"Ce qui barre la route fait faire du chemin" (Jean de La Bruyère - 'Les Caractères')

mercredi 18 avril 2012

Mon vote : rouge et blanc (pas de rosé)


Rouge et blanc. Tels seront mes votes pour le premier et le second tour de l'élection présidentielle.

Rouge au premier tour : ce sera donc Mélenchon. Son programme krypto-bolchévique est absurde de bout en bout. Mais je lui accorde mon suffrage en récompense d'une campagne populaire et ardente. Il a parlé au peuple avec respect et avec amour. Oui, l'amour en politique, c'est rare. Son constat est juste même si ses solutions sont suicidaires. Mélenchon a été "le grand perturbateur" de cette morne campagne, pour reprendre l'expression choisie par "Le Nouvel Observateur". Je voterai pour lui en espérant au passage, modestement, pousser dans ses retranchement un système électoral obsolète : les 500 signatures, les calculs d'apothicaire du CSA, les tartufferies sur les sondages et leur publication interdite (tu parles!) sur Internet. Un bon score de Mélenchon fera aussi réfléchir Hollande. 

Au second tour, je ne voterai pas, comme il y a 5 ans, pour Sarkozy. Il a raté son quinquennat, aveuglé par son arrogance et par sa pusillanimité. Le principal reproche que je lui fais est simple : il n'a pas eu le courage d'appliquer son programme de 2007.  (lire ici des explications plus développées)
Je ne peux pas voter non plus pour Hollande. On sait très bien ce que ça va donner. C'est le retour du PS réformiste petits bras. Je vois déjà ressurgir les fantômes de Fabius et d'Aubry. On n'y coupera pas mais je ne veux pas cautionner, même avec une simple petite voix, ce "revival" des morts-vivants de la sociale démocratie indécise.

Alors, au second tour, je voterai blanc. Je regrette, comme beaucoup, que ce choix ne soit pas comptabilisé. Je voterai quand même. Pour la beauté du geste. Hollande, élu sans moi, fera du replâtrage sur une maison en ruine. Le plus dur est à venir.  

mercredi 4 avril 2012

Un débat présidentiel tronqué




Péniblement, France 2 a réussi à mettre sur pied deux émissions où l'on entendra la semaine prochaine tous les candidats à l'élection présidentielle. Deux groupes de cinq : le premier avec François Hollande et le second, le lendemain, avec Nicolas Sarkozy. Pas de débat, seulement une succession de monologues, entrecoupés de questions de David Pujadas et de Fabien Namias. Quelques jours plus tard, Yves Calvi réunira un plateau de dix invités, mais Sarkozy et Hollande se sont débinés et seront représentés chacun par un second couteau.

Ces contorsions médiatiques sont misérables mais elles découlent des absurdités de l'organisation de ce scrutin. On comprend aisément que Sarkozy et Hollande ne veillent pas être confrontés directement aux quelques hurluberlus qui ont réussi à récolter les 500 signatures nécessaires pour figurer dans le scrutin : le fantasque Jacques Cheminade et les deux trotskistes pathétiques. Deux trotskistes en France en 2012 ! On progresse : en 2002, ils étaient trois. Réveille-toi, Léon, ils sont devenus fous... C'est d'abord ce système de sélection qu'il faut revoir. Corinne Lepage ou Dominique de Villepin avaient largement plus de légitimité pour se présenter que ces trois parasites.

Ce qu'il faudra aussi réformer d'urgence, ce sont les règles ridicules de temps de parole imposées par le CSA. Ces comptes d'apothicaire entravent gravement le travail des journalistes et les rédactions en chef, par commodité, préfèrent réduire au minimum l'espace dévolu à l'actualité politique, même si nous sommes à quelques semaines de l'élection majeure dans notre pays. Un exemple hier soir, dans le 20 h de France 2 : le journal durait exactement 40 minutes. Il a fallu attendre 20 h 21 pour découvrir une séquence rabougrie de 2 minutes et 40 secondes consacrée à l'élection présidentielle. Sur cette portion congrue, 40 secondes étaient mangées par un sondage détaillé en plateau par David Pujadas. A suivi un reportage sur les interrogations suscitées par la percée de Mélenchon chez les militants socialistes. On n'a pas entendu une seule seconde la voix d'un candidat, cela afin d'éviter de devoir donner ensuite la même exposition aux autres prétendants, dans le respect des règlements tatillons du CSA.

Les télés avaient largement retransmis les débats des primaires socialistes, sans s'embarrasser de minutage. Les chaines d'info avaient ensuite diffusé in extenso les meetings des uns et des autres. Mais on n'était pas encore dans la période sacrée définie arbitrairement par le CSA. A présent, alors que le scrutin approche, les électeurs n'ont plus le loisir d'écouter les candidats, sauf par bribes saucissonnées. Ce système idiot empêche toute expression structurée sur le fond des dossiers. Les candidats et leur staff de campagne se contentent de forger des «petites phrases», des formules piquantes sans véritable contenu destinées à être reprises, si tout va bien, par des médias frileux qui picorent avec parcimonie.

Nicolas Sarkozy, encore aux affaires (sans jeu de mot), a la possibilité de faire campagne autrement en organisant un «bruit de fond médiatique», en multipliant par exemple les interpellations d'islamistes présumés dangereux. Cette agitation policière n'est pas décomptée de son temps de parole.

François Bayrou a eu raison de réclamer une vraie confrontation entre tous les candidats, même s'il aurait fallu au passage se coltiner les quelques olibrius qui ont franchi l'épreuve des 500 signatures. Ce débat n'aura pas lieu. La campagne sombre dans l'ennui et l'anecdotique. Il ne faut pas s'étonner que les prévisions d'abstention soient aussi élevées et que les citoyens doutent de plus en plus de l'utilité de cette élection.