
Comment voulez-vous que ça marche, un tel système ? Je parle de l’outre-mer de la République Française.
La crise violente en Guadeloupe n’est qu’un rappel bien tardif d’une situation bancale qui perdure depuis des décennies. Il y a, dans les récents troubles antillais, les signes avant-coureurs d’une guerre, comparable à la guerre d’Algérie.
Les békés antillais, potentats blancs, détenteurs ultra-minoritaires du pouvoir économique, ne sont pas sans rappeler les pieds-noirs, à ceci près qu’il y avait en Algérie des pieds-noirs modestes. Ils sont plus rares dans les Antilles.
En Martinique et surtout en Guadeloupe, la caste blanche truste le commerce, l’industrie et ce qui reste de l’agriculture. Les békés, héritiers des esclavagistes, continuent de dominer par l’argent.
La population noire, qui descend des esclaves, est tout autant coupable d’avoir entretenu ce système de domination en acceptant passivement les avantages confortables de l’Etat providence.
Il s’agit de l’Etat Français, celui contre lequel Elie Domota, le meneur guadeloupéen, concentre sa haine. La France, tellement honnie (Domota est indépendantiste) est pourtant extrêmement généreuse.
La population totale de l’outre-mer (tous les DOM et les collectivités territoriales), c’est deux millions d’habitants (moins que la ville de Paris). L’outre-mer français, c’est un budget annuel de 6 ,7 milliards d’euros, c’est-à-dire davantage que le budget annuel du ministère de la Justice de toute la France (tous les tribunaux, tous les magistrats, toutes les prisons, y compris outre-mer).
L’outre-mer français, c’est un taux de non-emploi record. En Guadeloupe, entre les chômeurs et les bénéficiaires du RMI, vous avez un tiers de la population en âge de travailler qui se contente éternellement de l’aide publique. Chez les jeunes (18-25 ans), le taux de chômage est de 40 %.
Dans les Guadeloupéens effectivement au travail, 40% sont employés par une administration, comme le meneur Elie Domota, sous-directeur régional du « Pôle emploi » - fusion UNEDIC, ANPE - (ça ne s’invente pas !).
Il y a aux Antilles (et aussi à la Réunion), cette expression délicieuse pour parler des allocations familiales : on appelle ça « l’argent braguette ». Avec un taux de natalité exceptionnel, l’outre-mer se satisfait avec plaisir de cette prodigue braguette, véritable tiroir-caisse.
Il suffit de prendre un bateau et d’accoster dans les îles voisines, désormais indépendantes. Le niveau de vie y est trois ou quatre fois inférieur à celui des Antilles françaises. Nos départements ultramarins ne se maintiennent que grâce à l’aide très coûteuse de la Métropole, bonne fille et néanmoins conspuée.
Ce système colonial est pourri jusqu’à la moelle par une classe politique locale vermoulue par le clientélisme. Observez par exemple Lucette Michaux-Chevry, sénateur UMP de la Guadeloupe. Elle brandit l’étendard d’une révolte de pacotille, jusque dans la cour de l’Elysée. Un peu de pudeur madame, vous qui avez mangé à tous râteliers républicains en avalant toutes les couleuvres disponibles !
Ces arrangements scandaleux, confortés par des subventions échappant le plus souvent à tous les contrôles élémentaires, ont été cajolés pendant des années par plusieurs présidents de la République.
Sans conteste, le plus conciliant (pour ne pas dire le plus lâche) a été Jacques Chirac. Pendant les années interminables de son règne, le Corrézien (d’adoption) a toujours caressé l’outre-mer dans le sens des alyzés.
Pas de vague : on dépose le fric sur la plage au pied des cocotiers et tout le monde est content : les exploiteurs, les exploités et les (nombreux) fonctionnaires. L’outre-mer, ça s’arrangeait toujours à coup de millions ou de milliards.
Seulement voilà, les temps ont changé. Nous traversons une crise mondiale qui tolère plus difficilement les gouffres budgétaires. Et Nicolas Sarkozy se fiche royalement des confettis de notre empire, ces petits pustules tricolores sur la surface du globe. L’outre-mer : un sac de nœuds, que des emmerdements. Et ‘at home’, en métropole, les emmerdements, il en a à revendre Sarko !
Alors, il a laissé ce pauvre Yves Jégo patauger lamentablement dans ce bourbier exotique, pendant que la ministre de tutelle (Michèle Alliot-Marie, alias MAM) enfouissait précipitamment son long bec d’autruche dans le sable tropical.
Pas joli-joli, le comportement veule de la République à l’égard de ses possessions lointaines !
Alors, s’il fallait trancher une bonne fois pour toutes, pourquoi ne pas poser la vraie question, celle qui fâche ? Pourquoi ne pas couper le cordon ombilical ?
Elie Domota, le chef de la révolte guadeloupéenne, ne cesse d’évoquer le colonialisme. Il fustige la « presse étrangère » (en réalité les journalistes blancs venus de Métropole).
Voulez-vous l’indépendance, vous les ultramarins ? Si c’est ce que voulez, on peut s’organiser.
La Nouvelle-Calédonie a commencé ce chemin, après le travail délicat de conciliation réussi par Michel Rocard lorsqu’il était à Matignon. Dommage, car la Nouvelle-Calédonie est bien le seul territoire d’outre-mer vraiment économiquement viable grâce au nickel (premier producteur mondial).
Mais vous les Antillais, les Guyanais, les Réunionnais, souffrez-vous vraiment de vivre à l’ombre du drapeau français ? Il faut le dire tout de suite.
Votre indépendance, je vous l’accorde dans la seconde.
Mais il va falloir tout réinventer, sans le fric de la Métropole : les bureaux de poste qui distribuent vraiment le courrier, l’argent braguette (voir plus haut), les indemnités chômage, le RMI, les pharmacies (exceptionnellement nombreuses dans les DOM) où les médicaments sont distribués gratuitement grâce à la Sécu, les hôpitaux qui soignent, les routes entretenues, l’électricité qui fonctionne.
L’indépendance, le mot est joli. Mais il ne sera pas facile de l’accompagner de tous les agréments fournis depuis si longtemps par la manne métropolitaine (nos impôts, ceux que vous payez si peu) de la République Française.
Antillais, allez faire un tour à La Dominique ou à Sainte-Lucie, îles indépendantes voisines, deux anciennes colonies britanniques. La vie quotidienne est y nettement moins florissante que dans nos départements d’outre-mer. Comparez les niveaux de vie.
Finalement, les Britanniques n’ont pas fait une mauvaise opération en larguant leurs boulets coloniaux au bon moment.