"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 23 février 2011

Michèle Alliot-Marie et Patrick Ollier, le couple de l'année...


Pendant que le colonel Kadhafi s’accroche à son pouvoir vacillant en répandant le sang de son peuple, l’inénarrable Michèle Alliot-Marie continue de défendre, bec et ongle, la diplomatie qu’elle incarne sous le contrôle du président Nicolas Sarkozy.

Voici le texte du dernier communiqué en date de MAM (MAM = Mensonge Après Mensonge). Merci de ne pas éclater de rire en lisant ces quelques lignes.

"Que ce soit notamment dans le cadre de l'Union européenne, à l'ONU, au G8, au G20, en Afrique, au Proche et Moyen-Orient, la politique étrangère menée par le président de la République est claire, ambitieuse, courageuse et efficace."

Claire, ambitieuse, courageuse et efficace. Qu’en termes galants ces choses-là sont dites !

Que ces belles paroles ne nous empêchent pas d’explorer le parcours libyen de Patrick Ollier, membre du gouvernement français et compagnon de MAM.

Le site OWNI a très bien travaillé sur ce dossier Ollier. C’est à lire en cliquant ici.

Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy : photos souvenirs (avec Boris Boillon)

Si vous avez des difficultés à consulter les photos de la visite du colonel Kadhafi à Paris en décembre 2007 sur le site de la présidence de la République française, c'est normal. Elles sont très bien cachées.
L'Elysée dément formellement avoir effacé ces images historiques, mais elles semblent désormais classées dans des fichiers enfouis dans les profondeurs du site présidentiel.
Pour vous faire gagner du temps et afin que vous puissiez contempler sans peine ce magnifique album souvenir, Anyhow vous le propose ici.


Ambiance chaleureuse et souriante

sauf pour le colonel qui regarde le plafond

Sur ce détail, à gauche du président, son conseiller diplomatique Jean-David Lévitte et Boris Boillon (alors conseiller pour le Maghreb et le Moyen-Orient)

Au premier plan, Claude Guéant (secrétaire général de l'Elysée). Remarquez que le dossier de Monsieur Guéant est assorti à la couleur du jus d'orange. C'est ça, le raffinement à la française....

Sur la photo de la sortie du colonel, on aperçoit juste derrière le président, son porte-parole de l'époque David Martinon (catapulté ensuite à Los Angeles comme consul général, après une brouille légendaire à Neuilly) et Boris Boillon, celui qui est notre désormais célébrissime ambassadeur en Tunisie.
Dans le même registre, je vous invite à consulter sur une autre page d'ANYHOW, les photos si émouvantes avec d'autres grand humanistes comme Ben Ali et Moubarak.

mardi 22 février 2011

Les aventures de Boris Boillon (suite)



Sacré Boris !
Tous les jours, une petite révélation. La vidéo qui fait du buzz maintenant, c’est l’apparition de Boris Boillon, qui était encore ambassadeur en Irak, sur le plateau de Canal+ en novembre dernier. C’est donc assez récent.
Boris Boillon, que Kadhafi appelle affectueusement «mon fils», considérait que le colonel libyen n’était plus un terroriste.


Vous irez expliquer ça aux familles des centaines de morts de ces derniers jours en Libye...
Il faut dire que Boris Boillon est sur la ligne (verte) de son boss, Nicolas Sarkozy qui, on s’en souvient, avait accueilli en grandes pompes à Paris en 2007 le grand humaniste Kadhafi, guide de la Révolution.
Il semble maintenant que la Révolution se fasse plutôt contre le guide.
Cette jolie photo officielle aurait été retirée récemment du site de l'Elysée. La présidence de la République dément cette information en affirmant qu'elle n'y a jamais figuré. (Davantage de photos souvenirs en cliquant ici)

Et pendant ce temps-là, Michèle Alliot-Marie est en mission de la plus haute importance au Brésil. On devrait lui préparer d'urgence une visite sur l'ile de Pâques ou à Saint-Hélène, tant il est nécessaire qu'elle soit éloignée le plus longtemps possible du Maghreb et du Proche-Orient où elle est honnie (Honnie Moubarak, notamment).

Malgré (ou à cause de) l'éloignement de MAM en Amérique du Sud, une équipe de choc de la France qu'on aime et qu'on vénère vient de débarquer en Tunisie : Christine Lagarde, ministre de l'Economie, Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes (ah bon, la Tunisie, c'est en Europe ?) sans oublier l'inénarrable Frédéric Lefebvre, secrétaire d'Etat au tourisme. Le boulot de Frédéric Lefebvre, c'est de promouvoir le tourisme en France, non ? Pas de sauver le tourisme tunisien. Mais passons.
Voici une photo de l'événement.
On ne voit hélas pas Frédéric Lefebvre mais on voit les autres autour de Mohammed Ghannouchi, premier ministre tunisien.
On voit aussi (juste derrière Christine Lagarde) Boris Boillon, notre ambassadeur de France local, ravi de la crèche mais pas en maillot de bain, cette fois.

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Voici, sur le même sujet, une tribune libre publiée aujourd’hui par «Le Monde»

"On ne s’improvise pas diplomate"
Un groupe de diplomates français de générations différentes, certains actifs, d'autres à la retraite, et d'obédiences politiques variées, a décidé de livrer son analyse critique de la politique extérieure de la France sous Nicolas Sarkozy. En choisissant l'anonymat, ils ont imité le groupe Surcouf émanant des milieux militaires, dénonçant lui aussi certains choix du chef de l'Etat. Le pseudonyme collectif qu'ils ont choisi est "Marly" – du nom du café où ils se sont réunis la première fois. Ceci est leur premier texte public.
La manœuvre ne trompe plus personne : quand les événements sont contrariants pour les mises en scène présidentielles, les corps d'Etat sont alors désignés comme responsables.
Or, en matière diplomatique, que de contrariétés pour les autorités politiques ! A l'encontre des annonces claironnées depuis trois ans, l'Europe est impuissante, l'Afrique nous échappe, la Méditerranée nous boude, la Chine nous a domptés et Washington nous ignore ! Dans le même temps, nos avions Rafale et notre industrie nucléaire, loin des triomphes annoncés, restent sur l'étagère. Plus grave, la voix de la France a disparu dans le monde. Notre suivisme à l'égard des Etats-Unis déroute beaucoup de nos partenaires.
Pendant la guerre froide, nous étions dans le camp occidental, mais nous pesions sur la position des deux camps par une attitude originale. Aujourd'hui, ralliés aux Etats-Unis comme l'a manifesté notre retour dans l'OTAN, nous n'intéressons plus grand monde car nous avons perdu notre visibilité et notre capacité de manœuvre diplomatique. Cette perte d'influence n'est pas imputable aux diplomates mais aux options choisies par les politiques.
Il est clair que le président n'apprécie guère les administrations de l'Etat qu'il accable d'un mépris ostensible et qu'il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique. C'est ainsi que les diplomates sont désignés comme responsables des déconvenues de notre politique extérieure. Ils récusent le procès qui leur est fait. La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C'est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme "piliers sud" de la Méditerranée.
Un WikiLeaks à la française permettrait de vérifier que les diplomates français ont rédigé, comme leurs collègues américains, des textes aussi critiques que sans concessions. Or, à l'écoute des diplomates, bien des erreurs auraient pu être évitées, imputables à l'amateurisme, à l'impulsivité et aux préoccupations médiatiques à court terme.
Impulsivité ? L'Union pour la Méditerranée, lancée sans préparation malgré les mises en garde du Quai d'Orsay qui souhaitait modifier l'objectif et la méthode, est sinistrée.
Amateurisme ? En confiant au ministère de l'écologie la préparation de la conférence de Copenhague sur le changement climatique, nous avons abouti à l'impuissance de la France et de l'Europe et à un échec cuisant.
Préoccupations médiatiques ? La tension actuelle avec le Mexique résulte de l'exposition publique d'un dossier qui, par sa nature, devait être traité dans la discrétion.
Manque de cohérence ? Notre politique au Moyen-Orient est devenue illisible, s'enferre dans des impasses et renforce les cartes de la Syrie. Dans le même temps, nos priorités évidentes sont délaissées. Il en est ainsi de l'Afrique francophone, négligée politiquement et désormais sevrée de toute aide bilatérale.
Notre politique étrangère est placée sous le signe de l'improvisation et d'impulsions successives, qui s'expliquent souvent par des considérations de politique intérieure. Qu'on ne s'étonne pas de nos échecs. Nous sommes à l'heure où des préfets se piquent de diplomatie, où les "plumes" conçoivent de grands desseins, où les réseaux représentant des intérêts privés et les visiteurs du soir sont omniprésents et écoutés.
Il n'est que temps de réagir. Nous devons retrouver une politique étrangère fondée sur la cohérence, l'efficacité et la discrétion.
Les diplomates français n'ont qu'un souhait : être au service d'une politique réfléchie et stable. Au-delà des grandes enceintes du G8 et du G20 où se brouillent les messages, il y a lieu de préciser nos objectifs sur des questions essentielles telles que le contenu et les frontières de l'Europe de demain, la politique à l'égard d'un monde arabe en révolte, nos objectifs en Afghanistan, notre politique africaine, notre type de partenariat avec la Russie.
Les diplomates appellent de leurs vœux une telle réflexion de fond à laquelle ils sauront apporter en toute loyauté leur expertise. Ils souhaitent aussi que notre diplomatie puisse à nouveau s'appuyer sur certaines valeurs (solidarité, démocratie, respect des cultures) bien souvent délaissées au profit d'un coup par coup sans vision.
Enfin, pour reprendre l'avertissement d'Alain Juppé et d'Hubert Védrine publié le 7 juillet 2010 dans Le Monde "l'instrument [diplomatique] est sur le point d'être cassé". Il est clair que sa sauvegarde est essentielle à l'efficacité de notre politique étrangère.
©Le Monde
et la réponse de l'Elysée, à cette tribune libre, par la voix du conseiller spécial du président de la République, Henri Guaino :


"C'est un tract politique qui a toutes les caractéristiques du tract, d'abord dans la façon de s'exprimer", en ce qu'"il n'y a pas d'argumentation, juste des jugements à l'emporte-pièce et enfin dans le fait qu'il est anonyme comme un tract", a déclaré ce mercredi matin Henri Guaino, conseiller spécial du chef de l'Etat, sur France Info, à propos de la tribune publiée la veille dans Le Monde par un groupe de diplomates anonymes critiquant sévèrement la politique étrangère française.
Les auteurs de cette tribune, "qui sont-ils ? De jeunes ambitieux qui cherchent des places, des diplomates retraités aigris?", s'est interrogé Henri Guaino. Cette publication montre que "la campagne électorale a commencé. Voilà, nous en avons les premières manifestations", a-t-il poursuivi.
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Et encore ceci qui réconfortera les diplomates français, canal historique. C’est un témoignage recueilli par Vincent Jauvert sur le site du Nouvel Observateur. Vous y trouverez un admirable plaidoyer en faveur de Pierre Ménat, l'ambassadeur français viré de Tunis et muté à La Haye après la chute de Ben Ali.
Voici le texte du 'Nouvel Observateur'
"Pourquoi j'ai signé la tribune contre la diplomatie de Sarkozy"
Hier "Le Monde" a publié une tribune très critique sur la politique étrangère de Nicolas Sarkozy dont il est beaucoup question aujourd'hui. Elle était rédigée par un groupe de diplomates actifs et à la retraite qui s'est surnommé « Marly ». J'ai interrogé l'un des rédacteurs du texte - qui souhaite rester anonyme. Voici son témoignage.
« Nous nous sommes retrouvés le 9 février dans le musée du Louvre, au café Marly (d'où le nom de notre groupe). Nous étions une demi-douzaine. Nous avons rédigé un premier texte, puis nous l'avons fait discrètement circuler. Au total, une trentaine de personnes (dont une vingtaine de diplomates toujours en activité) ont apporté leur touche à cette tribune.
Pourquoi maintenant ? Il y a eu plusieurs éléments déclencheurs. D'abord bien sûr le sentiment d'un vide sidéral après la révolution égyptienne. Alors qu'Obama s'exprimait tous les jours, l'Elysée était muet, ne savait que dire, si ce n'est critiquer son ambassadeur sur place.
Les diplomates ont été très choqués par les fuites organisées par l'Elysée contre l'ambassadeur en Tunisie, Pierre Ménat. On n'a montré aux journalistes qu'une partie de son télégramme sur la révolte. Malgré ce que l'on a écrit, Ménat parlait bien de l'hypothèse d'« un départ précipité » de Ben Ali. Il a servi de bouc émissaire d'une politique désastreuse. De telles fuites émanant de l'Elysée pour viser l'un de ses collaborateurs, c'est inédit !
Puis il y a eu la nomination de Boris Boillon à Tunis. Nous avions appris que Michèle Alliot-Marie avait proposé le nom d'un diplomate aguerri, l'actuel ambassadeur à Tripoli, François Gouyette. Mais l'Elysée a préféré envoyer ce jeune homme impulsif et immature. Malgré ce qui a été dit, nous savions qu'il a été un très mauvais ambassadeur à Bagdad. Encore une nomination incohérente après celle de Rama Yade à l'Unesco qui considère son poste comme une base alimentaire pour poursuivre sa carrière politique. Toujours le mépris du président de la République pour les diplomates - mépris dont il ne se cache même pas ! D'où la prise en main des dossiers sensibles de la diplomatie par le secrétaire général de l'Elysée, le préfet Claude Guéant.
Enfin et surtout il y a le style désordonné, amateur, de la diplomatie sarkoziste, obsédée par les coups. Il n'y a aucune vision à long terme. L'affaire Cassez est symbolique de cet état d'esprit: on est prêt à rompre avec Mexico pour une histoire de droit commun! Les diplomates rédacteurs de la tribune - de droite comme de gauche, énarques ou pas - considèrent que le président de la République a renoncé à une politique étrangère originale, singulière, visible qui était la marque de fabrique du gaullisme, qui a été reprise par François Mitterrand et Jacques Chirac.
Que faire ? A court terme, il faut tirer d'urgence les leçons de la Tunisie. On doit entretenir des relations avec des dictatures mais il ne faut plus être complaisant comme Nicolas Sarkozy l'a été. Dans ces pays, il faut autoriser les diplomates à rencontrer les représentants de l'opposition. C'est ce qu'a fait le Département d'Etat. En Tunisie et en Egypte, les Américains avaient des contacts avec les opposants. Lorsque leurs homologues français souhaitaient faire de même, Paris leur tapait sur les doigts. Il ne fallait pas froisser l'autocrate en place. Cela doit cesser."
©Le Nouvel Observateur

samedi 5 février 2011

Un deuxième voyage en jet privé pour MAM en Tunisie



Les jets privés, c’est tellement commode pour éviter les émeutes.

La pratique concerne aussi les trajets aériens en temps de paix : lire en cliquant ici.

Le dossier tunisien de MAM, déjà accablant, est alourdi par une nouvelle révélation embarrassante : la ministre ne s’est pas contentée de voler gratuitement avec ses parents et son ministre-compagnon Patrick Ollier jusqu’à son hôtel de Tabarka, à bord de l’appareil de son ami Aziz Milled, présent providentiellement lorsqu’elle est arrivée à Tunis le lendemain de Noël. (voir ici le résumé du chapitre précédent)

MAM et son entourage ont profité du même appareil quelques jours plus tard pour faire une excursion dans le sud tunisien, évitant ainsi de traverser en voiture la région de Sidi Bouzid et de Kasserine, en proie à des troubles violents après le suicide par le feu du jeune Mohamed Bouazizi.

Cette information est révélée par le site du Nouvel Observateur.

Voici le texte de cet article.

Michèle Alliot-Marie va devoir rapidement trouver une nouvelle ligne de défense. Elle l’a pourtant répété sur tous les tons, devant journalistes et députés : son "ami de longue date", l’homme d’affaires tunisien Aziz Miled se serait contenté de lui offrir "20 minutes de trajet" à bord de son jet privé afin de lui éviter "de faire deux heures de voiture à travers des routes de montagne". Une simple course, donc, presque fortuite

"Arrivant à Noël à Tunis, un ami qui allait à Tabarka, lieu final de destination, avec son avion m’a effectivement proposé de voyager avec lui car il avait des places", avait ainsi déclaré la ministre des Affaires étrangères lors de la séance des questions, à l’Assemblée nationale, le 2 février. Et d’ajouter : "Il n’a, à aucun moment, mis son avion à ma disposition". A aucun moment ? Selon nos informations, Michèle Alliot-Marie, ses parents et son époux, Patrick Ollier, le ministre des Relations avec le Parlement, ne se sont pas contentés de passer des "vacances bien méritées" dans l’hôtel cinq étoiles de leur "ami", sur la côte méditerranéenne, alors que le reste du pays était en plein soulèvement. Ils ont repris son jet privé le 29 décembre, afin de se rendre à Tozeur, dans le grand sud tunisien. Un aller et retour, effectué dans la journée, le temps d’un déjeuner et d’une virée dans les oasis. Une agence locale, Nomade, a été chargée d’organiser la visite.

Au moins, la ministre a-t-elle pu éviter ainsi un voyage encore plus long et plus éprouvant, au moins une dizaine d’heures par la route, à travers cette fois, non plus des montagnes, mais des villes en révolte, comme Sidi Bouzid ou Kasserine. L’appareil, un Challenger 600 de 9 places, appartient à la compagnie aérienne Nouvelair, qui a dû fusionner en 2008 avec la firme Kathago Airlines de Belhassen Trabelsi, le frère de Leïla Ben Ali, l’épouse de l’ancien dictateur tunisien. Jusqu’à sa fuite au Canada, Belhassen Trabelsi exerçait les fonctions de PDG à la tête de la société. C’est pour cette raison que l’avion emprunté par Michèle Alliot-Marie et ses proches, était immatriculé "TS-IBT". TS, pour Tunisie et BT, pour Belhassen Trabelsi. Un homme qui savait être généreux avec les dignitaires de la République française.

©Nouvel Observateur

Michèle Alliot-Marie, interrogée ce samedi soir 5 février sur France-Info, reconnaît qu’elle a bien fait cette excursion avec son entourage à bord de ce jet privé. Elle présente pour sa défense les arguments suivants :

­­­­­­­­­­­“Cette nouvelle polémique est totalement artificielle. J’ai dit dès mercredi dernier que avec monsieur Miled, j’avais à la fois rejoint Tunis à Tabarka et fait des excursions...je suis allée au port de Tabarka, dans un site archéologique et avec des amis nous sommes allés dans le désert... Quand je suis allée en Tunisie entre le 26 décembre et le 1er janvier il y avait des mouvements sociaux limités à deux provinces...au moment où j’y étais il n’y avait pas d’émeutes généralisées...”

“Quand je suis en vacances, je ne suis pas ministre des affaires étrangères, je suis Michèle Alliot-Marie, qui a des amis de longue date, qu’elle a l’habitude de recevoir en France, qui sont heureux de me faire découvrir leur pays. Je pensais qu’un ministre avait le droit d’avoir des amis... Alors ça maintenant je vais être très attentive...je ne quitterais pas la Dordogne si ça continue comme ça...”

Additif à cette note en date du dimanche 6 février :

Tout au long du week-end, Michèle Alliot-Marie a multiplié les interviews pour tenter de se justifier. Elle a notamment enregistré cette interview avec Marc-Olivier Fogiel pour Europe 1 que la station diffusera lundi 7 février. La ministre, pour expliquer ses errements, affirme qu'elle était "claquée".

Voici un extrait :



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Pour compléter le dossier MAM/Tunisie, voici une dépêche de l’agence Reuters diffusée samedi 5 février :

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Alliot-Marie reconnaît un second voyage en jet privé en Tunisie

La ministre française des Affaires étrangères, au coeur d'une vive polémique, a confirmé ainsi une information donnée par le site internet du Nouvel Observateur mentionnant un second vol.

Elle a déclaré à des journalistes, en marge d'une conférence sur la sécurité à Munich, qu'elle avait déjà parlé de ce second vol et a accusé ses adversaires politiques de manipulation et de mauvaise foi.

La chef de la diplomatie française est accusée par l'opposition d'avoir manqué à ses obligations en voyageant en Tunisie à bord d'un avion privé deux semaines avant le renversement de Zine Ben Ali.

Elle avait déjà fait état d'un vol de 20 minutes, entre Tunis et la station balnéaire de Tabarka, à bord de l'avion de son ami Aziz Miled, un homme d'affaires tunisien. La ministre avait démenti en outre des informations présentant cet ami comme un proche du président déchu.

A bord du même appareil, Michèle Alliot-Marie a effectué le 29 décembre un aller-retour vers Tozeur, dans le grand sud tunisien, écrit le Nouvel Observateur.

"J'ai dit au Grand Journal (de Canal+) comme j'ai dit à France 2 que j'avais effectivement, avec mes amis, dont M. Miled, fait d'autres excursions", a dit samedi la ministre à des journalistes qui l'interrogeaient sur ce second vol.

Parmi ces autres excursions, une seule, celle mentionnée par le Nouvel Observateur, a été effectuée en avion, a-t-elle ajouté.

Selon le site Médiapart, l'avion utilisé par la ministre appartenait au beau-frère de Zine Ben Ali, Belhassen Trabelsi, plutôt qu'à Aziz Miled.

Le jet est enregistré au nom de la compagnie Karthago Airlines de Belhassen Trabelsi, qui a fusionné en 2008 avec la compagnie d'Aziz Miled, Nouvelair, écrit vendredi Mediapart.

Selon l'historique des vols du jet que s'est procuré Mediapart, il a été utilisé le 14 janvier, soir de la fuite de Ben Ali, pour faire la liaison Tunis-Cagliari, en Sardaigne. La destination finale du jet ce soir-là n'est pas connue.

"J'AI MONTRÉ LA FACTURE"

Michèle Alliot-Marie a exclu de démissionner et le Premier ministre François Fillon l'a assurée de toute sa confiance, dénonçant "une polémique politicienne".

La ministre a expliqué samedi que les mouvements en Tunisie, lorsqu'elle s'y trouvait, n'avaient pas l'ampleur de ceux qui ont conduit à la chute du régime Ben Ali.

"Il y avait des mouvements, effectivement, un peu avant Noël. Cela dit, ces mouvements étaient extrêmement limités et apparaissaient comme des mouvements sociaux limités à une région qui avait des grosses difficultés économiques", a-t-elle dit.

"C'est seulement après mon départ, et notamment avec la mort du jeune qui s'est immolé, que les mouvements ont éclaté. J'étais déjà rentrée en France. Il est évident que s'il y avait eu des mouvements de cette nature, je ne me serais pas rendue en Tunisie."

"Je ne pense pas avoir commis particulièrement de faute", a dit Michèle Alliot-Marie, en insistant sur le fait que tous les frais de son voyage, effectué en compagnie de ses parents et de son compagnon, Patrick Ollier, également membre du gouvernement, avaient été réglés.

"En ce qui concerne les voyages, je les ai payés moi-même, pour toute la famille, et j'ai montré la facture", a-t-elle dit.

"En ce qui concerne l'hôtel, comme je paye les voyages, ce sont mes parents qui ont payé l'hôtel. Je ne pense quand même pas qu'on va leur demander, à eux qui ont 92 ans, de produire les factures, surtout pour un hôtel dont les chambres, vous pouvez vérifier sur internet, coûtent entre 50 et 200 euros."

Michèle Alliot-Marie a estimé n'avoir rien à se reprocher et a dénoncé une exploitation politique.

"Est-ce que ce n'est pas un tout petit peu de la manipulation et de la mauvaise foi que de faire semblant de découvrir aujourd'hui quelque chose que j'ai dit il y a maintenant cinq jours ?", a-t-elle dit.

"Les polémiques, tout le monde en a subi. Je pense simplement que nous sommes à un peu plus d'un an de l'élection présidentielle et que faute d'avoir un programme, des idées et une unité, l'opposition essaye de s'en prendre systématiquement, à partir de problèmes ponctuels, aux personnalités de la majorité."

Elle a assuré que le président de la République s'était montré "très chaleureux" à son égard depuis le début de l'affaire.

"Je n'ai rien fait de répréhensible sur le plan politique, sur le plan juridique et je pense aussi sur le plan moral", a-t-elle insisté.

Sur le plan moral, il y aurait sans doute beaucoup de choses à dire. Mais je retiens dans la défense de MAM son affirmation selon laquelle elle aurait parlé, au cours de ses interventions sur Canal+ et France 2, de ses excursions tunisiennes. J’ai revisionné les deux prestations de la ministre. En effet, sur France 2, elle mentionne des excursions. Mais elle se garde bien de préciser que l’une d’elles avait été faite à bord d’un jet privé. A aucun moment, MAM n’a mentionné explicitement ce deuxième vol aller et retour jusqu’à Tozeur en jet privé.

Dans un pays démocratique normal, une ministre prise dans une telle situation aurait déjà démissionné depuis longtemps ou aurait été congédiée.

Mais nous ne sommes probablement pas dans un pays démocratique normal.

Pour se protéger, Mme Alliot-Marie a-t-elle accumulé des dossiers compromettants pour ses amis politiques ? Est-ce de cette manière qu’elle s’est assurée une telle impunité ? MAM a été présidente du RPR entre décembre 1999 et avril 2002. Elle a également été ministre de l’Intérieur entre mai 2007 et juin 2009. Deux postes où il est facile d’obtenir des renseignements précieux et utiles lorsqu’il s’agit ensuite de faire rempart à des attaques amplement justifiées.

mercredi 2 février 2011

MAM s'enlise sur ses vacances en Tunisie : "je n'ai pas pensé à mal"



J’ai rarement vu, pour ne pas dire jamais, un ministre en exercice se ridiculiser autant que Michèle Alliot-Marie ce soir dans le journal de 20h de France 2.

La responsable de la diplomatie française était venue s’expliquer sur son séjour en Tunisie en décembre dernier et sur les révélations du Canard Enchaîné (voir en cliquant ici mon article d’hier à ce sujet).

Il y aurait tant à dire par ailleurs sur les pratiques aéronautiques de ceux qui nous gouvernent : lire en cliquant ici.

MAM, juste avant France 2, était passée sur le plateau du Grand Journal de Canal+ pour rôder ses arguments oiseux.

Face à David Pujadas, MAM a répété qu’elle payait toujours ses vacances personnelles (avion et hôtel –ce qui reste à vérifier-) mais qu’elle avait accepté de monter à bord du jet privé d’un ami tunisien qui justement l’attendait à Tunis et qui, comme par hasard, se rendait à Tabarka, le lieu de villégiature de Michèle Alliot-Marie, de ses parents et de Patrick Ollier (autre membre du gouvernement français). Ça tombait bien, car toute la famille de MAM allait séjourner dans un hôtel de Tabarka appartenant, autre hasard, à l’ami tunisien possédant le jet.

L’ami en question est un septuagénaire qui n’est pas exactement un suppôt du régime Ben Ali mais qui a quand même signé un appel pour que l’ancien président, aujourd’hui en exil, se représente en 2014. Pas vraiment un dissident.

Finalement le degré de soutien de cet ami tunisien à Ben Ali est assez secondaire.

Ce qui est tout à fait stupéfiant, ce sont les explications données par MAM sur France 2. «Quand je suis ministre, je suis ministre. Quand je suis en vacances, je suis comme tous les Français.» Comme si tous les Français avaient des amis qui attendent sur le tarmac avec un jet prêt à décoller.

Réponse à la question de Pujadas sur le fait qu’un ministre monte à bord d’un avion privé : «Honnêtement, je n’ai pas pensé que ça pouvait poser le moindre problème. Je n’ai pas pensé à mal, je n’ai pas vu sur le moment de mal à prendre un avion», confie la ministre.

Pujadas revient à la charge et fait remarquer que les troubles avaient déjà commencé en Tunisie quand MAM y est arrivée en vacances pour 5 jours, entre Noël et le jour de l’an, avec ses parents et son compagnon ministre. Réplique incroyable de MAM : «Les événements sont intervenus après le 1er janvier. Il n’y avait pas de problème. Il n’y avait rien. Regardez les journaux de l’époque. Il n’y avait aucune répression.» J’insiste pour dire que les mots qui précèdent sont le verbatim exact des propos tenus par MAM ce soir sur France 2.

Mais le meilleur est à venir quand MAM évoque le suicide par le feu de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid (centre de la Tunisie), l’événement catalyseur de la révolte.

Le jeune homme s’est immolé le 17 décembre. Des émeutes ont éclaté dès le lendemain dans la région. Ben Ali s’en est inquiété et s’est rendu le 28 décembre au chevet du Mohamed Bouazizi qui est mort le 4 janvier. Ces événements ont été amplement racontés par la presse française et internationale. MAM n’en a rien su avant son séjour à Tabarka ni pendant.

Voici ce que dit Michèle Alliot-Marie sur France 2 : «Le suicide s’est produit, il me semble, à la fin de mon séjour. C’est le souvenir que j’en ai.» C’est évidemment faux : le suicide de Mohamed Bouazizi s’est produit quand MAM était encore à Paris. Ce fait marquant, devenu symbolique, a été immédiatement développé dans tous les médias français. On peut aussi imaginer que la ministre des Affaires étrangères, dans son bureau du Quai d’Orsay, avait d’autres sources (peut-être un télégramme de Pierre Ménat, son clairvoyant ambassadeur à Tunis) pour s’informer sur le pays où elle s’apprêtait à passer quelques jours. Non, rien de tout cela n’a empêché la ministre et son entourage de partir tranquillement en vacances en Tunisie. Un voyage décidé «à la dernière minute», a-t-elle précisé.

MAM sort un argument que je trouve impayable. Sur France 2, elle a dit : «Si on doit aller dans les pays où il ne passe rien, il n’y en a pas beaucoup où vous allez pouvoir vous rendre.» Cette phrase, en dépit de sa syntaxe hasardeuse, est culte.

En bonus, je vous offre une dernière perle confiée par MAM à Pujadas : «J’ai des amis riches mais j’ai aussi des amis qui sont très peu riches en Tunisie». Je n’invente rien. C’est du MAM dans le texte.

Internet a contribué à chasser Ben Ali de Tunisie et fait vaciller actuellement Moubarak en Egypte. Je me demande si Internet ne pourrait pas, en criant très fort, nous débarrasser de MAM.

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Voici la vidéo de ce moment d'anthologie :

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On a appris samedi 5 février que Michèle Alliot-Marie et ses compagnons de voyage avaient profité une deuxième fois d'un vol en jet privé, toujours grâce au même ami, pour effectuer une excursion dans le sud de la Tunisie. (Lire en cliquant ici)