"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 7 septembre 2011

Pour en finir (un peu) avec le 11 septembre

Je suis un «rescapé» du 11 septembre 2001. Enfin, j’exagère. 


J’ai quitté New York le soir du 1er septembre de cette année-là. Je venais de vivre douze années aux Etats-Unis, dont dix à 1500 mètres du World Trade Center. Le 1er  septembre, c'était un samedi. Le matin de ce jour-là, je suis allé prendre mon petit déjeuner au "Starbucks" du World Financial Center, des immeubles de bureaux qui font partie du complexe du World Trade Center. Mon dernier petit déjeuner de résident à New York... Après avoir bu mon "espresso doppio" et avalé mes muffins, je suis passé à pied entre les deux tours jumelles, le "New York Times" sous le bras. Il était environ 8 heures du matin. Le temps était splendide. Dix jours plus tard, au même endroit à la même heure, le mardi 11 septembre, il faisait également très beau. Le ciel s'est vite obscurci, à 8h46, mais pas pour des raisons météorologiques.

Dix ans après cette date fatidique, je souhaiterais davantage de modération dans la commémoration médiatique qui s’ébauche en France et qui fonctionne de manière frénétique de l’autre côté de l’Atlantique, d’après les amis avec qui je suis en contact là-bas. Petit rappel : un anniversaire n’est pas une information. Les journalistes moutonniers l’oublient toujours.

Je ne nie pas l'horreur de l'événement et ses nombreuses conséquences pour des milliers d'individus et leurs familles. Je mesure le choc ressenti par les New Yorkais et les Américains en général, même une décennie plus tard.

J'aime profondément ce pays. Mon premier voyage remonte à 1969. J'avais 16 ans. Ce voyage a marqué ma vie et la marque encore.

Mais il faut aussi que les Américains apprennent à prendre du recul, à relativiser, à considérer ce qui se passe ailleurs.

La guerre en Irak, voulue par un président élu et réélu, est une faute lourde, cautionnée par un pays démocratique et ses institutions, avec l'assentiment tacite ou exprimé de presque tous les médias, y compris les plus intelligents. Cette guerre a fait des milliers de morts, dans tous les camps, sous des prétextes infondés : Saddam Hussein ne possédait pas d’armes de destruction massive et son pays n’était pas une base d’Al-Qaida.

Je pourrais aussi évoquer le Vietnam, pays que j'ai découvert il y a peu et qui a énormément souffert de la guerre lancée (et perdue) par les Etats-Unis, toujours au nom de la démocratie. Le napalm, les massacres, ce n’était pas une plaisanterie. L'origine de ce conflit asiatique remontait, il est vrai, aux errances coupables du colonialisme français...

Le 11 septembre 2001 n'est pas la pire tragédie ou le tournant le plus décisif de l’Histoire contemporaine ni même de ce siècle encore tout jeune. Il y en aura d'autres. La catastrophe de Fukushima pourrait ou devrait avoir des conséquences plus profondes sur notre manière de consommer, de produire de l’énergie, de vivre en accord avec notre environnement et de faire de la politique. C’est du moins ce que l’on peut espérer. Mais ceci est une autre histoire.

Je critique suffisamment les Français qui ne voient le monde que par le petit bout de leur lorgnette embuée. Les Américains ont aussi parfois la vue basse en oubliant les carnages du passé.

Et pourtant, dans leur courte Histoire, les Etats-Unis ont traversé des bains de sang bien plus effroyables. La guerre de Sécession (Civil War) avec ses plus de 600.000 morts a été plus meurtrière que la Seconde Guerre Mondiale pour l'ensemble des troupes américaines engagées sur tous les fronts de ce conflit. Il ne s'agit pas d'établir un palmarès des hécatombes. Ce n'est pas un macabre concours.

Le choc du 11 septembre, contrairement à ce qu’on a dit à l’époque, n’a pas fondamentalement modifié les habitudes et les comportements des Américains. C’est un événement tragique et ponctuel. C’est seulement un épisode de l’histoire américaine et du monde. Ce n’est pas un événement fondateur.

Le 11 septembre s’inscrit dans un processus historique beaucoup plus large : la chute du communisme qui a mis fin à la politique des blocs issue de la Guerre Froide, favorisant la montée du fondamentalisme islamiste avec ses avatars extrêmes du terrorisme.

Le 11 septembre n’est pas, à mes yeux, une date clé comme le voyage de Christophe Colomb suivi du peuplement de l’Amérique par les Européens, l’invention de l’imprimerie ou du moteur à explosion, l’arrivée d’Hitler au pouvoir ou la chute du mur de Berlin.

Ce que les hommes de Ben Laden ont réalisé avec une cruelle réussite est un acte sanglant, considéré à juste titre comme odieux par toute personne ayant un minimum de conscience. Mais ce n’est ni le début ni la fin de quoi que se soit. «Plus rien ne sera jamais comme avant», a-t-on dit le 12 septembre 2001. C’est faux.

Les Etats-Unis ont continué sur leur lancée, avec le meilleur et aussi le pire de ce grand pays à la fois généreux et incroyablement injuste : le capitalisme financier fait des ravages, la politique de santé reste bancale, le système éducatif est déficient, la violence gangrène toujours les villes et les campagnes à cause de la prolifération des armes à feu, la peine de mort reste en vigueur, le racisme perdure malgré les acquis des années 60.


Le lieu commun, quand les Etats-Unis sont meurtris ou attaqués, est de dire : "L'Amérique a perdu son innocence". On l'a dit à propos de l'attaque japonaise contre la base de Pearl Harbor en 1941. On l'a répété pour l'assassinat de John F. Kennedy à Dallas en 1963. L'expression a été ressortie pour le 11 septembre 2001. On ne perd pas son innocence plusieurs fois. C'est comme le pucelage. Aucun pays ne peut être considéré totalement "innocent" ou "coupable". La France a plusieurs taches indélébiles sur ses pages d'Histoire (les guerres napoléoniennes et Vichy, pour ne citer que deux exemples). Les Etats-Unis se sont construits sur deux "péchés originels" : l'éradication presque totale de la population indigène, les tribus indiennes, par les armes, les mauvais traitements, l'alcool et les maladies. Et la pratique de l'esclavage qui n'a pas été une exclusivité américaine.


Mais ce pays, je l’aime pour et malgré ce qu’il est. Et pour ce qu’il est capable de devenir. C’est une nation jeune. Laissons-lui sa chance.

Un mot encore, car c’est souvent négligé : le 11 septembre 2001 a eu un énorme retentissement grâce à la concentration des médias à New York. Par hypothèse, imaginez la même chose dans une ville d’Afrique, sans caméras disponibles en direct immédiatement ni un fort contingent de journalistes vivant sur place. Nous en aurions beaucoup moins parlé. Aussi parce que, globalement, les Africains, on s’en fout. Et c’est bien regrettable. Pas de journalistes et de caméras en ce moment en Somalie (car c’est matériellement impossible). Circulez, il n’y a rien à voir dans ce pays exsangue et qui crève de faim.

La destruction des tours jumelles a bénéficié d’un énorme effet de loupe à New York car les networks (ABC, NBC, CBS), les chaines d’infos en continu et les stations locales avaient des studios, des équipes, du matériel utilisables sur le champ. 

Le second avion
L’image du premier avion percutant la première tour n’a été bien captée que par une seule caméra, celle du jeune français Jules Naudet qui faisait un documentaire sur les pompiers du sud de Manhattan et qui se trouvait, par hasard, dans le secteur du World Trade Center à ce moment-là. Il existe une autre vidéo, prise par un amateur sous un autre angle, mais de moins bonne qualité. Pour l’arrivée du second avion, des dizaines de caméras étaient déjà en action pour retransmettre en direct le second acte du scénario terroriste. La tragédie, réelle, a été infiniment grossie par le prisme médiatique de la ville la mieux équipée technologiquement au monde.

Alors que reste-t-il du 11 septembre ? La douleur, le chagrin et le deuil des familles des victimes, évidemment. Le traumatisme des blessés et de tous ceux qui ont vécu sur place ces terribles journées. Il reste aussi le bourbier militaire en Afghanistan, renforcé par la complaisance de l’Occident à l’égard du Pakistan et des monarchies du Golfe. Il reste Guantanamo, pénitencier américain qui échappe à toutes les lois internationales. Il reste également une paranoïa sécuritaire instaurée par l’administration de George W. Bush. Cette obsession antiterroriste n’a pas diminué avec Barack Obama.

Dans ce domaine, Ben Laden a réussi durablement à rendre les voyages en avion très pénibles, avec la multiplication des contrôles et des interdictions plus ou moins baroques. Et si c’était ça, finalement, l'«héritage» («legacy» en anglais) le plus tangible du 11 septembre ?

jeudi 26 mai 2011

DSK en son humble demeure de proscrit


La presse fait déjà du camping en face du 153 Franklin Street dans le quartier de Tribeca à Manhattan où DSK a pris ses nouveaux quartiers. C'est une belle maison de 628 m2 dont le loyer mensuel est fixé à 50.000 $ par mois (35.000 €), loyer payé par Anne Sinclair. Quand on aime, on ne compte pas. 

Prix de vente : 15 millions de dollars (10,5 millions d'euros), cinq fois plus que la maison d'Anne à Washington, dans le quartier de Georgetown, cette maison qui sert de caution à DSK pour la justice américaine. 

La maison de Tribeca à New York est plus spacieuse et moins spartiate que le cul-de-basse-fosse de Riker's Island : quatre chambres et quatre salles de bain.  

En prime au 153 Franklin street : une salle de fitness équipée et une salle de cinéma. 

L'ancien patron du FMI y est arrivé hier soir :
L'immeuble de deux étages se situe à un 'block' au sud de la rue où John Kennedy Junior possédait un loft.  

Le quartier de Tribeca est ainsi appelé comme diminutif de "Triangle Below Canal" : le triangle en dessous de Canal Street. 


C'est un endroit chic et branché où beaucoup d'anciens entrepôts et ateliers (proches de l'ancien port sur l'Hudson River) ont été convertis en demeures luxueuses. C'est le quartier de Robert de Niro : il y possède un restaurant et ses bureaux et il y organise chaque année un festival de cinéma réputé. 
La rue pavée, assez large, se trouve à proximité du tribunal où DSK pourra se rendre en quelques minutes. Au coin de la rue : un kiosque à journaux où l'ex-futur-président de la République pourra envoyer quelqu'un acheter la presse narrant ses mésaventures. 

Beaucoup d'excellents restaurants sont à proximité. Mais DSK devra se contenter de se faire livrer à domicile leurs spécialités. 

Ce qui n'a pas tardé. Hier soir, la famille Strauss-Kahn n'avait pas eu le temps de faire des courses. Selon le "New York Post", les nouveaux arrivants ont donc commandé un dîner à un restaurant huppé du quartier, le "Landmarc", qui a fait une livraison. Au menu : steaks et salades. Facture : 242,79 $ (171,86 €). Camille, fille de DSK, a laissé au livreur un pourboire de 25 $ (17,69 €). Ça fait 10% de pourboire. Ça parait généreux mais dans un restaurant à New York quand on dîne sur place, la norme est de laisser 15% de pourboire. 

Admirez pour commencer la belle façade du 153 Franklin Street. Un immeuble ancien (construit en 1912, une antiquité pour New York) entièrement réaménagé récemment par un architecte italien de bon goût. Il a réussi à faire entrer la lumière dans un édifice assez sombre, avec très peu de fenêtres, ce qui est souvent le cas dans les immeubles anciens du sud de Manhattan. 
Le rez-de-chaussée est caractéristique du quartier et correspond à d'anciennes écuries.

Voici le plan des quatre niveaux :
Dans le cas de cette maison, le "First Floor" est en réalité un sous-sol aveugle où se trouve la salle de cinéma, la salle de fitness, un cabinet de toilette, un bar, un spa, une buanderie et un local technique. 

L'entrée par la rue se fait au "Second Floor" (en réalité le rez-de-chaussée) dans un vestibule. A gauche, une chambre avec salle de bain, prévue pour un ou une domestique. Cette chambre doit héberger le garde armé qui surveille DSK (200.000 $ par mois pour le garde - tout augmente !). 

Au fond, le grand living-room (sans fenêtre) est éclairé par une grande verrière construite sur la terrasse à l'étage supérieur. Cette pièce est pourvue d'une cheminée. La cuisine adjacente est masquée par des panneaux de bois coulissants.

Au "Third Floor" (en fait, le premier étage), on trouve la terrasse (orientée au sud mais assez encaissée par rapport aux immeubles alentour) et deux chambres avec salle de bain.

Enfin, au "Fourth Floor" (deuxième par rapport à la rue) : la "master bedroom" (la plus grande chambre, donnant sur la rue) contigüe à une salle de bain exceptionnelle (avec fenêtre). C'est l'étage le plus noble qui comprend de vastes rangements.


Commençons donc la visite en images. 

Voici d'abord trois photos du vaste living-room, très haut de plafond, avec cheminée, éclairé par la verrière :
Contemplez les fauteuils confortables de la salle de cinéma du sous-sol (équipement dernier cri) où DSK pourra visionner les films que ANYHOW lui a suggérés :
La salle de fitness au sous-sol où le prisonnier pourra entretenir et (qui sait ?) améliorer sa forme physique :

La cuisine où DSK et son épouse pourront parfaire la cuisson des steaks dont ils sont friands, comme nous l'avait montré le documentaire de Canal + :
La terrasse (au milieu, la verrière qui éclaire le living-room). La terrasse est dotée d'un barbecue au gaz (le seul autorisé à New York - pas visible sur la photo) :
D'autres vues de la maison :


Pas mal, non ?
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Le quotidien populaire "New York Post" résume à sa façon ce déménagement avec ce titre à la 'une' : "CHEZ PERV". Autrement dit :"CHEZ LE PERVERS". En cas de procès, le jury populaire appréciera. 

dimanche 22 mai 2011

Sélection de DVD pour DSK



Pour occuper les longues journées de liberté très surveillée de DSK, je me permets de lui soumettre une petite sélection de DVD qui lui remonteront le moral ou lui donneront des idées.


jeudi 19 mai 2011

DSK : la photo de trop

C’est vraiment la photo de trop.

Autant je trouvais légitime que DSK sorte du commissariat de Harlem menotté, sous les objectifs et que l'audience au tribunal soit ensuite filmée, comme pour tout autre justiciable. 

Autant je trouve scandaleux que le ‘New York Daily News’ publie sur papier et sur son site web la photo d’un homme désemparé dans sa cellule de la prison de Riker’s Island.

D’où vient cette photo, d’ailleurs ? Forcément d’un gardien qui s’est sans doute fait graisser la patte par le journal pour saisir ce cliché d’un homme aux abois.

DSK doit être traité comme les autres suspects impliqués dans une affaire grave.

De la même manière, mais pas moins bien.

Cette photo est dégradante, offensante. Les médias français ne la diffusent pas, sauf par exemple le site ‘Le Post’ (filiale du journal «Le Monde», éternel donneur de leçons déontologiques).

Les règles de décence n’ont évidemment plus aucune validité. N’importe qui peut aller sur le site du quotidien américain et voir cette photo de DSK, hagard derrière les barreaux.

C’est indigne et révoltant.

lundi 16 mai 2011

DSK s'est livré au NYPD par un coup de fil imprudent



Comme dans un roman policier, c’est un petit détail qui a été fatal à Dominique Strauss-Kahn, samedi après-midi à New York, l’empêchant de s’envoler vers Paris et d’échapper à son arrestation.

La «scène» avec la femme de chambre se déroule à la mi-journée dans la suite 2806 du Sofitel proche de Times Square. Selon la police de New York, la rencontre entre DSK et la femme de chambre a eu lieu vers midi et DSK a quitté l'hôtel entre 12 h 28 et 12 h 38, selon la direction l'hôtel. Une caméra vidéo de surveillance du Sofitel a capté le départ furtif de DSK. C'est une pièce à conviction dont se servira l'accusation.


Premier mystère : pourquoi DSK est-il descendu seul pour une nuit au Sofitel, dans une suite à 3000$ (finalement facturée seulement 525$, selon certaines sources), alors qu'il dispose d'un appartement à New York ? Il n'avait aucun rendez-vous officiel à New York. Il y a par ailleurs des vols directs Air-France vers Paris au départ de Washington, lieu de résidence du directeur général du FMI. L'alibi avancé par la défense de DSK est un déjeuner samedi midi à New York avec sa fille Camille. Nous y reviendrons. 


La femme de chambre, Nafissatou Diallo, est une immigrée venue d'Afrique, âgée de 32 ans. Selon le "New York Daily News", elle serait de haute stature : environ 1,80 m. Elle est employée par le Sofitel depuis trois ans. Ce n'est donc pas une personne qui se serait fait embaucher récemment dans le but de tendre un piège. Elle donne entière satisfaction par son travail et son comportement, selon la direction de l'hôtel. Elle élève seule une fille adolescente dans un appartement du Bronx. Les voisins n'ont que des éloges à son égard.


Après l'agression supposée, la femme de chambre donne l’alerte rapidement.  DSK quitte l’hôtel sans tarder. Dans sa précipitation, il laisse derrière lui dans la suite quelques affaires personnelles dont un téléphone portable.

DSK possède plusieurs téléphones portables : un appareil fourni pour le FMI dont les conversations sont cryptées pour des raisons de sécurité. Et plusieurs autres, à usage personnel. Certains avancent le chiffre de sept portables ! On ne sait pas lequel DSK a oublié à l’hôtel.

La police de New York arrive au Sofitel vers 13 h 30. DSK est déjà parti depuis une heure. Il est en route vers l’aéroport Kennedy à bord d’une limousine (dont le chauffeur fait partie des témoins qui seront entendus par les enquêteurs). 


Selon "Le Monde", DSK, sur le chemin de l'aéroport, aurait téléphoné à Paris à Anne Sinclair en évoquant "un problème grave", sans donner à son épouse davantage de précisions.


Selon une autre version, il aurait trouvé le temps de déjeuner avec l'une de ses quatre filles (issues de deux mariages précédents) : Camille, 26 ans, étudiante à Columbia. Après ce déjeuner, DSK aurait pris un taxi pour se rendre à l'aéroport. Le témoignage de Camille est important, même s'il peut être sujet à caution, en raison de la proximité familiale avec le personnage impliqué. On pourra le recouper avec les dépositions du personnel du restaurant, si ce déjeuner a effectivement eu lieu. Mais un éventuel déjeuner n'exclut pas la rencontre dans la suite avec la femme de chambre si l'hôtel a enregistré le départ de DSK à 12 h 28. Où a eu lieu ce déjeuner ? Sûrement pas au Sofitel, truffé de policiers aux aguets. 


Le décollage du vol vers Paris est prévu à 16 h 40, sur le vol Air France 23 à destination de Roissy. Compte tenu des embouteillages fréquents sur le trajet (prévoir au moins une heure) et des formalités d’embarquement (sûrement simplifiées pour un passager VIP voyageant en première classe), c’est un délai raisonnable pour ne pas rater son avion, même en incluant un déjeuner rapide à Manhattan. 

Il faut préciser que la réservation avait été faite depuis longtemps : DSK avait plusieurs rendez-vous importants en Europe cette semaine. Il ne s’est donc pas jeté dans le premier avion disponible. Ce point sera utile pour sa défense.

Arrivé à Kennedy Airport, DSK passe à l’enregistrement à 15 h 40 et s’aperçoit alors de l’absence de l’un de ses téléphones portables.

Et là, il commet une grave erreur : il appelle le Sofitel pour signaler qu’il a oublié le fameux portable. Les policiers qui ont investi les lieux sont à côté de l’employé de l’hôtel qui prend la communication. Sans savoir encore si le téléphone se trouve effectivement dans la suite 2806, les policiers demandent à l’employé du Sofitel de dire à DSK : «oui, nous avons votre portable».

DSK explique alors qu’il se trouve à Kennedy Airport. Les policiers l’ignoraient encore. C’est donc DSK lui-même qui, sans le savoir, donne à la police newyorkaise une indication géographique très précieuse. DSK aurait pu se trouver n’importe où ailleurs, par exemple à l’aéroport de Newark où Air France assure aussi des liaisons avec Paris.

Ensuite, le scénario se précipite : la police de New York (NYPD) contacte la police de l’aéroport (PAPD - Port Authority Police Department) qui a compétence territoriale sur les installations portuaires et aéroportuaires.

L’Airbus A330 d’Air France n’est pas encore parti. Il est toujours garé devant la porte d’embarquement. La passerelle est encore en place. Nous sommes à quelques minutes du moment où l’avion va quitter le terminal. Les policiers du PAPD montent à bord et interpellent DSK, assis dans son fauteuil 1K de première classe. Le suspect est ensuite livré aux hommes du NYPD et transféré au commissariat de Harlem qui abrite la célèbre «Special Victims Unit» qui s’occupe des affaires sexuelles.

C’est là qu’il sera longuement interrogé et confronté à la femme de chambre qui a formellement reconnu son agresseur. C’est de ce commissariat de Harlem que DSK sortira menottes aux poignets, encadré de deux inspecteurs en civil, devant une nuée de photographes et d'équipes de télévision. 

Le coup de fil de DSK au Sofitel indiquant qu’il était à Kennedy Airport a fait gagner beaucoup de temps à la police newyorkaise. Sans cette indication, l’avion d’Air France aurait décollé vers Paris, avec DSK à bord. Une fois l’appareil au dessus des eaux internationales, il aurait été impossible de lui demander de faire demi-tour pour se reposer à New York.

Le «New York Times» livre un autre témoignage. Les journalistes américains ont retrouvé un Norvégien qui séjournait aussi au Sofitel. Plus tard dans la journée de samedi, il a été passager de la limousine empruntée par DSK pour se rendre à Kennedy Airport. Il l’a utilisée après DSK mais c’était le même chauffeur. Selon ce Norvégien, le chauffeur a remarqué que DSK semblait très pressé et qu’il était «stressé et préoccupé».

Tellement stressé qu’il n’a pas eu conscience qu’il se livrait à la police en annonçant par téléphone qu’il se trouvait encore à l’aéroport. Simple comme un coup de fil.

S’il était arrivé en France comme prévu dimanche matin vers 6 h 30, il n’aurait pas échappé à l’accusation mais elle aurait pu être gérée à distance, plus discrètement, sans interpellation et sans les images humiliantes de la sortie du commissariat de Harlem.

Il aurait évidemment été interpellé aussitôt dès son retour sur le sol américain. Ce qu’il aurait peut-être évité de faire. Il serait devenu un nouveau Roman Polanski.



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