"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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samedi 2 juillet 2011

DSK : les mensonges de Nafissatou Diallo et l'assiette de pâtes à 100$

Nafissatou Diallo, l’immigrante guinéenne, travailleuse et irréprochable, ne serait donc qu’une fieffée menteuse. Elle a accumulé sur son compte en banque 100.000 $, provenant de plusieurs versements inexpliqués en liquide (blanchiment d’argent sale ?). Elle a minoré ses revenus pour conserver un logement social. Elle a triché sur ses déclarations fiscales, en affirmant faussement avoir la garde d’un enfant, en plus de sa propre fille.

Elle possède 5 téléphones portables (ce qui est rare, surtout pour une modeste femme de chambre) qu’elle utilise beaucoup. Dès le lendemain des événements dans la suite 2806 de l’hôtel, elle a notamment téléphoné à un «boyfriend» incarcéré en Arizona pour une affaire de drogue. Dans cette conversation enregistrée par les autorités, elle a confié qu’elle espérait soutirer beaucoup d’argent à un homme riche en l'accusant. 

Elle s’est embrouillée en donnant plusieurs versions contradictoires des circonstances de l’agression supposée. Elle a menti sous serment devant « le grand jury» constitué pour inculper l’accusé. Mentir devant un «grand jury» est sans doute son erreur la plus grave. La justice américaine ne plaisante pas sur ce point, susceptible à lui seul de déclencher un non-lieu en faveur de l’accusé.

Elle avait menti aussi lors de sa demande de droit de séjour aux Etats-Unis. Elle avait inventé une scène de viol collectif en Guinée, avant son départ de ce pays. Quand on invente un viol collectif, on peut aussi inventer un viol singulier dans la suite d’un grand hôtel. Qui peut le plus, peut le moins.

Il sera difficile pour les avocats de Nafissatou Diallo de continuer à défendre un dossier aussi affaibli. L’un de ces avocats, Kenneth Thompson, a utilisé hier un ton étonnamment vindicatif sur les marches du tribunal où l’accusé venait d’être remis en liberté. Thompson s’est même risqué à mettre en cause de manière virulente le procureur en charge du dossier, Cyrus Vance Jr. Stratégie hasardeuse ou désespérée qui ne devrait pas profiter à sa cliente.

A l’inverse, les avocats de l’accusé ont, depuis le début, opté pour le silence absolu, se contentant de déclarer que l’accusation ne tiendrait pas. Ce qui est en passe de se révéler exact.

A tous ceux qui ont critiqué le système judiciaire américain sans le connaître, il faut signaler que les nouveaux éléments dans cette affaire, très défavorables pour la plaignante, ont été découverts et révélés publiquement par le procureur. Ces éléments ne proviennent pas d’une quête destructrice conduite par les avocats de l’accusé qui auraient cherché à démolir l’accusatrice. C’est le procureur (qui constitue le dossier d’accusation) qui a procuré ces pièces favorables à l’accusé.

Avec un peu de recul, on peut affirmer que l’arrestation de l’accusé a été précipitée. Les motifs de l’arrestation (quelques heures seulement après les faits supposés) étaient fondés sur les seules déclarations de la plaignante. Il a fallu un mois et demi pour mesurer la faible crédibilité de ses paroles. A la décharge des enquêteurs, le premier témoignage de Nafissatou Diallo paraissait plausible sur le moment. Aux yeux de la loi américaine, l’interpellation du suspect semblait justifiée.

L’un des nouveaux éléments importants du dossier, c’est cette conversation téléphonique enregistrée entre Nafissatou Diallo et son ami incarcéré en Arizona. Les deux interlocuteurs s’exprimaient en langue peule, parlée en Guinée. Les autorités judiciaires américaines n’ont pas trouvé immédiatement un traducteur fiable pour cette langue relativement rare.

Cette conversation et le mensonge devant «le grand jury» accablent la plaignante. Malheureusement pour l’accusé, ces éléments ne sont apparus que tardivement. Néanmoins, l’enquête a progressé très rapidement (un mois et demi seulement), plus vite finalement qu’une instruction judiciaire dans le système français qui dure souvent plus d’une année, voire plusieurs.

Si la police et la justice avaient pu mesurer sur le champ la fragilité du témoignage de Nafissatou Diallo, l’interpellation du suspect n’aurait sans doute pas été aussi expéditive.

Et beaucoup de choses ne se seraient pas produites. Dominique Strauss-Kahn aurait pris normalement l’avion pour l’Europe. Il aurait pu organiser sa défense sereinement sans passer par la case prison. Il serait resté directeur général du FMI. Christine Lagarde serait restée ministre d’un gouvernement français qui n’aurait pas été remanié. Ce qui nous aurait hélas privé de l’arrivée salutaire de David Douillet. Martine Aubry ne se serait pas lancée dans la primaire socialiste. Jean-François Kahn n’aurait pas déchiré sa carte de presse après ses propos malheureux sur «le troussage de soubrette».

Tout cela si DSK n’avait pas été interpellé à Kennedy Airport le 14 mai. Et si Nafissatou Diallo n’était pas apparue si convaincante dans ses premières déclarations à la police de New York.

Le déroulement abracadabrantesque de ce feuilleton soulève encore beaucoup de questions :
  • Une menteuse avérée peut être victime d’un viol. Le dossier n’est pas classé, même s’il est fortement dévalué.
  • La personnalité et les comportements récurrents de DSK ont été mis au grand jour, pas à son avantage, même s’il était disculpé un jour ou l’autre dans cette affaire newyorkaise. Cela laissera des traces dans l’opinion qui a découvert pleinement à cette occasion le train de vie luxueux dont il bénéficie grâce à son épouse. Embarrassant pour un homme de gauche. La dernière manifestation de cette richesse ostentatoire, c’est ce plat de pâtes au truffes qu’il a dégusté dans un restaurant italien de Manhattan au soir de sa remise en liberté : une assiette de pâtes à 100 $ (69 €). Par chance, DSK n’a pas choisi le plat à 180 $ (124 €), le plus cher de la carte.
  • Comment Nicolas Sarkozy a-t-il été informé en temps réel de l’arrestation de DSK ? A-t-il influé d’une quelconque manière ? Le président se trouvait ce soir-là au stade de France pour la finale de la coupe de France de football. On l’a vu beaucoup utiliser son téléphone portable dans la tribune d’honneur. Il est vrai qu’il le manipule de manière compulsive en toute occasion.
  • La presse française et américaine s’est souvent fourvoyée en écrivant tout et son contraire au fil des mois. Le prestigieux «New York Times», par exemple, nous a offert d’abord un portrait édifiant de la malheureuse victime supposée avant de nous la dépeindre, quelques semaines plus tard, comme un personnage mythomane peu recommandable. Dans ces errements, l’auteur de ces lignes n’est pas en reste...

vendredi 27 mai 2011

Obama stoppe la main de DSK

Quelques petites gâteries (si j’ose dire) à ajouter au dossier DSK.

D’abord cette photo prise en 2009 au sommet du G20 à Pittsburgh aux Etats-Unis.

On y voit Dominique Strauss-Khan, Barack Obama et son épouse Michelle.
 
Regardez bien comme le président américain semble retenir la main de DSK qui se dirige irrésistiblement vers Madame Obama :
Et puis cette vidéo d’une confrontation en 2005 entre DSK et le ministre Hervé Gaymard qui avait du démissionner à cause du prix exorbitant du loyer de son logement de fonction (14.000 €). «10 fois le SMIC !», s’était écrié DSK, très choqué (en réalité, presque 15 fois à l’époque).


La maison louée actuellement par Anne Sinclair pour DSK à Tribeca coûte chaque mois l’équivalent de 35 SMIC. Il est vrai que ce n’est pas de l’argent public. Mais tout de même...
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Les articles récents d’ANYHOW consacrés à DSK (cliquer sur chaque titre pour lire l’article).

jeudi 26 mai 2011

DSK en son humble demeure de proscrit


La presse fait déjà du camping en face du 153 Franklin Street dans le quartier de Tribeca à Manhattan où DSK a pris ses nouveaux quartiers. C'est une belle maison de 628 m2 dont le loyer mensuel est fixé à 50.000 $ par mois (35.000 €), loyer payé par Anne Sinclair. Quand on aime, on ne compte pas. 

Prix de vente : 15 millions de dollars (10,5 millions d'euros), cinq fois plus que la maison d'Anne à Washington, dans le quartier de Georgetown, cette maison qui sert de caution à DSK pour la justice américaine. 

La maison de Tribeca à New York est plus spacieuse et moins spartiate que le cul-de-basse-fosse de Riker's Island : quatre chambres et quatre salles de bain.  

En prime au 153 Franklin street : une salle de fitness équipée et une salle de cinéma. 

L'ancien patron du FMI y est arrivé hier soir :
L'immeuble de deux étages se situe à un 'block' au sud de la rue où John Kennedy Junior possédait un loft.  

Le quartier de Tribeca est ainsi appelé comme diminutif de "Triangle Below Canal" : le triangle en dessous de Canal Street. 


C'est un endroit chic et branché où beaucoup d'anciens entrepôts et ateliers (proches de l'ancien port sur l'Hudson River) ont été convertis en demeures luxueuses. C'est le quartier de Robert de Niro : il y possède un restaurant et ses bureaux et il y organise chaque année un festival de cinéma réputé. 
La rue pavée, assez large, se trouve à proximité du tribunal où DSK pourra se rendre en quelques minutes. Au coin de la rue : un kiosque à journaux où l'ex-futur-président de la République pourra envoyer quelqu'un acheter la presse narrant ses mésaventures. 

Beaucoup d'excellents restaurants sont à proximité. Mais DSK devra se contenter de se faire livrer à domicile leurs spécialités. 

Ce qui n'a pas tardé. Hier soir, la famille Strauss-Kahn n'avait pas eu le temps de faire des courses. Selon le "New York Post", les nouveaux arrivants ont donc commandé un dîner à un restaurant huppé du quartier, le "Landmarc", qui a fait une livraison. Au menu : steaks et salades. Facture : 242,79 $ (171,86 €). Camille, fille de DSK, a laissé au livreur un pourboire de 25 $ (17,69 €). Ça fait 10% de pourboire. Ça parait généreux mais dans un restaurant à New York quand on dîne sur place, la norme est de laisser 15% de pourboire. 

Admirez pour commencer la belle façade du 153 Franklin Street. Un immeuble ancien (construit en 1912, une antiquité pour New York) entièrement réaménagé récemment par un architecte italien de bon goût. Il a réussi à faire entrer la lumière dans un édifice assez sombre, avec très peu de fenêtres, ce qui est souvent le cas dans les immeubles anciens du sud de Manhattan. 
Le rez-de-chaussée est caractéristique du quartier et correspond à d'anciennes écuries.

Voici le plan des quatre niveaux :
Dans le cas de cette maison, le "First Floor" est en réalité un sous-sol aveugle où se trouve la salle de cinéma, la salle de fitness, un cabinet de toilette, un bar, un spa, une buanderie et un local technique. 

L'entrée par la rue se fait au "Second Floor" (en réalité le rez-de-chaussée) dans un vestibule. A gauche, une chambre avec salle de bain, prévue pour un ou une domestique. Cette chambre doit héberger le garde armé qui surveille DSK (200.000 $ par mois pour le garde - tout augmente !). 

Au fond, le grand living-room (sans fenêtre) est éclairé par une grande verrière construite sur la terrasse à l'étage supérieur. Cette pièce est pourvue d'une cheminée. La cuisine adjacente est masquée par des panneaux de bois coulissants.

Au "Third Floor" (en fait, le premier étage), on trouve la terrasse (orientée au sud mais assez encaissée par rapport aux immeubles alentour) et deux chambres avec salle de bain.

Enfin, au "Fourth Floor" (deuxième par rapport à la rue) : la "master bedroom" (la plus grande chambre, donnant sur la rue) contigüe à une salle de bain exceptionnelle (avec fenêtre). C'est l'étage le plus noble qui comprend de vastes rangements.


Commençons donc la visite en images. 

Voici d'abord trois photos du vaste living-room, très haut de plafond, avec cheminée, éclairé par la verrière :
Contemplez les fauteuils confortables de la salle de cinéma du sous-sol (équipement dernier cri) où DSK pourra visionner les films que ANYHOW lui a suggérés :
La salle de fitness au sous-sol où le prisonnier pourra entretenir et (qui sait ?) améliorer sa forme physique :

La cuisine où DSK et son épouse pourront parfaire la cuisson des steaks dont ils sont friands, comme nous l'avait montré le documentaire de Canal + :
La terrasse (au milieu, la verrière qui éclaire le living-room). La terrasse est dotée d'un barbecue au gaz (le seul autorisé à New York - pas visible sur la photo) :
D'autres vues de la maison :


Pas mal, non ?
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Le quotidien populaire "New York Post" résume à sa façon ce déménagement avec ce titre à la 'une' : "CHEZ PERV". Autrement dit :"CHEZ LE PERVERS". En cas de procès, le jury populaire appréciera. 

jeudi 19 mai 2011

DSK : la photo de trop

C’est vraiment la photo de trop.

Autant je trouvais légitime que DSK sorte du commissariat de Harlem menotté, sous les objectifs et que l'audience au tribunal soit ensuite filmée, comme pour tout autre justiciable. 

Autant je trouve scandaleux que le ‘New York Daily News’ publie sur papier et sur son site web la photo d’un homme désemparé dans sa cellule de la prison de Riker’s Island.

D’où vient cette photo, d’ailleurs ? Forcément d’un gardien qui s’est sans doute fait graisser la patte par le journal pour saisir ce cliché d’un homme aux abois.

DSK doit être traité comme les autres suspects impliqués dans une affaire grave.

De la même manière, mais pas moins bien.

Cette photo est dégradante, offensante. Les médias français ne la diffusent pas, sauf par exemple le site ‘Le Post’ (filiale du journal «Le Monde», éternel donneur de leçons déontologiques).

Les règles de décence n’ont évidemment plus aucune validité. N’importe qui peut aller sur le site du quotidien américain et voir cette photo de DSK, hagard derrière les barreaux.

C’est indigne et révoltant.

mercredi 18 mai 2011

DSK : complot, consentement, calvaire

Quelques récents développements dans l'affaire DSK



Théorie du complot
Les Français, quand ils ne comprennent pas une histoire ou refusent d’y croire, préfèrent affirmer qu’il s’agit d’un complot. C’est tellement énorme que c’est forcément louche. 57% des Français interrogés par l’institut CSA sont convaincus que le patron du FMI est victime d’une machination. Qui aurait monté cette conspiration ? C’est moins clair. Nicolas Sarkozy, le FMI, la CIA ? Pourquoi pas les services secrets grecs à cause de la cure d’austérité imposée par DSK ? 

Les instituts de sondage devraient poser une autre question : pensez-vous plausible que Dominique Strauss-Kahn, seul dans la suite d’un grand hôtel, soit tenté d’abuser d’une femme de chambre ? Compte tenu de ses antécédents, on connaît la réponse, même si les médias français ont toujours été passablement indulgents à l’égard du comportement du dignitaire socialiste.


La machine policière et judiciaire américaine
Avec une rare hypocrisie, les Français prétendent découvrir les pratiques de la police et de la justice aux Etats-Unis. Et pourtant, presque tous les soirs, les Français sont gavés de séries policières américaines qui montrent précisément les arrestations brutales, les menottes, l’exhibition des prévenus devant les médias, les caméras dans les tribunaux. Tout cela figure dans les séries parce que c’est la réalité du système américain. DSK ne doit pas s’en étonner. Ce qui lui a été infligé est imposé tous les jours aux suspects de nombreuses affaires, même les plus célèbres. 

Michael Jackson, vedette planétaire, n’avait pas échappé à ce traitement brutal, menottes comprises. On peut s’en indigner mais DSK n’a pas été traité plus durement que les autres suspects. 
C’est ce qu’on appelle le «perp walk», la «promenade du suspect» est un grand classique aux Etats-Unis. Le plus célèbre «perp walk» s’est mal terminé. C’était en novembre 1963 à Dallas. Deux jours après l’assassinat de John Kennedy, dans le sous-sol de l’immeuble de la police de la ville, Lee Harvey Oswald apparaît encadré d’inspecteurs en civil. Il est exhibé devant les photographes. Dans la confusion, Jack Ruby sort une arme et abat le suspect.


Quand il s'agit d'un petit malfrat, les images sont seulement   diffusées par les médias locaux, directement concernés. Dans le cas d’une personnalité connue dans le monde entier, les photos et les reportages de télé se propagent partout.


La stratégie du consentement
Les avocats de DSK pourraient opter pour un système de défense risqué. Ils pourraient s’orienter vers la version d’une relation consentie de leur client avec la femme de chambre. Comme disait Coluche : «Monsieur le Juge, je ne l’ai pas violée, pas plus que les autres. Je vous ferai remarquer que violer, c’est quand on ne veut pas. Moi, je voulais !». Ce serait une stratégie audacieuse qui tendrait à confirmer néanmoins qu’il y a bien eu une rencontre entre DSK et la femme de chambre. Jusqu’à présent, on était dans le déni du côté du patron du FMI. Maintenant, la défense pourrait admettre que, de manière fortuite, DSK s’est retrouvé en tête-à-tête avec la femme de ménage. L’employée de l’hôtel, elle, a reconnu formellement son agresseur au cours de la confrontation au commissariat de Harlem. Au moment des faits, elle ignorait de qui il s’agissait. 

Si les avocats de DSK plaident le consentement, ce serait une manœuvre préventive : ils pourront plus facilement expliquer les prélèvements ADN qui risquent d’être accablants pour leur client. Quelle que soit la vérité, on notera que DSK a quitté l’hôtel illico pour, dit-il, aller déjeuner avec Camille, l’une de ses filles. Un petit coup vite fait (et un peu raté) avec une femme de chambre (prétendument consentante) avant de deviser avec sa fille devant un carpaccio de saumon, c’est raffiné !

Le calvaire de DSK
Dominique Strauss-Kahn vit actuellement le moment les plus pénible de son existence. C’est évident. La prison de Riker’s Island est un univers hostile, en contraste total avec son environnement habituel : les limousines, les vastes demeures, les suites douillettes dans les hôtels luxueux et les fauteuils de première classe dans les avions. 

DSK a été placé sous surveillance renforcée dans sa cellule afin de prévenir toute tentative de suicide. Il n’est pas le seul à souffrir. Imaginez ce que doit traverser Anne Sinclair qui a déjà fait front à l’occasion d’incartades précédentes de son époux. 

Mais pensez surtout à cette femme de chambre guinéenne dont la vie est totalement chamboulée depuis samedi après-midi. Après le choc de la probable agression sexuelle sur son lieu de travail, elle a été confrontée à DSK au commissariat et elle est désormais obligée de se cacher. Elle ne peut plus vivre chez elle. Les détectives travaillant pour la défense de DSK fouillent dans le passé de cette femme et écument son quartier du Bronx afin de dénicher des éléments négatifs la concernant. La première victime, c’est elle. Les hiérarques socialistes qui se lamentent sur le sort de leur chouchou ne devraient jamais l’oublier.
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    mardi 17 mai 2011

    DSK : la justice américaine fait son boulot


    Il n’était pas beau à voir, le flamboyant directeur général du FMI après sa garde à vue à Harlem, mélangé au menu fretin de la justice ordinaire du tribunal de New York : les petits dealers, les arracheurs de sacs à main, les voleurs à l’étalage, les crétins tabasseurs, les peloteurs de parking, les braqueurs d’épicerie.

    Faisait pas le fier, le chouchou des sondages, mal rasé, avec sa chemise défraichie et son imper informe. Traité comme tout le monde. Plus de Porsche des copains, plus de riad à Marrakech, plus d’appart place des Vosges, plus de suite au Sofitel, plus de siège première classe sur Air France.

    Oui, c’est brutal. Et pourquoi faudrait-il donc qu’il en soit autrement ? Pourquoi faudrait-il traiter différemment un potentat lorsqu’il est accusé d’un possible crime ? Pas de Justice de classe, c'est aussi ça la démocratie. 
    Les Etats-Unis ne font pas de détail, c’est sûr. Un président en exercice (Bill Clinton) a été pourchassé  de manière implacable par un procureur pour quelques galipettes dans le bureau ovale. Il a bien failli se faire éjecter.

    Evidemment, c’est difficile à comprendre pour les Français, habitués à voir les puissants passer entre les gouttes. Jacques Chirac, à demi-gâteux, va peut-être seulement commencer à répondre devant un tribunal de ses agissements douteux. Pas les agissements sexuels. Là, il est intouchable. Et pourtant, il y aurait matière. Je parle des magouilles financières qui ont émaillé son parcours.

    Oui, c’est vrai, DSK va croupir à la prison de Riker's Island à New York plusieurs jours, semaines, mois. On n’est pas à la Santé. Riker's Island, c'est un enfer carcéral où on lui a accordé une cellule individuelle, pour le protéger. Il n’aura jamais été aussi proche du peuple. Pas sûr qu’il aime voir le populo d’aussi près. Il n’est pas habitué. 


    «Il n’y a pas mort d’homme, après tout», disait Jack Lang sur France 2. Non, il y a juste le possible viol d’une femme, une immigrée africaine qui bossait dur dans un hôtel de luxe pour assurer un avenir à sa fille adolescente de 15 ans. Rien de grave, on vous dit.


    La violence des images, ajoute-t-on. Ces Américains sont indécents : l’humiliation du favori de la République française ! Et la violence ressentie par cette femme de chambre qui frappe à la porte de la suite 2806 du Sofitel et qui se fait (peut-être) culbuter par un sexagénaire concupiscent ? C’est aussi de la violence, non ?



    Ça mérite bien qu’un tribunal examine la question, sans ménagement.



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    lundi 16 mai 2011

    DSK s'est livré au NYPD par un coup de fil imprudent



    Comme dans un roman policier, c’est un petit détail qui a été fatal à Dominique Strauss-Kahn, samedi après-midi à New York, l’empêchant de s’envoler vers Paris et d’échapper à son arrestation.

    La «scène» avec la femme de chambre se déroule à la mi-journée dans la suite 2806 du Sofitel proche de Times Square. Selon la police de New York, la rencontre entre DSK et la femme de chambre a eu lieu vers midi et DSK a quitté l'hôtel entre 12 h 28 et 12 h 38, selon la direction l'hôtel. Une caméra vidéo de surveillance du Sofitel a capté le départ furtif de DSK. C'est une pièce à conviction dont se servira l'accusation.


    Premier mystère : pourquoi DSK est-il descendu seul pour une nuit au Sofitel, dans une suite à 3000$ (finalement facturée seulement 525$, selon certaines sources), alors qu'il dispose d'un appartement à New York ? Il n'avait aucun rendez-vous officiel à New York. Il y a par ailleurs des vols directs Air-France vers Paris au départ de Washington, lieu de résidence du directeur général du FMI. L'alibi avancé par la défense de DSK est un déjeuner samedi midi à New York avec sa fille Camille. Nous y reviendrons. 


    La femme de chambre, Nafissatou Diallo, est une immigrée venue d'Afrique, âgée de 32 ans. Selon le "New York Daily News", elle serait de haute stature : environ 1,80 m. Elle est employée par le Sofitel depuis trois ans. Ce n'est donc pas une personne qui se serait fait embaucher récemment dans le but de tendre un piège. Elle donne entière satisfaction par son travail et son comportement, selon la direction de l'hôtel. Elle élève seule une fille adolescente dans un appartement du Bronx. Les voisins n'ont que des éloges à son égard.


    Après l'agression supposée, la femme de chambre donne l’alerte rapidement.  DSK quitte l’hôtel sans tarder. Dans sa précipitation, il laisse derrière lui dans la suite quelques affaires personnelles dont un téléphone portable.

    DSK possède plusieurs téléphones portables : un appareil fourni pour le FMI dont les conversations sont cryptées pour des raisons de sécurité. Et plusieurs autres, à usage personnel. Certains avancent le chiffre de sept portables ! On ne sait pas lequel DSK a oublié à l’hôtel.

    La police de New York arrive au Sofitel vers 13 h 30. DSK est déjà parti depuis une heure. Il est en route vers l’aéroport Kennedy à bord d’une limousine (dont le chauffeur fait partie des témoins qui seront entendus par les enquêteurs). 


    Selon "Le Monde", DSK, sur le chemin de l'aéroport, aurait téléphoné à Paris à Anne Sinclair en évoquant "un problème grave", sans donner à son épouse davantage de précisions.


    Selon une autre version, il aurait trouvé le temps de déjeuner avec l'une de ses quatre filles (issues de deux mariages précédents) : Camille, 26 ans, étudiante à Columbia. Après ce déjeuner, DSK aurait pris un taxi pour se rendre à l'aéroport. Le témoignage de Camille est important, même s'il peut être sujet à caution, en raison de la proximité familiale avec le personnage impliqué. On pourra le recouper avec les dépositions du personnel du restaurant, si ce déjeuner a effectivement eu lieu. Mais un éventuel déjeuner n'exclut pas la rencontre dans la suite avec la femme de chambre si l'hôtel a enregistré le départ de DSK à 12 h 28. Où a eu lieu ce déjeuner ? Sûrement pas au Sofitel, truffé de policiers aux aguets. 


    Le décollage du vol vers Paris est prévu à 16 h 40, sur le vol Air France 23 à destination de Roissy. Compte tenu des embouteillages fréquents sur le trajet (prévoir au moins une heure) et des formalités d’embarquement (sûrement simplifiées pour un passager VIP voyageant en première classe), c’est un délai raisonnable pour ne pas rater son avion, même en incluant un déjeuner rapide à Manhattan. 

    Il faut préciser que la réservation avait été faite depuis longtemps : DSK avait plusieurs rendez-vous importants en Europe cette semaine. Il ne s’est donc pas jeté dans le premier avion disponible. Ce point sera utile pour sa défense.

    Arrivé à Kennedy Airport, DSK passe à l’enregistrement à 15 h 40 et s’aperçoit alors de l’absence de l’un de ses téléphones portables.

    Et là, il commet une grave erreur : il appelle le Sofitel pour signaler qu’il a oublié le fameux portable. Les policiers qui ont investi les lieux sont à côté de l’employé de l’hôtel qui prend la communication. Sans savoir encore si le téléphone se trouve effectivement dans la suite 2806, les policiers demandent à l’employé du Sofitel de dire à DSK : «oui, nous avons votre portable».

    DSK explique alors qu’il se trouve à Kennedy Airport. Les policiers l’ignoraient encore. C’est donc DSK lui-même qui, sans le savoir, donne à la police newyorkaise une indication géographique très précieuse. DSK aurait pu se trouver n’importe où ailleurs, par exemple à l’aéroport de Newark où Air France assure aussi des liaisons avec Paris.

    Ensuite, le scénario se précipite : la police de New York (NYPD) contacte la police de l’aéroport (PAPD - Port Authority Police Department) qui a compétence territoriale sur les installations portuaires et aéroportuaires.

    L’Airbus A330 d’Air France n’est pas encore parti. Il est toujours garé devant la porte d’embarquement. La passerelle est encore en place. Nous sommes à quelques minutes du moment où l’avion va quitter le terminal. Les policiers du PAPD montent à bord et interpellent DSK, assis dans son fauteuil 1K de première classe. Le suspect est ensuite livré aux hommes du NYPD et transféré au commissariat de Harlem qui abrite la célèbre «Special Victims Unit» qui s’occupe des affaires sexuelles.

    C’est là qu’il sera longuement interrogé et confronté à la femme de chambre qui a formellement reconnu son agresseur. C’est de ce commissariat de Harlem que DSK sortira menottes aux poignets, encadré de deux inspecteurs en civil, devant une nuée de photographes et d'équipes de télévision. 

    Le coup de fil de DSK au Sofitel indiquant qu’il était à Kennedy Airport a fait gagner beaucoup de temps à la police newyorkaise. Sans cette indication, l’avion d’Air France aurait décollé vers Paris, avec DSK à bord. Une fois l’appareil au dessus des eaux internationales, il aurait été impossible de lui demander de faire demi-tour pour se reposer à New York.

    Le «New York Times» livre un autre témoignage. Les journalistes américains ont retrouvé un Norvégien qui séjournait aussi au Sofitel. Plus tard dans la journée de samedi, il a été passager de la limousine empruntée par DSK pour se rendre à Kennedy Airport. Il l’a utilisée après DSK mais c’était le même chauffeur. Selon ce Norvégien, le chauffeur a remarqué que DSK semblait très pressé et qu’il était «stressé et préoccupé».

    Tellement stressé qu’il n’a pas eu conscience qu’il se livrait à la police en annonçant par téléphone qu’il se trouvait encore à l’aéroport. Simple comme un coup de fil.

    S’il était arrivé en France comme prévu dimanche matin vers 6 h 30, il n’aurait pas échappé à l’accusation mais elle aurait pu être gérée à distance, plus discrètement, sans interpellation et sans les images humiliantes de la sortie du commissariat de Harlem.

    Il aurait évidemment été interpellé aussitôt dès son retour sur le sol américain. Ce qu’il aurait peut-être évité de faire. Il serait devenu un nouveau Roman Polanski.



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