"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')
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mercredi 9 novembre 2011

Orthographe : non aux élucubrations de l'Académie Française

Nos 40 «immortels» (ils sont 39 en ce moment car un fauteuil est vacant) viennent d’édicter de nouvelles règles orthographiques.

L’Académie Française propose quelques changements, présentés comme une «simplification». A mon avis, ça complique tout pour tous ceux, dont je fais partie, qui s’efforcent d’écrire le français correctement.

En conséquence, je continuerai d’orthographier comme on me l’a appris, sans tenir compte de l’avis de ces barbons (et barbonnes, forme féminine que j’invente sans leur consentement dont je me contrefiche).

D’ailleurs, mon correcteur d’orthographe n’a pas été averti des dernières élucubrations académiques. C’est à lui que je continuerai de me référer.

Voici, pour votre édification, ce que les habits verts ont manigancé sous leur coupole :

1 Les numéros composés sont toujours reliés par des traits d’union. Ex : trente-et-un, deux-cents (ancienne orthographe : trente et un, deux cents).

2 Dans les noms composés de la forme verbe + nom (pèse-personne) ou préposition + nom (sans-abri), le second élément prend la marque du pluriel seulement et toujours lorsque le mot est au pluriel. Ex : un compte-goutte, des compte-gouttes (avant : un compte-gouttes, des compte-gouttes); un après-midi, des après-midis (un après-midi, des après-midi).

3 On emploie l’accent grave (au lieu de l’accent aigu) dans un certain nombre de mots, ainsi qu’au futur et au conditionnel des verbes qui se conjuguent comme « céder ». Ex : évènement, règlementaire, ils règleraient (avant : événement, réglementaire, ils régleraient).

4 L’accent circonflexe disparaît sur le i et le u, mais on le maintient dans les terminaisons verbales du passé simple, du subjonctif et en cas d’homonymie. Ex : cout; entrainer (avant : coût, entraîner).

5 Les verbes en -eler ou -eter se conjuguent comme peler ou acheter. Les dérivés en -ment suivent les verbes correspondants. Exceptions : appeler, jeter et leurs composés. Ex : j’amoncèle, amoncèlement (avant : j’amoncelle, amoncellement).

6 Les mots empruntés aux langues étrangères forment leur pluriel comme les mots français et sont accentués conformément aux règles qui s’appliquent aux mots français. Ex : des matchs, un révolver (des matches, un revolver).

7 La soudure s’impose, en particulier, dans les mots composés de contr(e)-, entr(e)-, extra-, infra-, intra-, ultra-, avec des éléments savants (hydro-, socio-, agro-…) mais aussi dans les onomatopées et dans les mots d’origine étrangère. Ex : entretemps, tictac, weekend (entre-temps,tic-tac, week-end).

8 Les mots en -olle et les verbes en -otter (et leurs dérivés) s’écrivent respectivement -ole et -oter. Exceptions : colle, folle, molle et les mots de la même famille qu’un nom en -otte (comme botter, de botte). Ex : corole, frisoter (corolle, frisotter).

9 Pour montrer la prononciation du u, le tréma est déplacé sur la lettre u dans les mots comportant -guë- et -guï - et ajouté à la lettre u sur les mots en -geure ainsi qu’avec le verbe arguer. Ex : aigüe, ambigüe, ambigüité, argüer (avant : aiguë, ambiguë, ambiguïté, arguer).

10 Des anomalies sont supprimées. Ex : charriot, imbécilité, lunetier, relai… (avant : chariot, imbécillité, lunettier, relais…)

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Cela ne constitue donc pas un événement. Ce sont des imbécillités qui s’amoncellent dans un chariot et qui me donnent envie de sortir un revolver. Je n’en prendrai pas le relais. Na ! 

mercredi 6 avril 2011

Testicules et indifférence : leçon de français contemporain


Deux garçons d’une vingtaine d’années discutent calmement en attendant l’autobus. Aucune acrimonie dans leurs propos. Je saisis cinq minutes de leur conversation. Une expression revient sans cesse, environ toutes les deux phrases. Elle signifie l’indifférence. Ces jeunes gens veulent dire tout simplement que telle personne ou telle situation leur importent peu. Cette expression très récurrente tient en quelques mots : «Je m’en bats les couilles».

Avis aux linguistes ! Alertez l’Académie Française qui n’est sûrement pas avertie ! Cette formule choc est l’une des plus utilisées par les moins de 25 ans en France. C’est un gimmick, un leitmotiv. Et elle retentit jusque dans les cours de recréation des écoles primaires. Le rouston flagellé est d’usage courant dans la langue familière des jeunes générations. Nom d’une burne, je vous sens pantois...

Je vous accorde que l’on pourrait dire plus simplement : «je m’en fiche». Ou bien : «peu m’importe» ou : «cela m’indiffère». Ou, beaucoup plus raffiné: «peu me chaut» (ou plus correctement encore : «peu m’en chaut»). Cette dernière expression utilise le joli verbe chaloir que certains écrivains ont conjugué avec virtuosité : «Pour peu qu'il vous en chaille» (Anatole France), «J'en suis d'avis, non pourtant qu'il m'en chaille» (La Fontaine), «Peu me chalait de voir tomber la nuit.» (Barbey d'Aurevilly).

Cela signifie-t-il qu’Anatole France, La Fontaine ou Barbey d’Aurevilly n’avaient pas de roubignolles à torturer et qu’ils préféraient exprimer leur propension à chaloir ? Sans doute pas.

Mais aujourd’hui, les jeunes Français, pour exprimer leur désintérêt, préfèrent de manière figurée appliquer des coups sur leurs testicules. 

Cette formule imagée suscite la perplexité chez les jeunes étrangers qui tentent de saisir les subtilités de notre langue telle qu’elle est parlée aujourd’hui. Voici la question que j’ai trouvée sur un forum linguistique franco-anglais.

Voici la question d’un anglo-saxon interloqué :

I never completely understood the meaning of this expression even though some of my friends used it often. I just saw it in an episode of Les Guignols where a guy at a restaurant says "Je m'emballe les couilles de ce que tu en penses!" to the waiter. I suppose in this context it could mean "Je m'en fous", but are there other interpretations?

Réponse d’un internaute français venant au secours de l’anglophone perturbé :

It is not "s'emballer les couilles" it is "s'en battre les couilles" which is indeed a very rude french expression meaning "s'en foutre" as you said. Or in English "not to give a shit".

Oui, en anglais, on dit en effet : «I don’t give a shit». Ce qu’on pourrait traduire par : «je n’en donne même pas une merde». Ce qui n’est guère plus gracieux.

Pour en revenir aux parties sensibles, il faut se souvenir que Jacques Chirac, même quand il exerçait les plus hautes fonctions de la République, aimait signifier son indifférence et parfois son mépris en déclarant : «ça m’en touche une, sans faire bouger l’autre». C’est une expression favorite de l’ancien chef de l’Etat, attestée par des nombreux témoignages.

Après quelques recherches, j’ai trouvé à cette noble formulation une équivalence : «Je m’en tape le croupion sur la banquise jusqu’à faire des étincelles». Je reconnais que c’est plus difficile à mémoriser.

Revenons donc à l’essentiel et à cette lutte effrénée entre les bourses et la vie. J’ai voulu trouver un poète de notre siècle qui aurait donné à cette expression virile «Je m’en bats les couilles» (souvent utilisée inconsidérément par des jeunes filles) une place de choix dans un grand texte fondateur.






L’auteur de ce texte majeur existe. Il s’agit de Laouni Mouhid, né le 25 décembre 1981 à Trappes, dans les Yvelines. Il est plus connu sous son nom de rappeur : La Fouine. C’est lui qui, en 2007, dans son album «Aller Retour», nous a offert la plus belle célébration de l’indifférence testiculaire.



L’œuvre de La Fouine s’intitule tout naturellement : «On s’en bat les couilles»

Voici un extrait du texte :

Si on t'as rodka ton schit negro
On s'en bat les couilles
Quand les keufs s'ont trop speed negro
On s'en bat les couilles
Pose la teille au coin VIP negro
On s'en bat les couilles
Laisse la donc finir son strip negro
On s'en bat les couilles
on va chiré dans son kut negro
On s'en bat les couilles
Coupe le son j'veux mon ked'
je m'en bats les couilles
Tu peux finir dans ma bett' négro
On s'en bat les couilles

Ce texte prend toute sa mesure lorsqu’il est mis en musique. Je vous laisse donc vous délecter du clip de La Fouine. 

Vous aurez tout compris enfin de l’évolution de notre belle langue française :


Dernière minute : j'apprends de bonne source, et c'est plutôt une bonne nouvelle, que l'expression "on s'en bat les couilles" devient peu à peu 'has been'. Elle serait remplacée par l'acronyme OSEF (pour "On S'En Fout").  Tout va si vite...

dimanche 22 août 2010

Sur n'est pas sûr, c'est certain.


Dans cette période de laisser-aller proche de la décadence, il devient urgent d’organiser une répression drastique, au besoin par le biais d’une déchéance de la nationalité française, contre toute personne utilisant sans vergogne la préposition «sur» devant un nom de lieu, en particulier devant le nom d’une ville.

Voici quelques exemples fautifs qui ne susciteront désormais plus aucune indulgence de la part des autorités politiques et linguistiques :

« J’habite sur Paris »

« Quand reviens-tu sur Lyon ? »

« Ma sœur va s’installer sur Bordeaux »


  • On habite à Paris ou bien près de Paris (banlieue) ou dans Paris (intra muros).
  • On ne revient pas sur Lyon, on revient à Lyon.
  • Quant à la sœur, elle doit disposer d’une envergure exceptionnelle pour s’installer sur Bordeaux, assise sur la ville en l’écrasant de son postérieur. Elle aura moins de difficulté en s’installant tout simplement à Bordeaux. Et ce sera plus confortable.

Qu’on se le dise.