"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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vendredi 11 novembre 2011

Une photo de Colombie qui en évoque quelques autres...

Je ne sais pas dans quelles circonstances cette photo a été prise. Je sais seulement qu'elle est la trace d'un événement récent en Colombie. Sans doute une manifestation, encadrée par un fort déploiement policier.
©Fernando Martinez
En la regardant, je pense évidemment à cette autre photo (légendaire) prise à Paris en Mai 1968 par Gilles Caron : la confrontation entre des CRS et le jeune Daniel Cohn-Bendit, rieur et goguenard. 
©Gilles Caron
Dans le même esprit, on trouve aussi la célèbre photo prise par Marc Riboud à Washington, en octobre 1967, à l'occasion d'une manifestation contre la guerre du Vietnam. Cette image est connue sous le nom : "La jeune fille à la fleur".
©Marc Riboud

Le même jour, au même endroit, le photographe américain Bernie Boston prend cette photo :
©Bernie Boston

Plus récemment, en juin 2011, à Casablanca au Maroc, une manifestante s'avance vers les forces de l'ordre :
Toujours en juin 2011, à Vancouver au Canada, la ville se soulève après un match de hockey perdu par l'équipe locale. Le photographe Richard Lam saisit cet instant :
©Richard Lam

Mais, dans les images illustrant la confrontation entre l'ordre et les individus, la plus forte est celle du petit homme seul devant la colonne de chars, en 1989, sur la place Tien An Men à Pékin :

mercredi 20 octobre 2010

L'Etat honnête ou les talonnettes


Le pouvoir exécutif semble souffrir d’un sérieux coup de pompe. C’est bien connu, les Français sont forts en gueule mais ils ne sont plus du tout les mêmes quand la jauge de leur bagnole bascule dans le rouge.

Dommage pour les gamins délurés des lycées qui nous jouent un piètre remake de Gavroche sur les barricades, mais nous vivons dans un pays de réservoirs. Si l’approvisionnement s’assèche, la nation est en danger. Nous voici à quelques jours de la Toussaint. C’est une période d’intense transhumance. L’opération chrysanthème dans les cimetières va commencer. Les Français ne tolèreront pas l’incertitude du plein d’essence.

Cette histoire de carburant avait été la clé, la tournant historique de Mai 68. Le général De Gaulle, vieux briscard en fin de parcours, avait compris sans qu’on lui dise que les Français ne supporteraient pas l’approche de l’été sans pouvoir faire le plein. En Mai, les stations étaient désespérément vides. Le 31 Mai 1968, De Gaulle parvient à organiser le remplissage du stock des stations-service de toute la France. Cohn-Bendit est fichu, l’essence coule à nouveau.

Cette fois, Nicolas Sarkozy a vraiment intérêt, politiquement, à tout faire pour que les automobilistes ne soient pas à sec. Comme pour De Gaulle en 68, c’est le tournant à ne pas rater. Si l’essence revient vite, les manifs vont se dissoudre dans l’indifférence générale.

Dans ces manifs, le meilleur slogan vu sur une pancarte ces derniers jours est incontestablement pour moi celui-ci :

« Place à l’Etat Honnête, dehors les talonnettes ! »

Connaissant la susceptibilité du chef de l’Etat concernant sa stature, je crains que ce jeu de mots ne l’ait pas fait rire aux éclats.

D’ailleurs, à l’Elysée, les occasions de rire sont devenues rares.

La popularité de Nicolas Sarkozy s'effondre à en croire deux nouveaux sondages parus ce lundi. Il perd quatre points sur un mois, à 35% d'opinions positives, selon un sondage LH2 (1) pour le site du Nouvel Observateur. Son niveau le plus bas depuis juin 2008. Un autre sondage, réalisé par l'Ipsos (2) pour Le Point, attribue au président une baisse de 7 points de popularité à 32%, son score le plus bas depuis son accession à l'Elysée.

Les jugements négatifs à l'égard du chef de l'Etat progressent de 5 points (61% contre 56% en février). «C'est auprès de son public de référence, qui lui assurait généralement un soutien massif, que la baisse des opinions positives se fait le plus nettement sentir», souligne Erwan Lestrohan, chargé d'études à LH2.Nicolas Sarkozy perd ainsi 12 points (45%) chez les 65 ans et plus et chez les retraités (41%), passant sous la barre des 50%. Il cède également quatre points chez les sympathisants de la droite (65%) et huit points chez ceux de l'UMP (76%).L'image positive de Nicolas Sarkozy se dégrade aussi chez les travailleurs indépendants (32%, moins 11) et au sein des foyers aux revenus mensuels inférieurs à 1.200 euros (39%, moins cinq), alors qu'elle progresse chez les 18-24 ans (39%, plus neuf).

En résumé, une seule priorité si Nicolas Sarkozy ne veut pas terminer encore plus en guenilles : redonner du carburant aux Français.

Mon conseil est gratuit (mais si vous avez 20 litres en réserve, je les prends).

lundi 16 février 2009

Guy Debord sauvé par Nicolas Sarkozy


Le paradoxe n’aurait pas forcément déplu à Guy Debord. Il y aurait sans doute vu la confirmation suprême de ses analyses.

Guy Debord était le fondateur de « l’Internationale Situationniste ». Il était le pourfendeur implacable de la société marchande, cette société qui se donne en spectacle, qui n’existe que par le spectacle qu’elle donne (ou vend) de sa propre marchandise.

Guy Debord, auteur prémonitoire de « La Société du Spectacle » (1967), avait préfiguré, avec brio mais sans jamais s’en rengorger, le mouvement social, politique et sociétal (comme on dit aujourd’hui) de Mai 68.

Guy Debord fut, comme Antonin Artaud, un « suicidé de la société ». Debord, rongé par une cirrhose, reclus et oublié dans sa maison de Haute-Loire, s’est tiré une balle dans le cœur le 30 novembre 1994. Il avait 62 ans.

Un écrivain ou un essayiste laisse toujours derrière lui un gros amas de papiers, de manuscrits et de notes diverses. L’université américaine de Yale avait manifesté son intention d’acheter à bon prix la totalité des archives de Guy Debord.

Ce n’était pas une destination infâmante car les universités américaines ont, mieux que les nôtres, reconnu très vite la place occupée par Guy Debord dans le mouvement intellectuel de la seconde moitié du XXe siècle en France.

Mais, patatras, coup de théâtre ! Les archives de Guy Debord ne quitteront pas le territoire national ! Ainsi en a décidé Christine Albanel, ci-devant Ministre de la Culture du gouvernement présidé par Nicolas Sarkozy.

Les œuvres et les manuscrits de Guy Debord viennent d’être officiellement classés par la « Commission consultative des trésors nationaux », au même titre que la cathédrale de Chartres ou le château de Chambord. Exportation interdite !

C’est ainsi que Guy Debord, le situationniste, l’inspirateur subliminal de la « chienlit » de Mai 68, Guy Debord est considéré désormais comme étant « un trésor national », par une ministre désignée par Nicolas Sarkozy, cet homme politique qui promettait sur les tréteaux de sa campagne présidentielle de « liquider l’héritage de Mai 68 ».

Christine Albanel, vestale culturelle de Nicolas Sarkozy, ne « liquide » pas Guy Debord. Bien au contraire, elle le protège en le soustrayant à l’attraction des universitaires américains. Elle l’embaume. Debord, mon trésor !

« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles », écrivait Guy Debord.

Autour de ses vieux papiers, on organisera prochainement des colloques et des expositions, patronnés par le Ministère de la Culture. Ironie extrême : Guy Debord est devenu un spectacle, avec la bénédiction de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement.

Qui l’eût dit ? Qui l’eût cru ? La boucle est bouclée.