dans son intervention, M. El Basti a souligné que la révolution numérique sans précédent impose aujourd'hui de nouvelles règles et génère de grands défis et des enjeux considérables qui consistent à préserver la diversité culturelle et à favoriser le dialogue des cultures dans un monde où une profusion d'images et de sons véhicule toutes sortes de messages stéréotypés. Dans le but de rapprocher les hommes, les valeurs, et les cultures, afin de mieux se comprendre et à dépasser les préjugés et les jugements hâtifs, il a rappelé que la Tunisie s'est engagée depuis plus de deux décennies sur une voie de réformes graduelles qui ont permis de diversifier l'offre nationale dans le secteur audiovisuel par la création de nouvelles chaînes publiques et privées, généralistes et thématiques et d'intégrer les nouveaux réseaux numériques et le Web. Dans cet élan de diversification et d'ouverture, a-t-il enchaîné, cette rencontre est de nature à permettre de dépassionner des débats qui furent souvent assez tendus par le passé en dissipant un certain nombre de malentendus et en oeuvrant pour une représentation plus objective et plus équilibrée des réalités tunisiennes sur les écrans français. En effet, cette rencontre tire son importance des possibilités qui s'offrent pour ouvrir de nouvelles perspectives de coopération tant au niveau bilatéral qu'à celui de la Méditerranée en vue d'améliorer la circulation des oeuvres entre la Tunisie et la France et entre les deux rives de la Méditerranée. Il s'agit aussi d'oeuvrer en vue de faire connaître le dynamisme de la création cinématographique et audiovisuelle tunisienne en France et mieux soutenir la production cinématographique nationale par des mécanismes à inventer et qui permettent une meilleure application de l'accord-cadre de co-production. Prenant la parole, M. Frédéric Mitterrand a tenu à introduire son allocution par un poème de Chebbi, "cet homme, dit-il, qui incarne l'âme d'un pays que j'aime et que nous aimons tous, pour dire, à travers ce symbole, que les rêves des jeunes en cette année internationale de la jeunesse, sont au coeur même de ces journées". Se présentant pour la première fois devant un si large public depuis sa nomination en tant que ministre, il a mis en exergue "l'attachement et la grande amitié qu'il attache à la Tunisie où se tient cette rencontre unique en son genre pour les deux pays". Dans ce sens, a-t-il ajouté, ces rencontres sont une réelle opportunité devant le développement des échanges audiovisuels. Il s'est, dans ce contexte, félicité de la signature d'une convention entre la Télévision tunisienne et l'Institut national de l'audiovisuel (INA) portant sur la remise d'une copie du fonds numérisé, symbole de la mémoire commune. Par ailleurs, le ministre français a mis l'accent sur l'importance de la circulation des programmes entre les deux pays, en vue de mieux faire connaître la Tunisie, la richesse de la création et la diversité de la culture tunisienne sur les écrans français. Cela dit, pour mieux appréhender l'essentiel des enjeux et le dialogue, la Méditerranée reste au coeur de nos préoccupations, a-t-il ajouté, espérant voir naître "le rêve d'un audiovisuel méditerranéen pour rapprocher davantage les deux rives de notre mer commune". Il est à rappeler que ces journées sont organisées du 25 au 27 octobre par l'ambassade de France en Tunisie, en marge des journées cinématographiques de Carthage (JCC 2010) et en collaboration avec le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine et le ministère de la Communication. | |||||
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________________________________ Le ministre des affaires étrangères en visite de travail en France PARIS, 08 jan 2011 (TAP)- M. Kamel Morjane, ministre des affaires étrangères, a effectué vendredi, une visite de travail en France au cours de laquelle il a été reçu au Quai d'Orsay à Paris par Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes. Cette visite, qui s'est déroulée dans une atmosphère chaleureuse et amicale, a permis de souligner l'excellence des relations d'amitié et de coopération entre les deux pays, lesquelles relations ont connu ces dernières années un saut qualitatif, tant sur le plan politique, qu'économique et social, conformément à la volonté des Présidents Zine El Abidine Ben Ali et Nicolas Sarkozy. Au cours de leur entretien, les deux ministres ont convenu de renforcer les concertations périodiques entre hauts responsables des deux pays. Sur le plan bilatéral, M. Morjane, s'est félicité du renforcement de la contribution française aux efforts de développement de la Tunisie, et proposé d'insuffler une nouvelle dynamique à la coopération bilatérale dans tous les domaines. A cet égard, les deux ministres ont évoqué les voies d'une mise en œuvre plus efficiente de l'accord bilatéral en matière de gestion concertée de la migration et du développement solidaire. Mme Alliot-Marie a exprimé, à ce sujet, sa confiance dans les choix et le modèle de développement de la Tunisie. L'entretien a également permis de procéder à un large échange de vues sur les questions régionales et internationales d'intérêt commun, notamment l'évolution des relations de la Tunisie avec l'Union Européenne, les relations Euro-Méditerranéennes, le Moyen-Orient, l'Afrique ainsi que la coopération triangulaire au profit des pays africains. |
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Je ne fais pas de commentaires. Vous les ferez vous-même.
mercredi 19 janvier 2011
Le clairvoyant ambassadeur de France en Tunisie
Le Dar al-Kamila est une grande maison richement décorée, entourée d’un parc magnifique de trois hectares, soigneusement entretenu. Plusieurs livres d’art ont décrit avec ravissement le charme des lieux. C’est un bijou, cet endroit.
Le drapeau français flotte fièrement sur l’édifice. C’est en effet la résidence officielle de l’ambassadeur de France en Tunisie.
On ne peut pas dire en effet que l'analyse pointue de la situation en Tunisie faite par Pierre Ménat ait beaucoup contribué à aider le gouvernement français, déjà passablement désemparé, dans l’anticipation de la chute de Ben Ali.
A sa décharge, Pierre Ménat n’est pas un spécialiste du Maghreb. Après l’ENA, il a travaillé au ministère de l’Intérieur à Paris puis au Quai d’Orsay où il s’est surtout occupé des affaires européennes. Il a aussi été ambassadeur en Roumanie et en Pologne. Il était loin des palmiers !
Il débarque en Tunisie en septembre 2009. Il est rapidement conquis.
Le 8 décembre de la même année, il reçoit dans sa jolie résidence la presse tunisienne, autrement dit : la presse contrôlée par le régime de Ben Ali. Pierre Ménat déclare : «Je suis ici depuis peu de temps, deux mois et demi, et il y a une chose que j’ai apprise : c’est la force de l’amitié tuniso-française. Je la connaissais, bien sûr, mais - pour ne pas paraître complètement en dehors des réalités - j’ai pu constater que l’amitié tuniso-française était capable de surmonter un certain nombre de difficultés. Notre relation est exceptionnelle. J’ai déjà dit que j’avais une impression positive, aujourd’hui j’ai une impression de plus en plus positive sur ce pays ou sur notre amitié qui s’incarne dans beaucoup de projets.»
Ah, les «difficultés» comme dit Pierre Ménat, il y en a toujours ! Monsieur l’Ambassadeur, fort de son impression de plus en plus positive sur le pays, a toujours su les surmonter dans l’année qui a suivi, au nom de la France.
Jeudi de la semaine dernière, après le dernier discours prononcé par le président tunisien précédant son départ précipité, l’ambassadeur Ménat avait rassuré sa patronne, Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires Etrangères qui venait de s’illustrer en proposant devant l’Assemblée Nationale de faire profiter Ben Ali du «savoir-faire» de la police française.
L’ambassadeur avait certifié par un télégramme diplomatique (lire à ce sujet en cliquant ici un article postérieur à la rédaction de la présente chronique) à la cheftaine de notre diplomatie que la colère du peuple tunisien allait s’apaiser après les concessions très tardives faites par Ben Ali à la télévision de son pays jeudi soir.
Michèle Alliot-Marie était tellement apaisée elle-même qu’elle était partie le lendemain en week-end dans son fief de Saint-Jean-de-Luz. C’est là qu’elle s’était fait surprendre par l’annonce de la fuite du potentat tunisien, vendredi soir.
«J’ai demandé à mes services, avant de partir, si les événements risquaient de s’accélérer. Ils m’ont répondu par la négative», a confié benoitement la ministre. La source première des services diplomatiques français sur la Tunisie, c’est l’ambassade à Tunis dirigée par Pierre Ménat. Sinon, pourquoi avoir une ambassade ?
«Le Canard Enchainé» raconte que Nicolas Sarkozy a poussé une de ces grosses colères dont il est coutumier : «J’en ai plus appris sur la crise tunisienne par l’épouse d’Eric Besson (qui est d’origine tunisienne) et par Besson lui-même que par notre ambassadeur à Tunis !»
Sacré Besson, toujours présent et efficace au bon moment !
A la place de l’ambassadeur Ménat, je ne ferais pas de projet à long terme en Tunisie. Sa mutation est dans l’air et ça ne sent pas le jasmin. Le président Sarkozy n’aime pas les diplomates en général. Il ne doit pas porter Pierre Ménat dans son cœur.
La performance de notre ambassadeur en Tunisie me rappelle le destin d’April Glaspie.
Si vous avez oublié ce nom, je vais vous rafraîchir la mémoire.
Elle fut la première femme à être nommée ambassadeur des Etats-Unis dans un pays arabe. En 1989, elle prend son poste à Bagdad.
April Glaspie connaissait bien la région : elle avait servi à des postes moins importants dans les ambassades américaines au Koweït, en Syrie et en Egypte.
Le 25 juillet 1990, en tant qu’ambassadeur des Etats-Unis, elle rencontre Saddam Hussein pour la première et la dernière fois. Elle s’inquiète auprès de lui de la présence massive de troupes irakiennes près de la frontière du Koweït. Saddam Hussein la roule dans la farine. Il affirme qu’il va accepter, ce qui est faux, une médiation de paix tentée par la Ligue Arabe et le président égyptien Moubarak.
April Glapsie rentre à son ambassade et envoie un télégramme au Département d’Etat à Washington. Tout est dans Wikileaks. Elle y explique que, selon elle, Saddam Hussein ne veut pas la guerre. Huit jours plus tard, le 2 août 1990, les troupes irakiennes envahissent le Koweït. C’est le début de la première guerre du Golfe, menée du côté américain par Bush père.
A la suite de la rupture des relations diplomatiques en l’Irak et les Etats-Unis, April Glaspie a rapidement quitté Bagdad. Contrainte au silence, elle a été reléguée ensuite à des postes subalternes avant de prendre sa retraite en 2002.
Que Pierre Ménat ne s’inquiète cependant pas outre mesure. Il a la chance d’être un diplomate français. A la différence des Etats-Unis, notre République est bonne fille pour ses serviteurs, même les plus défaillants. S’il doit quitter Tunis la queue entre les jambes, on le recasera.
Ce ne sont pas les planques qui manquent chez nous. Dommage tout de même que le poste d’ambassadeur auprès de l’UNESCO vienne tout juste d’être attribué à une grande experte de la diplomatie, Rama Yade. Pierre Ménat aurait été parfait pour le job.
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Un grand salut aux lecteurs nombreux de ce blog en Tunisie. Nous pensons beaucoup à eux.
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Pour un aperçu en images d'une des réceptions données par l'ambassadeur dans sa résidence, consultez les photos de sa soirée Karaoké de Février 2010. Vous chantiez, j'en suis fort aise, et bien dansez maintenant ! Cliquez sur ce lien.
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Petit additif posté le mercredi 26 janvier - (Source : "Libération")
«Sans doute nous avons sous-estimé (les) aspirations du peuple tunisien à la liberté», a déclaré Nicolas Sarkozy lors de la sa conférence de presse, lundi, pour justifier son long soutien au président Ben Ali.
Ce n’était pourtant pas faute d’informations en provenance du quai d’Orsay et des diplomates en place à Tunis, écrit mercredi dans Libération Yves Aubin de la Messuzière, qui fut l’ambassadeur de France en Tunisie de 2002 à 2005: «Les rapports diplomatiques mettaient aussi l’accent sur l’exaspération et le mal-être de la jeunesse tunisienne, liés certes au problème de l’emploi mais aussi à l’absence d’espace et d’expression politiques», écrit le diplomate.
«L’antienne de Ben Ali, présentant son régime comme un rempart contre la menace islamiste, relayée avec complaisance par nombre de politiques en France, était considérée dans les notes diplomatiques comme le fonds de commerce du régime et le prétexte pour s’abstenir de toute ouverture politique jugée déstabilisante. (…) Les autorités politiques françaises étaient donc parfaitement informées des dérives du système Ben Ali», affirme l'ex-ambassadeur.
samedi 15 janvier 2011
Tunisie : le jasmin est fragile

A l’âge de l’Internet, l’Histoire s’écrit décidemment très vite. Trop vite, sans doute.
Le jour même de la fuite du président Zine el-Abidine Ben Ali, les récents événements en Tunisie avaient déjà trouvé un nom : «La Révolution du Jasmin». Au rayon des appellations révolutionnaires, nous ajouterons donc le jasmin aux œillets (Portugal, 1974) et au velours (Tchécoslovaquie, 1989).
Le jasmin est une espèce végétale rare et précieuse. En parfumerie, pour obtenir un kilo d'essence absolue de jasmin, il faut recueillir environ sept millions de fleurs. Elles doivent être cueillies juste avant l'aube et traitées le plus rapidement possible.
C’est à la même urgence que les Tunisiens sont confrontés aujourd’hui. L’essence parfumée de leur «révolution», pour qu’elle en soit vraiment une, doit être préservée de l’évaporation.
Chassé par la rue, Ben Ali s’est réfugié précipitamment dans le giron de la monarchie saoudienne, après avoir tenté en vain de se poser en France. Saluons au passage le sursaut inespéré des autorités françaises qui ont refusé l’atterrissage de son avion. Ben Ali est en Arabie Saoudite, berceau implacable de l’islamisme sunnite. C’est le pays natal d’Oussama Ben Laden. Cruelle ironie pour Ben Ali que les occidentaux ont toujours présenté, pour justifier ses exactions, comme un «rempart contre l’islamisme».
Ben Ali, le maître de Carthage, a été contraint de quitter un pouvoir exercé pendant 24 ans de manière brutale. Il avait instauré un régime policier digne d’une dictature. Les médias étaient sous contrôle absolu. L’opposition, même la plus conciliante, était pourchassée et souvent condamnée à l’exil. Les richesses du pays étaient détournées au profit de la famille présidentielle et d’une oligarchie servile.
Ben Ali est parti mais le benalisme est toujours au pouvoir en Tunisie. Pour combien de temps et de quelle manière ? Le jasmin est une fleur fragile.
Dans ce chapitre de l’Histoire tunisienne qui est loin d’être achevé, on peut déjà souligner le rôle crucial joué les réseaux sociaux (Facebook et Twitter). Dans ce pays de 10 millions d’habitants, 3 millions ont accès à Internet. La mainmise du pouvoir sur les médias traditionnels (presse, radio, télévision) a été détournée par cette nouvelle forme de communication immédiate. La population tunisienne est jeune et instruite. Elle a habilement utilisé les outils de notre époque. On comprend mieux l’obstination des dirigeants de la Corée du Nord et de la Chine Populaire à contrôler strictement ces canaux d’information. L’Histoire électronique est en marche.
Pour déclencher un incendie, il faut une étincelle. En Tunisie, le feu a été déclenché par Mohamed Bouazizi, un jeune chômeur diplômé de 26 ans, qui s’est immolé en décembre dernier à Sidi Bouzid, une ville du centre du pays. Contraint pour survivre de vendre à la sauvette des fruits et légumes, il avait été arrêté et humilié par la police. Il s’est aspergé d’essence. Moins d’un mois après son geste, Ben Ali était chassé. Il y aura sans doute bientôt des places et des avenues Mohamed Bouazizi à Tunis et dans les autres villes du pays.
Je songe à d’autres martyrs, morts dans les mêmes conditions.
Jan Palach, étudiant de Prague, s’immole en janvier 1969, quelques mois après l’entrée des chars russes en Tchécoslovaquie. La «révolution de velours» menée par Vaclav Havel n’éclatera que vingt ans plus tard, accompagnant la chute du communisme soviétique.
A Saïgon, en janvier 1963, un bonze bouddhiste se suicide par le feu pour protester contre le gouvernement pro-américain du président sud-vietnamien Ngô Dinh Diêm. La guerre du Vietnam ne s’achèvera que douze ans plus tard, avec la déroute des Américains et la chute du régime fantoche qu’ils soutenaient.
La mort de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid aura-t-elle des effets aussi profonds et durables ? La révolte tunisienne n’en est qu’à ses prémices. Le jasmin n’est pas éclos.
Puisqu’il est question de révolution, évoquons la nôtre, la Révolution Française que les opposants tunisiens ont beaucoup mentionnée ces derniers jours.
Ce matin, une phrase trottait dans ma tête, même s’il est toujours imprudent de parler de sa tête à propos d'une révolution.
Cette phrase est la suivante : «La révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur».
C’était le sous-titre du spectacle «1789» mis en scène par Ariane Mnouchkine à la Cartoucherie de Vincennes en 1970. J’avais 17 ans quand j’ai vu cette fresque époustouflante. Un spectacle novateur qui reste pour moi un grand souvenir de théâtre total.
Avec du recul, j’ai compris néanmoins que la lecture faite à l’époque par Ariane Mnouchkine de la Révolution Française était très partisane : l’affreuse monarchie abattue par les héroïques sans-culottes. On sait que les événements en France, à la fin du 18ème siècle, ont été infiniment plus complexes, plus sanglants et moins glorieux, comme tous les soubresauts historiques.
Cette phrase, «La révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur», est signée de Louis Antoine de Saint-Just. Elle est extraite de son dernier ouvrage posthume : «Fragments d’institutions républicaines».
Avec son maître Robespierre, Saint-Just a été l’un des plus virulents révolutionnaires. C’est Saint-Just qui a réclamé et obtenu la mort du Roi.
Il ne serait pas inutile que les jeunes Tunisiens lisent ou relisent Saint-Just.
Voici, à leur usage, un extrait de son livre :
«La Révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur et de la liberté publique par les lois. Ses élancements n’ont point d’autre objet, et doivent renverser tout ce qui s’y oppose ; et chaque période, chaque victoire sur le monarchisme doit amener et consacrer une institution républicaine.
On parle de la hauteur de la Révolution : qui la fixera, cette hauteur ? Elle est mobile. Il fut des peuples libres qui tombèrent de plus haut.»
Saint-Just, avec 21 autres chantres de la Révolution Française (dont Robespierre), a été guillotiné le 28 juillet 1794, cinq ans après la prise de la Bastille et 18 mois après la mort de Louis XVI.
Saint-Just avait 26 ans, comme Mohamed Bouazizi.
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